La villa romaine de Chiragan était une villa romaine qui se trouvait sur la commune française de Martres-Tolosane, dans le département de la Haute-Garonne. Elle fut occupée jusqu'à la fin de l'Empire romain et son caractère exceptionnel est lié aux riches marbres exhumés lors des fouilles qui s'y sont succédé, depuis les premières découvertes au et surtout depuis les fouilles menées par Alexandre Du Mège de 1826 à 1830.

Par son importance elle constituait selon certains archéologues du site, dont Léon Joulin, la villa la plus importante d'Europe après la villa d'Hadrien. Les éléments sculptés découverts, d'une importance majeure, ornent désormais le musée Saint-Raymond de Toulouse, qui possède grâce à ceux-ci la collection la plus importante de France de bustes d'empereurs romains, après celle du musée du Louvre. Des copies des œuvres découvertes ont été placées dans un musée dans la commune de sa découverte. Il s'agit du musée archéologique de Martres-Tolosane, implanté dans un donjon médiéval du début du sur le tour de ville.

Les œuvres, par leur richesse et leur unité thématique, compliquent l'interprétation de la villa et l'identification du propriétaire du domaine.

Histoire Évolution de l'appellation « Chiragan » Aujourd'hui, Chiragan est un lieu-dit de la commune de Martres-Tolosane, au sud du bourg, en bordure de la Garonne et occupé par des terrains agricoles. Il est mentionné sous ce nom dans le cadastre napoléonien de Martres-Tolosane consultable en ligneArchives départementales de la Haute-Garonne : Martres-Tolosane (section E de la ville, )..

Dans un premier temps, la villa de Chiragan a probablement porté le nom de « villa Aconiana », selon le nom de ses propriétaires primitifs, la famille Aconia, nom relativement courant sous l'Empire. En effet, sous un des nombreux bustes retrouvés dans la villa, sur un piédestal, une inscription fut retrouvée: « [Ge]nio / C(ai) Aconi Tauri / Veturi[ = CAG-31-01, .. », ce qui signifie : « Au génie de Caius Aconius Taurus ». Cette inscription ne semble pas postérieure au Henri Graillot, « La villa romaine de Martres-Tolosane, villa Aconiana. Toulouse, 1908 », Extrait des Annales du Midi, t. XX, 1908.. Cependant, au , il apparaît que la tradition locale l'appelle plutôt « villa Angonia » ce qui n'est sûrement qu'une transformation progressive du mot ou la transformation du nom de la ville, appelée auparavant Angonia, et qui à la suite d'un épisode de son histoire incluant des martyrs aurait pris le nom de MartresLes indulgences, la vie et les miracles de saint Vidian,Toulouse, imp Hébrail, 1887.. Le nom Chiragan viendrait de l'ancien français « chire » ou « chiron », qui signifie « amas de pierre »La Curne de Sainte-Palaye, Dictionnaire historique de l'ancien langage françois ou glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV,1885..

Évolution dans l'Antiquité Trois étapes ont été identifiées dans la construction.

Premier état : une villa modeste La première villa date de l'époque d'Auguste et était relativement modeste. Elle comportait cependant des thermes et un péristylePierre Gros, La France gallo-romaine, Paris, 1991, ..

Second état : le début du II siècle La seconde étape date de l'époque de Trajan, et la bâtisse comprend un atrium et deux péristyles.

L'expansion maximale La dernière date de l'époque de la dynastie des Antonins et à ce moment la surface est égale au tiers de la villa d'HadrienLéon Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosanes, ..

La destruction

Les débris recueillis lors des fouilles sont selon Léon Joulin un témoignage des dévastations du temps des invasions du Léon Joulin, « Les établissements antiques du bassin supérieur de la Garonne », CRAI, 1906, 724.. Notamment les invasions « barbares », sûrement dû aux Vandales ou aux Wisigoths.

Le site sert durant des siècles de carrière de matériaux, même si aux alentours du milieu du XVII siècle les vestiges en semblent encore importants.. Le témoignage du chanoine Lebret en 1692 atteste de murs en élévation de 3 à 4 m.. Alexandre Du Mège témoigne de la présence de murs de 1 à 2 m de haut lors d'une visite effectuée sur le site en 1812.. Les murs en élévation sont détruits à partir du milieu du XIX siècle, du fait du développement de l'agriculture intensive..

Histoire des découvertes thumb|upright|Le musée Saint-Raymond de Toulouse, la galerie des empereurs se situe au niveau de la série d'arcades. Les premiers fouilleurs ont comme objectif de découvrir des éléments mobiliers ; l'intérêt pour l'architecture de la villa, perceptible à partir des années 1840, ira croissant jusqu'au rôle essentiel de Léon Joulin au tournant du XIX et du XX siècle..

Premières découvertes Des découvertes ponctuelles de sculptures sont attestées dès le Léon Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosanes, p. 596.. De beaux éléments sculptés furent trouvés sur le site aux L'archéologue - Archéologie nouvelle, n°80, 2005, 5., en particulier vers 1630-1640. Les premières découvertes au cours du XVII siècle, sont dues au creusement d'un canal dit du moulin en 1612. À l'extrême fin du XVII siècle l'évêque de Rieux fait placer des marbres en provenance de Martres-Tolosane dans le palais épiscopal.. Au cours du XVIII siècle des découvertes ponctuelles ont lieu.

Découvertes majeures au XIX siècle thumb|upright|Bilan des fouilles du par Léon Joulin en 1901. Une crue ou une forte pluie consécutive à un violent orage a mis au jour des vestiges de la villa le . Le maire de Martres-Tolosane prévient le maire de Toulouse, qui charge Alexandre Du Mège, inspecteur des antiquités, de mener des fouilles.

Alexandre Du Mège met au jour de nombreux éléments sculptésL'archéologue - Archéologie nouvelle, n°80, 2005, 5-6., dont il fait une véritable « récolte ». Une convention est signée avec le propriétaire du champ afin de déposer les trouvailles au musée de Toulouse. Une grande partie des découvertes eut lieu les 21 et , Alexandre Du Mège écrivant au maire de Toulouse qu'. Déposées à la mairie de Martres-Tolosane, les sculptures rejoignent par charrette leur emplacement définitifL'archéologue - Archéologie nouvelle, n°80, 2005, 6.. Le fouilleur signale des mosaïques, hypocaustes et traces de peintures dans la partie inférieure des murs.. Les fouilles dans la villa menées par Du Mège se déroulent jusqu'à la révolution de 1830.

De nouvelles fouilles sont menées par la Société archéologique du Midi de la France de 1840 jusqu'en 1842, puis de 1842 à 1848 pour relier les nouvelles découvertes aux espaces dégagés par Alexandre Du Mège.. Les fouilleurs du début des années 1840 concentrent leurs recherches à l'est de l'aire fouillée par Du Mège et effectuent des relevés des murs retrouvés. Ces fouilles mettent au jour des thermes.. Les fouilles de 1842 à 1848 semblent avoir donné moins d'objets, mais avoir complété les connaissances déjà acquises du site.

Des découvertes ponctuelles continuent au cours du , le plus souvent fortuites. vignette|Fouilles sur le site de Chiragan en 1890-1891. Une nouvelle campagne de fouilles commence en 1890-1891, sous la direction d'Albert Lebègue, enseignant d'antiquités gréco-romaines à l'université de Toulouse, avec comme objet de vérifier les dires d'Alexandre Du Mège. La communauté scientifique était très suspicieuse envers ce dernier et les découvertes mobilières effectuées sur le site, et les fouilles avaient le but de « dissiper les doutes ».. Les fouilles se concentrent donc sur le mobilier même s'il fait des observations sur les substructions rencontrées.. Les fouilles du secteur fouillé par Du Mège confirment le bouleversement du terrain et les vestiges signalés par ce fouilleur même si finalement Lebègue ne fait pas confiance au plan de Du Mège.. Julie Massendari signale que les fouilles de Lebègue sont beaucoup plus profondes que celles de Du Mège et que les destructions liées aux exploitations agricoles ont pu bouleverser le site.

Albert Lebègue meurt en 1894, ce qui arrête toute recherche. Les fouilles sont reprises par A. Ferré en 1894-1895, avec quelques résultats : Ferré identifie les vestiges retrouvés comme ceux d'ateliers construits en matériaux périssables et recouverts de tuiles.

Action décisive d'un précurseur : Léon Joulin thumb|upright|Frontispice de l'ouvrage de synthèse fondamental de Léon Joulin publié en 1901. Léon Joulin, en désaccord avec certaines conclusions émises, effectue des fouilles d'envergure financées par l'État, le département et la ville de Toulouse, avec l'aide d'A. Ferré de 1897 à 1899. Son travail est publié en 1901.

Il reprend l'essentiel du travail effectué par ses prédécesseurs pour proposer une nouvelle lecture du site et une synthèse., basée sur une lecture du site dans son environnement de la plaine de Martres-Tolosane et il élabore en particulier un plan qui fait encore autorité aujourd'hui d'un ensemble qu'il identifie comme une villa vaste de .. Les techniques qu'il utilisa alors, basées sur la stratigraphie, en font un pionnier de l'archéologie méthodique.

Dernières fouilles

De nouvelles découvertes fortuites ont lieu au , en 1905, puis encore en 1920 et 1930. À la suite de travaux de creusement du canal de Palaminy l'aqueduc de la villa est localisé.

Un dégagement important a lieu en 1969 mais le site est remblayé par la suiteCompte-rendu de Catherine Balmelle, Les demeures aristocratiques ďAquitaine. Société et culture de l'Antiquité tardive dans le Sud-Ouest de la Gaule, p. 1393..

À la suite d'une enquête menée en 1994, les parcelles cadastrales constituant le site sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du .. Des sondages géophysiques sur le site de la villa, recouvert de terre, ont lieu en 2000, 2001 puis 2003. Ces études confirment largement le plan majeur réalisé par Léon Joulin en 1901, du moins dans ses grandes lignes.

Description La villa se trouvait sur les bords de la Garonne, à proximité de la voie de Toulouse à Dax et elle fut occupée entre le et le . Elle aurait été équipée d'un quai et d'une jetée selon des observateurs du , ces éléments ayant malheureusement été détruits lors d'une inondation.

Les bâtiments occupaient un enclos d'une superficie de et étaient au nombre de 80, sur . L'emprise de la villa est établie selon les dernières recherches archéologiques à CR de Catherine Balmelle, Les demeures aristocratiques ďAquitaine. Société et culture de l'Antiquité tardive dans le Sud-Ouest de la Gaule, p. 1394..

Ils comprenaient à la fois les éléments nécessaires à la production agricole et la résidence du propriétaire, avec un portique monumental, de nombreux espaces verts et des thermes privés.

Entre le domaine seigneurial et la partie agricole, plusieurs petites maisons se dressent : ce sont les logements créés pour les employés, ainsi que les ateliers et les fabriques, et certains abris pour animaux, rassemblés en un petit village.

Les vestiges de la villa sont peu importants en dépit de la richesse du matériel découvert.

La pars urbana La pars urbana comportait des dizaines de piècesPierre Gros, La France gallo-romaine, Paris, 1991, p. 166.. Le rez-de-chaussée à lui seul comprenait plus de 200 chambres et autres salles, des parcs, des cours d'honneur et de nombreux portails prestigieux.

La pars rustica Les bâtiments d'exploitation, sur trois lignes, étaient compris dans une enceinte de de long. Les bâtiments avaient une vocation agricole, avec écuries, porcheries, greniers, etc. ; mais ils avaient aussi un rôle artisanal avec la présence d'ateliers de tisserands et de fondeurs.

Il semble que le domaine agricole lié à la villa était d'une superficie supérieure à Pierre Gros, La France gallo-romaine, Paris, 1991, p. 158.. 400 personnes vivaient sans doute sur le domaine.

Œuvres découvertes