L'abbaye de Mont-Sainte-Marie est une abbaye cistercienne fondée au à partir d'un ermitage et démantelée à partir de 1790 à la Révolution française. Elle était située dans la vallée des lacs Saint-Point et Remoray en bordure du Doubs sur la commune actuelle de Labergement-Sainte-Marie. Elle dépendait des sires de Salins et des princes de Chalon-Arlay.
L'ermitage du Mont-du-Fourg C'est au que Simon de Crépy, né en 1048 et mort en 1081, vient ériger près de la source du Doubs, aux environs de Mouthe, un ermitage. Tout d'abord comte d'Amiens, de Vexin et de Valois, il avait décidé de devenir religieux au monastère de Condat après s'être lancé dans une guerre contre le roi de France Philippe . Mécontent de la discipline qui régnait au monastère, il partit s'établir, avec quelques compagnons, à Labergement-Sainte-Marie dans le but de pratiquer une vie religieuse d'une « grande perfection ».
Quelques années plus tard, une colonie de moines en provenance de l'abbatiale de Romainmôtier vient prendre possession des terres de l'ermitage après en avoir été investis par Humbert III de Salins. Ce dernier, voulant racheter ses fautes, avait transmis les « investitures » qu'il détenait dans la vallée de Tlen (Val de Vaux) et dans l'ermitage du Mont-du-Fourg à l'abbaye de Romainmôtier. Les moines vont donc établir un chemin pour communiquer depuis leur monastère, situé dans le pays romand, avec leurs domaines de la Chaux-d'Arlier (vallée comprise entre Frasne et Chaffois). Ils vont réaliser des défrichements dans un lieu qu'ils nomment Watt (ou Vallée-de-Tlen) et y établissent un prieuré qui prendra le nom de Vaux (près de Vaux-et-Chantegrue). D'autres s'installent au bord du lac de Damvautier (aujourd'hui lac de Saint-Point) où ils fondent le prieuré de Saint-Point, et pour les derniers sur le Mont-du-Fourg où va bientôt s'élever l'ermitage de Mont-Sainte-Marie (eremus in monte de Furno : sur la côte-du-Fourg)recherches historiques sur l'abbaye de Mont-Sainte-Marie.
C'est donc là, entre le lac de Saint-Point et celui du Remoray, dans ce lieu entouré de hautes montagnes couvertes de sapins et bordé d'un marais, décrit comme affreux (in loco horrido ac remoto a gentibus situm), que se trouve une source favorisant l'installation des quelques moines. Comme il en est alors l'usage dans les monts du Jura à cette époque, Humbert III, sire de Salins, reconnait en 1126 le droit à toute personne de défricher et de bâtir des constructions dans cette région : de franco jure occupasse et vindicasse, sicut se habet Jurensis consuetudo (charte d'Humbert III)recherches historiques sur la ville de Pontarlier. Au les défrichements s'étendent des deux côtés du lac, au sud en remontant le cours du Doubs jusqu'aux Rochats (dans les bois de Labergement) et au sud-ouest jusqu'à La Planée, Malpas et Saint-Point-Lac, ce qui comprend le territoire où allait se dresser le monastère.
À partir de 1199 l'ermitage est élevé au rang d'abbaye par Gaucher IV de Mâcon qui à son retour des croisades en 1193 veut doter les monts du Jura d'une abbaye de l'ordre de celle de Cîteaux. Dans ce but il donne des propriétés à l'abbaye de Clairvaux à condition que quelques-unes de celle de l'abbaye Notre-Dame de Billon y soient réunies pour former la donation de celle du Mont-Sainte-Marie : « ita sane possessiones universae Bullionis, filae Clarae-Vallis, ad jam dictum locum pertineant ».
La grange Derrière-le-Mont
Dès le début l'ermitage du mont du Fourg (Furnus montis ou Mons de Furno) occupe une grange appelée Derrière-le-Mont (à un kilomètre du lieu de la future abbaye) et est occupé par cinq frères convers dirigés par un chapelain (« capellanus seu pastor animarum ») ou un prêtre pris dans un des monastères proches (Montbenoît, le Lac de Joux ou Billon).
Devant leur dévotion et leur pauvreté, Henri de Joux, sire de Joux et d'Usier, va doter la future abbaye. Il lui donne une grande terre où les moines construisent un hameau ainsi qu'une grange ou métairie (la charte parle de Grangiam). Il y ajoute les droits de pâturage et d'usages sur les communs d'Usie. Dans la charte de donation de 1196, approuvée en 1200 par l'archevêque de Besançon Amédée de Tramelay et confirmée par le pape Innocent III en 1206, il est dit qu'Henri « fait donation à Dieu et aux frères de Mont-Sainte-Marie au territoire d'Usier à titre d'aumône pour lui et le remède des âmes de ses ayeux » de tout le terrain depuis la fontaine Curcus jusqu'au lieu-dit « la Combe » et « le chemin de Pontarlier » avec l'affranchissement de dîmes. Ces biens se composent du lieu où l'abbaye est établie avec ses dépendances, le village de Cessay (Sacahis) qui était un domaine très étendu, la grange d'Usie (Grangiam de Usie, aujourd'hui le hameau de Pissenavache) et Billon (près de Lons-le-Saunier).
En 1201 le pape publie une bulle dans laquelle il confirme l'établissement de Mont-Sainte-Marie et il l'« autorise à posséder canoniquement tout ce qu'elle pourrait acquérir par la suite, soit de la piété des souverains pontifes soit de la libéralité des rois et des princes, soit des offrandes des fidèles ». Lors d'une donation à celle de Clairvaux le sire de Salins donne à celle de Mont-Sainte-Marie à perpétuité trois « bouillons de muire (eau salée) » livrables à Noël, à Pâques et à la Pentecôte (au ces droits étaient de trois bouillons et 94 seaux par semaine) en plus d'un droit d'usage dans ses domaines, ses forêts, ses cours d'eau et ses pêcheries. Dans cette donation il ne parle pas des terres où le monastère est implanté car l'usage veut que celui qui défriche des terres vierges en devienne le propriétaire de plein droit, pour l'abbaye ces terres en question s'étendent de Jougne à Mouthe ainsi que dans la forêt de Chargebin (près de Remoray).
Les chapelles des Chalon
La construction du monastère doit commencer en 1243 avec celle du sanctuaire. On trouve dans le terrier de 1624, des possessions de l'abbaye, la description du monastère : « l'abbaye consiste en de grands et spacieux bâtiments y ayant une belle et grande église en l'honneur de la glorieuse vierge Marie, prenant jour de l'orient et de vers le vent. Elle est composée d'une grande nef et de deux basses voûtes à croisées supportées par de gros piliers ; elle est décorée de quatre chapelles de çà et de là du chœur, et d'une grande et haute chapelle appelée la chapelle des Chalon, en laquelle sont les monuments et sépultures des princes de Challon qui y ont été inhumés. Il y a de plus un grand et spacieux quartier abbatial composé de plusieurs chambres à feu, d'une chapelle et de deux grandes salles en haut et en bas, de caves et greniers voûtés, cuisine, poêle et autres chambres pour la ménagerie. Le quartier des sieurs religieux et couvent est séparé de l'abbatial ; il est composé de leurs bâtiments nécessaires, comme cloistres voûtés, dourtoir, chambres sur iceluy, cuisine, caves et chambres à feu pour les sieurs vénérables prieurs jubilaires, sous-prieurs et anciens religieux, et d'une grande infirmerie, le tout bien basti, même nouvellement quatre chambres à feu pour le révérend abbé, pour les sieurs prieurs et sous prieurs, comme le tout se voit en bon estat. Et de plus, il y a une porterie et une estable en icelle, et sur le ruisseau un moulin, les greniers et deux escuries, une grange au milieu, et une rasse bastie par le sieur abbé, et les fourgs et entrée de la porterie par lui voûtés. Il y a un jardin et une grande cour enclos de murailles de suffisante hauteur pour tenir fermée la maison et la mettre en assurance. Et en outre un enclos d'une étendue et contenance en forme ronde entouré de murailles bien hautes, toutes bien enduites et couvertes de lasves, dans lequel enclos il y a de quoi faire, du foin pour l'usage de la maison jusqu'à concurrence d'environ vingt voitures. Il y avoit un monticule devant le portail du grand enclos qui terminoit la rue désignée que l'on ne pouvoit apercevoir le survenant que de cinq à six pas ; ce qui a donné sujet audit sieur révérend abbé d'y faire une belle et grande esplanade pour l'embellissement de l'entrée ; laquelle est descorée au frontispice d'un petit cabinet dans lequel est l'image de la Vierge Marie ; et de çà et de là, deux tourelles. »
L'église comporte plusieurs chapelles dont celle des princes de Chalon où reposent 17 membres de cette famille. Une autre a été fondée par Charles de Nozeray, seigneur de Villers-Robert, et il s'y trouve sa sépulture. Un autel fondé par Guillaume de Froments, seigneur de l'Aigle, et son père Pierre de Châlon est dédié à saint Laurent. Un autre dans la grande nef sous l'invocation de saint Urbain et saint Loup. Encore une sous celle de saint Nicolas, patron de la paroisse des métairies, où sont inhumées les personnes de cette paroisse.
« In nomine Sanctae et individuae Trinitatis ; Sequuntur nomina Dominorum auraicorum et comitum cabiloneusium ac liberorum eorumdem in hoc capella sepultorum ». Obiit anno 1267, IV kal. octobrîs, comes Joannes Cabilonis ; Anima ejus requiescat in pace. Obiit anno 1276, IV nonas octobris, domina Lora, mater domini Joannis de Cabilone. Obiit anno 1310, IIII Idas februarii, nobilis vir bonae memorise, dominus Jeannes de Cabilone. Obiit anno 1322, pridiè nonas decembris, vir bonae memorise dominus Hugo de Cabilone. Obiit anno 1330, X kal. Juniî, Joannes de Cabilone Lingonensis Episcopus. Obiit anno 1347, IIII idas Junii, Beatrix de Viennis. Obiit anno 1350, IX kal. Jannuarii, domina Marguarita de Mello (mère de Hugues II de Chalon-Arlay). Obiit anno 1361, IIII nonas martis Joannes de Cabilone, dominas de Arlato et Cusello. Obiit anno 1367, VIII idas décembris Ludovicus de Cabilone ultrà mare. Obiit anno 1388, pridiè kal. décembris, nobîlis Hugo de Cabilone. Obiit anno 1397, II décembris in terrâ Saracenorum in exercitu Lacrimoso Regis Hungariae, vir illustris dominus Henricus de Cabilone (fils de Louis de Chalon-Arlay), dominus Arguelli. Obiit anno 1400, VIII kal. Augusti, nobilis vir Hugo de Cabilone, dominus de sancto Laurentio, filius demini Joannis de Cabilone primus princeps Auraicae, dominus de Arlato. Obiit anno 1418, IIII nonas septembris, parisiis, dominus Joannes de Cabilone princeps Auraicse et dominus de Arlato. Obiit anno 1454, II décembris in noseroto Domina Eleonora princeps Auraicarum (épouse de Louis II de Chalon-Arlay), domina de Arfato, filia comitis Armignici et Isabellae filiae regis Navarae sepulta est in hoc monasterio, die XIV ejusdein mensis. Obiit anno 1458, XIII decembris, Ludovicus de Cabilone, princeps Auraicae, dominus de Arlato, sepultus est in hoc monasterio. Obiit anno 1476, Il martii, in armis in comitio domini principis Caroli, Burgundise ducis, in die de Granson, potens miles Ludovicus de Cabiione (fils de Louis II de Chalon-Arlay), dominus Castelli Guyonis et Noseriti, sepultus est in hoc monasterio. Obiit anno 1490, III Julii, Hugo de Cabilone (fils de Louis II de Chalon-Arlay) in Nosereto, dominus Castelli Guyonis, sepultus est in hoc monasterio.
Sept de ces princes et princesses avaient des tombeaux où ils étaient représentés couchés et revêtus de leurs costumes de cérémonies avec à leurs têtes des lions (symbole de force) et à leurs pieds des chiens (symbole de fidélité).
De la frontière du comté jusqu'à Salins vignette|La grange du lac, dépendance de l'abbaye.