La basilique-cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons. est une cathédrale catholique de style gothique classique située à Soissons dans le département français de l'Aisne en région Hauts-de-France, à au nord-est de Paris.
Elle a été érigée en basilique mineure le .. C'est l'unique cathédrale du diocèse de Soissons, Laon et Saint-Quentin, l'ancienne cathédrale Notre-Dame de Laon n'ayant pas le titre de cocathédrale.. Elle fait partie de la paroisse Saint-Sixte., confiée à la Communauté Saint-Martin depuis 2011.
Histoire Les premières cathédrales C'est au que débute l'histoire du diocèse de Soissons, à la suite de l'évangélisation du Soissonnais par les saints Sixte et Sinice, premiers évêques de Soissons. L'emplacement de la première cathédrale reste inconnu à ce jour. Plusieurs hypothèses existent dont celle d'une localisation au sein de l'ancienne abbaye Saint-Crépin-le-Grand, et celle d'une localisation sur le site de l'actuelle cathédrale. En 815, la deuxième cathédrale est consacrée par Rothade (évêque de Soissons de 814 à 831) sous le patronage des saints Gervais et ProtaisLa première mention conservée du vocable de la cathédrale date de cette consécration, bien qu'il existe une hésitation sur le vocable de l'époque, parfois adjoint du patronage de la Vierge. Dany Sandron, 1998, p.26.. Elle semblait se trouver à l'emplacement de la cathédrale actuelle. Cette cathédrale carolingienne subit en 948 des dommages dus à l'incendie de son cloître par les troupes d'Hugues le Grand, alors en conflit avec l'évêque Gui de Soissons qui lui avait retiré son soutien à la suite de son excommunication par l'archevêque Artaud de Reims. L'étendue des dégâts sur la cathédrale est inconnue, bien qu'il ne semble pas y avoir besoin de la reconstruire.
La cathédrale actuelle La construction de l'actuelle cathédrale de Soissons, la troisième dans l'histoire, commence en 1176 sous l'épiscopat de Nivelon de Quierzy et se poursuit durant trois siècles. La célébration de la dédicace par l'évêque Jean Milet a lieu le .
Une construction des Les travaux de l'actuelle et troisième cathédrale semblent avoir débuté à la fin du , mais sur un mode fort mineurDes donations pour la construction d'une salle capitulaire, l'aménagement d'un cimetière au chevet de l'église, la réalisation de vitraux, laissent penser qu'on avait entrepris d'importants travaux à l'intérieur du quartier de la cathédrale., et ce n'est qu'au milieu du que débute le chantier d'envergure, grâce à l'action de trois évêques : Josselin de Vierzy (1126–1152)Josselin de Vierzy lègue entre autres d'importantes sommes d'argent pour l'aménagement de l'autel majeur, pour la couverture de la cathédrale., Anscoul de Pierrefonds (1152–1158)Anscoul de Pierrefonds fonde la chapelle du Sépulcre, participe à la construction d'une tour. L'œuvre de la cathédrale , c.a.d. le chantier et l'organisme chargé de sa gestion, est mentionné dès 1158. et Nivelon de Quierzy (1176–1207) qui, dès 1176, avait légué au chapitre cathédral un terrain afin de construire le bras sud du transept, lequel constitue la partie la plus ancienne de l'édifice et se termine par une abside arrondie. À l'inverse du reste de la cathédrale, ce bras de transept a une élévation à quatre étages ou niveaux, et non trois. Datant de la fin du , il doit être considéré comme un pur chef-d'œuvre du premier âge gothique.
En 1190, est fondée la chapelle Saint-Jacques à l'étage de la chapelle orientée du bras sud. À cette date devaient donc être élevés les deux premiers niveaux, grandes arcades et tribunes du transept. Rapidement le chantier a dû se déplacer dans la croisée du transept, à l'extrémité de la nef actuelle, et dans le chœurEn effet, on mentionne en 1192 le transfert à l'abbaye Notre-Dame de Longpont de la tombe de l'évêque Anscoul de Pierrefonds, jusqu'alors reposant à l'extrémité de la nef.. En 1193 au plus tard, le doyen Guillaume donne cinq marcs d'argent pour la construction de la corona, ce terme pouvant désigner aussi bien l'abside avec déambulatoire du chœur que le lustre circulaire surmontant l'autel. Quoi qu'il en soit, cette indication prouve que la construction du chœur était au moins programmée dès le début des années 1190, c'est-à-dire avant la cathédrale de Chartres.
Pour cette partie de la cathédrale, la plus novatrice, le chapitre avait bénéficié des recettes liées à la possession toute récente de plusieurs reliques prestigieuses données à sa cathédrale par Nivelon de Quierzy après la quatrième croisade, où la prise de Constantinople par les croisés les avait mis en possession des trésors de la ville impériale. Le chapitre put utiliser une partie des sommes versées par les fidèles venus en masse vénérer les reliques, pour l'achèvement du chœur. Le chœur de la cathédrale, très vaste et lumineux, est donc construit entre 1197 et 1212À la même époque était commencée la rédaction d'un rituel, consignant les nouveaux usages liturgiques de la cathédrale. La communauté des chapelains fut réformée et singulièrement augmentée en 1210. Enfin, les chanoines, véritables détenteurs de la maîtrise d'ouvrage, prirent possession du chœur actuel en 1212 comme l'indique une inscription censée provenir du jubé maintenant scellée dans la chapelle sud du chœur : Anno milleno biscenteno duodeno hunc intrare chorum cepit grex canonicorum tertio idus maii (L'an 1212, le troisième jour des ides de mai – le 13 mai – le collège des chanoines fit sa première entrée dans le chœur)..
En 1212, non seulement le chœur est achevé, mais aussi la croisée, les arcades et le triforium de la dernière travée de la nef, ainsi que les deux bras du transept, le bras sud qui est conservé, et un bras nord, vraisemblablement symétrique, remplacé ultérieurement par le bras actuel. Un mur provisoire isolait la croisée de la nef encore en chantier. La nef à collatéraux nord et sud date des années 1212 à 1230. La façade occidentale de l'édifice date du milieu du .
La reconstruction du bras nord du transept est achevée dans le dernier quart du et terminée au début du siècle suivant par la construction de sa superbe verrière dotée d'une rosace..
Simultanément, la construction de la tour sud de la façade occidentale, inspirée de celles de Notre-Dame de Paris, avance, mais très lentement, d'autant plus que les travaux se retrouvent au point mort au milieu du à cause de la Guerre de Cent Ans.
Pillage et restauration de la cathédrale aux , En 1414 les Bourguignons assiègent la ville et laissent les habitants de Soissons s'emparer des pierres du chantier pour réparer leurs maisons endommagées. Tant et si bien qu'en définitive la tour sud ne recevra jamais la flèche initialement prévue. Plus grave encore, la cathédrale sera privée définitivement de sa tour nord par manque d'argent.
Le , l'évêque Jean Milet procède à la dédicace de la cathédrale dans un édifice inachevé. Cette date est considérée comme la fin de la période de construction du sanctuaire.
En 1567–1568, les huguenots occupent Soissons et vandalisent l'édifice : le mobilier est brûlé, les vitraux directement accessibles brisés, le trésor pillé, le petit clocher qui s'élevait à la croisée du transept est renversé et la statuaire des portails est gravement endommagée. L'édifice est réparé grâce à la libéralité de l'évêque Charles de Roucy qui cède à cet effet les revenus de son évêché pendant trois ans, le clergé des cathédrales voisines de Laon et Reims participent à cette entreprise.
De nouvelles stalles sont commandées en 1569, des grandes orgues sont livrées en 1628. Un nouveau jubé est élevé sur les fondations de l'ancien, c.-à-d. entre les piliers orientaux de la croisée : il est l'œuvre de Paul Le Grand, Liénard et Henri Gentillâtre de Reims.
Au , la cathédrale reçoit de nouvelles chapelles, celle dédiée au Sacré-Cœur sur le flanc sud de la nef et deux chapelles construites sur le flanc nord dédiées l'une à saint-Paul et l'autre à saint-Augustin. Le décor et le mobilier du chœur sont renouvelés entre 1767 et 1775 sous la direction d'Antoine Fourest, un artiste local, en suivant les plans établis par le sculpteur Michel-Ange Slodtz., décédé en 1764.
Les destructions de la Révolution et de l'Empire À l'époque de la Révolution française la cathédrale subit de nouvelles dégradations. Elle est fermée une première fois en 1793 et à nouveau en 1796. En 1798, les théophilanthropes détruisent les vestiges de décor, notamment aux portails. Après sa transformation en magasin d'habillement pour l'armée, l'église est rouverte et rendue au culte en 1799 et le premier évêque concordataire, Leblanc de Beaulieu, lance les premières restaurations, malheureusement très mal connues.
Le , une explosion se produit dans le magasin à poudre du bastion proche, endommageant gravement les vitraux du côté sud de la nef, ainsi que ceux de la façade. Ceux du chœur restent relativement épargnés, de même que les verrières du bras nord du transept, qui ne sont que criblés de trous. Une campagne de restauration d'urgence sera mise en place pour tenter de sauver et sécuriser les différents éléments restants.
Protection et restauration de l'édifice au En 1840, la cathédrale est classée parmi les monuments historiques., ce qui amorce quelques travaux mieux documentés. Les plus visibles à l'extérieur concernent le remplacement des arcs-boutants du bras sud, beaucoup plus légers à l'origine, et l'établissement, sur le modèle de la nef, d'une coursière à la base du toit du chœur, qui en était jusqu'alors dépourvu. À l'intérieur, on procède à la fin du à un décapage systématique des badigeons anciens, les joints sont systématiquement repris et soulignés, ce qui créa le fâcheux effet de grille, dont le bras nord du transept conserve les traces.. Les vitraux feront aussi l'objet d'une restauration entre 1860 et 1890, permettant de remédier aux erreurs des différentes revisites et restaurations précédentes, ayant par moments bouleversé l'organisation iconographique des baies.
Première Guerre mondiale, la cathédrale dévastée vignette|746x746px|centre|Vue de la cathédrale et de ses abords détruits par la guerre (1919).
Mais l'atteinte à l'intégrité de ce remarquable monument ne s'arrête pas pour autant. À peine restaurée, la cathédrale sert de cible durant les combats de la Première Guerre mondiale. Au sortir des hostilités, la partie supérieure de la tour de façade et les trois premières travées de la nef sont quasiment anéanties. Une longue restauration s'ensuit, confiée à Émile Brunet., Architecte en chef des Monuments Historiques, et terminée en 1937..
Dégâts occasionnés par la tempête de janvier 2017 Dans la nuit du 12 au , la rosace de la façade ouest a été éventrée par la force des vents lors de la tempête Egon, ce qui a également entraîné des dégâts sur l'orgue placé derrière la rosace..
Dimensions vignette|Plan de la cathédrale de Soissons.
La cathédrale a une longueur extérieure de , ce qui la classe parmi les grandes cathédrales gothiques de France (cathédrale Notre-Dame de Reims : , cathédrale Notre-Dame d'Amiens : , cathédrale Notre-Dame de Paris : ) ; Largeur extérieure de la nef : sans les chapelles latérales des travées 5 et 6 ; Largeur totale de la façade occidentale, contreforts latéraux compris : ; Largeur de la façade sans les contreforts latéraux : ; Largeur intérieure du vaisseau central : ; Taille des travées barlongues de la nef : 11,5 × ; Taille des travées des collatéraux : 5 × ; Largeur intérieure totale de la nef : ; Longueur intérieure du croisillon sud du transept : ; Longueur intérieure du croisillon nord : ; Longueur intérieure du transept : ; Largeur du transept sans ses collatéraux : ; Diamètre nord-sud des piliers de la croisée du transept : ; Hauteur sous voûte du chœur : . (Notre-Dame de Paris : ) ; Hauteur sous voûte du croisillon nord du transept : ; Hauteur sous voûte du croisillon sud du transept : . (Paris : ) ; Hauteur de la tour : . (Notre-Dame de Paris : ).