Marcel Ophuls (en Le père du réalisateur supprima à son arrivée en France le tréma (Umlaut) de leur pseudonyme, originellement orthographié Ophüls selon l'usage germanique pour des questions de prononciation. C'est donc cette graphie qui s'applique dans les pays francophones.) est un réalisateur, scénariste et documentariste franco-américain d'origine allemande, né le à Francfort-sur-le-Main et mort le à Lucq-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques).

Fils du réalisateur Max Ophuls (1902-1957), il a effectué l'essentiel de sa carrière en France, étant surtout connu pour ses documentaires sur la Seconde Guerre mondiale tournés au sein de l'ORTF. En écornant le mythe gaullien d’un pays rassemblé contre l’occupant allemandIsabelle Poitte , « Le Chagrin et la Pitié : la France de Vichy dynamitée : l’onde de choc salutaire d’une œuvre censurée », telerama.fr, 7 avril 2024., Le Chagrin et la Pitié, film-somme qu'il réalise en 1969, fait date dans l'histoire du cinéma documentaire autant qu'il marque l'opinion française et internationale.

Biographie Jeunesse Hans Marcel Oppenheimer naît à Francfort-sur-le-Main sous la république de Weimar. Son père est le réalisateur allemand Maximillian Oppenheimer dit Max Ophuls (1902-1957), sa mère l'actrice allemande Hildegard Wall (1894-1980)...

De confession juive, la famille se réfugie en France en 1933, après l'incendie du Reichstag et est naturalisée en « Oppenheimer (Max) et Wall (Lina-Hildegard-Wally) », Journal officiel de la République française du 5 juin 1938, .. Son père francise alors la graphie de son pseudonyme en abandonnant le tréma (Umlaut) qu'il juge trop « germanique », souhaitant tourner la page avec le pays qu'il a fui« C'est le moment de régler, une fois pour toute, la question du tréma. […] Mais l'exemple du principal intéressé, que ce chapeau incongru, complaisamment surajouté par certains de ses compatriotes voulant se donner des airs de germanistes distingués, mettait fort en colère (au point qu'il le fit effacer du générique du Plaisir : la trace en est encore perceptible), nous servira de caution ultime et - osons-nous espérer - irréfutable. » Cf. Claude Beylie, Max Ophuls, coll. « Cinéma d'aujourd'hui », Seghers, 1963, ; rééd. Lherminier, 1984 ().. Marcel fera de même lorsqu'il entamera sa carrière dans les années 1950« Marcel Ophuls insistait : pas d’umlaut (de tréma) sur son nom ! Fils du cinéaste juif allemand Max Ophüls, il avait fui l’Allemagne nazie avec ses parents, pour se faire naturaliser français en 1938, avant d’être contraint à un nouvel exil pour Hollywood. Ce souci d’orthographe, adoptant le choix de son père à son arrivée en France, gardait l’empreinte d’une Histoire agitée. » in . après avoir utilisé celui de Marcel Wall, d'après le patronyme de sa mère.

Après la défaite de 1940, la famille fuit à nouveau vers la Suisse, l'Italie et le Portugal avant de gagner les États-Unis. Installé à Hollywood, Max Ophuls y est ignoré par les studios et doit attendre 1946 pour tourner à nouveau.

De son côté, Marcel effectue ses études secondaires à la Hollywood High School puis à l'Occidental College de Los Angeles. Après avoir servi brièvement comme GI au Japon en 1946 avec le théâtre aux armées, il intègre l'université de Berkeley. Il obtient la nationalité américaine en 1950..

Carrière Après l'échec de l'aventure hollywoodienne, la famille rentre en France en 1950. Marcel Ophuls entame des études de philosophie qu'il abandonne rapidement pour assister de grands noms de la réalisation comme John Huston, Julien Duvivier et son père, avant de débuter lui-même assez discrètement dans la réalisation dans la mouvance de la Nouvelle Vague. Jean de Baroncelli, qui avait jugé sans enthousiasme son sketch de L'Amour à vingt ans, , voit dans Peau de banane , tout en remarquant que

Son film suivant, Faites vos jeux, mesdames avec Eddie Constantine, est un échec critique et commercial, le contraignant à travailler pour la télévision. Il réalise des reportages et du journalisme subjectif pour l'ORTF en 1966, notamment l'émission Zoom, et forme en son sein un groupe qui s'efforce, selon ses termes, d'« essayer de briser la censure gaulliste » et « surtout les bondieuseries ».. En 1967, il réalise deux émissions consacrées aux accords de Munich, puis quitte l'ORTF après Mai 68.

Après quelques téléfilms et comédies « sans prétention », il change radicalement de voie et de dimension en 1969, avec Le Chagrin et la Pitié : ce documentaire d'investigation sur l'occupation allemande à Clermont-Ferrand et sur le régime de Vichy, entre 1940 et 1944, dénonce ce que l'on appelle alors le . L'historien Pierre Laborie a critiqué la lecture de ce documentaire dans son essai Le Chagrin et le Venin.

C'est une véritable bombe pour les milieux tant cinématographiques que politiques. Encensé à l'étranger, le film est censuré par l'ORTF et n'est diffusé à la télévision qu'après l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.. Il est nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film documentaire.

Marcel Ophuls poursuit son œuvre sans toujours rencontrer le succès. Plusieurs de ses films, comme L'Empreinte de la justice et November Days ne bénéficient pas, en leur temps, d'une sortie dans les salles françaises, malgré leurs sélections dans des festivals internationaux. S'il obtient, en 1989, l'Oscar du meilleur film documentaire pour Hôtel Terminus : Klaus Barbie, sa vie et son temps (produit aux États-Unis), son film suivant, Veillées d'armes : Histoire du journalisme en temps de guerre, enregistre un grand succès critique mais peu d'entrées en salles.

Mort Marcel Ophuls meurt le à son domicile de Lucq-de-Béarn à l'âge de .., douze ans après le tournage de son dernier film, Un voyageur, encore inédit en salles.

Ses obsèques se déroulent dans la plus stricte intimité le , suivie par sa crémation à Labastide-MonréjeauAvis de décès sur larepubliquedespyrenees.fr..

Vie privée et engagements personnels Marcel Ophuls épouse en 1956 Regine Ackermann, avec laquelle il restera marié jusqu'à sa mort et aura trois filles.. Dans un entretien en 1988, il confie que bien que sa femme ait été élevée dans les jeunesses hitlériennes et le frère de celle-ci ait fait partie de la division blindée Hermann-Göring, il ne croyait pas à la « responsabilité collective ».

Il était membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Filmographie En tant que réalisateur Cinéma

Télévision sous le pseudonyme de Marcel Wall 1957 : Der Punkt auf dem i (« Les Points sur les i »), moyen métrage 1957 : Die Ballade vom Groschen (« La Ballade d'un sou »), court métrage 1958 : Standpunkte (« Points de vue »), court métrage 1958 : Darf ich mitspielen? (« Puis-je jouer ? »), d'après la pièce de Marcel Achard, Voulez-vous jouer avec moâ ?? 1958 : Das Pflichtmacht (« Le Devoir »), moyen métrage sous le pseudonyme de Marcel Ophuls 1967 : Munich ou la Paix pour cent ans, documentaire (172 min.). 1970 : Clavigo, téléfilm co-réalisé avec Fritz Kortner 1970 : À la recherche de mon Amérique (Auf des Suche nach meinem Amerika), mini-série 1970 : La Moisson de My Laï, documentaire (43 min.) 1970 : Zwei ganze Tage (« Deux jours entiers »), téléfilm d'après la pièce de Sacha Guitry, Faisons un rêve 1976 : L'Empreinte de la justice (The Memory of Justice), documentaireSorti en salles dans certains pays. (278 min.) 1980 : Kortnergeschichten (« Les Histoires de Kortner »), documentaire (47 min.) 1982 : Festspiele (« Festival »), téléfilm 1982 : Yorktown : Le Sens d'une victoire, documentaire (86 min.) 1990 : November Days, documentaire Initialement produit pour la télévision britannique pour la série Inside Story, épisode November Days: Voices and Choices (12.6), il a bénéficié d'une sortie en salles en 1991. (129 min.)

En tant que scénariste Cinéma 1960 : Matisse ou le Talent du bonheur, documentaire (20 min.) 1962 : L'Amour à vingt ans, sketch Munich 1963 : Peau de banane 1965 : Faites vos jeux, mesdames, également connu sous le titre Feu à volonté 1969 : Le Chagrin et la Pitié : Chronique d'une ville française sous l'Occupation, documentaire (270 min.) 1988 : Hôtel Terminus. Klaus Barbie, sa vie et son temps, documentaire (267 min.) 1994 : Veillées d'armes : Histoire du journalisme en temps de guerre, documentaire (224 min.) 2009 : Max par Marcel, documentaire (81 min.) 2013 : Un voyageur, documentaire autobiographique (106 min.)

Télévision sous le pseudonyme de Marcel Wall 1958 : Darf ich mitspielen? (« Puis-je jouer ? »), d'après la pièce de Marcel Achard, Voulez-vous jouer avec moâ ?? sous le pseudonyme de Marcel Ophuls 1967 : Munich ou la Paix pour cent ans, documentaire (172 min.) 1967 : Till Eulenspiegel, mini-série de Martin Frič 1970 : À la recherche de mon Amérique (Auf des Suche nach meinem Amerika), mini-série 1970 : La Moisson de My Laï, documentaire (43 min.) 1970 : Zwei ganze Tage, téléfilm d'après la pièce de Sacha Guitry, Faisons un rêve 1972 : À ceux qui perdent (A Sense of Loss), documentaire (135 min.) 1976 : L'Empreinte de la justice, documentaire (278 min.) 1980 : Kortnergeschichten (« Les Histoires de Kortner »), documentaire (47 min.) 1982 : Festspiele (Festival), téléfilm 1982 : Yorktown : Le Sens d'une victoire, documentaire (86 min.) 1990 : November Days, documentaire (129 min.)

En tant qu'acteur 1955 : Lola Montès de Max Ophuls (non crédité) 1980 : Egon Schiele, enfer et passion d'Herbert Vesely : le docteur Stowel 1982 : Festspiele de Marcel Ophuls : le clown 1983 : Liberty Belle de Pascal Kané : le professeur d'allemand 1984 : Das schöne irre Judenmädchen (« La Belle et Folle Jeune Fille juive ») de Götz Fischer : Medardus

Distinctions Élu membre de l'Académie des arts de Berlin en 1984 « Marcel Ophuls - Von 1984 bis 1989 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin (West), Sektion Film- und Medienkunst. Seit 1998 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Film- und Medienkunst » sur le site de l'Akademie der Künste.. ().

Récompenses Festival du film francophone de Dinard 1970 : Grand prix pour Le Chagrin et la Pitié. Chronique d'une ville française sous l'Occupation BAFTA 1972 : Meilleur programme télévisé étranger pour Le Chagrin et la Pitié Festival de Cannes 1988 : Prix FIPRESCI pour Hôtel Terminus : Klaus Barbie, sa vie et son temps Berlinale 1989 : Peace Film Award pour Hôtel Terminus Oscars 1989 : Oscar du meilleur film documentaire pour Hôtel Terminus Berlinale 2015 : Berlinale Camera

Nominations Oscars 1972 : Oscar du meilleur film documentaire pour Le Chagrin et la Pitié : Chronique d'une ville française sous l'Occupation César 1995 : César du meilleur film documentaire pour Veillées d'armes : Histoire du journalisme en temps de guerre

Publications Avec

Hommages En 2012, une rétrospective lui est consacrée la même année à la Cinémathèque française.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie . Fernande Bartfeld et Stéphane Kerber (éd.), « Regards sur Marcel Ophuls », Jérusalem, revue Perspectives, Magnès, 2017, 279 p. Revue de presse sur Marcel Ophuls sur marcelophulsdocs.blogspot.com.

Filmographie 2005 : Marcel Ophuls, paroles et musique, documentaire de François Niney et Bernard Bloch 2011 Marcel Ophuls et Jean-Luc Godard : La Rencontre de Saint-Gervais, documentaire de Frédéric Choffat et Vincent Lowy

Radio 2012 : Marcel Ophuls, sa vie, son œuvre, son siècle, documentaire de Stéphane Brou, France Inter, 39 épisodes de 10 min, diffusés entre le et le .

Liens externes

« Entretien avec Marcel Ophuls à propos de Le Chagrin et la Pitié », Jeune Cinéma , .

Catégorie:Réalisateur français de cinéma Catégorie:Réalisateur américain de cinéma Catégorie:Réalisateur allemand de cinéma Catégorie:Documentariste français Catégorie:Documentariste américain Catégorie:Documentariste allemand Catégorie:Max Ophuls Catégorie:Personnalité liée à la Shoah en France