est un film japonais de Mikio Naruse, son dernier, sorti en 1967.

Synopsis Yumiko et Hiroshi Eda vivent un bonheur parfait : fonctionnaire au ministère du Commerce extérieur et de l'Industrie, Hiroshi vient d'être muté à Washington, et Yumiko apprend qu'elle est enceinte de trois mois. Peu après, Hiroshi meurt dans un accident de la route. Aux funérailles se présente Shirō Mishima, le conducteur responsable ; Yumiko lui voue une haine profonde. L'enquête conclut à une défaillance mécanique (un pneu qui a éclaté) : il est acquitté. Sa société veut l’éloigner afin d’éviter une mauvaise publicité concernant la mort d'un fonctionnaire du ministère, car une prostituée se trouvait aussi dans la voiture avec le client de Shirō. Il est donc muté à Aomori et ses fiançailles avec la fille de son directeur sont rompues. Rongé par la culpabilité, il s'engage à verser à Yumiko 15 000 yens par mois pendant dix ans, grâce à l’intermédiaire de Fumiko, la sœur de Yumiko.

Yumiko perd l'enfant qu'elle attendaitLa scène, filmée dans un hôpital, reste ambiguë à l'écran. Plusieurs sources l'interprètent comme un avortement (dont Catherine Russell), motivé par la précarité financière de Yumiko, d'autres évoquent au contraire une fausse couche.. Peu de temps après, les parents d'Hiroshi la font rayer du registre familial, ce qui met fin à sa pension de réversion. Ne trouvant à Tokyo que des emplois subalternes et contrainte par la précarité, elle retourne dans sa région natale près du lac Towada, non loin d'Aomori, où Mishima se trouve déjà. C’est là-bas que sa belle-sœur Katsuko, veuve de son frère, dirige l’auberge familiale Shinohe Ryokan où Yumiko devient hôtesse.

À Aomori, elle refuse l'argent de Mishima, mais leurs rencontres se répètent malgré eux puisqu'ils travaillent tous les deux dans le divertissement hôtelier, et des sentiments, teintés de culpabilité et de rancune, se nouent entre eux, en dépit du refus initial de Yumiko d'éprouver le moindre sentiment pour l'homme responsable de la mort de son mari. Elle le veille même quand il tombe malade lors d’une de leurs visites au lac. Mais finalement, elle lui demande de partir. Il est muté à nouveau, cette fois à Lahore, au Pakistan, poste redouté de tous ses collègues. Alors qu’elle assiste au repêchage de deux amoureux qui se sont suicidés dans le lac, sous le coup de l’émotion, elle se rend chez lui. Lors du trajet vers une auberge reculée, tous deux sont témoins d'un tragique accident sur une route de montagne qui fait resurgir le poids du passé : Yumiko comprend qu'elle et Mishima ne pourront jamais être ensemble. Alors que le train s’éloigne, emmenant Mishima au loin, Yumiko reste seule au bord du lac Towada.

Fiche technique Titre français : Nuages épars Titre original : Titres anglais : Scattered Clouds ; Two in the Shadow Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Musique : Tōru Takemitsu Photographie : Lumière : Montage : Eiji Ōi Son : Mixage : Décors : Société de production : Tōhō Société de distribution : Tōhō ; Les Acacias (France) Pays d'origine : Langue originale : japonais Format : couleur (Eastmancolor) — Tohoscope 2,35:1 — 35 mm — son mono Genre : mélodrame Durée : 108 minutes (métrage : huit bobines - ) Dates de sortie : Japon : France : .

Distribution Yūzō Kayama : Shirō Mishima Yōko Tsukasa : Yumiko Eda (puis Shinohe) Mitsuko Kusabue : Fumiko, la sœur aînée de Yumiko Yū Fujiki : Ishikawa, le mari de Fumiko Mitsuko Mori : Katsuko Shinohe, la belle-sœur de Yumiko, veuve de son frère (apparition spéciale) Yoshio Tsuchiya : Hiroshi Eda, le mari de Yumiko Mie Hama : Junko, fille du directeur général Takeuchi Nobuo Nakamura : Takeuchi, le père de Junko, directeur général Daisuke Katō : Yūzō Hayashida, l’amant de Katsuko : Fujiwara, le chef du département, le supérieur de Shirō Kumeko Urabe : Nui Mishima, la mère de Shirō Fuyuki Murakami : directeur du bureau de la promotion des exportations au ministère du Commerce extérieur et de l'Industrie : Inoue, directeur adjoint veuf : un touriste canadien client de Shirō Gen Shimizu : un client de Shirō : un client de Shirō : le directeur du département de promotion des exportations Bokuzen Hidari : un vieil homme dans le bus : le manager Gen : le père de Hiroshi Eda : une parente de Hiroshi : une employée de bureau (créditée : Sakayu Nakagawa) : le médecin : le chef du bureau forestier : Kasai, un chef : conseiller au ministère du Commerce international et de l'Industrie : membre du personnel de la Division de la comptabilité, ministère du Commerce international et de l'Industrie Harue Akagi : la propriétaire dansant le : la serveuse de café maladroite Coopération de l'Association touristique de Towada

L'analyse de Catherine Russell Dans son ouvrage (2008), Catherine Russell voit Nuages épars, dernier film de Mikio Naruse, comme le point d'aboutissement de toute son œuvre : elle y retrouve « l'accident de voiture, la veuve, l'idylle malheureuse, le monde de la geisha et de l'entraîneuse, le salaryman muté, les décors architecturaux traditionnels, la ville, et enfin un retour à la campagne d'Aomori » (p. 389), le tout porté par « la plus belle utilisation du Tohoscope couleur » de la carrière du cinéaste (p. 389) et par la musique de Tōru Takemitsu, seule collaboration de Naruse avec ce compositeur. Elle estime que le film « atteint une forme de mélancolie qui en fait l'un des mélodrames les plus puissants du réalisateur » (p. 389). Yumiko (Yōko Tsukasa), veuve dont l'élégance « devient particulièrement déplacée à Aomori » (p. 390-391) — « sa coupe à la Jackie Kennedy » jurant avec le kimono du ryokan (p. 391) —, et Mishima (Yūzō Kayama), le conducteur responsable de l'accident devenu son amour impossible, se retrouvent réunis par le hasard de leurs mutations dans le même secteur du tourisme hôtelier ; Russell y voit l'incarnation d'un idéal de gentleman occidentalisé, adepte de l'éthique des « dames d'abord », concept « introduit au Japon par des étrangers durant l'ère Meiji et renforcé pendant l'occupation américaine » (p. 395). Elle note que le scénario, dû à — peut-être l'un de ces « puissants scénaristes masculins » dont Hasumi et Yamane affirment qu'ils malmenèrent Naruse à ce stade de sa carrière (p. 391) —, est néanmoins transcendé : « le film s'élève aussi clairement au-dessus de son scénario grâce à sa mise en scène élégante » (p. 391). Convoquant la notion d'akogare, ce désir ou cette idéalisation de l'Occident que Karen Kelsky décrit comme « le mot le plus souvent employé, par les femmes et à leur sujet, pour dire leur rapport à l'Occident » (p. 395), Russell voit dans le renoncement final de Yumiko l'expression d'un désir qui « s'ouvre sur un ailleurs débordant les limites du cinéma de Naruse lui-même » (p. 396). Elle situe d'ailleurs ce mélodrame spectaculaire, provoquant selon elle « des comparaisons avec les mélodrames de Sirk des années 1950, où l'excès stylistique peut être lu comme une forme de critique idéologique » (p. 396). Elle conclut que ce dernier film, trop vite éclipsé par la Nouvelle Vague, appartient à ces œuvres tardives qu'elle qualifie de « textes du désir, de la perte et de la survie » (p. 397).

Distinction Le film figure à la 4e place du classement des dix meilleurs films japonais de l'année 1967, établi par la revue Kinema Junpō (41e édition).

Notes et références

Liens externes

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