vignette|redresse=1.4|Terril de Pinchonvalles, espace naturel protégé par arrêté préfectoral de biotopeListe des Arrêtés préfectoraux de biotope, Base de données des espaces protégés, à Avion masquant Lens vu de Givenchy-en-Gohelle (mémorial canadien). thumb|Une halde à flanc de colline à Plancher-les-Mines.

Un terril //, un terri ou une halde est une colline artificielle formée par accumulation de résidus miniers produits par l'exploitation minière. Les débris rocheux provenant des charbonnages sont composés surtout de schistes houillers et, en plus petite quantité, de grès carbonifères et de résidus de charbon.

Dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, près de 340 terrils ont été recensés dans les années 1970, à des fins d'exploitation. Entassement souvent conique, il prend le nom de verse, de terrasse ou de terril plat quand l'accumulation forme un plateau.

Dans certaines régions, notamment le Sud et l'Est de la France, dans le bassin de La Grand-Combe, à Saint-Étienne, anciennement à Longwy ou dans la Vallée de la Fensch, on parle également de crassier (terme emprunté au vocabulaire de la métallurgie : tas de scories de haut fourneau).

Les remblais des carrières sont parfois aussi appelés terrils.

Étymologie vignette|gauche|Un terril au Borinage, 1885, Constantin Meunier.

Selon le Trésor de la langue française informatisé, le mot vient du wallon tèrri, qui désignait déjà vers 1300-1400 l'amas de terre et de pierre que l'on retirait du sol pour exploiter une mine. Le mot a pu se confondre avec le terme « stériles minières » désignant notamment les résidus issus du triage.

Selon le journaliste Guy Cattiaux, l’orthographe « terril » aurait été popularisée en 1906, lors de la catastrophe de Courrières.. Selon l’anecdote qu’il cite, un journaliste parisien, qui, voulant en savoir l’orthographe, aurait mal été renseigné par un mineur qui aurait dit que cela s’écrivait comme « fusil ». Cependant on trouve déjà l’orthographe « terril » en 1879 en Belgique, cité par . Le terme s’écrivait auparavant terri et se prononce encore localement ainsi. Toutefois, la prononciation terril s'est répandue au , surtout hors du bassin minier.

Présentation vignette|gauche|Terril à Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais) montrant un « angle de talus naturel ». vignette|droite|Le Monte Kali à Heringen.

Un terril peut être de forme conique, et constituer alors un élément marquant du paysage, ou bien plat et s'y fondre complètement, surtout si la végétation s'y est installée. Le terril houiller le plus haut d'Europe se trouve à Loos-en-Gohelle dans l'ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais : il est constitué d'un massif de cinq terrils, dont deux cônes d'environ de hauteur, culminant à , dépassant ainsi le plus haut sommet de la Flandre, le Mont Cassel.

Le plus grand et plus haut terril issu de l'exploitation de la potasse (Kaliberg, « Kalium » étant le potassium en allemand et Berg étant la montagne) se situe pour sa part à Heringen, dans le Land de Hesse. Il est composé pour 96 % de chlorure de sodium. Ses dimensions atteignent de hauteur, de longueur et de largeur pour une surface de , représentant une masse estimée à de tonnes, à laquelle s'ajoutent quotidiennement de déchets de l'exploitation.. Il est connu localement sous le nom de Monte Kali, et pose de graves problèmes écologiques, notamment la salinisation de la nappe phréatique résultant du lessivage du terril par l'eau de pluie.. Le Kaliberg de Philippsthal, voisin, est à peine moins imposant.

Les terrils présentent souvent une grande richesse écologique lorsqu’ils ne sont pas toxiques et stériles. À titre d'exemple, le terril d'antimoine d'Ouche (Cantal) est vierge de toute végétation malgré son âge de plusieurs décennies.

Au fil du temps, ils ont été colonisés par toutes sortes de plantes et animaux, quelquefois étrangers à la région. Cette diversité découle en partie de l'exploitation minière. Par exemple, parce que les mineurs jetaient leurs trognons de pommes ou de poires dans les wagonnets de charbon, les terrils abritent aujourd'hui une centaine de variétés plus ou moins oubliées d'arbres fruitiers. Il y a aussi prolifération de l'oseille à feuilles d'écusson, dont les semences ont été apportées dans les rainures du bois de sapin utilisé dans les mines. De plus, par sa couleur sombre, la face sud d'un terril est significativement plus chaude que les environs, ce qui contribue à la diversité écologique du lieu.Ainsi, le grand terril plat dit terril de Pinchonvalles, situé à cheval sur les communes de Liévin et Avion, rassemble de plantes supérieures et des habitats d'intérêt patrimonial, pour lesquels il a fait l'objet d'un classement de protection. Une trentaine d'espèces d'oiseaux y nichent.

Certains terrils abritent des vignobles comme celui du terril 7 des Charbonnages de Mariemont-Bascoup, à Chapelle-lez-Herlaimont en Belgique, qui produit de vin par an. La gestion du vignoble est assurée par la société Tervigne. Ce terril est également un de ceux qui ont été plantés d'essences d'arbres indigènes (hêtre, chênes, tilleuls, merisier, ..) ou exogènes (pin de Corse, douglas, séquoia...) rappelant que le nom de "stériles" donné aux résidus de la mine ne signifie pas "ne contenant pas de vie", mais "ne contenant pas les minéraux faisant l'objet de l'exploitation".

Types

Plats Les terrils plats sont très répandus au et , le déversement est fait horizontalement sur la longueur. Ils ont souvent une largeur variable. Ils peuvent également être déversés à flanc de colline.

Coniques Ces terrils sont construits par des déversements verticaux, lui donnant une forme de cône, ce type est particulièrement répandu au .

Tronqué Ce type est identique au précédent mais avec un sommet plat.

Modernes Les terrils modernes sont formés d'un ensemble de terrils coniques et sont plus massifs. Ce type est apparu avec les grandes infrastructures construites après la Seconde Guerre mondiale.

Cavaliers

Ce sont des terrils plats utilisés pour installer des voies ferrées.

Écologie des terrils Les terrils présentent des caractéristiques écologiques uniques du fait de leurs matériaux et de leurs albédo. En surface se forment des néosols où l'on trouve des communautés pionnières de bactéries, champignons et lichens, puis plantes et animaux, parfois exotiques et parfois extrémophiles en raison d'une température anormalement élevée pour leur zone géographique et/ou en raison de phénomènes d'acidification dus au drainage minier acide.... qui affecte aussi les nappes sous-jacentes ou périphériques (parfois de manière atténuée, par exemple la nappe de la craie est enrichie en sulfates et différentes métaux dans le Nord-Pas-de-Calais, mais modérément, grâce à l'effet tampon du contexte géologique calcaire)Denimal Sophie (2001). Thèse de doctorat en « Géologie, Géochimie et Géophysique Sédimentaires » : Impact des terrils houillers du bassin minier Nord-Pas-de-Calais sur la qualité des eaux de la nappe de la Craie. Université des Sciences et Technologies de Lille, Lille, soutenue le 20 décembre 2001 |url=https://www.researchgate.net/profile/Sophie-Denimal/publication/260748778_Impact_des_terrils_houillers_du_bassin_minier_Nord-Pas-de-Calais_sur_la_qualite_des_eaux_de_la_nappe_de_la_craie/links/0f31753230adb4e95a000000/Impact-des-terrils-houillers-du-bassin-minier-Nord-Pas-de-Calais-sur-la-qualite-des-eaux-de-la-nappe-de-la-craie.pdf ou de teneurs élevées en produits toxiques ou radioactifs. Les bactéries et des champignons éventuellement thermophiles Evans, H. C. (1971). Thermophilous fungi of coal spoil tips: II. Occurrence, distribution and temperature relationships. Transactions of the British Mycological Society, 57(2), 255-266 (résumé). permettent l'apparition d'un néosol pauvre en certains nutriments. De simples friches après plusieurs décennies de renaturation plus ou moins spontanée, certains sont devenus des hot-spots de biodiversité à l'échelle de leur régionSader M.J (2018) Terrils miniers : de la friche au hotspot de la biodiversité. Dans le bassin minier du Nord de la France, les terrils sont devenus au fil du temps des habitats pour des espèces inédites (Reportage vidéo sur les terrils de Harnes et d'Estevelles respectivement gérés par le Conservatoire d'espaces naturels du Nord et du Pas-de-Calais et le Syndicat mixte Eden 62)..

Combustion interne et conséquences environnementales

Les plus anciens des terrils houillers contenaient assez de houille pour entrer en combustion lente (réaction d'oxydation), spontanément ou à la suite d'un incendie de surfaceThiery V, Sokol EV, Masalehdani MNN & Guy B (2013) La combustion des terrils, Géochronique, 127, 23-25 (PDF, 6 pages)... Daniel Ghouzi, au début des années 1980, a estimé que dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, un terril sur trois était entré en combustion, soit 74 terrils (Ghouzi, 1982, cité par Thiery V Thiery V (2013) La combustion des terrils. Géochronique, 127, 23-25 voir du pdf.).

Souvent le phénomène est peu visible (hormis en thermographie infrarouge au sol ou aérienne, qui permet aussi une couverture plus importante d'observation Carpentier O, ANtczak E, Defer D et Duthoit B (2003) Surveillance d'un terril conique en combustion par couplage de relevés topographiques et de thermographie infrarouge, Après-mines 2003, 5-7 février 2003, Nancy.), et de ses impacts environnementaux immédiats et différés sont également discrets ou différés (notamment sur la santé publique et celle des riverains). En outre, le coût élevé d'une extinction conduit généralement à attendre l'extinction naturelle de la roche carbonée, ce qui peut nécessiter plusieurs décennies ( le terril d'Avion a brûlé durant des décennies ; celui de la Ricamarie (42) au moins depuis les années 1950 Thiery V (2013) La combustion des terrils, Géochronique, 127, 23-25 voir p 2 et 3/6. et en Inde un terril brûle depuis plus d'un siècle). Malgré ces impacts environnementaux, la combustion interne des terrils est parfois encore entretenue (par injection d'eau), comme celle du terril Saint-Pierre à La Ricamarie (à proximité de Saint-Étienne dans la Loire). En effet, les hautes températures provoquées par la combustion (plus l'oxydation) du schiste houiller provoquent un thermométamorphisme de ce dernier, qui confère des propriétés nouvelles aux roches, intéressantes pour les sous-couches des infrastructures routières. Les schistes et les grès deviennent rouges, d'où le nom de schistes rouges. Des projets d'exploitation géothermique de chaleur minière in situ ont été étudiés Karwasiecka M (2001) The geothermal field of the Upper Silesian Coal Basin. In: Proceedings of international scientific conference “geothermal energy in underground mines” 21–23 Nov 2001, Ustroń, Poland, pp 41–49, mais ils sont rendus difficiles par les conditions instables. et très corrosives du terril en combustion.

C'est l'une des séquelles minières (rétrospectivement repérable par la teinte rouge brique alors prise par les schistes), à gérer dans le cadre de l'après-mine. Une combustion peut survenir dans tout crassier contenant encore du charbon, mais aussi en profondeur dans le sous-sol à l'intérieur de mines désaffectées. L'extinction de tels incendies nécessite généralement un décaissage complet, opération le plus souvent impossible à réaliser pour des raisons techniques et financières. L'arrosage est en effet inefficace et l'injection d'eau sous pression contre-productive du fait de l'oxygène apporté (il existe même un risque d'explosion).

Cette combustion en profondeur pose plusieurs problèmes :