L'église Saint-Martin est une église catholique, classée aux Monuments Historiques, située sur la commune de Landiras, dans le département de la Gironde, en France.
Localisation L'église, dédiée à Martin de Tours, se trouve au centre du bourg de Landiras, à proximité de la mairie.
Historique
Il existait déjà au une église dont le chevet et le transept avaient l’ampleur de ceux de l'édifice actuel.
Le premier remaniement date de la fin du ou du début du , par une construction en pierre de taille. L’église, de plan en croix latine, comportait une seule nef, un transept, dont chaque bras est pourvu d'une (absidiole), et une abside semi-circulaire. Au l'édifice a été agrandi par l’adjonction d'un bas-côté au nord, flanqué de trois contreforts. En 1765 un nouveau clocher est édifié, accolé au portail roman. 1838-1839, construction du bas-côté sud et reconstruction de l’absidiole nord pour servir de sacristie, afin de répondre à l’augmentation de la population du village. Les nefs sont voûtées en briques. 1865-1868, nouvelle démolition de l'absidiole nord et reconstruction en symétrique de celle du sud. 1980, le chœur est rénové. 2006-2007, des peintures murales, révélées par des sondages en 2002, ont été dégagées et restaurées, au mur nord du transept. Elles datent probablement du . Elles illustrent en partie basse les « travaux des mois ». Seuls septembre, octobre et novembre sont bien visibles.
L'édifice a été classé au titre des monuments historiques par arrêté du pour son chevet, par arrêté du pour son transept, et inscrit en totalité par arrêté du .
L'extérieur de l'église
La partie romane de l'église est : Le portail dont l'archivolte, en plein-cintre, ne porte aucune décoration. L'abside. Aujourd'hui l'abside est éclairée par neuf baies symétriques, ceci date de la deuxième moitié du , car un dessin. de l'église fait par Léo Drouyn en 1846 montre que : les deux baies encadrant la baie axiale n'existaient pas ; la première baie au sud avait été agrandie en grande baie gothique ; la dernière baie au nord était murée et l'absidiole nord de l'époque avait une baie cintrée, comme l'abside ! L'absidiole sud, dont la corniche est supportée par 14 modillons sculptés. Le transept. dont chaque bras est éclairé d'une baie.
L'absidiole nord a été totalement reconstruite en milieu du .
Un petit mystère : Sur la façade nord et sur la façade sud de l'abside, à une hauteur d'environ un mètre du sol, se trouvent des ouvertures rectangulaires, aujourd'hui murées. Plusieurs hypothèses ont été proposées :
Elles auraient permis aux pèlerins pressés de Saint-Jacques de Compostelle une dévotion rapide, sans entrer dans l'église, cars ils avaient l'obligation de le faire dans tous les lieux de culte rencontrés en chemin. Ce sont des veyrines qui servaient à introduire dans l'église les nourrissons lors de leur baptême. Elles auraient permis aux lépreux, pestiférés et cagots, d'assister aux Offices, tout en étant séparés des participants sains.
Relativement peu d'églises sur les chemins de saint Jacques de Compostelle ont des ouvertures spécifiques pour des 'dévotions rapides', et, si un bon nombre d'églises en Aquitaine ont des veyrines avérées, il est difficile de concevoir la nécessité d'en avoir deux et, de plus, éloignées des fonts baptismaux. Il est vrai qu'au la région a été décimée par la peste. Des paroisses voisines, comme Brax et Saint-Martin-de-Lassats ont totalement disparu. Donc, parmi les fidèles à cette époque, il est probable que bon nombre étaient malades. Mais les ouvertures pour les cagots étaient toujours au côté nord et très éloignées du sanctuaire.
La réalité est beaucoup plus prosaïque. Un croquis<ref>Archives départementales de la Gironde, série O, Landiras. </ref> de Bertin et Gaubin, daté de 1837 et qui se trouve aux Archives départementales de la Gironde, montre qu'il y avait une sacristie au nord et l'ouverture était simplement sa porte d'entrée. Cette construction avait été démolie quand Léo Douyn a fait son dessin en 1846.
L'absidiole sud
Les seules sculptures se trouvent sur la corniche, qui est supportée par quatorze modillons sculptés. Ils datent de la fin du ou du début du . Ces modillons sont typiques de la fin de l'époque romane, du début du style gothique. Les leçons de moralité (voir Iconographie des modillons romans), caractéristiques de la sculpture romane, ont été remplacées par des thèmes plutôt géométriques.
En effet seulement deux des modillons sont figurés : N°4 où on voit la tête d'un homme écrasée par le fardeau du poids d'une barrique qu'il porte sur les épaules (On trouve une représentation semblable sur un chapiteau de l'abside, où l'homme porte un poisson énorme sur les épaules.) N°6 où deux oiseaux boivent dans le même calice. Huit modillons (N° 1, 3, 7, 9, 11, 12, 14, 15) sont ornés d'un décor d'entrelacs de diverses formes. Des rinceaux variés décorent les modillons N° 2, 5, 8, 13.
L'abside
L'abside est percée de neuf baies. Chaque baie est couverte d'un arc en plein cintre qui retombe sur deux chapiteaux surmontant des colonnettes à base circulaire et moulurée. L'archivolte, quand elle existe, retombe sur une frise continue à double délardement, prolongeant les tailloirs, formant imposte.
Les chapiteaux sont tous formés d'un astragale torique, d'une corbeille et d'un tailloir.
Les neuf baies de l'abside
Baie N°1 : À gauche, un lion rampant, avec sa queue rentrante puis remontante et fleurdelisée. La corbeille à droite est décorée avec des pommes de pin et crosses.
Baie N°2 : À gauche, on a une représentation du Porteur de poisson géant, qui est un classique des modillons romans en Aquitaine, pour rappeler le poids des péchés. À droite, la corbeille est couverte avec la représentation d'un équidé.
Baie N°3 : La corbeille à gauche est décorée avec des pommes de pin et végétaux, mais sur l'angle se trouve une représentation d'un lapin ou d'un lièvre couché. Quand on examine la sculpture en détail on peut distinguer les yeux, le museau, les oreilles et l'arrière-train de l'animal. Le lapin était aussi un thème populaire des modillons romans et symbolisait la luxure. À droite un homme qui porte une houe ou une herminette.
Baie N°4 et baie N°6 sont sans sculpture.
Baie N°5 : La corbeille à gauche est décorée avec des pommes de pin et rinceaux ; celle de droite avec un entrelacs de feuillage.
Baie 7 : Pommes de pin et feuillage (chapiteaux droit et gauche), boucles (archivolte) ;
Baie 8 : À gauche : Feuilles d'eau ; à droite : rinceaux-entrelacs ;
Baie 9 : À gauche deux poissons à dents acérées s'affrontent sur l'angle de la corbeille ; au-dessus, une grappe de raisins. À droite deux oiseaux picorant une pomme de pin.
Les modillons de la corniche
La corniche de l'abside est supportée par 38 modillons dont dix sont sculptés. Ils datent de la fin du ou du début du .
Les modillons sont numérotés du sud vers le nord de l'abside.
L'absidiole nord
L'absidiole nord a été rebâtie, démolie et reconstruite, avec une forme identique à l'absidiole sud, entre 1837 et 1868.
La baie axiale est encadrée de colonnes avec chapiteaux non-sculptés, comme pour l'absidiole sud. Les modillons qui supportent la corniche sont tous sans décor.
Le transept
Chaque bras du transept est surmonté d'un mur-pignon et éclairé par une baie.
Les seules sculptures sur l'extérieur du transept se trouvent sur les chapiteaux et archivoltes qui encadrent ces baies.
Baie nord : À gauche, un masque diabolique sur l'angle de la corbeille crache des rinceaux. Sur le chapiteau de droite, deux oiseaux s'affrontent pour béqueter une grappe de raisin ou pomme de pin. L'archivolte est décoré avec des torsades.
Baie sud : Les deux chapiteaux portent un décor végétal ; à gauche des feuilles de chêne et à droite des feuilles d'eau. Les tailloirs sont décorés avec des festons en opposition à gauche et feston et rinceaux à droite.
L'intérieur
Lors de la construction des collatéraux, au et au , des ouvertures en plein cintre ont été percées dans les deux travées de la nef.
La sculpture romane de l'église est concentrée sur les chapiteaux qui supportent les arcs du carré du transept, les entrées des absidioles, l'arc triomphal, l'arc du chœur et l'abside.
Les quinze vitraux de l'église sont l’œuvre de maîtres-verriers.
Dans l'allée centrale de la nef, une croix de Malte est dessinée sur le dallage.
Le mobilier de l'église est très riche en statues, tableaux et articles liturgiques.
L'abside et le chœur
Arc triomphal
Les deux chapiteaux de l'arc triomphal sont des exemples exceptionnels de la sculpture romane : au nord, Daniel bénissant les lions et au sud, des félins crachant des rinceaux.
Le « Daniel dans la fosse aux lions » constitua un stéréotype majeur de l'imagerie chrétienne à partir de l'an mil jusqu'au du . Plus de 25 % des églises romanes en Aquitaine en ont une représentation. Selon le récit biblique, Daniel fut jeté aux lions par deux fois. La première fois par Darius II pour un jourLivre de Daniel, chapitre VI, versets 2-29. (Texte intégral). et la deuxième fois par Cyrus le Jeune, pendant une semaineLivre de Daniel, chapitre XIV, versets 23-42 (Texte intégral.).
Le chapiteau de l'arc triomphal relate la deuxième épisode ; un chapiteau de l'abside relate le premier épisode.
Chapiteau Nord : Daniel dans la fosse aux lions (II) Sur la face principale on voit Daniel debout, les pieds sur l'astragale. Il est vêtu d'une tunique longue et porte une cape fermée par une broche ronde. Dans le main gauche, il tient un livre et bénit de la main droite. Derrière lui se trouve un décor simple de crosses sur les angles de la corbeille.
À sa droite, sur la petite face de la corbeille, se trouvent deux bêtes, des « lions » superposés. La première bête, avec ses pattes sur l'astragale, a une tête de loup ; sa queue est rentrante et se termine en pointe de lance. Sur le flanc on voit une croix équilatérale (crux immissa) inscrite dans un cercle. Les fauves tatoués du signe de la croix sont des images blasphématoireson trouve des bêtes tatouées dans les églises de : Saint-Martin de Sescas ; Saint-Macaire ; Ganagobie et La Motte-de-Galaure) et les modillons représentant un monstre diabolique en train de manger une hostie estampillée avec une croix sont légion (voir l'Eucharistie sacrilège dans Iconographie des modillons romans, des préfigurations de l'Antéchrist. Le deuxième lion, à tête de cochon, ne porte pas de croix. Sa queue, d'abord rentrante, puis remontante, se termine fleurdelisée. Le premier lion lèche le pied droit de Daniel, le second tend la langue vers son bras droit.
À sa gauche, sur l'angle et sur la petite face de la corbeille, se trouvent deux personnages et un oiseau.
L'homme sculpté sur l'angle est richement habillé en tunique courte et cape. Il est à genoux. Avec ses deux mains il s'agrippe à la cape de Daniel. Derrière lui se trouve le deuxième personnage, également richement habillé. Il est debout et tient la cape de l'homme à genoux ; l'oiseau est perché sur sa tête. La présence de deux hommes sur la petite face pose un problème. Selon le récit biblique, Habacuc, un petit prophète, reçoit de Dieu l'ordre de porter un repas à Daniel et il est transporté de Palestine à Babylone par un ange, qui le tient par les cheveux. On peut interpréter l'oiseau comme l'ange et, dans ce cas, Habucuc est le deuxième homme ; mais qui est le premier homme ? Si Habacuc est le premier homme, il s'agrippe à la cape de Daniel, mais il n'apporte rien à manger !
Le tailloir du chapiteau est décoré avec un entrelacs simple de rinceaux et de feuilles.