Maryam, Mariam, Meryem, ou Merieme (en ) est la mère de ʿĪsā, nom attribué à Jésus dans le Coran et la tradition musulmane. Maryam est la forme araméenne du nom « Marie », alors que Myriam en est la forme en hébreu.
À la suite du Nouveau Testament, l'islam professe la conception virginale de Jésus/ʿĪsā en son sein. Elle est la seule femme nommément citée dans le Coran et la sourate (Marie) porte son nom"Marie" dans Dictionnaire du Coran, p. 535 et suiv.. Elle est d'ailleurs citée plus souvent dans le texte coranique que dans le Nouveau Testament.
Le prénom Maryam est courant parmi les musulmanes.
Origine des récits Le nom de Maryam est davantage cité dans le Coran que celui de Marie dans le Nouveau TestamentGuillaume Dye dans Jésus et l'islam, documentaire de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat diffusé sur Arte en 2015, épisode. (respectivement 34 fois et 19 fois)..... Les récits entourant Maryam s'inspirent à la fois des écrits chrétiens canoniquesSelon Mourad, le récit de la sourate 19 s'inspire directement de l'Évangile de Luc ou du Diatessaron. mais aussi de la riche littérature apocryphe dont certaines traditions ont eu une longue pérennité. Selon Claude Gilliot, « la place que Marie occupe dans les apocryphes chrétiens, c'est le terreau du Coran »Jésus et l'islam, documentaire de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat diffusé sur Arte en 2015, . ; le Protévangile de Jacques, par exemple (apocryphe du très répandu dans le christianisme oriental), fait de Marie un personnage central et aurait inspiré en particulier le récit de l'Annonciation dans le Coran (sourate 19, versets, 17-21). De même, la naissance miraculeuse de Jésus apparaît dans l'évangile apocryphe du Pseudo-Mathieu. La vocalisation du nom indique une source chrétienne de ce nom et non une origine hébraïqueA. Jeffery, Foreign vocabulary of the Qur’ān, Baroda 1938, s.v..
Pour Mourad, « Par conséquent, si l’on suppose que le Coran reflète bien le milieu religieux du prophète Mahomet et son mouvement, ils étaient alors en contact avec des groupes chrétiens qui utilisaient, entre autres sources, l’Évangile de Luc ou le Diatessaron et le Protévangile de Jacques. Ceci, à mon avis, va dans une direction : ces groupes chrétiens doivent avoir observé un type de christianisme dominant et ne pouvaient pas être des chrétiens hérétiques ». En outre, après avoir critiqué la non-fiabilité des exégètes musulmans médiévaux, l'auteur ajoute : « ils n'étaient pas désireux de comprendre exactement la forme de christianisme avec laquelle le prophète Mahomet était entré en contact, probablement par crainte qu'une telle enquête n'implique de leur part l'acceptation d'une influence chrétienne sur Mahomet, le Coran et la religion de l’islam, ce qui devenait graduellement de plus en plus inacceptable dans le discours islamique ».
La famille de Maryam Le Coran fait référence à Maryam comme faisant partie de la maison d'Imran (en hébreu : Amram). L'interprétation religieuse est que Maryam est la fille d'ImranSourate 66 (At-Tahrim/L'Interdiction), verset 12 : « De même, Marie, la fille d'Imran qui avait préservé sa virginité; Nous y insufflâmes alors de Notre Esprit. Elle avait déclaré véridiques les paroles de son Seigneur ainsi que Ses Livres: elle fut parmi les dévoués. », dont le nom a été donné à la sourate du Coran (Al-Imran/La Famille d'Imran). Pour autant, il n'est pas certain, le nom donné au père de Marie par les traditions chrétiennes étant Joachim, que Marie, fille d'Imran soit aussi Marie, mère d'ʿĪsāSuleiman Mourad, "Mary in the Qur'an", dans The Qur'an in Its Historical Context, ed. Gabriel Reynolds, Routledge, 2008, p. 163-174.. À l'inverse, il n'est pas non plus sûr que l'expression « fille de » doit être comprise dans son sens premier. Il est possible que ce soit une notion de descendance et qu'Imran soit le Amran biblique (père de Moïse).
Celui-ci est considéré par les musulmans comme l'un des hommes vertueux présents à Jérusalem à cette époque. La femme d'ImranCoran 3:35, la mère de Maryam, porte le nom de Hannah (l'équivalent arabe d'Anne), fille de Fanqudhcf. . Elle est également honorée par les musulmans comme femme très vertueuse, à l'instar de sa fille.
Arbre généalogique 'Îmran Joachim┐ ├ ʿĪsā - Jésus; ├ Maryam - Marie ┘┌ (Hannah) Anne ° ┘ Fanqudh┤└ Élisabeth ° ┐ ├ Yahyâ - Jean le Baptiste Zacharie ┘ ° Personnage non cité par son nom dans le Coran
L'assimilation de Maryam et de Myriam Le Coran qualifie Maryam de fille d'ImramPar exemple, en s.66:12 : « Et Maryam, fille de ‘Imrân, qui se garda vierge, en laquelle Nous insufflâmes [un peu] de notre Esprit… » ; ou en s.3:35-36 : « Quand la femme de ‘Imrân dit : Seigneur ! Oui, je voue à Toi ce qui [est] dans mon ventre mu h arrar 2 ; accepte-le de moi ! Oui, Tu es Celui qui entend, l’Omniscient. Quand elle eut mis [sa fille au monde], elle s’écria : … Je la nomme Maryam . » et également de sœur d'AaronPar exemple, en Coran 19:28 : « Ô sœur d’Aaron, ton père n’était pas un homme indigne, ni ta mère une prostituée. » ; Aaron, Moïse et Myriam sont d'ailleurs dans la Bible les enfants d'Amram (et de Yokébed). Il existe ainsi dans le texte coranique une confusion entre ces deux personnages. Pour Gilliot et Mourad, cette identification à Aaron, frère de Moïse, a été établie pour mettre en avant le lignage de Marie puisque c'est en raison de son ascendance aaronique qu'elle peut servir dans le TempleClaude Gilliot, sous la direction de Mehdi Azaiez et la collaboration de Sabrina Mervin, "Le Coran, nouvelles approches", CNRS éditions, 2013, p.161. L'enracinement de l’islam dans l’histoire dans un milieu d'origine syro-araméen et hébréo-chrétien, où le rapprochement entre les « deux Marie » était connu, donne une autre explication à cette assimilationPourquoi Marie est-elle dite sœur d’Aaron dans le Coran ? par Edouard-Marie Gallez.
De fait, il existe une tradition de commentaires bibliques pré-chrétiens qui attribuaient un rôle salvifique à Mariam-Myriam, sœur d'Aaron« Le Coran identifie-t-il Marie, mère de Jésus, à Marie, sœur d’Aaron ? » dans Anne-Marie Delcambre & Alii, Enquêtes sur l’islam, Paris, Desclée de Brouwer, 2004, p.139-151. ; « Après le trépas de Moïse, la manne cessa de descendre sur les fils d’Israël, et ils commencèrent alors à manger les fruits du pays. Tels furent les trois dons que Dieu fit à son peuple à cause des trois personnages : le puits d’eau de Mara en faveur de Myriam ; la colonne de nuée en faveur d’Aaron ; et la manne en faveur de Moïse. Mais une fois disparus les trois [personnages], ces trois [présents] furent retirés [aux fils d’Israël] »Pseudo-Philon, Antiquités bibliques, t.I, XX, 8, Sources Chrétiennes n° 229, Paris, Cerf, 1976, p. 171.. On retrouve cette tradition chez les chrétiens de Perse, souvent d'origine hébréo-chrétienneAphraate le Sage persan, Exposés, 23,4 [= II, 16], t. 2, trad. Marie-Joseph PIERRE, S.C. n° 359, Paris, Cerf, 1989, p.886. ou dans la littérature rabbiniqueJules Leroy, Les fresques de Doura-Europos in Bible et Terre Sainte, 1967, n° 88, p.11..
La tradition exégétique musulmane était, dès ses débuts, consciente de cette confusion. Elle tenta donc de la justifier, soit par la ressemblance entre les deux figures, soit en inventant un « Aaron, frère de Marie », inconnu de la Bible. Enfin, certains commentateurs s'en tiennent à la lettre et identifient les deux personnages comme la même personne. Les confusions des exégètes médiévaux sont multiples puisque Suleiman Mourad, dans une étude consacrée à la Marie coranique, remarque qu'al-Tabari, sous l'autorité d'Ibn Ishaq, reconstruit la généalogie d'Imran en copiant la généalogie de Joseph donné par l'Évangile selon Mathieu.
Maryam et la Trinité Le Coran décrit Maryam comme la troisième d'une Trinité faisant référence à la Trinité chrétienne. Cette lecture peut être liée à des hérésies chrétiennes mariolâtres (comme probablement celle des collyridiens, dont la seule description nous vient du Père de l'Église Épiphane de Salamine, dans son Panarion, qu'il situe en Arabie au Gabriel Said Reynolds, The Qurʾān and Bible, p. 218.) ou à une mauvaise compréhension de la Trinité. Dans ces courants, Marie était associé au Saint-Esprit.
Le récit de Maryam Maryam est fréquemment citée dans le Coran, aussi bien dans des versets mecquois que médinois. Elle est surtout évoquée dans les sourates 3 et 19.
Sa naissance La naissance de Maryam est relatée dans la troisième sourate du Coran. La raconte qu'Imran (Joachim) et Hannah étaient âgés et sans enfants, mais qu'un jour, la vue d'un oiseau sur un arbre donnant la becquée à son petit suscita le désir d'un enfant dans le cœur de Hannah. Elle pria Allah de satisfaire à son désir d'enfant et s'engagea à vouer l'enfant au service d'Allah, si sa prière était réaliséeSourate 3, verset 31. Voir la traduction de la sourate par Kasimirski sur Wikisource.. Elle pria que son enfant soit protégé de Satan, et la tradition islamique rapporte un hadith qui affirme que les seuls enfants nés sans le contact de Satan étaient Maryam et ʿĪsāD'après Bukhari, Anbiya, 44; d'après Mouslim, Fada'il, trad. 146, 147.. Le récit de sa naissance est semblable à celui d'apocryphes bibliques comme le De nativitate Maria appelé Protévangile de JacquesWensinck, A.J. and Johnstone, P., “Maryam”, in: Encyclopédie de l’Islam.
Ses premières années Le Coran dit que Maryam grandit en prière dans le Temple. Elle était confiée au prophète Zechariah (Zacharie dans le Nouveau Testament). Chaque fois que ce dernier entrait dans la chambre de Maryam, il trouvait auprès d'elle de la nourriture. Il lui demandait d'où cela provenait, et elle répondait qu'Allah donne de la nourriture à qui Il veut sans compterCeci est raconté à la sourate 3, verset 37..
Des érudits de l'islam ont débattu pour savoir si la nourriture que recevait Maryam avait une origine miraculeuse ou non. Les tenants de l'origine surnaturelle de cette nourriture avancent que si cette nourriture avait une origine naturelle, Zechariah, étant prophète, aurait su que la nourriture vient habituellement d'Allah par des voies naturelles, et n'aurait pas posé de question. Ce rôle de la nourriture se retrouve déjà dans le protévangile de Jacques.
L'annonciation Le Coran reprend le récit chrétien de l'Annonciation et de la fécondation miraculeuse de Marie par le Saint-Esprit. Selon la littérature islamique, Gabriel apparut à Maryam, qui était encore jeune, sous la forme d'un bel homme au visage lumineux, et lui annonça la naissance de ʿĪsā. Après son étonnement immédiat, elle fut rassurée par la réponse de l'ange, qui lui dit que tout était possible à Allah Encyclopedia of Islam, Vol. VI, p. 629.. À d'autres endroit, l'Esprit insufflant la fécondation à Marie est le Verbe de Dieu (Kalima), équivalant au Logos chrétien. La sourate 3, au verset 59, créé un parallélisme entre cette création dʿIsa et celle d'Adam, analogie déjà présente dans les textes d'Éphrem de Nisibe.
Les commentateurs du Coran remarquent dans le verset de la sourate 3 que Maryam était proche d'être une femme parfaite et qu'elle était dépourvue de presque toute imperfection. Bien que l'islam révère de nombreuses femmes, dont Khadidja et Fatimah, respectivement la première femme et la fille de Mahomet, nombre de commentateursNotamment Razi et Al-Qurtubi. interprètent ce verset dans un sens absolu, et affirment que Maryam fut la meilleure femme de tous les temps. D'autres commentateurs, cependant, tout en maintenant que Maryam est la « reine des saints », ont interprété ce verset comme indiquant que Maryam fut la meilleure femme de tous les temps, et que Fatimah et Khadidja furent aussi vertueuses qu'elle.
La naissance virginale de ʿĪsā vignette|Maryam sous le dattier avec ʿĪsā nouveau-né.