thumb|right|Le peuplement slave et bulgare au /
Sklavinies ou Sclavinies (grec : Σκλαβινίαι; en latin : Sclaviniae) est un terme grec désignant les communautés villageoises agropastorales regroupant plusieurs familles des premiers Slaves qui envahirent les Balkans et s’y établirent au début du Moyen-Âge, devenant les ancêtres des Slaves du Sud. Leurs peuples, ou Sclavènes, sont mentionnés par les premiers chroniqueurs byzantins comme étant apparus dans l’empire en même temps que les Antes (Slaves de l’Est) auxquels ils étaient apparentés. Au fil des décennies et des siècles la plupart des tribus slaves établies dans l’Empire byzantin acceptèrent sa suzeraineté politique et en assimilèrent la culture, celles de Bulgarie assimilant progressivement leurs conquérants bulgaro-macédoniens. Le terme sera ensuite utilisé de façon générique pour désigner l’ensemble de ces tribus jusqu’à ce que, au , s’affichent progressivement des identités distinctes et que cesse l’utilisation du nom générique.
Les Sclavènes dans les sources
Procope de Césarée est l’auteur traitant le plus extensivement des Sclavènes et des AntesJames (2014) . Viennent ensuite Jordanès (milieu du ), le Pseudo-César (560), Ménandre le Protecteur (milieu du ), le Strategikon attribué à l’empereur Maurice (fin du ), etc…
Les auteurs byzantins regroupent de façon générale les peuples slaves vivant aux abords de l’empire en deux groupes : les Sclavènes et les AntesHupchick (2004). Procope les appelle de ce nom alors que Jordanès et le Pseudo-Maurice parle des Sclaves (en grec : Σκλαβηνοί (Sklabēnoi), Σκλαυηνοί (Sklauēnoi), ou Σκλάβινοι (Sklabinoi) ; en latin : Sclaueni, Sclavi, Sclauini, ou Sthlaueni - Sklaveni). Le terme dérivé « Sclavinie » (en grec, Σκλαβινίαι ; en latin, Sclaviniae) décrit les tribus slaves installées en Macédoine byzantine et dans le Péloponnèse, originellement non soumises à la domination byzantineLouth (2007) . À partir de 800, le terme peut aussi se référer à des établissements de colons mobiles (stratiotes) engagés dans l’armée byzantine qui s’établirent sur le territoire de l’empire. De telles colonies de peuplement apparurent dans le Péloponnèse, l’Asie mineure et l’Italie.
Histoire
Au
thumb|left|Carte des Balkans au .
Procope de Césarée, écrivain byzantin contemporain de Justinien , rapporte l’existence, au nord du Danube aux et , de différentes tribus, divisées en deux groupes, les Sclavènes et les Antes : « Les Antes et les Sklavènes ont eu un seul nom dans un passé lointain, car ils étaient tous appelés Spori dans les temps anciens ». Ceci est confirmé par Jordanès qui écrit que les trois ethnonymes, les Veneti, Sclavenes et Antes, étaient un seul et même peuple. Selon l’historien bulgare V. Zlatarski, les Sclavènes, lors de leur migration vers l’ouest, seraient les ancêtres du groupe sociolinguistique des Bosniaques. En revanche, les Serbes et les Croates, issus de tribus sclavènes distinctes, auraient fait leur apparition lors de la seconde migration des Sclavènes, en provenance de la Serbie blanche et de la Croatie blanche. Ces groupes se seraient ensuite identifiés sous les noms de “Serbes” et “Croates” à une époque ultérieure. Les Bosniaques, quant à eux, ne se rattachaient pas à ces dénominations, mais formaient une entité séparée au sein des populations slaves du Sud. Pour ce qui est des Antes, ils seraient les ancêtres du groupe bulgaro-macédonienRapporté par Fine (1991) . La première mention d’un raid au sud du Danube est rapportée par Procope de Césarée qui décrit une attaque des Antes vers 518, lesquels « vivaient près des Sclavènes »James (2014) Curta (2001) avec qui ils pouvaient à l’occasion en venir aux prisesJames (2014) . Ils pillèrent alors la Thrace et la Macédoine avant d’atteindre Corinthe lors d’un raid en 539-540. Procope ajoute que des Sclavènes sont établis en Thrace au milieu du près de villes byzantines, ce qui suggère que déjà un certain nombre d’entre eux avaient abandonné la pratique de simples raids pour se fixer dans la région du nord-est des Balkans ; il confirme la chose en donnant le nom d’origine slave de certains de ces établissements le long des vallées de la Morave et de la TimokFine (1991) .
Les Sclavènes ravagent l'empire byzantin en 545-546 (Thrace), en 548 (Dyrrachium, Illyricum), en 550 (Thrace, Illyricum), 551 (Illyricum)Popovic (1978) . Le caractère guerrier de ces tribus devait pousser l’empereur Justinien (r. 527 - 565) à les utiliser à la fois pour la protection de la frontière intérieure sur le DanubeCurta (2001) contre les Ostrogoths et en Italie où il envoya en 537 une unité de cavalerie formée de à la rescousse de BélisaireCurta (2001) Procope de Césarée, Histoire de la guerre contre les Goths, Livre I, XXVII, 1.. Toujours selon Procope, dans les mêmes années, soit entre 532 et 545, Antes et Sclavènes en vinrent aux mains dans un conflit provoqué ou utilisé par Justinien pour les diviser, conflit qui se termina vers 545 par une victoire sclavèneByzantinoslavica 61–62. Academia. 2003. . La même année, les Antes concluent un traité avec RomeCurta (2001) pendant que les Sclavènes s’engagent plus profondément en territoire byzantinCurta (2001) .
À l’été 550, les Sclavènes atteignirent Niš ; toutefois, leur tentative pour s’emparer de Thessalonique devait échouer à l’arrivée du général Germanus, cousin de l’empereurCurta (2001) . Ils se dirigèrent alors vers la Dalmatie qu’ils pillèrent avant de retourner chez eux avec un grand butinCurta (2001) .
Leur arrivée en masse dans les Balkans devait se faire à la fin de la décennie 570 et au début de celle de 580 coïncidant avec l’arrivée des Avars, peuple turc nomade qui, ayant été défaits chez eux, migraient vers l’ouest soumettant sur leur passage les tribus vivant au nord de la mer d’Azov et de la mer Noire, puis de défaire les Antes et autres groupes bulgares. Ils devaient apparaitre au nord du Danube entre les années 550 et le milieu des années 560, s’établissant entre le coude du Danube et la rivière TiszaFine (1991) . En 558, ils réussirent à défaire les Antes entre le Dniepr et le Dniestr près de la mer Noire, à la suite de quoi ils décidèrent de s’allier aux SclavènesKobylinski (1995) .
Le terme « s’allier » ne doit pas faire allusion. Excellents soldats, dotés d’une excellente organisation, commandés par un chef suprême portant le titre de kaghan, les Avars maintenant établis à l’ouest des différentes colonies de peuplement sclavènes n’eurent aucune difficulté à s’imposer à elles, toujours divisées en clans et ne reconnaissant aucune autorité supérieureFine (1991) . Les Slaves commencèrent à secouer le joug avar à partir de 623 (révolte des Wendes dirigés par Samo), contribuant ainsi au début du déclin des AvarsThierry (1854), . Cependant certains choisirent de s’enrôler dans les troupes Avars ; d’autres enfin pour éviter d’être soumis aux Avars ou de leur payer tribut préférèrent émigrer au sud du Danube où leur installation graduelle n’avait jusqu’alors nullement menacé le caractère « romain » (entendre byzantin) de la région.
Dans les années 580, les raids s’intensifièrent ; en 586, ils razzièrent l’Attique, l’Épire, et l’ouest du Péloponnèse, délaissant la partie est montagneuse et inaccessible. La même année, près de 10 000 Slaves menacèrent ThessaloniqueVoir articles « Chronique de Monemvasia » et « Miracles de saint Demetrios ». Le chiffre de 10 000 est avancé par Ménandre le Protecteur, alors qu’Évagre le Scholastique affirme que les Sclavènes atteignirent à deux reprises le « Long Mur » après avoir capturé Belgrade et l’ensemble de la Grèce [Fine (1991) Petersen (2013), ]. Leur entreprise fut facilitée par le fait que les Byzantins étaient pleinement occupés à l’époque à lutter contre les Perses. Ce n’est qu’en 591, après la bataille de Blarathon qui permit à Khosro de reprendre son trône et de sceller une alliance avec l’empereur Maurice (r. 582-602) que ce dernier put transférer ses troupes vers le nord et tenter à partir de 591 de mettre un frein aux invasions avars et slaves. En 599 et 601, les Byzantins causèrent d'importants dommages aux Avars et aux Gépides et, en 602, les Slaves furent lourdement vaincus en ValachieWhitby (1988)), . Toutefois un putsch militaire devait renverser Maurice en 602 et son successeur, Phocas (r. 602-610) abandonna tout espoir de continuer la lutte contre les Avars après avoir dû rediriger ses forces armées vers l’Asie où Khosro avait repris la guerre pour venger son allié et ami, Maurice.
Bien organisés, contrairement aux Sclavènes, les Avars purent assiéger des villes qui tombèrent entre leurs mains et entre celles des Sclavènes qui s’étaient joints à eux. En 582, ils purent ainsi s’emparer de Sirmium (aujourd’hui Sremska Mitrovica), l’une des principales places fortes des Balkans sur la frontière, ce qui ouvrit toutes grandes les portes à une émigration massive de Sclavènes. Jean d’Éphèse, évêque monophysite de l’époque, décrit ainsi leur arrivée : « Trois ans après la mort de Justin II, sous Tibère [i.e. 581] la nation maudite des Slaves se mit en campagne, envahissant toute l’Hellas, les provinces de Thessalie et toute la Thrace, s’emparant de plusieurs villes et forteresses, brulant et pillant tout sur leur passage, conquérant l’ensemble du pays. Et ils s’établirent là en toute liberté et sans crainte comme si le pays leur appartenait. Ceci dura pendant quatre ans et jusqu’à aujourd’hui parce que l’empereur devait combattre les Perses et que les armées étaient en OrientCité par Fine (1991) ».
Nombre de sourcesOutre Jean d’Éphèse : Ménandre le Protecteur, Évagre, Chronique de Monemvasia. donnent ainsi la première moitié de la décennie 580 comme marquant le début effectif de l’installation des Slaves en Grèce. Par ailleurs les Miracles de saint Demetrios indiquent que dès la deuxième moitié de la même décennie, de nombreuses colonies de peuplement slave existaient dans les environs de Thessalonique, si bien que « cette ville était virtuellement devenue un ilot romain (c.à.d. byzantin) dans une mer slaveFine (1991) ».
Au vignette|275x275px|Les peuples slaves et leurs voisins aux , une distribution conforme aux sources primaires d’époque (comme la Chronique des temps passés) mais contestée aux en raison des réécritures nationalistes et protochronistes de l'histoire, dominantes dans les sources secondaires. La guerre de l’empereur Phocas contre la Perse s’étendit sur une vingtaine d’années, soit de 602 à 628. Pendant ce temps la frontière le long du Danube et de la Save que Maurice avait réussi à stabiliser s’effondra et les Balkans furent à nouveau ouverts aux raids slaves et à l’établissement de nouvelles colonies de peuplement, ces dernières se concentrant surtout dans ce qui est maintenant la Bulgarie, la Serbie, la Macédoine et une partie de la Grèce alors que les Avars concentraient leur activité sur les territoires plus à l’ouest (Ouest de la Bosnie d’aujourd’hui, Croatie et Dalmatie)Fine (1991) .
Les invasions devaient gagner en fréquence et en intensité au cours de la deuxième décennie du . Les Slaves dont la population avait considérablement augmenté en Bulgarie et en Serbie pénétrèrent alors en Macédoine et atteignirent la mer Égée. Ils pénétrèrent également en Thessalie et ravagèrent à l’occasion la Thrace où ils établirent quelques colonies tout en poussant leurs incursions dans les iles grecquesFine (1991) . Si bien que durant le règne d’Héraclius (r. 610-641) l’ensemble des Balkans fut considéré comme une « Sklavinia » habitée et contrôlée par les Slaves Jenkins (1987) .