Jacob Burckhardt, né le à Bâle et mort le dans la même ville est un historien, historien de l'art, philosophe de l'histoire et de la culture et historiographe suisse. Il est renommé pour avoir abordé l'histoire de l'art d'une manière savante.. Burckhardt est considéré comme un spécialiste de la Renaissance, étant l'auteur de La Civilisation de la Renaissance en Italie, un ouvrage publié en 1860 qui fit autorité en son temps.
Sigfried Giedion analyse ainsi l'esprit et la méthode de Burckhardt :
Biographie vignette|Tour de St Alban, à Bâle vignette|250px|Vers 1840/45
Carl Jacob Christoph Burckhardt naît à Bâle le , dans une famille protestante considérée comme faisant partie des daig. Il est le fils de Susanna Maria Schorndorffson et de Jakob, un archidiacre, qui devint par la suite pasteur de la cathédrale et chef de l'Église bâloise (fonction d'antistès).
Il fait ses études primaires et secondaires à Bâle, puis étudie la philologie, l'histoire ancienne, la théologie, et l'histoire à partir de 1836, toujours dans la même ville, à Neuchâtel (Collège latin), à Berlin et à Bonn.
À l'université de Berlin, il suit, de 1839 à 1843, l'enseignement de Carl Ritter en géographie, de Leopold von Ranke, de Johann Gustav Droysen en histoire et de Franz Kugler en histoire de l'art. Les cours de philosophie de Schelling font sur lui une mauvaise impression. À l'université de Bonn, en 1841, il est l'élève et l'ami du théologien et historien de l'art Gottfried Kinkel, qui le met en relation avec le mouvement littéraire du romantisme allemand.
En 1838, il fait un premier voyage en Italie, et publie son premier article important, Bemerkungen über schweizerische Kathedralen.
En 1843, il séjourne à Paris, où il découvre l'art français et l'art espagnol. Il entreprend un travail sur Charles Martel suggéré par Ranke. Il obtient un doctorat ès lettres et son habilitation à Bâle.
Il rédige, de 1843 à 1846, des articles d'histoire de l'art pour le dictionnaire Brockhaus.
De 1844 à 1845, il est rédacteur politique au Basler Zeitung.
En 1846 et 1847, il est collaborateur à Berlin d'ouvrages sur l'histoire de l'art. Voyages à Rome. Travaux en vue d'une réédition des manuels de son ancien professeur Franz Kugler, qui ont pour thème l'histoire de l'art.
Il est, de 1848 à 1852, maître au gymnase de Bâle.
Parmi les nombreux voyages qu'il a faits durant sa vie, son séjour en Italie de 1853 à 1854 a une influence particulièrement importante sur ses idées. Il écrit Le Cicérone.
De 1854 à 1858, il est professeur d'histoire de l'art à l'École polytechnique fédérale de Zurich.
De 1855 à 1858, il est professeur d'archéologie à l'École polytechnique fédérale de Zurich.
De 1858 à 1883, il reprend son poste de maître au gymnase de Bâle.
Il est enfin, de 1858 à 1886, professeur ordinaire d'histoire, puis d'histoire de l'art (jusqu'en 1893) à l'université de Bâle. Dans ce cadre, il partagea son savoir sur la Grèce antique avec Friedrich Nietzsche.
Il décède le à Bâle.
Son caractère Burckhardt resta à l'écart de la vie scientifique de son temps : adepte du vivre caché d'Épicure, il privilégia son poste discret à l'université de Bâle (en refusant des offres dans de grandes villes, Berlin par exemple), qui était alors une institution de dimension modeste. Son caractère exprimait naturellement cette discrétion professionnelle : il ne découvrait que rarement ses émotions et sa nature passionnée, qu'il dissimulait sous une douce ironie, ce qui fit dire à Franz Overbeck, dans ses Souvenirs sur NietzscheSouvenirs sur Nietzsche, Allia, 1999, que son caractère était quelque peu pusillanime. Il resta toute sa vie célibataire, et trouva dans l'enseignement, selon ses propres déclarations, un . Il était un grand ami des chats.
Aux yeux de ses contemporains, Burckhardt fut l'un des esprits les plus cultivés de son temps. Esprit universel, d'une érudition incomparable, il méprisa les philistins de la culture qui font des connaissances historiques une simple connaissance sans vie et un métier comme un autre, et qui s'autoproclament juges suprêmes de l'histoireConsidérations sur l'histoire universelle, Introduction, 2.. Ses écrits et ses cours montrent ainsi un homme attaché d'abord à comprendre la psychologie des hommes du passé, en étudiant leur civilisation dans de vastes tableaux vivants qui laissaient de côté l'érudition intempestive quand elle n'est pas nécessaire : il lutta notamment contre l'éparpillement de l'esprit et la spécialisation qui empêchent l'esprit de parvenir à des vues synthétiques. Débarrassée de ces obstacles, l'histoire peut ainsi nous instruire sur l'homme et ses facultés, et nous porter à la connaissance universelle de l'humanité. Le travail de l'historien consiste, dans ce but, à définir la Kulturgeschichte ou « l'attitude des hommes d'une certaine époque devant le monde. »
Attaché au libre déploiement des facultés humaines, il tenait en horreur les progrès du capitalisme et le développement de l'esprit de propriété sur les œuvres culturelles (droit d'auteur par exemple) ; il craignait également le prolétariat qu'il estimait hostile à la culture ; il se méfiait de l'État tout-puissant et croyait inévitable le conflit entre prolétaires et capitalistes. Les études historiques selon lui devaient conduire à une contemplation de l'évolution humaine dans un esprit humaniste, mais il considérait lui-même l'histoire, non en esthète indifférent et apolitique, mais en moraliste romantique épris de liberté.
Sa conception individualiste de la culture, et sa prédilection pour les petites républiques de citoyens libres, sa méfiance envers la violence de l'État et le fanatisme des religions monothéistes, son admiration de la Grèce et de la Renaissance, ainsi que son inspiration schopenhauerienne, en font le grand maître de Nietzsche ; ce dernier est, pour ainsi dire, son héritier et son continuateur« Nietzsche et Burchkardt partent de l'anti-historicisme radical de Schopenhauer, mais corrigent également son pessimisme. L'« espoir d'action qui anima Nietzsche plus tard » trouve son fondement dans cet aspect de Burckhardt qui « nous aide à aller au-delà de la pure connaissance : c'est justement l'aspect permanent, cyclique, égal à lui-même, philosophique en somme, qui nous ouvre la possibilité d'une action, puisque toutes les crises - y compris celle de notre temps -, peuvent être résolues de façon positive (…) Burckhardt propose divers espoirs : "Une caractéristique des cultures supérieures est leur capacité d'avoir des renaissances." Et cette affirmation, fondée sur son expérience cognitive, fait naître en nous un sentiment de confiance ». » Le Nietzsche "grec" de Giorgio Colli, Sandro Barbera.
Analyse de ses œuvres principales L'Époque de Constantin le Grand (1853) vignette|Dessin de Léonard de Vinci ; exemple de l'architecture italienne à laquelle Burckhardt a consacré plusieurs ouvrages
Il n'existe pas de traduction française de cet ouvrageDie Zeit Constantins des Großen, disponible en allemand sur le site Guenberg. Il est pourtant tenu pour la première des grandes œuvres de Burckhardt, dans lequel il propose sa première analyse générale d'une civilisation, et donne également à l'art une place importante. Décrivant l'Empire romain au et les religions païennes de la basse Antiquité, il fait revivre, selon la manière qui sera toujours la sienne par la suite, le temps de l'empereur Constantin le Grand, et l'analyse en tant qu'étape de transition essentielle entre le déclin de l'Antiquité et le développement du christianisme, étape qui ouvrit la voie à la civilisation du Moyen Âge. En l'empereur Constantin, Burckhardt voit un homme incroyant, proche du type napoléonien, dont la force et la grandeur est d'avoir compris que le christianisme était un outil efficace pour bâtir un pouvoir universel ; Constantin a ainsi, selon Burckhardt, changé le cours de l'histoire.
Le Cicérone, guide de l'art antique et de l'art moderne en Italie (1855) Le Cicérone (Der Cicerone. Eine Anleitung zum Genuß der Kunstwerke Italiens) est un guide des chefs-d'œuvre de l'art italien et une histoire exhaustive de l'architecture, de la sculpture et de la peinture, depuis l'antiquité romaine jusqu'au Le cicerone : Guide de l'art antique et de l'art moderne en Italie, traduit par Auguste Gérard sur la cinquième édition, rev. et comp. par le docteur Wilhelm Bode avec la collaboration de plusieurs spécialistes, Firmin-Didot, Paris, 1892 ; disponible en allemand sur le site Gutenberg.. Ce livre, dont la grande valeur scientifique fut longtemps appréciée - jusqu'au début du , fut un guide particulièrement apprécié des germanophones qui voyagèrent en Italie.
Cette œuvre illustre de manière éclatante le second domaine d'enseignement de Burckhardt, l'histoire de l'art, à laquelle il donnait pour but de conduire les hommes vers le véritable fondement de l'art. L'ouvrage est d'ailleurs sous-titré : Introduction à la manière d'apprécier l'art italien. Ainsi, tout comme par son enseignement en histoire il voulait initier ses étudiants à la compréhension des processus historiques et leur morphologie, il se donnait pour tâche de proposer une histoire de l'art constituée non de biographies d'artistes, mais de l'analyse des missions différentes dont l'art fut investi selon les civilisations et les époques.
La Civilisation de la Renaissance en Italie (1860) vignette|Première page de l'édition française de 1906 « L’historien suisse s’était voué corps et âme à la Renaissance italienne. Il estimait que le type humain y avait atteint sa perfection. Non seulement la discipline individuelle, l’ordre et la clarté avaient été réalisés selon lui dans les républiques italiennes, il tenait encore celles-ci pour un modèle d’ordre politique, économique et administratif. L’homme supérieur dans le petit État, voilà à quoi devait tendre la plus haute civilisation. » (extrait d’une recension de Henri Albert : Briefwechsel von Jakob Burckhardt und Paul Heyse – recueil de la correspondance de ces deux intellectuels)
Dans La Civilisation de la Renaissance en ItalieTrois tomes aux Livre de poche, Biblio Essais ; disponible en allemand sur le site Gutenberg : en français, La civilisation en Italie au temps de la Renaissance, tome I, site Gallica, livre fondateur et qui demeure une référence, l'art est traité comme partie de la civilisation. Cette étude n'est pas une recherche qui tenterait d'expliquer le phénomène de la Renaissance, mais une description qui se libère des contraintes unidimensionnelles de la perspective synchronique en établissant des parallèles et des liens avec des époques antérieures et postérieures.
Le point de départ de cette description est l'organisation politique de l'Italie et l'émergence de l'individu : Burckhardt commence ainsi une analyse fondamentale sur l'évolution de l'époque moderne et sur l'Europe. La Renaissance a en effet marqué le début d'une prise de conscience du caractère unique de l'individu, alors que l'homme du Moyen Âge se considérait comme un élément de la société. La Renaissance pose ainsi les fondements de l'individualisme moderne. La modernité de la Renaissance entraîne également un retour à l'Antiquité qui est selon lui une des conséquences du processus de rationalisation.
L'œuvre est ainsi divisée : Première partie : L'État considéré comme œuvre d'art Dans cette première partie, il étudie les tyrannies italiennes des , ainsi que les villes de Venise et de Florence. Deuxième partie : Développement de l'individu Troisième partie : La résurrection de l'Antiquité Quatrième partie : La découverte du monde et de l'homme Cinquième partie : La sociabilité et les fêtes Sixième partie : Mœurs et religion.
Burckhardt est décédé avant d'avoir terminé la septième partie qu'il souhaitait consacrer à l'art de la Renaissance. Cette œuvre est donc incomplète.
Histoire de la civilisation grecque (1898-1902, publication posthume)