Eugène Goüin, né le au château des Douets, à Saint-Symphorien près de Tours (Indre-et-Loire), et mort le à Paris, est un banquier et homme politique français. Surnommé le Pereire tourangeau, il était un des plus remarquables financiers français de l'époque moderne et traitait avec les plus grosses fortunes. Il est un des fondateurs de la Banque de Paris puis de la Banque de Paris et des Pays-BasBanque de Paris et des Pays-Bas, sur BNP Paribas, dont il assure la présidence du conseil d'administration de 1895 à sa mort.
Biographie Famille
Issu d'une des plus célèbres dynasties tourangelles, Eugène Goüin naquit le au château des Douets, à Saint-Symphorien près de Tours, propriété de sa famille maternelle. Il est le fils du banquier Alexandre Goüin (1792-1872), ministre du Commerce et de l'Agriculture sous la monarchie de Juillet, et d'Adèle Marteau. Sa sœur épousera Charles Cunin-Gridaine.
thumb|Portrait de son épouse, née Louise Christin. Eugène Goüin épouse, en 1842, sa cousine Louise Christin (1825-1905), fille du baron Antoine-Gabriel Christin, officier d'ordonnance de Napoléon , et d'Henriette-Jenny Gondouin ; ils eurent cinq enfants : Louis (1843-1908), banquier et officier, marié à Thérèse Cottin (petite-fille d'Alexandre Pierre Cottin) ; Émile Goüin (1872-1960), chef de bataillon"Un gentleman dans la Grande Guerre : Les souvenirs d'Émile Goüin, commandant de bataille au 37 RI", Uniformes n° 289 juin/août 2013 et homme d'affaires (marié à Marie-Zoé Lefebvre et beau-père du baron Henri de Foucaucourt) André Goüin (1879-1948), banquier, maire de Fondettes et conseiller général Jean-Joseph-Eugène Goüin (1881-1914), lieutenant de vaisseau, mort à la bataille de DixmudeJean Joseph Eugène GOÜIN (1881-1914), ecole.nav.traditionsGOÜIN Jean, Joseph, Eugène, sur le Mémorial des officiers de marine Anne-Marie-Magdeleine Goüin, comtesse de La Carte de La Ferté-Sénectère, mère du général Georges de la Ferté-Sénectère Henriette Goüin, fille de la Charité Marie-Cécile (1847-1937), mariée au baron Raoul Auvray, maire de Pernay (fils du baron Louis René Auvray) ; Georges (1850-1925), banquier, officier de cavalerie, vice-président de la Société paternelle de Mettray et président du comité des écoles libres du diocèse de Tours, marié à Jane Taigny (fille d'Edmond Taigny). Il se fait construire le Manoir Béranger ; Ernest-Alexandre (1860-1876) ; Gabrielle-Jenny (1866-1944), mariée au diplomate Pierre-Achille Masson-Bachasson, comte de Montalivet (fils d'Antoine-Achille Masson et petit-fils du ministre Camille de Montalivet).
Un portrait de son épouse sera peint par Henri Lehmann en 1862Marie-Madeleine Aubrun, Henri Lehmann: 1814-1882, 1984.
Vie tourangelle Après des études au lycée Louis-le-Grand, il reprend les affaires familiales et succède en 1843 à son père dans la direction de la banque Goüin frères à ToursLa Banque Goüin de Tours fut fondée par son ancêtre, Henri-François Goüin, en 1714., d'abord conjointement avec son cousin Henri-Charles Goüin (fils d'Henry Goüin), puis seul à partir de 1855.
Capitaine de la Garde nationale avant février 1848, il assiste avec sa compagnie aux Journées de juin à Paris.
Il assure la charge, transmise entre membres de la famille, de juge dès 1848, puis de président du Tribunal de commerce de Tours de 1856 à 1879. Il sera président de la Chambre de commerce de Tours de 1858 à 1879. En 1856, il devient censeur de la Caisse d'épargne de Tours, fondée par sa famille en 1832, et le restera jusqu'en 1877, laissant alors la place à son fils Louis. En 1857, il fonde avec Henri Goüin, Charles de Montgolfier, Hettere et Alfred et Ernest Mame, la papeterie de La Haye-DescartesSite officiel de la ville de Descartes.. Il est président du conseil d'administration de la Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, membre du conseil d'administration de la prison de Tours, et l'un des principaux actionnaires du Journal d'Indre-et-Loire et de la Papeterie Marray (avec les Mame). Il était membre de la Société archéologique de Touraine et de la Société tourangelle d'horticulture. Il est, en 1890, un des présidents d'honneur, avec Alfred Mame et Meignan, du comité conservateur formé pour l'érection d'une statue à Jeanne d'Arc.
thumb|gauche|300px|Son château de la Plaine, à Fondettes. Conseiller municipal de Tours en 1848, réélu en 1865, conseiller général de 1867 à 1892, il devient maire de Tours en novembre 1866. Il se présenta comme « le défenseur des idées d'ordre et de stabilité » et conserve la mairie jusqu'en 1874. Il est par la suite maire de Fondettes de 1884 à 1892, petite commune où il résidait dans son château de la Plaine, ancienne propriété familiale qui brûla en 1871, et où Eugène prit l'initiative en 1873 de construire l'actuel château.
En 1863, il obtient un décret impérial autorisant l'établissement de la Société anonyme magasins généraux de Tours.
En janvier 1871, alors maire de Tours, il se rend en délégation auprès des troupes prussiennes pour solliciter l'arrêt des bombardements, et organise des quêtes et des secours ; il empêche, grâce à son courage et à son sang-froid, que Tours, qui n'est qu'une ville ouverte, soit bombardé par les armées allemandes d'invasion, ainsi qu'à préserver la ville de charges ruineuses. Lors d'une rencontre avec un général prussien, il lui tenu ses paroles : . Il ajoute froidement que cette fin serait propre à honorer sa famille, et que, si on préférait le faire prisonnier, il était, de même, tout prêt à marcher. Devant un tel sang-froid, le général s'inclina. Eugène Goüin demeura libre et Tours n'eut à subir que les conditions les plus modérées du vainqueur. Sa courageuse conduite lui valut d'être promu officier de la Légion d'honneur, sur la proposition du ministre de la guerre.
En 1874, il engage le projet du tramway de Tours.
Il offre à la nouvelle basilique Saint-Martin de Tours son grand maître-autel (l'« autel du chef ») orné de mosaïques, qui accueille la relique de saint Martin la plus importante en volumeDécouvrir la Basilique Saint Martin de Tours, site de la Basilique Saint Martin de Tours.
Carrière politique nationale vignette|left|Portrait d'Eugène Goüin, par Aimé Morot (1909). Il se présente (candidat officiel), le , pour succéder à son père, nommé sénateur, comme député de la d'Indre-et-Loire au Corps législatif ; mais il n'obtient que contre 10,980 à l'élu, candidat indépendant, Houssard. Aux élections du , Eugène Goüin est cette fois élu représentant d'Indre-et-Loire à l'Assemblée nationalele sur 6, par 57,931 voix (73,000 votants, 96,790 inscrits). Le de la même année, il est réélu également conseiller général du département pour le canton de Tours-nord. À l'Assemblée, il siège au centre monarchiste, se fait inscrire aux deux réunions du centre droit et du centre gauche, et vote tour à tour avec l'un et l'autre groupe. Après avoir donné son suffrage à la conclusion de la paix, aux prières publiques, à l'abrogation des lois d'exil, au pouvoir constituant de l'Assemblée, il soutient le gouvernement de Thiers dans son évolution vers la République conservatrice, ce qui ne l'empêcha pas d'approuver la plupart des actes des ministères qui suivirent le . La même année, il est de ceux acquis au retour de la monarchie traditionnelle et favorable à l'accession au trône du « comte de Chambord ». En 1874, il est pressenti pour le ministère des financesLe Figaro du 22 mai 1874, sans finalement l'obtenir.
Son adhésion au gouvernement se manifeste de nouveau lors de l'adoption des lois constitutionnelles, auxquelles il se rallie ; elle lui vaut d'être porté sur la liste, le , quand il s'agit de nommer les 75 sénateurs inamovibles. Il siège au centre de la Chambre haute, avec une tendance à se rapprocher de la gauche, mais sans rien abandonner de ses sentiments conservateurs. Goüin s'abstint dans le scrutin sur la demande de dissolution de la Chambre des députés en . Aux côtés d'Ernest Picard et Émile Labiche, il dépose sur le bureau du Sénat une proposition ayant pour objet la nomination d'un Conseil supérieur des chemins de fer. Goüin s'abstient de prendre part au vote sur l'article 7 de la loi sur l'enseignement supérieur, se prononce contre l'expulsion des princes, pour le rétablissement du scrutin d'arrondissement (), pour le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse et s'abstient sur la procédure à suivre devant le Sénat contre le général Boulanger. Il se prononce contre la loi de séparation des Églises et de l'État (1905).
Il s'est occupé surtout de questions administratives et financières, qu'il traite plusieurs fois à la tribune sénatoriale ; il a presque toujours fait partie des Commissions des finances (dont il fut vice-président) et du Budget, dont il a été à plusieurs reprises le rapporteur général. Rapporteur du compte de liquidation de la guerre, il est également rapporteur du projet de réforme des pensions, et se fait une spécialité des questions concernant les grands organismes financiers de l'État. Il préside les commissions relative au privilège de la Banque de France, aux caisses de dépôts des crédits agricoles, aux caisses d'épargne, aux sociétés coopératives de production, de crédit et de consommation et de contrat de participation aux bénéfices, portant réglementation nouvelle de la fonction des agents de change, aux sociétés et aux banques locales de crédit agricole mutuel. Il préside également la commission de vérification des comptes des ministres et est membre de la Commission supérieure des caisses d'assurance. Goüin est président de la commission de surveillance de la Caisse d'amortissement et de la Caisse des dépôts et consignations de 1888 à 1909.