La géographie des télécommunications est une branche de la géographie étudiée depuis la fin du . Elle a réussi à s'imposer comme une étude reconnue dans ce domaine, malgré le scepticisme de la plupart des géographes dans les années 1980, période à laquelle cette branche a fait son apparition. Cette discipline est née en grande partie sous l'impulsion de géographes français.

Histoire des télécommunications

L'embryon (fin du ) La première étude proche de la géographie des télécommunications fut à l'initiative de Friedrich Ratzel, géographe allemand de la fin du . Né en 1844 et décédé en 1904, il est un véritable penseur de l'espace ; fondateur de la géographie américaine, il perçoit l'enjeu de l'institutionnalisation de la géographie dans les universités et tente de définir et d'asseoir la légitimité de la discipline afin qu'elle ne soit pas mise à l'écart des autres sciences.

Ratzel est parmi les premiers géographes à lier l'espace et la distance. Il met en évidence cette liaison à partir des migrations qui se font dans l'espace nécessitant des distances à parcourir. Il écrit alors à ce propos : « Une théorie des distances (lehre) s'impose comme première nécessité pour la géographie si celle-ci veut être une science des dispositions () spatiales sur la surface terrestre (1882) ». Selon lui, la circulation joue un rôle central dans la formation des villes et des nations, cette idée est inhérente dans trois travaux successifs (entre 1882 et 1903). Il définit alors la circulation comme le mouvement dans l'espace des personnes et des biens dans le but d'équilibrer par les échanges les ressources de la terre et des hommes. Il écrit dans ce sens, Politische Géographie (1897) « la signification géographique la plus importante de la circulation est la transmission de l'information ».

Il défend de cette manière, l'idée que les tendances spatiales modernes poussent à l'intégration d'étendues de plus en plus vastes dans un système. Pour Ratzel, l'Europe doit créer un grand espace commun pour garder son influence mondiale.

Distinction des télécommunications (première moitié du )

Après le semis de Ratzel, aucune théorie n'éclot dans la discipline géographique et cela pendant près de 35 années. Cependant, les télécommunications n'ont jusqu'ici cessé de croître, et sont devenues le moyen de communication le plus répandu et le plus rapide. En effet, il faut attendre la théorie « des lieux centraux » de Walter Christaller en 1935, pour que les télécommunications retrouvent la dimension géographique évoquée par Ratzel. Certains chercheurs vont alors prendre en compte dans leurs recherches la circulation des informations comme Eugène Van Cleef, géographe américain, qui en 1937 dans son ouvrage majeur Trade centers and trade routes, met en évidence le rôle des télécommunications dans les relations centres / périphéries. Citons aussi, Henri Cavailles en 1940; puis Max Sorre en 1948 qui dans son ouvrage Les fondements de la géographie humaine distingue les communications de la pensée des autres formes de circulation, soit les transports de biens et personnes ; et écrit dans ce sens « nous voilà devant l'aspect le plus proprement anthropogéographique de la circulation, puisque la pensée est la marque de l'homme et sa communication le fait social par excellence » (chapitre transport de la pensée). Enfin, Harold Innis publie Empires and communications en 1950. Nous allons nous intéresser plus particulièrement à Walter Christaller, car si les études de Ratzel n'ont pas eu de suites, la théorie des lieux-centraux engendre le début d'un certain intérêt pour les télécommunications dans l'organisation de l'espace.

La production de chercheurs isolés (années 1950-1960)

Après la théorie de Walter Christaller, on pouvait s'attendre à un intérêt croissant lié à la forte demande des politiques dans le domaine de la communication, durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, le milieu universitaire reste dans les clivages de la géographie humaine traditionnelle. Et au lieu d'assister à la véritable naissance d'un mouvement géographique, c'est la production de chercheurs isolés qui est prépondérante.

Jean Labasse, Les capitaux et la région et Le dispositif bancaire à la périphérie de la métropole montréalaise (1955).

Jean Labasse cherche à travers ses études, d'élargir l'approche de la vie de relations, par l'intermédiaire d'une géographie globale et synthétique. C'est ainsi, géographe rigoureux qu'il est, il relève l'importance du trafic téléphonique dans la vie de relations des villes. Dans sa recherche, il écrit : « on a cru la trouver dans l'orientation du trafic téléphonique au départ des centres urbains. Celui-ci, en effet, couvre l'intégralité des relations humaines et répond pleinement aux exigences objectives et quantitative d'une analyse en profondeur ». Six ans plus tard, en 1961, dans Essai de hiérarchisation des centres urbains français actuels, ministère de la construction (), Étienne Juillard écrit que l'intensité du trafic téléphonique : « varie non seulement avec les besoins propres de la ville, mais avec ceux de sa zone d'influence dans tous les secteurs d'activités ». À travers ces deux ouvrages respectifs, les deux géographes mettent en évidence l'intérêt qu'il y aurait à fonder une géographie des télécommunications. Si aujourd'hui, le terme téléphone semble désuet par l'explosion des moyens de communications, durant ces dernières décennies (minitel, Internet, vision-conférences, etc.) Il faut donc apporter au terme de téléphone, une vision plus générale sous l'expression télécommunication qui prend en compte toutes les communications technologiques mais aussi les communications physiques.

François Cusey va lui aussi apporter à sa manière, son savoir à l'émergence d'une géographie des télécommunications. Dans Essai de délimitation régionale : l'exemple lorrain, Nancy, CREDES, éditions : Istra et Berger-Levrault, 1959 ; où il présente une cartographie de trois comptages annuels successifs (1957, 1958, 1959), il conclut que : « la grande similitude de ces trois cartes, qui se superposent presque parfaitement, ne peut être le fait du hasard ». Cette étude, révèle donc la permanence dans les flux de trafic téléphonique, et confirme l'existence d'une constance dans la communication téléphonique qui permet d'étudier les caractéristiques de cet espace par la communication téléphonique. De plus, cette étude autorise aux chercheurs de réaliser leurs analyses sur des petits nombres de comptages. En effet, les méthodes d'analyses des communications téléphoniques vont faire appel à des outils jusqu'ici peut utilisés, tel les graphes et les méthodes d'analyses factorielles ; car outre l'intensité de la vie de relations, les flux de télécommunications permettent de mieux comprendre la hiérarchie des pôles et l'articulation entre espaces. De surcroît, cette réflexion sur l'articulation des espaces via les flux de circulation des communications permet de mettre en évidence des relations entre des espaces et des sous-espaces. Cette méthode, qu'utilisent les trafics téléphoniques fut confirmée par Roland Schwab, qui dans le réseau urbain de l'Alsace d'après les statistiques téléphoniques, revue géographique de l'Est, 1968, numéro 2, où il écrit « les résultats que nous avons obtenus sont conformes à ce que Michel Rochefort avait trouvé par sa méthode ». « Les statistiques téléphoniques constituent un critère global permettant de saisir le réseau urbain dans sa totalité : centralité urbaine et influence exercée par les centres sur leurs environnements ». Pour illustrer ce raisonnement, Roland Schwab utilise l'indice de centralité mis au point par Walter Christaller, qui définit la centralité d'une ville par le nombre d'abonnés au téléphone de cette ville (Walter Christaller, Rapports fonctionnels entre les agglomérations urbaines et les campagnes, Congrès international de Géographie, Amsterdam, 1938, et Die Zentralen Orte in Suddeutschlan, Jena, 1933). Il en sort la formule suivante : Cc = tc – Pc × TR / PR (où tc = nombre d'abonnés au téléphone du centre étudié ; Pc = population du centre étudié ; TR = nombre de téléphones de la région; PR = population de la région ; Cc : indice de centralité de la ville étudiée).

Roland Schwab utilise cette formule pour l'Alsace dans sa Contribution à l'étude des réseaux urbains par le critère des statistiques téléphoniques (DES, Strasbourg, , ) pour définir l'indice de centralité des villes de Sélestat et de Drulingen. Cet indice est controversé puisque le nombre de téléphones est un critère peu fiable, de plus la centralité des centres à fonctions industrielles peut être sous-estimée. C'est ainsi que Roland Schwab modifie les variables tc et TR. Au lieu, d'utiliser les téléphones du centre, il propose une nouvelle variable, celle tu trafic téléphonique total du centre ou de la région. Concernant la critique vis-à-vis de la sous-estimation de la centralité des centres à fonction industrielle, Michel Rochefort dans le réseau urbain de l'Alsace, thèse 1971, et chap 2; souligne que les indices de centralité téléphonique peuvent-être très différents selon la fonction du centre qui peut concentrer des activités tertiaires ou bien des activités industrielles alors que leur capacité à organiser l'espace local est semblable. En effet, les activités de services utilisent beaucoup plus le téléphone que les activités industrielles. C'est ainsi que Rochefort utilise l'exemple des centres de Bischwiller et de Wissembourg en Alsace pour illustrer ces propos. Pour des fonctions tertiaires semblables, Bischwiller a des fonctions industrielles plus importantes que Wissembourg ; alors que sa population est plus importante le trafic y est proportionnellement plus faible. Il est nécessaire d'utiliser la formule de Christaller lorsque l'on étudie des centres avec des activités socio-économiques comparables. Quant à Giacomo Corna-Pellegrini, il relève une autre limite de l'indice de centralité de Christaller dans Actualité de l'indice de centralité téléphonique, in l'Espace Géographique, 1978, , et s. Et écrit dans ce sens « on peut admettre que ce qui apparaissait, en 1933, comme un signe caractéristique de l'importance d'un lieu habité, l'Allemagne méridionale, ne peut certainement plus être considéré comme tel, dans le même territoire, après presque un demi-siècle de fort développement économique et technique; dont le niveau actuel de développement serait semblable à celui de l'Allemagne à l'époque considérée; mais cette affirmation doit être aussi démontrée. L'hypothèse doit donc être examinée avec prudence parce que l'introduction de nouvelles technologies de communications ou l'évolution plus générale des modes de vie pourrait avoir modifié le rôle de l'instrument téléphonique, et lui avoir donné une signification tout à fait différente ». L'indice de centralité de Christaller apparaît donc aujourd'hui comme désuet car il semble nécessaire de changer certains éléments de la formule afin qu'ils soient plus pertinents comme, élargir le calcul de l'indice en ouvrant de manière plus importante le réseau des télécommunications, comme l'utilisation du réseau Internet.