Les conséquences de l'accident de Fukushima sur l'industrie nucléaire dans le monde, qui font suite à l'accident à la centrale nucléaire japonaise en 2011, voient de nombreux pays reconsidérer la part voire l'existence même du nucléaire dans leur production énergétique nationale, ainsi que la fiabilité des équipements en cas d'accident.
Le débat sur l'utilisation de l'énergie nucléaire est ainsi relancé dans de nombreux pays européens. Si certains pays dont la Finlande, la France, le Royaume-Uni, la Pologne et la Suède affichent un maintien de l'option nucléaire, d'autres dont l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Italie et la Suisse décident d'abandonner la filière ou confirment de ne pas s'y engager. En parallèle, l'Union européenne annonce l'organisation avant la fin de l'année 2011 de tests de résistances européens pour toutes les centrales des pays de l’Union, dans l'optique d'une réévaluation des risques et d'un durcissement des normes de sécurité.
Le Japon annonce en une réorientation de sa politique vers une plus grande sécurité des centrales et un développement accru des énergies renouvelables pour diminuer la part du nucléaire. En , tous les réacteurs nucléaires japonais sont arrêtés, bien que le Japon n'ait prévu une sortie complète du nucléaire que dans les années 2030.
Par ailleurs, si les États-Unis se montrent vigilants quant à la sécurité de leur parc, la Russie affiche une grande confiance vis-à-vis de ses installations et le peuple iranien remet en question le programme nucléaire maintenu par les autorités nationales.
Résumé de l'accident
Le , un séisme de déclenche un tsunami qui dévaste la côte Pacifique des régions de Tōhoku et de Kantō au Japon et provoque l'accident nucléaire de Fukushima : la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est endommagée, provoquant un défaut de refroidissement, des fusions de cœur dans plusieurs réacteurs puis des ruptures de confinement et d'importants rejets radioactifs.
International L'opinion internationale face au nucléaire a changé entre l'avant et l'après l'accident nucléaire de Fukushima, comme montré par un sondage mené dans 47 pays par l'institut BVA/réseau Win-Gallup International publié en L'opinion internationale face au nucléaire , sondage BVA-France 2, ..
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a dès 2012 mis à jour ses recommandations de sécurité. Des « stress-tests » sont en cours dans de nombreux pays et dans tout l'Europe. Et l'industrie nucléaire elle-même requestionne certaines options de gestion du risque et de traitement des installations ou déchets en fin de vie au vu notamment de leur impact sur l'environnement. Les concepts de séparation et de transmutation, de gestion transport, traitement et stockage à long terme du combustible nucléaire usagé, y compris le stockage intermédiaire à très long terme vont probablement être réexaminés par rapport à des considérations de sécurité au vu des retours d'expérience de Fukushima, ainsi que les risques de relargage de radionucléides par les déchets. L'étude des impacts des radionucléides rejetés dans l'environnement feront aussi l'objet d'une plus grande attentionP. Carbola & al. (2012), The Nuclear Fuel Cycle Back-End after Fukushima ; Procedia Chemistry ; , 2012, (résumé).. Ceci se traduit aussi par une augmentation des coûts de la filière nucléaire.
Cet accident fait aussi reconsidérer l'empreinte écologiqueKozo Mayumia, John M. Polimeni (2012), Commentary Uranium reserve, nuclear fuel cycle delusion, CO2 emissions from the sea, and electricity supply : Reflections after the fuel meltdown of the Fukushima Nuclear Power Units ; Ecological Economics, , , (résumé). et foncière (« footprint ») de l'énergie nucléaire. Selon une étude de Clinton J. Andrews ()Does the Fukushima Accident Significantly Increase the Nuclear Footprint?, Does the Fukushima Accident Significantly Increase the Nuclear Footprint ? ; The Electricity Journal ; , , juillet 2011, ., l'empreinte foncière de la filière nucléaire (des carrières aux site de stockage en fin de vie en passant par les installations de production d'électricité) a longtemps été considérée comme très avantageuse comparativement aux surfaces nécessaires pour l'installation d'éoliennes et de panneaux solaires, mais si ce calcul intègre l'empreinte foncière d'accidents nucléaires tels que ceux de Tchernobyl et de Fukushima, l'empreinte du nucléaire en termes de nucléaire est très augmentée. Un seul accident supplémentaire de ce type suffirait à mettre l'énergie solaire à égalité avec le nucléaire de ce point de vue, et selon l'auteur les tendances à long terme favorisent les énergies renouvelables. Trois experts du nucléaire et académiciens des sciences, Robert Dautray (Directeur scientifique au CEA), le physicien Jacques Friedel ou le haut-commissaire à l'Énergie atomique Yves Bréchet proposent mi-2002 dans un article scientifique que l'industrie nucléaire évolue vers la fusion nucléaire comme solution alternative aux centrales actuellesRobert Dautray, Jacques Friedel, Yves Bréchet (2012), Réflexions sur lʼavenir de lʼénergie nucléaire, de la France dʼaujourdʼhui au monde de demain : à générations Nuclear energy in France today and tomorrow: IInd to IVth generations ; Advances in nano-electromechanical systems ; Comptes-rendus Physique ; , , juin 2012, .
En , des universitaires espagnols à Huelva révèlent un recensement cartographié mondial. comprenant , pour un total de , susceptibles d'être affectées par un tsunami de manière similaire à Fukushima.
Agence internationale de l'énergie atomique Pour Yukiya Amano, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), D'après le site de l'AIEA..
La mission d'expertise de l'AIEA relative à l'incident de Fukushima a rendu son rapport le IAEA Experts mission to Japan - Mission Report 16 June 2011 - rapport AIEA.. Celui-ci critique notamment l'insuffisance des mesures anti-tsunami, l'absence de mise en œuvre de la convention d’assistance prévue en cas d’accident nucléaire (coopération entre les États et l’AIEA en matière notamment d’aide et de sécurité), le manque d’indépendance de l'Agence japonaise de sûreté nucléaire. L'Agence internationale de l'énergie atomique invite donc le Japon à modifier en profondeur son système de régulation du secteur nucléaire« Fukushima : rapport accablant des experts de l’AIEA », Euronews, 19 juin 2011..
Europe Les risques de la catastrophe nucléaire et l'intense couverture médiatique de l’évolution de la situation ont relancé le débat sur l’utilisation de l’énergie nucléaire dans de nombreux pays de l'UE, dont l'Allemagne, la Belgique, la France et l'Italie.
Union européenne
Mi- l'Union européenne s'est mise d'accord pour engager l'organisation avant la fin de l'année de tests de résistances européens pour toutes les centrales européennes, dans l'optique d'une réévaluation des risques et d'un durcissement des normes de sécurité. Cette idée a été initiée par le ministre autrichien de l'Environnement Nikolaus Berlakovich, dont le pays est très opposé au nucléaireL'Autriche veut tester les centrales européennes, Le Soir.. Ces opérations sont réalisées sur la base du volontariat et évaluées par des autorités nationales indépendantes, conformément aux conclusions du Conseil européen, avant fin 2011Centrales nucléaires : l’Europe mènera des tests de résistance, 29/03/2011.Conseil européen 24 et conclusions, article 31, ... Le cahier des charges de ces tests est approuvé le Évaluation globale des risques et de la sûreté ("tests de résistance") des centrales nucléaires - Conseil de l’UE - . et ils sont lancés au plus tard le . Chaque état concerné remet un rapport intermédiaire le et un rapport définitif le .. Ces tests concernent les 143 réacteurs nucléaires en activité sur le territoire de quatorze États sur les vingt-sept que compte l'Union européenne, ils sont aussi ouverts à d’autres pays notamment les pays voisins de l’Union.
Allemagne Mi-mars, par la voix d'Angela Merkel, l'Allemagne décide d'arrêter les sept réacteurs les plus anciensL'Allemagne double ses importations d'électricité française, L'Expansion, .Et si l'Allemagne en finissait définitivement avec le nucléaire?, L'Expansion, .(sur les en service) dans l'attente du résultat d'un audit commandité par la chancelière. L'État allemand décide ensuite, mi-, de ne pas les remettre en service et de sortir du nucléaire d'ici 2020, en engageant des investissements de plusieurs milliards d'euros en direction des énergies alternatives durables et des économies d'énergie afin de compenser les 22 % de ses besoins en électricité, actuellement couverts par ses centrales nucléairesL'Allemagne annonce sa sortie du nucléaire, Le Point, .Allemagne, vers la sortie du nucléaire, TDG.ch, ..
Autriche L'Autriche demande le démantèlement des nucléaires de l’Union Européenne et l'abandon progressif de l'énergie nucléaire au profit des énergies renouvelables. Bien qu’elle ne possède pas de centrale nucléaire, l’Autriche importe environ 6 % de sa consommation en électricité d’origine nucléaireL’Autriche à la pointe du combat contre le nucléaire, Le Temps, .Le nucléaire en Autriche: un (nouveau) survol, bulletin-electroniques.com, ..
Belgique Le , la Belgique annonce via son Conseil des ministres la mise en place de tests renforcés« La Belgique va tester la résistance de ses centrales », Le Soir, . sur la sécurité des 7 réacteurs nucléaires belges. Un moratoire d'un an. est de ce fait prononcé sur l'allongement de la durée de vie de certaines centrales, censées être arrêtées en 2015. La décision prise en 1999 par le gouvernement belge stipule en effet l'arrêt de plusieurs réacteurs des centrales de Doel et de Tihange après de service et exclut la construction de nouvelles centrales nucléaires. Depuis, notamment en 2009, il a été maintes fois question de revoir cette loi et de prolonger la durée de vie des centrales belges« Trente-quatre réacteurs autour de Bruxelles », Le Soir, ..
Dimanche , lors des négociations relatives à la formation du nouveau gouvernement, les partis politiques belges se sont mis d'accord sur un plan de sortie du nucléaire civil. Le plan prévoit la fermeture d'ici 2015 des trois plus anciens réacteurs, puis une fermeture des quatre autres réacteurs d'ici 2025. La mise en œuvre du plan est conditionné à la disponibilité de sources d'énergie alternatives au nucléaire pour éviter toute pénurie. En effet, en 2009 selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la Belgique dépendait à 55 % du nucléaire pour ses besoins électriques..
Finlande La construction de deux nouvelles centrales, dont l'une prévue sur le site d'Olkiluoto, n'est pas remise en cause..
Fin , la Finlande a lancé un appel d'offres pour deux nouvelles centrales..
France
Après Fukushima, aucun débat populaire ni référendum n'est annoncé par le gouvernement français, qui rejette également toute idée de moratoire.. Au contraire, Nicolas Sarkozy annonce le que le choix de l'énergie nucléaire n'est pas remis en question..
Le gouvernement a cependant chargé une commission d'étudier, d'ici , des scénarios incluant une "sortie progressive" du nucléaire à l'horizon 2040. Le gouvernement a également lancé un plan de développement des énergies renouvelables (notamment l'éolien en mer) visant à atteindre environ 1/4 de la production nationale d'électricité d'ici 2020Une commission chargée de baliser une possible baisse du nucléaire en France - Sympatico.ca finances 06/09/2011..