Ernest Lavisse, né le au Nouvion-en-Thiérache (Aisne) et mort le à Paris, est un historien français, fondateur de l'histoire positiviste, et auteur de nombreux manuels scolaires, les « manuels Lavisse ».

Chantre du « roman national »« Lavisse, instituteur national » comme le surnomme Pierre Nora dans Lieu de mémoire. au service de l'histoire et de son enseignement, il contribue à répandre des images et une mythologie qui sont restées gravées dans la mémoire de générations d'écoliers. Ainsi, la phrase inscrite dans le manuel d'histoire et rapportée par Michel VernusPréface de École et Instituteurs dans le Jura. Au temps de Jules Ferry Cabedita, coll. « Archives vivantes », Yen sur Morges (CH) 2002. :

Promu pendant plus d'un demi-siècle « conscience nationale » des hussards noirs (les instituteurs de la Troisième République, selon Charles Péguy), il est enterré au Nouvion-en-Thiérache..

Biographie Enfance et études Ernest Lavisse naît le au Nouvion-en-Thiérache, une petite ville située dans le nord du département de l'Aisne, où ses parents tiennent une boutique dans la rue des Prisches. Son père, Louis-Valéry Lavisse (1816-1881), exerce d'abord la profession de clerc de notaire au Nouvion puis d'employé de commerce à Paris, avant d'ouvrir son magasin de nouveautés dans la maison apportée en dot par son épouse, Henriette Levent (1816-1868). Le grand-père et l'arrière-grand-père paternels d'Ernest Lavisse étaient marchands de fil et de dentelle, tandis que sa mère est issue d'une famille de cultivateurs et de brasseurs de la localité d'Oisy. Dans sa petite enfance, Ernest partage la chambre de sa grand-mère paternelle, Julie Lebon, dont il dit qu'elle fut pour lui .

Pendant quatre années, de 1848 à 1852, Ernest Lavisse fréquente l'école primaire du Nouvion-en-Thiérache, puis il intègre le collège de Laon avec une bourse d'internat qu'il obtient par le biais d'un lointain cousin paternel, le député de l'Aisne et conseiller d'État Camille Godelle. Il y suit les classes de la Septième à la Cinquième, avant d'entrer en au lycée Charlemagne de Paris, où il noue des amitiés avec des élèves comme Henry Lemonnier, Albert Dumont, Albert Duruy et Paul Vidal de La Blache. Son niveau étant jugé insuffisant, dans la mesure où il arrive d'un petit collège de province, Ernest Lavisse reste deux années dans la classe de Quatrième. Il obtient cependant d'excellents résultats tout au long de sa scolarité au lycée Charlemagne, et décroche chaque année des prix ou des accessits en langues anciennes au Concours général des lycées. Ces résultats lui valent la gratuité de la pension à l'Institution Barbet-Massin, où sont logés comme lui nombre de ses camarades.

Sur les conseils de Camille Godelle, il choisit de s'orienter vers l'École normale supérieure plutôt que l'École militaire de Saint-Cyr. Après avoir obtenu son baccalauréat en classe de « Logique », il réussit le concours d'entrée à l' qu'il intègre en 1862. Pendant ses deux dernières années au lycée, Ernest Lavisse participe à un groupe littéraire qui affiche des sympathies républicaines et abandonne la foi catholique, lui qui avait fait sa première communion à la cathédrale de Laon en 1855.

Un proche de Victor Duruy En 1865, Ernest Lavisse est reçu à l'agrégation d'histoire.. Il est alors nommé professeur d'histoire au lycée impérial de Nancy puis, l'année suivante, au lycée de Versailles. En , au Nouvion, il épouse Marie-Aline Longuet (1840-1915), la fille d'un cultivateur, veuve d'un premier mariage. Il séjourne d'ailleurs régulièrement au Nouvion, que ce soit pour les fêtes de fin d'année ou les congés d'été, et se fait construire une grande maison avec jardin rue de la Croix, à la sortie Est de la ville. Il honore également de sa présence les sociétés savantes de l'Aisne. À Paris, le couple Lavisse habite d'abord au rue Soufflot avant d'emménager, en 1870, au rue de Médicis, en bordure du jardin du Luxembourg.

Présenté au ministre de l'Instruction publique et historien Victor Duruy, Ernest Lavisse devient son secrétaire particulier de 1865 à 1869. Dans le même temps, il est dans les lycées de Paris à la rentrée de 1867, puis nommé suppléant au Lycée Napoléon, tout en officiant comme répétiteur pour l'histoire du prince impérial Louis-Napoléon...

Ces mêmes années, Lavisse prononce ses premières conférences publiques, comme à Versailles en 1867 sur le thème de « La Fronde dans les Mémoires du cardinal de Retz », ou lors des Soirées littéraires de la Sorbonne en 1869, sur « Les Mémoires de Montluc » et sur « Sully d'après ses Mémoires ». À partir de , il apporte son soutien à l'Association de la Sorbonne, qui organise des cours secondaires pour les jeunes filles, puis en 1870, il adhère à la Société de l'histoire de France. Quand la guerre franco-allemande éclate, Ernest Lavisse s'engage dans la garde nationale et sert sur les fortifications dans la du lors du siège de Paris.

Liens avec la famille impériale et séjour en Allemagne Profondément marqué par la défaite française, Ernest Lavisse fait paraître en un long article intitulé « L'invasion dans les départements du Nord » dans la Revue des Deux Mondes, duquel est tiré l'année suivante son premier ouvrage, L'invasion dans le département de l'Aisne, aux éditions De Coquet à Laon. Il conserve longtemps des liens avec les grands personnages du régime déchu. Outre son amitié fidèle à Victor Duruy, dont il devient le parrain du dernier fils, Louis-Victor, il conserve aussi des liens avec la famille impériale. Après avoir rendu visite à Napoléon III et Eugénie dans leur exil anglais à , Ernest Lavisse assiste aux funérailles de l'empereur déchu et, dans les années qui suivent, il séjourne régulièrement auprès de l'Impératrice et du Prince impérial à Arenenberg. Il envoie d'ailleurs souvent des livres à Eugénie, ainsi que des cours et des devoirs d'histoire au Prince. Pour autant, après avoir participé en au lancement du journal bonapartiste La Nation, avec Albert Duruy et Augustin Filon, il finit par prendre ses distances avec ce milieu.

En , Ernest Lavisse part étudier en Allemagne, d'abord à l'Université de Göttingen puis à celle de Berlin. Pendant trois années, il travaille à ses thèses sur les origines de l'État prussien. Il devient un collaborateur régulier de la Revue des deux mondes, dans laquelle il publie des articles sur l'actualité allemande et sur l'histoire de la Prusse. Le , il soutient à la Sorbonne ses deux thèses de doctorat ès lettreshttps://eslettres.bis-sorbonne.fr/notice/Doctorant/5409, consulté le 11 décembre 2023. : thèse française (Étude sur l'une des origines de la monarchie prussienne ou la Marche de Brandebourg sous la dynastie ascanienne) et thèse latine () devant un jury de cinq universitaires présidé par l'helléniste Émile Egger. Éditées par Hachette, ces thèses lui valent de recevoir le prix Thérouanne, décerné par l'Académie française, en 1887.

La Marche de Brandebourg sous la monarchie ascanienne préfigure ainsi ses œuvres futures les plus originales : Études sur l’histoire de Prusse (1879), Trois empereurs d’Allemagne, Guillaume , Frédéric III, Guillaume II (1888), et enfin deux ouvrages sur Frédéric le Grand en 1891 et 1893 : La Jeunesse du Grand Frédéric et Le Grand Frédéric avant l’avènement.

Carrière universitaire À son retour d'Allemagne, Ernest Lavisse reprend en 1875 son poste au lycée Henri-IV et l'année suivante, désormais docteur ès lettres., il fait son entrée dans l'enseignement supérieur et devient maître de conférences de l'École normale supérieure. Cette même année, il commence une carrière d'auteur de manuels d'histoire pour l'école primaire. Engagé par l'éditeur Armand Colin, il publie Leçons préparatoires d'Histoire de France avec récits et La Première année d'histoire de France avec récits. En , il est élu secrétaire général de la société pour l'étude des questions d'enseignement supérieur.

En 1880, Ernest Lavisse est nommé suppléant de Numa Denis Fustel de Coulanges dans la chaire d'histoire médiévale de la Sorbonne. Au retour de ce dernier, en , il est nommé « Directeur d'études pour l'histoire » puis il accède successivement aux grades de « Professeur adjoint assimilé aux titulaires » en et de « Professeur » à une chaire d'histoire moderne en , succédant ainsi à Henri Wallon. En parallèle, Lavisse est membre du « Comité consultatif de l'Instruction publique » depuis 1885, puis à partir de 1886, le représentant de la Faculté des lettres au « Conseil général des Facultés de Paris ». De fait, il exerce un rôle important dans l'organisation de la scolarité universitaire, en proposant notamment une réforme du concours de l'agrégation ou bien en soutenant l'Association générale des étudiants de Paris. Il intègre la Commission pour l'étude des améliorations à introduire dans le régime des établissements d'enseignement secondaire, créée en , puis rédige les programmes pour l'enseignement secondaire de l'histoire en 1890.

Tout en poursuivant sa collaboration avec les éditions Armand Colin, pour lesquels il signe des manuels d'instruction civique et morale sous le pseudonyme de Pierre Laloi, Ernest Lavisse rédige des articles pour des périodiques culturels comme la Revue internationale de l'enseignement ou pour la presse quotidienne, notamment le Journal des débats dont il devient un collaborateur assidu.

À cette époque, Ernest Lavisse refuse tout engagement politique. Bien qu'il ait fréquenté brièvement la Ligue des patriotes lors de sa création en 1882, il n'est engagé dans aucun parti et décline les propositions qui lui sont faites, comme un rôle d'ambassadeur en Allemagne ou bien un poste de directeur des Affaires politiques au ministère des Affaires étrangères en 1889. Cette même année, il sollicite un congé de cours à la Sorbonne, qui lui est renouvelé les deux années suivantes, afin qu'il se consacre à ses travaux d'écrivain. Candidat une première fois à l'Académie française en 1890, il y est finalement élu en et reçu en . Il devient le troisième historien universitaire à intégrer cette prestigieuse institution après François Guizot et Victor Duruy.

Lavisse se rallie par degrés au régime républicain, jusqu’à y adhérer tout à fait lors de la crise du 16 mai 1877. En juin 1888, il participe en Italie aux grandes fêtes de Bologne, organisées pour les 800 ans de la plus ancienne université d'Europe. Il accompagne à cette occasion la délégation estudiantine parisienne, qui fonde à Bologne la Faluche.

Professeur talentueux, et orateur hors pair, capable de subjuguer par la force de son discours les auditoires les plus divers, Lavisse n’atteint pas cependant la dimension théorique d’un Leopold von Ranke.

Personnage phare de la Troisième République, directeur de la Revue de Paris en 1894, instituteur national, assesseur du doyen de la Sorbonne de 1900 à 1904, surtout lorsqu’il devient, en 1904, directeur de l’École normale supérieure, Lavisse mène durant toute sa carrière la régénération du système universitaire et scolaire du régime.

Membre de la Société de l'histoire de France, de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France et du Comité des travaux historiques et scientifiques, il est élu membre de l'Académie française, au fauteuil , en 1893.

Un conseiller ministériel Dans les dernières années du , Ernest Lavisse est omniprésent sur les questions du fonctionnement et de l'amélioration du système éducatif. En 1896, il est nommé au Conseil supérieur de l'instruction publique comme représentant de l'Académie, puis en intègre la Section permanente quatre ans plus tard. Président du jury de l'agrégation d'histoire et géographie de 1892 à 1899, il cherche à le moderniser et obtient en 1894 que l'inscription à ce concours soit soumise à l'obtention d'un Diplôme d'études supérieures comprenant la rédaction d'un mémoire.