Bernard René Jourdan, marquis de LaunayBien que les historiens aient pris l’habitude d’orthographier « Launay », l'intéressé signait « Launey » (l’orthographe des noms propres ne s'est rationalisée qu’au cours du )., né le 8 ou à la forteresse de la Bastille (dont son père était le gouverneur) et mort le à Paris, fut le dernier gouverneur de la Bastille. Commandant de sa garnison le , au moment de la prise de la Bastille, il fut lynché par le peuple de Paris en place de Grève, ce qui fit de lui l'une des premières victimes de la Révolution française.

Biographie

Famille Bernard René Jourdan de Launay est issu d'une famille normande anoblie par lettres patentes de 1638, données par le roi Louis XIII. Ses ancêtres occupent des charges dans la région de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et tiennent plusieurs seigneuries autour de la paroisse de Golleville, dans le Cotentin.

Bernard René, dit Bernardin, est le fils de René Jourdan de Launay (1673-1749), écuyer, seigneur de Launay, de La Bretonnière, de La Hennodière, du Mesnil, de La Motte et de La Varengère, lui-même ancien gouverneur de la Bastille et chevalier de l'ordre de Saint-Louis, et de Charlotte-Renée Aubry d'Armanville.

Jusqu'en 1777, il fut seigneur de La Bretonnière et propriétaire du petit château du même nom, à Golleville, qu'avait fait construire son père. Il le revendit alors au marquis de Sainte-Suzanne, Adolphe-Charles de Mauconvenant.

Officier du roi Bernard-René de Launay suivit la carrière des armes, entrant aux mousquetaires noirs du roi, devenant par la suite officier au régiment des Gardes françaises, et enfin capitaine d'un régiment de cavalerie.

Gouverneur de la Bastille vignette|Lettre de cachet signée de Louis XVI ordonnant l'embastillement du cardinal de Rohan adressée au gouverneur de Launay dans l'affaire du collier de la reine. vignette|Arrestation du gouverneur de la Bastille, peinture de Jean-Baptiste Lallemand (musée de la Révolution française).

En 1776, il succède à Antoine-Joseph de Jumilhac au poste de gouverneur de la Bastille, fonctions dont il a racheté la charge en versant à son prédécesseur la somme de La Bastille. Mémoires pour servir à l'histoire secrète du gouvernement Français Par Dufey page 290. Comme de nombreux offices sous l'Ancien Régime, la charge de gouverneur de la Bastille faisait l'objet de négociations. L'acquéreur du gouvernement de la Bastille était toujours certain de faire une bonne affaire s'il vivait longtemps : une année ou deux dans ces fonctions permettaient largement de rembourser la somme avancée.

Ses treize années passées au poste de gouverneur de la Bastille se déroulent sans aucun fait majeur. On rapporte cependant que, le , faute d'ordres parvenus jusqu'à lui, il omet de faire tonner le canon pour saluer la naissance de Madame Royale, fille aînée du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette.

Parmi les prisonniers dont il a la charge à la Bastille, on peut notamment relever qu'il eut à recevoir dans les murs de la forteresse le cardinal de Rohan, impliqué dans l'affaire du collier de la reine.

Prise de la Bastille

Le , au moment de la prise de la Bastille, aucun ordre ne parvient de Versailles et le gouverneur de Launay doit s'en remettre à son seul jugement. Deux solutions s'offrent à lui : user de la force pour défendre loyalement la Bastille face à ses assiégeants, ou bien accepter la demande de ces derniers afin d'éviter le conflit.

Contrairement à Sombreuil, gouverneur de l'hôtel des Invalides, qui accepte plus tôt ce même jour les demandes des révolutionnaires, le marquis de Launay refuse de remettre les armes et la poudre que les assaillants sont venus chercherHampson, Norman, 1963. A social history of the French Revolution. . Il promet de ne pas tirer, à moins d'être attaqué et entame des pourparlers avec deux délégués de l'hôtel de ville, mais les discussions prennent du temps. Une partie de la foule commence à s'impatienter et finit par entrer dans la cour extérieure de la forteresse après qu'un petit groupe a cassé les chaînes de sécurité du pont-levis. Après sommation, la garnison ouvre le feuParis and the Politics of Revolution. At Liberty, Equality, Fraternity: Exploring the French Revolution, by Lynn Hunt and Jack CenserGeorge Rudé, Harvey J. Kaye. 2000. Revolutionary Europe, 1783-1815. Philip G. Dwyer, Peter McPhee. 2002. The French Revolution and Napoleon. GEO EPOCHE Nr. 22 - 05/06 - Französische RevolutionFrançois Furet, Mona Ozouf, Arthur Goldhammer, 1989, A Critical Dictionary of the French Revolution, . Les assiégeants interprètent ceci comme une trahison de la part de Launay. Les combats qui s'ensuivent durent environ quatre heures, causant environ 100 morts parmi la foule et un mort parmi les défenseurs de la Bastille.

Pris de panique, Launay menace alors de faire sauter la forteresse et le quartier environnant. Abandonné par ses troupes, il finit par capituler en échange de la vie sauve pour lui et ses hommes, ce que les assaillants acceptent.

Selon la légende, on ne trouve pas de drapeau blanc et le gouverneur doit brandir une serviette, voire son mouchoir personnel. Il fait passer ses conditions par une fente de la Bastille. Les portes sont ouvertes à la foule, qui prend alors la Bastille.

Launay est arrêté et conduit sous escorte à l'hôtel de ville par un des chefs de l'insurrection, le soldat (et futur général) Pierre-Augustin Hulin. En place de Grève, la foule, furieuse, se jette sur lui et le lynche, en dépit de l'accord passé et de la tentative de médiation entamée par Éthis de Corny, procureur du roi de la ville de Paris. Launay est poignardé à plusieurs reprises avec des baïonnettes et reçoit un coup de feu. Selon des témoignages, ce lynchage aurait été déclenché par Launay qui aurait donné un coup de pied dans l'aine à un cuisinier au chômage nommé Desnot. Après le meurtre, sa tête est sciée par un boucher, Mathieu Jouve Jourdan, fixée au bout d'une pique et promenée dans les rues de la capitale. Launay est une des premières victimes de la Révolution française, aux côtés d'autres défenseurs de la Bastille, également lynchés.

Une mémoire critiquée Selon Antoine de Rivarol, il avait .

La situation critique à laquelle cet officier peu expérimenté avait à faire face était telle que le baron de Besenval, commandant militaire de l’Île-de-France, avait en vain demandé au maréchal de Broglie, secrétaire d'État à la guerre, de le remplacer par un officier plus sûr et plus ferme.

Un des officiers suisses assiégés, le lieutenant Louis de Flue (ou Ludwig von Flüe), laissera ce portrait peu flatteur du dernier gouverneur de la Bastille :

Descendance Bernard-René Jourdan de Launay a eu trois filles de deux épousesNotes prises aux archives de l’état-civil par le comte de Chastellux, Archives nationales (inventaire après décès), archives départementales de la Seine (état-civil reconstitué). :

avec Ursule Philippe : Adrienne Renée Ursule Jourdan de Launay est née en 1764. Elle épouse Henry-François-Joseph de Chapelle de Jumilhac, baron de Jumilhac, seigneur de Guigneville et mestre de camp de cavalerie, fils d'Antoine-Joseph de Jumilhac gouverneur de la Bastille de 1761 à 1776 et Anne-Constance de Bertin (1718-1775). Le contrat de mariage en date du d'Adèle Anthoine-Maillard de Villetron, bru d'Eutrope Alexandre Maillard et de Pauline-Élisabeth Regnard de Villetron, précise que la mariée apporte notamment en dot (article 8) la somme de au comptant issue d'un don manuel de la baronne de Jumilhac qui la portait en grande affection ; Adèle Maillard de Villetron est la grand-mère de François Leuret, docteur et sénateur de la Gironde élu en 1945 ; avec Geneviève Thérèse Le Boursier : Catherine Geneviève Philippine Jourdan de Launay est née en 1769 et est morte en 1802. Elle épouse Philippe Charles Bruno d'Agay (1754-1818), comte d’Agay et maître des requêtes, fils de François Marie Bruno d'Agay , maître des requêtes, intendant de Bretagne puis d'Amiens, et d'Anne Charlotte Le Bas du Plessis (1729-1802)Sylvie Nicolas, Les derniers maîtres des requêtes de l'Ancien Régime (1771-1789) : dictionnaire prosopographique, Paris, École des Chartes, 1998, p. 81-83.. Charlotte Gabrielle Ursule Jourdan de Launay est née en 1770.

Peintures L'arrestation du marquis de Launay a fait l'objet d'une toile des peintres Charles Thévenin et Jean-Baptiste Lallemand.

Au cinéma Le rôle du marquis de Launay est interprété au cinéma par : Émile Vardannes dans Le Collier de la reine, 1929 ; Jacques Morel dans Si Paris nous était conté, 1955 ; Henri Serre dans La Révolution française, 1989.

Notes et références

Voir aussi

Liste des gouverneurs de la Bastille Bibliographie Claude Quétel, La Bastille.

Liens externes

Portrait de Jourdan de Launay

Catégorie:Militaire de la Révolution française Catégorie:Gouverneur de la Bastille Catégorie:Marquis français du XVIIIe siècle Catégorie:Mort massacré durant la Révolution française Catégorie:Mort assassiné en France Catégorie:Militaire assassiné Catégorie:Victime d'un lynchage Catégorie:Naissance à Paris au XVIIIe siècle Catégorie:Naissance en avril 1740 Catégorie:Décès en juillet 1789 Catégorie:Décès à Paris Catégorie:Décès à 49 ans