Le Raj britannique (en ) ou Empire des Indes (Indian Empire) est un territoire de l'ancien Empire britannique, et la plus riche et la plus peuplée de ses possessions. Il est fondé en 1858 à la suite du transfert des possessions de la Compagnie britannique des Indes orientales à la Couronne, provoqué par la révolte des cipayes de 1857. Jusqu'à sa disparition en 1947, il regroupe diverses entités possédées ou dominées par le Royaume-Uni, à l'exception de quelques possessions françaises et portugaises. Il se compose des territoires actuels de l'Inde, du Pakistan et du Bangladesh, et est à l'origine de la Birmanie, séparée du Raj en 1937.

La reine Victoria, dont le règne au Royaume-Uni a commencé en 1837, est proclamée impératrice des Indes en 1876 ; son dernier successeur est le roi . Le souverain britannique est représenté en Inde par un vice-roi désigné par le gouvernement du Royaume-Uni. Le Raj s'exerce sur deux types de territoires : les provinces sous administration britannique directe et les États princiers sous suzeraineté.

Tout au long de l'histoire du Raj britannique, l'ordre colonial fait face à des soulèvements périodiques, l'indépendantisme regagnant de la puissance avec les luttes menées au par Gandhi, par le parti du Congrès de Nehru et par la Ligue musulmane de Jinnah. Victorieux mais affaiblis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques n'ont plus les moyens d'affronter une nouvelle guerre coloniale. Le conflit vire rapidement à de violents heurts entre les communautés hindoues et musulmanes, au point que le Royaume-Uni doit se résoudre à abandonner le Raj et à engager de longues tractations avec les Indiens.

En 1947, la loi sur l'indépendance de l'Inde est votée, ce qui sonne le glas de la colonisation et provoque la fin de l'Empire des Indes. Les non-musulmans (principalement hindous) héritent de l'État indien actuel, tandis que les musulmans font sécession pour créer leur État à part entière, le Pakistan, scindé entre une moitié occidentale et une orientale (le futur Bangladesh) de part et d'autre du territoire indien. Ils restent tous deux membres du Commonwealth, devenant des dominions (dominion de l'Inde et dominion du Pakistan). Celui du Pakistan connaît ultérieurement un conflit interne lors de la sécession du Pakistan oriental, qui devient le Bangladesh en 1971.

Dénominations Durant cette période, la législation britannique parle simplement de l' (). C'est sous ce nom que la colonie participe aux Jeux olympiques de 1900, 1920, 1928, 1932 et 1936 et qu'elle devient membre fondateur des Nations unies en 1945.

La formule est aussi utilisée officiellement, notamment sur les passeports.

La formule British Raj est aussi utilisée. Raj, qui connote le sous-continent indien, est un mot hindi (rāj) signifiant « règne » et familier en Occident à travers le mot raja (« roi »raja a la même racine (indo-européenne) que le mot latin rex, regis.).

Constituant la colonie la plus riche et la plus peuplée de l'Empire britannique, l'Empire des Indes est surnommé « le joyau de la Couronne » à partir du couronnement de Victoria comme impératrice des Indes en 1876.

Expansion territoriale vignette|gauche|Carte du Raj en 1909.

Le Raj britannique s'étend sur la quasi-totalité des territoires actuels de l'Inde, du Pakistan et du Bangladesh, avec des exceptions telles que Goa, Pondichéry et quelques comptoirs alors respectivement intégrés à l'empire colonial portugais et à l'empire colonial français.

Il concerne également Aden de 1858 à 1937, la Basse-Birmanie de 1858 à 1937, la Haute-Birmanie de 1886 à 1937, la Somalie britannique de 1884 à 1898 et les Établissements des détroits de 1858 à 1867. La Birmanie est séparée de l'Inde et administrée directement par la Couronne britannique de 1937 à son indépendance en 1948. Les États de la Trêve, groupe d'émirats du golfe Persique, sont théoriquement des États princiers des Indes jusqu'en 1946 et utilisent la roupie comme monnaie.

Parmi les autres pays de la région, Ceylan (actuel Sri Lanka) est cédé par les Néerlandais à la Grande-Bretagne au traité d'Amiens de 1802, après l'invasion de l'île entre 1795 et 1796, qui la mettra sous la possession de la Compagnie des Indes jusqu'en 1798. Durant cette brève période, Ceylan sera administré depuis la présidence de Madras, sans toutefois son intégration à cette dernière. Le Sri Lanka est ainsi une colonie de la Couronne à part, sans affiliation à l'Empire des Indes. Le Népal signe avec les Britanniques le traité de Sugauli en 1815 et le Bhoutan est placé sous protectorat par le traité de Punakha en 1910, mais ces deux royaumes ne sont pas intégrés au Raj. Le royaume du Sikkim est établi comme État princier après un traité en 1861 sans que la question de sa souveraineté ne soit réglée.. Les Maldives, protectorat britannique de 1887 à 1965, ne font pas partie du Raj.

En 1941, le Raj britannique compte d'habitants soit près de 70 % de la population de tout l'Empire britannique..

Organisation Administration coloniale

L'administration de l'Inde britannique relève à Londres d'un département ministériel, lIndia Office (« bureau de l'Inde »), dirigé par le secrétaire d'État à l'Inde, membre du cabinet britannique. Ce système est mis en place par le Government of India Act de 1858, après le transfert de l'administration des Indes de la Compagnie des Indes orientales au gouvernement britannique. Jusqu'en 1935, le secrétaire d'État est assisté par le Council of India (« Conseil de l'Inde »)Kaminsky, 1986..

Les cadres de la compagnie s'enrichirent considérablement. Robert Clive quitta l'Inde avec sterling, ce qui en représenterait de nos jours plusieurs millions. Le général Warren Hastings resta célèbre pour les énormes pots-de-vin qu'il prélevait. Ces pratiques entraînèrent l'aggravation de la pauvreté. De mauvaises récoltes, en 1769, furent suivies par des famines et des épidémies qui firent dix millions de morts. Dans la première moitié du , la mécanisation des filatures de coton en Angleterre permit de nettement gagner en productivité, au détriment de l'industrie artisanale indienne. Les produits anglais envahirent le marché indien, détruisant une partie de l'industrie locale et des millions d'emplois. Dépourvue de gouvernement propre, l'Inde ne pouvait défendre ses intérêtsBurton Stein, A History of India, Oxford University Press, 1998, ..

La proportion de la population dont la survie dépendait de l'agriculture passa de 50 % à 75 %. Alors que 25 % des revenus fiscaux étaient consacrés à payer l'armée pour maintenir l'ordre public face à d'éventuelles velléités indépendantistes, l'éducation, la santé publique et l'agriculture devaient se contenter d'approximativement 1 % chacune. Des famines frappèrent le pays ; plus d'un million de personnes moururent dans les années 1860, trois millions et demi dans les années 1870, et jusqu'à dix millions dans les années 1890.

Dans le même temps, des carrières sûres, financées par les impôts prélevés pour l'essentiel sur les paysans, étaient destinées aux fils de la classe moyenne supérieure britannique, dans les rangs de l'administration et de l'armée. Ils amenèrent leurs familles et créèrent des enclaves décrites dans la littérature (Une histoire birmane, Le Joyau de la Couronne, Simples contes des collines, Route des Indes, etc.).

Institutions impériales Vice-roi

vignette|redresse|Lord Curzon, vice-roi et gouverneur général des Indes de 1899 à 1905.

Le premier gouverneur général est nommé en 1773, à l'époque de la Compagnie des Indes orientales, pour la présidence de Fort William au Bengale.. Les gouverneurs généraux sont désignés par le Board of Directors de la Compagnie, et leur juridiction s'étend à toute l'Inde à partir de 1833. Avec l'établissement du Raj en 1858, les gouverneurs généraux sont nommés directement par le monarque britannique sur recommandation du secrétaire d'État à l'Inde.. En plus de diriger l'administration de l'Inde, ils y représentent la Couronne. Celle-ci étant suzeraine des États princiers, les gouverneurs généraux portent le titre de « vice-roi » (« »). Le vice-roi, comme les gouverneurs des provinces, est responsable auprès du gouvernement britannique. Il nomme les lieutenants-gouverneurs, commissaires en chef et administrateurs de certaines provinces. Il est assisté d'un Conseil aux fonctions exécutives et législatives composé de trois membres nommés par le secrétaire d'État pour l'Inde, qui assistent à toutes les séances, et d'un membre nommé par le monarque, qui n'a voix au chapitre qu'en matière législative.

À partir de 1861, le Conseil se compose de trois membres nommés par le secrétaire d'État et de deux par le monarque, puis tous sont nommés par le monarque à partir de 1869. Le vice-roi reçoit le droit de nommer six à douze membres supplémentaires (dix à seize à partir de 1892, jusqu'à 60 à partir de 1909) : les cinq membres nommés par le secrétaire d'État ou le monarque dirigent les départements ministériels, ceux nommés par le vice-roi débattent et votent les lois. En 1919, les fonctions législatives sont transférées à une législature indienne.. Au moment de l'indépendance, le gouverneur général abandonne le titre de vice-roi et son rôle devient principalement cérémoniel.

Législature vignette|L'Hôtel du Parlement à New Delhi, inauguré en 1927.

En 1919, une législature indienne est créée, comprenant un Conseil d'État et une Assemblée législative.

L'Assemblée législative (également appelée Assemblée législative centrale ou Assemblée législative impériale) est initialement composée de : vingt-six agents dont quatorze nommés par le gouvernement du vice-roi et douze par les provinces ; vingt-cinq représentants des intérêts particuliers (chambres de commerce, chrétiens, syndicats, Anglo-Indiens et Intouchables) dont six nommés par les provinces ; élus, dont cinquante et un de circonscriptions générales, trente musulmans, deux sikhs, neuf Européens, sept propriétaires et quatre hommes d'affaires...

Le vice-roi garde cependant d'importants pouvoirs en matière de législation : il peut autoriser les dépenses sans le consentement de la législature pour les questions religieuses, politiques et de défense« ». et pour toute question en cas d'urgence ; il peut opposer son veto à une loi et même empêcher un débat sur une proposition de loi ; il peut déclarer définitivement adoptée une loi malgré l'opposition d'une des deux chambres ; il nomme le président du Conseil d'État et approuve l'élection du président de l'Assemblée législative. De plus, la législature n'a aucun pouvoir sur les questions d'affaires étrangères et de défense. Le corps électoral de l'Assemblée législative est également fortement limité : en 1934, il est de seulement d'électeurs Central Legislative Assembly (Electorate), hansard.millbanksystems.com..

La première élection des membres de l'Assemblée législative, en 1920, est un échec : les nationalistes indiens contestent ses modalités et appellent à la désobéissance civile. Sur près d'un million d'électeurs, seuls votent.. Le Congrès national indien ne met fin à son boycott qu'au scrutin de 1934.

Fonction publique Après le transfert de l'Inde de la Compagnie à la Couronne, son administration repose sur la Fonction publique impériale (, ou ICS). Ce corps de fonctionnaires comprend à l'origine seulement un millier de Britanniques. Jouissant d'une grande réputation de qualification et de neutralité., il intègre peu à peu des Indiens en son sein. En 1887, on compte nominations de fonctionnaires moyens, dont 45 % d'hindous, 7 % de musulmans, 19 % d'Eurasiens (père européen et mère indienne) et 29 % d'Européens. Cependant, tous les postes importants restent occupés par des Britanniques, généralement titulaires d'un diplôme d'Oxford ou Cambridge..