Pétroleuse est le terme qualifiant une femme accusée d’avoir employé du pétrole pour allumer des incendies, en 1871, pendant les incendies de Paris lors de l’écrasement de la Commune de Paris par les Versaillais, notamment pendant la Semaine sanglante. Il s'agit en réalité d'un concept qui désigne plus un stéréotype sur les Communardes qu'une réalité, les femmes accusées de ces faits n'ayant pas été reconnues coupables.

Définition Le mot « pétroleur » existe déjà en 1871, mais son féminin « pétroleuse » apparaît à l'occasion de la Commune comme une insulte envers des femmes qui mettraient le feu grâce au pétrole. Il est utilisé par les ennemis des Communards pour critiquer les femmes et est souvent associé à des adjectifs tels que « bestial, cruel, farouche, fanatique, féroce, furieux, obscène ». Dominique Lagorgette, pour souligner le caractère insultant du terme, écrit : « On se demandera dès lors quels étaient les traits permettant d’identifier ces femmes, puisque les accusées prises sur le vif n’existent pas. Ceci explique pourquoi le mot, très rapidement après les années 1870, pourra renvoyer indifféremment à toute femme communaliste, même si le sens premier reste vivace. »

Histoire vignette|redresse|La Barricade, lithographie de Lefman d'après Bertall. Des recherches récentes par les historiens de la Commune de Paris, comme Robert Tombs et Gay Gullickson, ont révélé qu’il n’y eut en fait aucun incident avéré d’incendie volontaire commis par des femmes, et qu’aucune femme n’avait réellement été condamnée comme incendiaire.

Parmi les milliers de Communardes présumées jugées après la Commune, seules quelques-unes furent reconnues coupables, et elles avaient été condamnées pour avoir tiré sur les troupes versaillaises, et non comme incendiaires. Lorsque les archives sont devenues consultables au , la consultation des actes des procès officiels pris par les autorités versaillaises révèle que ces accusations sont dénuées de fondement, et qu’aucune femme n’a jamais été condamnée pour incendie criminelChristelle Taraud, "Les Pétroleuses de la commune : "Amazones prolétaires d'un diable socialiste"", in Christelle Taraud, Féminicides, une histoire mondiale, Paris, La Découverte, 2022, p. 135. . Les bâtiments incendiés à la fin de la Commune ne l’ont pas été par des pétroleuses. L’hôtel de ville fut détruit par les membres de la Garde nationale pendant leur retraite. Les bâtiments le long de la rue de Rivoli brûlèrent au cours des combats de rue entre les Communards et les troupes versaillaises, tandis que d’autres bâtiments ont été détruits par des obus incendiaires.

Malgré le mythe populaire de la pétroleuse, aucune femme n’a donc jamais été reconnue coupable d’incendie criminel délibéré. Gullickson suggère que le mythe de la pétroleuse faisait en réalité partie d’une campagne de propagande orchestrée par les hommes politiques versaillais, visant à dépeindre les Parisiennes de la Commune comme non naturelles, destructrices et barbares, pour donner la victoire morale aux forces loyalistes sur les Communards « contre nature ».

Le mythe a toutefois perduré jusqu’au . Dans Paris même, la vente de liquides inflammables fut interdite pendant plusieurs mois après la fin de la Commune. Pour mieux comprendre la raison d’être de ce terme, il faut donc se replacer dans le contexte de l’époque et se rappeler que, les femmes n’étaient pas considérées comme membres à part entière de la société, au contraire de la Commune qui instaura une meilleure parité, non acceptée par tout le monde.

Littérature

Dans le roman-feuilleton La Porteuse de pain (1884), Jeanne Fortier utilise du pétrole pour s'éclairer en tant que gardienne d'une usine. L'usine est incendiée et Jeanne Fortier est condamnée à tort en tant que pétroleuse, même si le mot n'est pas prononcé. Dans l'adaptation télévisée de 1973, le caissier Ricoux traite Jeanne Fortier de pétroleuse. Elle devient folle, et c'est un autre incendie, alors qu'elle est internée pendant la Commune de Paris en 1871, qui lui rendra sa raison : un incendie à l'époque des pétroleuses de la Commune. En fait de pétroleuse, le véritable incendiaire de l'usine et assassin du patron est un pétroleur. Dans son roman L’adolescent, Dostoïevski met le mot dans la bouche de Versilov lorsqu'il évoque l'incendie des Tuileries pendant la Commune : ; et un peu plus loin : Dans les dernières pages de La Débâcle (1892), roman d'Émile Zola, lors de la Semaine sanglante, des exécutions sommaires ont lieu dans les rues de la capitale. Une femme et deux hommes, livrés aux soldats versaillais par des habitants du quartier, vont être fusillés. (troisième partie, chapitre )

Postérité

Le terme de réapparaît lors des évènements de Mai 68.. et dans les années qui suivent. Il est notamment utilisé durant cette période par un courant. de la tendance Lutte de classe du Mouvement de libération des femmes. composé de féministes parisiennes proches de la Ligue communiste révolutionnaire, qui prennent le nom de ... Elles publient de . à le périodique Les Pétroleuses : le journal des femmes qui luttent., sous la direction de Michèle Descolonges.. Il connaît neuf numéros Les numéros des Pétroleuses mis en ligne par le Centre de recherche pour l'alternative sociale. à la parution irrégulière.

Le terme est toutefois également utilisé de manière insultante par les détracteurs des féministes dans les années 1970.

Cette idéologie persiste jusqu'à nos jours puisque le magazine Paris Match représente en 2000 Louise Michel comme incendiaire.  

Le groupe de punk britannique Petrol Girls tire son nom de ce mythe.

Notes et références

Annexes

Articles connexes Siège de Paris Incendies de Paris pendant la Commune Femmes dans la Commune de Paris Féminisme Louise Michel Victorine Brocher Élisabeth Dmitrieff Florence Van de Walle Anne-Marie Ménand Tricoteuses, terme désignant les femmes de la Révolution française

Bibliographie . André-Clément Decouflé, La Commune de Paris (1871) : révolution populaire et pouvoir révolutionnaire, 1969. Victorine B. (Victorine Brocher), Souvenir d’une morte vivante, éditions Maspéro, 1976 .

Patricia-Pia Célérier, Les Pétroleuses de la Commune de Paris ou le mythe terroriste, 1997. Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans images ? éditions Champ Vallon, 2004. Xavière Gauthier, On les appelait pétroleuses, Elyzad, 2021. Guide des sources d’archives de la commune de Paris et du mouvement communaliste (1864-1880), Documentation française, Paris, 2007. . . .

Liens externes A Dozen Portraits of Pétroleuses et Portraits, Institut international d'histoire sociale

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