La bibliothèque municipale de Bordeaux est une bibliothèque municipale classéeListe des bibliothèques municipales classées, répertoire des bibliothèques, site du ministère de la Culture., constituée en un réseau de 11 établissements répartis dans la ville. Héritière de la bibliothèque de l'Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, elle propose aujourd'hui un fonds patrimonial, un fonds d'étude et de conservation, et une collection encyclopédique de lecture publique sur tous les supports (livres, albums, CD, DVD…) Elle reçoit le dépôt légal imprimeur pour l'Aquitaine (plus de , de journaux et revues, affiches…) et conserve un fonds régional important. Son fonds ancien, rare et précieux compte plus de anciens et contemporains, plus de , , postales, dessins et gravures, , soit près de .

Des services variés complètent l'offre documentaire : accueil de classes, animations, conférences, projections, formations et ressources d'autoformation, espaces jeux de société et jeux vidéo, studio musique, grainothèques, expositions temporaires, services de réponse à distance., de prêt entre bibliothèques et de reproduction de documents, permanences d'écrivain public et du Défenseur des droits

Son siège est la bibliothèque Mériadeck : parmi les plus grandes d'Europe, elle s'est installée en 1991 dans le quartier d'affaires éponyme. Elle offre un espace de au public, sur six niveaux.

Historique

Bibliothèque de l'Académie (1713-1788)

Formation d'une bibliothèque savante (1713-1738) Dès 1713, l'Académie de Bordeaux, instituée par lettres patentes du roi Louis XIV en 1712, possédait . Près de mille volumes sont alors reliés avec la marque de l'Académie sur les plats, tandis que d'autres reçoivent un simple timbre au contreplat. Les acquisitions et les dons des membres forment déjà, en 1738, une bibliothèque de plusieurs milliers de volumes.

Le legs de Jean-Jacques Bel (1738) Le , Jean-Jacques Bel, magistrat au parlement de Bordeaux et ami de Montesquieu, rédige son testament. Reçu membre de l'Académie de Bordeaux sur présentation du président Jean Barbot à la séance du de la même année, il prévoit de léguer à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux plusieurs édifices dont son hôtel particulier situé sur l'esplanade du château Trompette (actuelles allées de Tourny), l'ensemble de ses livres, manuscrits et meubles à condition que ses biens servent à la création d'une bibliothèque ouverte au public. Un salaire annuel est prévu pour payer le futur bibliothécaire ( par an, payable en deux fois). L'acte est enregistré chez maître Louis RoberdeauTestament disponible aux Archives départementales de la Gironde, sous le numéro 3E21539. Une copie est disponible à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, sous la cote Ms 1993.. Jean-Jacques Bel meurt deux ans plus tard, le , à .

Essor de la bibliothèque publique (1740-1788) Selon les dernières volontés de Jean-Jacques Bel, son hôtel particulier est transformé en bibliothèque. En , des affiches posés dans les rues annoncent aux Bordelais l'ouverture de la Bibliothèque publique de l'Académie, la première ouverte au public dans leur ville.

Le premier bibliothécaire, nommé par quatre commissaires, est Jean-Baptiste Barbot (1695-1771), qui avait été admis à l'Académie sur présentation de Montesquieu. Il prend en charge la bibliothèque après sa retraite de président de la Cour des Aides. La bibliothèque est alors ouverte trois fois par semaine : lundi de 9h à 12h, mardi et vendredi de 14h à 17h.. C'est Louis-Mathieu Desbiey, dit « l'abbé Desbiey », qui prend officiellement la suite de Jean Barbot en 1775.

La bibliothèque s'enrichit de nombreux dons et d'acquisitions onéreuses, notamment dans le domaine des sciences. Parmi les donateurs de cette période, les docteurs Pierre Campaigne, botaniste (1743) et Joseph Cardoze (1747), Jean-Baptiste Barbot lui-même (1751), Jean Grillon (1768), Nicolas Chesneau de Pédesclaux (1775), Nicolas Beaujon (1786), et François de Lamontaigne (à plusieurs reprises).

La transformation de la bibliothèque sous la Révolution (1789-1799)

Fermeture de la bibliothèque de l'Académie (1789-1794) L'abbé Desbiey ne prête pas serment à la Constitution en 1790. Il doit quitter Bordeaux en 1791, puis rejoindre l'Espagne en en tant que . Dom Jacques-Marie Carrière, lui aussi bibliothécaire de l'Académie, prête serment de fidélité à la Constitution. Il devient « commissaire aux bibliothèques » à partir de 1791.

À la suite du décret de suppression des académies pris par la Convention nationale le , les portes de l'Académie de Bordeaux sont mises sous scellés pendant la deuxième semaine de septembre, selon Pierre Bernadau. Malgré ses positions, Dom Carrière est mis en prison d' à , tandis que quatre autres commissaires sont destitués et remplacés par Jogan, . Ce dernier est destitué à son tour en .

Nomination de Jean-Baptiste Monbalon et réouverture éphémère de la bibliothèque (1795-1799) Par un arrêt du Département, la bibliothèque est de nouveau ouverte au public le . Cependant, à la suite de la nomination du (1755-1835), médecinSelon un article manuscrit du siècle, inséré dans les volumes de , recueil factice en 7 volumes (Bibliothèque municipale de Bordeaux, cote S 2963/1), transcrit ici : ., au poste de bibliothécaire, on pose des scellés dès le . Ils ne sont levés que pour l'état des lieux et l'inventaire, le .

De plus, l'ouverture au public est retardée par le constat des disparitions, la sélection des documents au Dépôt littéraire des Feuillants et la préparation de la vente des doubles. En effet, en 1797, le Dépôt des Feuillants contient les livres confisqués depuis 1789 aux couvents, aux émigrés et aux condamnés, soit 24 bibliothèques de monastères, 2 de corporations savantes, 84 d'émigrés et de prêtres déportés, 2 de condamnés pour près de . Les bibliothèques des congrégations religieuses suivantes y sont déposées : Augustins, Bénédictins, Capucins, Grands-Carmes, Petits-Carmes de la ville, Petits-Carmes des Chartrons, Chartreux, Cordeliers, Feuillants, Jacobins, religieux de la Merci, des Minimes et des Récollets.

Création et développement de la bibliothèque municipale (1800-1991)

Création et premier essor (1800-1891) En 1800, Monbalon cherche à prélever, pour la bibliothèque centrale de Bordeaux, les documents conservés dans les dépôts du département (Lesparre, Pauillac, Bourg, Libourne, La Réole, Bazas et Cadillac). Réclamés par les sous-préfectures pour l'établissement de bibliothèques locales, ces dépôts sont parfois mal gardés, et Monbalon se heurte aux difficultés de transport et aux retards administratifs (le dépôt le plus important, celui de Cadillac, n'arrivera qu'en 1806). À Bordeaux, les bibliothèques de l'ancien Séminaire, des couvents des Carmes et des Capucins, une partie de celle des Bénédictins de la Grande-Sauve et de divers autres couvents servent en 1801 à créer les bibliothèques de l'Archevêché et du Grand Séminaire, à partir de du Dépôt des Feuillants. Les bibliothèques du Lycée, de la Préfecture et de l'Institution des Sourds-Muets reçoivent aussi . Le décret du attribue à la municipalité de Bordeaux la surveillance et l'entretien de la bibliothèque, toujours située dans l'hôtel Jean-Jacques Bel, allées de Tourny. Monbalon réclame alors les ressources nécessaires à l'entretien de la bibliothèque. De juin à , il organise la vente des doubles. Il établit le catalogue et, en 1807, il fait revenir de Paris l'Exemplaire de Bordeaux.

En , Monbalon prend sa retraite et est remplacé par M. François Chalu, alors aide-bibliothécaire. Compromis en politique, ce dernier est remplacé le par M. Jouannet, président de l'Académie. Le , l'Ordonnance de Charles X avait prescrit l'impression du catalogue aux frais de l’État : les cinq volumes imprimés entre 1830 et 1850 font de Bordeaux l’une des premières villes de France à publier le catalogue de la totalité de ses collections. Décédé le , M. Jouannet ne peut être remplacé par M. Noé, pourtant actif depuis à la bibliothèque : c'est Jean-Isidore Delas qui est nommé bibliothécaire de la Ville le . Suivent Pierre-Calixte Dupont (1855-1859) ; Jean-Baptiste Gergerès (1859-1869), auteur d'une première histoire de la bibliothèque. et qui reçoit le don du château Latresne en 1865 ; J. Hector Messier (1869-1885), qui acquiert le fonds Lamontaigne en 1884 ; et enfin Raymond Céleste (1890-1912), lui aussi auteur d'une histoire de la bibliothèque et contemporain du premier déménagement.

La bibliothèque Mably (1892-1991) vignette|alt=Ancienne bibliothèque municipale, construite par Charles Durand en 1883.|Ancienne bibliothèque municipale, construite par Charles Durand en 1883. Le ., la bibliothèque s'installe dans le bâtiment du couvent des Dominicains réaménagé par l'architecte Charles Durand, Cour Mably. En , trois plaques en marbre sont installées par la mairie rappelant l'historique de la bibliothèque.. Elle s'enrichit d'achats, de dons et de legs, notamment les dons Jules Delpit et Charles Roullet en 1894. Le s'opère le transfert des collections du Grand Théâtre à la bibliothèque : partitions, livrets d’opéras et brochures de théâtre, pour la plupart manuscrits. Enfin, la loi du 7 juillet 1904 conduit à la confiscation des bibliothèques ecclésiastiques, et a pour conséquence une nouvelle arrivée de nombreux volumes en provenance des congrégations religieuses et des séminaires fermés.

Le rangement des collections imprimées en magasins selon la classification des libraires est abandonnée. Les bibliothécaires suivants sont François Gebelin (1912-1916), Jean de Maupassant (1916-1927) et Henri Teulié (1929-1934), qui organise une exposition pour le de Montaigne en 1933 et publie un catalogue. La loi du opère le classement des bibliothèques publiques ; les décrets d’applications du aboutissent à la nomination d’un bibliothécaire et d’un bibliothécaire adjoint par le Ministère. André Masson (1934-1947) entreprend un travail de modernisation.. En , la bibliothèque fait partie des 37 bibliothèques classées de France. Avec Julien Cain, Masson fait l'acquisition d'une partie des manuscrits de Montesquieu, vendus en 1939 à l'Hôtel Drouot, dont ceux des Pensées, du Spicilège et plusieurs centaines de lettres. Il assurera l'édition complète des œuvres de Montesquieu de 1950 à 1955 et publiera une biographie de Nicolas Beaujon. Avec Denise Deyries, sa collègue puis épouse, il assure le signalement des documents dans un catalogue sur fiches, organise les expositions du de la bibliothèque et ouvre une première bibliothèque de quartier., cours Pasteur, en 1944, premier jalon du réseau des bibliothèques de Bordeaux.

Louis Desgraves (1947-1970) poursuit en effet la politique d'ouverture d'André Masson de 1947 à 1970. Sous l'égide du maire Jacques Chaban-Delmas, il dote Bordeaux d'un réseau de lecture publique innovant à l'époque : 2 bibliobus urbains et 13 bibliothèques de quartier fonctionnent en 1970, dont une bibliothèque jeunesse ouverte dès 1949 (une des premières de France, déjà envisagée par André Masson).

Au début des années 1960, Louis Desgraves transforme la bibliothèque centrale de la rue Mably, qui est agrandie, rénovée et dotée d'une salle d'expositions. De plus, il oriente les autorités municipales vers la construction d'une nouvelle bibliothèque, projet qui aboutira en 1991 alors qu'il occupera d'autres fonctions. Au cours de son mandat de directeur, les dons des bibliothèques encyclopédiques des bibliophiles Auguste Pujolle (1962) et Jean-Paul Duhart (1966) enrichissent considérablement les fonds.