Le feng shui (, qui signifie littéralement « le vent et l'eau ») est un art millénaire d'origine chinoise qui a pour but d'harmoniser l'énergie environnementale (le qi, ) d'un lieu de manière à favoriser le bien-être, la santé et la prospérité de ses occupants. En Chine, on l'appelle généralement la discipline fēng shuǐ xué (). Cet art vise à agencer principalement les habitations en fonction des « énergies » visibles ou subtiles (qi) pour obtenir une harmonie, un équilibre des forces et une circulation optimale de l'énergie. Il s'agit d'un art fondé sur les principes de la philosophie taoïste, au même titre que la médecine traditionnelle chinoise ou l'acupuncture.
À l'opposé des pratiques du feng shui de l'arrangement du « ciel postérieur » qui concerne la vie de l'homme en tant qu'être vivant (yang), l'autre variante du feng shui est l'utilisation de l'arrangement du « ciel antérieur » (yin). Celui-ci est principalement utilisé pour l'organisation des lieux de sépulture, qui sont choisis et orientés suivant des principes permettant de favoriser la pérennité des descendants sur plusieurs générations. Ces lieux étaient gardés secrets afin d'éviter les malveillances envers les familles. Agir sur la configuration d'un lieu de sépulture correspond, selon la pensée extrême-orientale, à faire une action sur tous les membres descendants de cette famille.
Le feng shui est une philosophie et une pseudo-science. Il est fondé sur les principes du taoïsme nés de l'observation de la nature et d'un principe philosophique que l'on retrouve dans le bouddhisme : tout est relié, l'interdépendance des choses.
Étymologie Le terme signifie littéralement « vent » (fēng) et « eau » (shuǐ). Cet art fut tout d'abord appelé kānyú shù (堪輿術/堪舆术) (ou simplement kānyú (堪輿/堪舆), kān(堪/堪) « observation » et yú (輿/舆) « char », puis « terre » et shù signifie « art ». Kānyú shù signifie donc « l'art de l'observation de la terre » ; certaines interprétations considèrent que kān désigne la voie du ciel et yú la voie de la terre. Le nom fēng shuǐ apparaît pour la première fois dans le zàngshū (葬書/葬书) ou Traité des sépultures écrit par Guō Pú (郭璞 276-324) traduit par Stephen L. Field, Ph.D. :
Un autre terme moins fréquent est Qīngniǎo shù (青鳥術), « art de l'oiseau bleu ». Oiseau bleu est selon le Zuo Zhuan le nom d'un fonctionnaire chargé de l'astronomie et du calendrier. Selon le « Yúnjí qīqiān » (雲笈七籤/云笈七签), ouvrage taoïste des Song, c'est le personnage qui enseigna à l'Empereur jaune comment diviser l'espace.
Principes de base Le feng shui prend ses origines dans la philosophie chinoise, le taoïsme. Il est l'application des principes du taoïsme à l'habitat. Le taoïsme a développé un ensemble de théories : le yin et le yang, les 5 éléments, le qi, le bagua, le Yi-Jing, etc.
Qi (ou chi) L'objectif du feng shui est l'identification et l'optimisation des « flux » de qi (chinois traditionnel : 氣 chinois simplifié : 气 (souffle vital environnemental, ou flux d'énergie naturelle), pinyin : qì). Ces flux sont identifiés en fonction des principes de base yin yang, wu xing (cinq éléments), identification par rapport à l'interaction des trigrammes du ba gua du ciel antérieur et postérieur.
Le yin et le yang
En feng shui, le principe du yin et du yang est utilisé pour évaluer et déterminer la nature d'un environnement. Celui-ci sera, par exemple à dominante yin, yang, ou en parfait équilibre.
Le chiffre Kua Le chiffre Kua (ou nombre Gua) est un concept fondamental du Feng Shui issu de l’école des huit demeures (Ba Zhai, 八宅). Il permet de déterminer les orientations favorables et défavorables d'une personne en fonction de son année de naissance et de son sexe. Ce système classe chaque individu dans l’un des deux groupes énergétiques : groupe de l'Est ou groupe de l'Ouest. Cette classification influence des aspects comme l’orientation du lit, du bureau ou encore l’entrée du domicile afin d’optimiser la circulation du Qi (氣) et ainsi favoriser la prospérité, la santé et le bien-être.
Le chiffre Kua permet d'identifier quatre directions favorables (Sheng Chi, Tian Yi, Yan Nian, Fu Wei) et quatre directions défavorables (Jue Ming, Liu Sha, Wu Gui, Huo Hai) (Shui bien) (Too, 2015).
Les cinq transformations ou wu xing vignette|Jardin Feng Shui garden ayant remporté la médaille d'argent RHS Gilt. de la Royal Society en 1999 au RHS Hampton Court Palace Flower Show. Conception : Pamela Woods. Les cinq transformations ou cinq éléments (chinois simplifié : 五行 ; pinyin : wǔxíng) permet une classification des éléments de notre monde; le tai ji. Nous avons trois cycles principaux entre ces cinq éléments. Un cycle de « production », un cycle de « contrôle » et un cycle d'« affaiblissement ».
Les cinq éléments sont : le bois (mù, 木), le feu (huǒ, 火), la terre (tǔ, 土), le métal (jīn, 金) et l'eau (shuǐ, 水). Ces cinq éléments sont assimilés à des comportements du qi. Une forme triangulaire sera assimilée au feu, à la couleur rouge, à un mouvement ascendant et une saveur amère, à une saison chaude. Une forme ronde sera assimilée à l'élément métal, aura un mouvement de contraction, assimilé à la couleur blanche et aura une saveur piquante. Ces cinq éléments font appel à nos sens de perception afin d'effectuer un classement en fonction de ces critères découlant de ces cinq comportements.
Les couleurs à la base du feng shui étaient utilisées pour choisir un terrain en fonction de l'environnement. Un sol de couleur rouge avait une nature feu, une montagne de nature terre (de forme carrée) était néfaste pour une construction sur ce terrain car la terre affaiblit les effets du feu. Une personne désire activer une énergie feu dans son intérieur, alors elle devra mettre des formes triangulaires, des matériaux de nature feu.
Au même titre, mettre un poster représentant la mer ne donnera pas un effet eau selon la cosmologie taoïste, car ce poster est du papier qui n'est pas de nature eau.
Le facteur temporel La transformation cyclique des propriétés du qi fait intervenir la notion de temps, très importante en feng shui (comme en acupuncture ou en médecine traditionnelle chinoise).
Le Tong Shu ou calendrier chinois est utilisé pour connaître et identifier les influences annuelles, mensuelles et journalières. Le changement de l'année chinois a lieu au mois de février et les influences sur les qualités de qi varient à partir de chaque nouvelle année suivant un cycle de (60 jia Zi).
La boussole
Le luopan (chinois simplifié : 罗盘, chinois traditionnel : 羅盤, pinyin : luópăn) est un outil indispensable à la pratique du feng shui et à tout « maître des directions ».
Le luopan est une boussole comprenant plusieurs anneaux. Chaque anneau correspond à des indications spécifiques suivant les formules utilisées. Nous rencontrons trois types principaux de luopan : le San He 三合 (les trois harmonies), le San Yuan 三元 (les trois cycles) et le Zhong He qui combine les deux précédents. Chaque école a son propre luopan qui regroupe les formules utilisées par cette école.
Le ba gua
left|thumb|Le Ba Gua du ciel postérieur. Le ba gua (pinyin : bā guà) signifie les ; il est un diagramme octogonal utilisé dans les analyses feng shui. Le sud est toujours placé en haut et le nord en bas. Cette disposition est en relation avec le champ magnétique terrestre. Chaque direction de l'octogone (nord, nord-est, etc.) possède des qualités particulières liées à la course du Yin 陰 et du Yang 陽.
Il existe deux représentations du ba gua : celle du « ciel antérieur » et celle du « ciel postérieur ». L'arrangement du ciel antérieur représente la nature originelle de l'univers ou les forces opposées se font face, l'Eau du trigramme Kan 坎, fait face au Feu du trigramme Li 離. Le métal du trigramme Qian 乾 fait face à la Terre du trigramme Kun 坤, des forces qui ne se rencontrent jamais. L'arrangement du ciel postérieur représente la nature du monde dans lequel nous vivons par l'engendrement successif de ces forces de l'univers, qui représentent les différentes étapes de la vie, identifiés par la valeur des huit trigrammes.
Le ba gua du ciel postérieur et du ciel antérieur sont à l'origine des formules utilisées en feng shui, de par les relations entretenues entre ces deux mondes distincts, lors d'un passage de l'un à l'autre.
Le bāguà zhǎng (八卦掌) peut être aussi un art martial interne qui représente les huit trigrammes.
Histoire Aubes lointaines Il y a plusieurs milliers d'années que les devins et les sages de la Chine ancienne, les fang shi ont jeté les fondements du feng shui. Selon la légende, la boussole fut inventée pendant le règne de l'Empereur jaune et fut d'abord utilisée pour la navigation. Elle fut ensuite modifiée pour l'usage en feng shui.
Pour les habitants de la Chine ancienne, les éléments naturels, comme le vent et l'eau, matérialisent l'énergie du ciel et de la terre. En mouvement, cette énergie est nourricière, excessive ou au contraire stagnante, elle possède des qualités destructrices.
Les premières tribus chinoises sont dirigées par des rois-chamans dont le premier était l'Empereur Fu Xi. Il fait partie des Trois Augustes, ou « Sages ». Ces praticiens connaissaient les voies du vent et de l'eau qui ont pouvoir sur les éléments. Le sage Fú Xī (伏羲/伏犧), est aujourd'hui vénéré comme protecteur des sciences et des arts divinatoires, notamment en raison de sa découverte du Hétú (河圖/河图 comportement cyclique du fleuve).
Le sinologue James Legge rapporte que le Yi Jing affirme que, près de trois millénaires avant notre ère, un animal mythique (Cheval-Dragon) sortit du Fleuve Jaune et, portant empreint sur son dos un arrangement de marques, aurait inspiré à Fú Xī l'idée du HétúBook of Change, James Legge, Hunan, 1995.
Yu le Grand est un autre roi-chaman dont on dit qu'il a reçu d'un immortel l'ouvrage intitulé Livre de la maîtrise des Eaux. D'après la légende, il découvrit le schéma Luòshū qui exprime le comportement cyclique du fleuve Luò, sur la carapace d'une tortue. Lorsqu'il devient roi après la mort de l'empereur Shun, Yu possède aussi la faculté de comprendre les changements terrestres et célestes qui affectent le vent et l'eau, ainsi que le cycle des saisons.
Huang Di, l'empereur jaune, fut un souverain légendaire qui acquit la maîtrise des caractéristiques propres à la topographie. Selon la légende chinoise, la Dame des neuf béatitudes lui enseigna la technique de la boussole géomantiqueLeçons approfondies de Feng-Shui, Eva Wong.
L'âge d'or L'âge d'or du kānyú s'étendit de 618 à 1279 sous les deux dynasties Tang et Song. Pendant cette période, de nombreuses évolutions se produisirent. Yang Junsong (楊筠松 834-900) fut un des maîtres kānyú les plus célèbres. Il était également appelé Yang Jiupin (楊救貧), ce qui signifie « le sauveur des pauvres », car il aidait les pauvres sans contrepartie financière. Yang Junsong n'a pas eu de descendants car il devint moine. Cependant, il enseigna à de nombreux élèves le Yang Gong feng shui (杨 公 风水), dans les montagnes appelées maintenant Yang Xian Ling (monts Yang gong) où il vécut, près de la ville actuelle de Ganzhou.
Les secrets du feng shui ont été farouchement gardés par les empereurs et durant la dynastie Tang, le classique du Ba Zhai (Tong Han Jing) a été écrit par le moine Yi Hang (一行和尚) afin de satisfaire la demande des ambassadeurs des pays voisins. Ce système bazhai étant une forme du feng shui destinée au grand public, n'utilisant que 24 des 72 montagnes créées par Yang Junsong..
Sous la dynastie Song, Xu Jenwang développa les vues de l'école des Trois Périodes et créa celle du xuán kōng (玄空, vide mystérieux).