Le Conseil français du culte musulman (CFCM) est une association française régie par la loi de 1901, placée sous l'égide du ministère de l'Intérieur, et qui a vocation à représenter les musulmans de France auprès des instances étatiques pour les questions relatives à la pratique religieuse..

Toutefois, dans les faits, selon Dalil Boubakeur, président de l'association de 2013 à 2015, cette instance ..

Le CFCM intervient dans les relations avec le pouvoir politique français, dans la construction des mosquées, dans le marché des aliments halal, dans la formation de certains imams, dans le développement de représentations musulmanes dans les prisons et dans l'Armée française, dans la nomination d'aumôniers dans les hôpitaux, et dans la construction de carrés réservés aux musulmans dans les cimetières. Il coordonne les dates des fêtes religieuses, notamment celles du ramadan.

Considéré comme inopérant et à la suite d'une scission interne, le CFCM est écarté début 2023 par la décision d'Emmanuel Macron, qui lui préfère le Forum de l'islam de France (FORIF).

Histoire Jusqu'en 1973, la grande mosquée de Paris est le principal lieu de culte musulman en France. La grande mosquée de Lyon est construite quasi entièrement avec des fonds du roi Fahd ben Abdelaziz Al SaoudJonathan Laurence : « From the Élysée Salon to the Table of the Republic », in European Yearbook of Minority Issues, vol. 3, ..

En 1990, Pierre Joxe, alors ministre de l'Intérieur sous la présidence de François Mitterrand, lance le Conseil de réflexion sur l'Islam de France, qui est chargé de présenter des propositions pour l'organisation du culte des musulmans. Neuf imams sur dix en France viennent alors de l'étranger.

Dans sa déclaration le , Jean-Pierre Chevènement (alors ministre de l'Intérieur chargé des cultes), dit :

Le , le Conseil français du culte musulman crée la « charte de l'imam ». Dans un contexte français post-attentats, cette charte a pour but d'aider les mosquées à lutter contre la radicalisation en faisant du respect de cette charte un critère de recrutement de l'imam. puis aussi une nouvelle plus complète en .

Une exigence abandonnée : le droit de changer de religion En , Jean-Pierre Chevènement entame une consultation large rassemblant toutes les fédérations musulmanes, les grandes mosquées et certaines personnalités et leur soumet un texte qui : « consacre notamment le droit de toute personne à changer de religion ou de conviction ». .

Après de longues discussions, Chevènement obtient dans un premier temps un engagement sur ce point, mais celui-ci est finalement retiré à la demande de l'Union des organisations islamiques en France (UOIF)Malika Zeghal, La constitution du Conseil Français du Culte Musulman : reconnaissance politique d'un Islam français ?, Archives de sciences sociales des religions, 129, 2005, p. 97-113, doi.org/10.4000/assr.1113. Cette décision, avalisée par le ministère, soulève une première polémique.

Le pacte, intitulé « Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre pouvoirs publics et culte musulman en France » est signé le . Si Alain Billon, conseiller de Chevènement, considère le texte comme une « expression positive de laïcité », .

Une volonté d'instituer une communauté musulmane La consultation est poursuivie par Daniel Vaillant dès son arrivée au poste le jusqu'au , et aboutit à la création du CFCM par Nicolas Sarkozy, alors occupant du poste lors du conseil des ministres du L'association est créée le 28 mai 2003 par publication au Journal officiel de la République française le 7 juin 2003, annonce no. 1783.. Sarkozy ne tint pas compte du point essentiel soulevé par Chevènement en dépit des opinions de certains de ses conseillers.

Selon Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Sandrine Lemaire, le CFCM relève au contraire d'une logique concordataire et fut maintes fois dénoncé comme une « cléricalisation » de l'islam de France et la résurgence de pratiques coloniales..

Le Conseil français du culte musulman (et ses conseils régionaux) est créé en 2003 pour être, sur le modèle de la loi de 1905, l'interlocuteur du gouvernement pour tous les problèmes liés à l'exercice du culte. Surtout, le CFCM doit assurer la formation des imams, une question qui revêt une importance fondamentale dans un contexte d'affrontement entre les tendances modérées et intégristes de l'islam.

Près de grands électeurs représentant 995 lieux de cultes (mosquées et salles de prières) votent dans 25 régions les 6 et . La Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), proche du Maroc, arrive en tête et obtient sur 41 au conseil d'administration du CFCM. La grande mosquée de Paris, proche de l'Algérie, en obtient six. L'Union des organisations islamiques de France, proche des Frères musulmans, en obtient 13. Malgré ce mauvais score, le recteur de la Grande Mosquée, Dalil Boubakeur est assuré d'obtenir la présidence du CFCM, en vertu d'un accord préalable conclu le , sous l'égide du gouvernement français..

Le Conseil, quelquefois perçu comme censé représenter la communauté musulmane alors que ses fonctions sont exclusivement liées au culte, souffre en outre d'un manque de représentativité au sein de la communauté musulmane, avec des abstentions de vote de près de la moitié des mosquées en 2012. Les tensions entre ses grands courants engendrent des difficultés à manifester une position unitaire.

Le , invité par le Vatican, Anouar Kbibech, président du CFCM, se rend à Rome en compagnie de ses vice-présidents, dans le but de débattre les relations entre chrétiens et musulmans..

Baisse d'influence À partir de , le gouvernement décide d'interagir avec le Forum de l'islam de France (Forif) plutôt que le CFCM..

Les tensions internes s'accentuent et aboutissent à un risque d'autodissolution en 2022. Une scission du CFCM se forme au même moment, composé de la FFAIACA (Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles), de Musulmans de France (ex-UOIF), du RMF (Rassemblement des musulmans de France), proche du Maroc, et de la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris, sous l'égide de Chems-Eddine Hafiz, son recteur. Moussaoui reconnait alors que si ..

Lors d'une réunion organisée par le Forum de l'islam de France, en date du , le président Emmanuel Macron décide de , alors qu'il n'en a pas le pouvoir puisqu'il s'agit d'une association loi de 1901 et donc de droit privé ; il souhaite que le Forif prenne la relève. Toutefois, le recteur de la mosquée de Villeurbanne et membre du FORIF, Azzedine Gaci, tempère les propos du président de la République, en affirmant que : « Il [le CFCM] continuera ses activités mais il ne sera qu’une association parmi d’autres. Il ne sera plus considéré comme porteur des aspirations de l’islam et des musulmans de France »...

Fonctionnement Le conseil d'administration est élu pour trois ans par des délégués des mosquées dont le nombre est déterminé uniquement par la surface des lieux de culte. Le conseil élit en son sein le bureau exécutif qui élit à son tour le président du CFCM pour la durée du mandat. Les conseils régionaux du culte musulman (CRCM) sont élus en même temps.

Le nombre de délégués élus aux conseils régionaux du culte musulman se calcule en fonction de la surface des lieux de culte : une salle de prière de carrés donne droit à un délégué, une mosquée de plus de carrés aura 15 délégués..

En , Fatih Sarikir, membre du Millî Görüş turc, a obtenu le siège stratégique de secrétaire général du conseil français du culte musulman, fonction qu'il cumule avec celle de président de l'Union européenne pour l'enseignement musulman privé (UEPM) qui gère onze groupes scolaires en France.

Composantes Différentes tendances composent le conseil : la Fédération française des associations islamiques d'Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA) la Fédération « Invitation et mission pour la foi et la pratique » la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) la grande mosquée de Paris (GMP) le Rassemblement des musulmans de France (RMF) le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) les Musulmans de France (MF), anciennement dénommée Union des organisations islamiques de France (UOIF)

Chaque composante du conseil reste très liée à son pays « d’origine » : la Turquie pour le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) le Maroc pour le Rassemblement des musulmans de France (RMF) et l’Union des mosquées de France l’Algérie pour la grande mosquée de Paris (GMP) l'Égypte pour les Frères musulmans via Musulmans de France (MF).

En , quatre fédérations du Conseil français du culte musulman (la Fédération de la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France, Musulmans de France et la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles) se retirent du bureau exécutif et annoncent le la création d'une afin de réfléchir à .

Présidents Mandat Président du CFCM 2003 2008 Dalil Boubakeur 2008 2013 Mohammed Moussaoui 2013 2015 Dalil Boubakeur 2015 2017 Anouar Kbibech 2017 2019 Ahmet Ogras 2019 2020 Dalil Boubakeur (intérim) 2020 en cours Mohammed Moussaoui

Dalil Boubakeur est le premier président du CFCM. Élu en 2003, il est réélu en 2005 malgré la défaite de la grande mosquée de Paris et la victoire de la Fédération nationale des musulmans de France.

En , Mohammed Moussaoui, vice-président du Rassemblement des musulmans de France, remplace Boubakeur à la présidence, à l'issue des élections. Il écourte son mandat en 2013 pour permettre la mise en œuvre d’une réforme, souhaitée par les autorités françaises, mettant en place une direction collégiale et tournante.

En , Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, redevient président du CFCM, élu à une très large majorité des membres du conseil d’administration.

Le , Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France, succède à Boubakeur..

Le , Ahmet Ogras, chef d'entreprise et président du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), prend la présidence. Son arrivée à la tête du Conseil est analysée comme un renforcement de l'influence des Frères musulmans dans cette institutionPierre Vermeren, « Pierre Vermeren : “La priorité des Frères musulmans, l'Europe” », lefigaro.fr, 7 juillet 2017.. Il quitte la présidence le .

Le , le conseil d'administration désigne Mohammed Moussaoui pour assurer la présidence du au , puis Chems Eddine Hafiz du au et enfin Ibrahim Alci du au ..

Élections

2011 Les élections du renouvellent les représentants au conseil. Le conseil est composé de. : du Rassemblement des musulmans de France (RMF) du Comité de coordination des musulmans turcs de France de la grande mosquée de Paris (GMP) de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF)

L'UOIF a décidé de boycotter le scrutin.

2013 Les élections du renouvellent les représentants au conseil. Le conseil est composé de : du Rassemblement des musulmans de France (RMF) du Comité de coordination des musulmans turcs de France de la grande mosquée de Paris (FNGMP) de l'UOIF de Millî Görüş

D'autres membres sont nommés au conseil par les fédérations et les grandes mosquées.

2015

2017

2019

Dans l'attente des élections pour le CFCM et les conseils régionaux prévues le , Dalil Boubakeur exerce les fonctions de président par intérim. En septembre, ces élections sont reportées une première fois, au . En novembre, elles sont de nouveau reportées aux 10 et , les élections se déroulant sur deux jours. L'élection du bureau national est prévue pour le mais est, elle aussi, reportée, au ..

Polémique de l'affaire Mila en 2020