vignette|Prostate et vésicules séminales (normales).

Le cancer de la prostate est un cancer fréquent touchant la prostate, une glande de l'appareil reproducteur de l'homme. Le cancer se développe à partir des tissus de la prostate quand des cellules y mutent et se multiplient de façon incontrôlée. Celles-ci peuvent ensuite s'étendre (se métastaser) en migrant de la prostate jusqu'à d'autres parties du corps, particulièrement les os et les ganglions lymphatiques du .

En France, il est au premier rang des cancers chez l'homme, avant les cancers du poumon et colorectaux.

Le cancer de la prostate survient indépendamment de l'hypertrophie bénigne de la prostate ou adénome prostatique. C'est dans l'immense majorité des cas un adénocarcinome, surtout de type acinaire.

Le cancer de la prostate peut provoquer notamment des douleurs, des difficultés à uriner et des dysfonctionnements érectiles. Les symptômes ayant pour origine un adénocarcinome de la prostate signalent souvent un stade avancé de la maladie. D'autres maladies de la prostate provoquent les mêmes symptômes : les douleurs pelviennes en cas de prostatite et les difficultés à uriner en cas d'hypertrophie bénigne de la prostate.

C'est un cancer d'évolution lente et principalement locale. L'Institut national du cancer. n'hésite pas à écrire qu'il s'agit d'un cancer dont le « pronostic est bon voire très bon ». Seuls 15 % des cancers de la prostate sont agressifs avec dissémination des métastases. : une étude publiée en a permis d'identifier les caractéristiques génomiques de la forme à haut risque..

La question de traiter un cancer de la prostate asymptomatique et localisé se pose, comme le démontre l'étude sur 3 groupes de chacun : un groupe bénéficiant d'un suivi clinique, un groupe avec radiothérapie et un groupe avec chirurgie. La mortalité à 10 ans et 15 ans est rigoureusement la même..

Les traitements les plus fréquents sont la chirurgie (prostatectomie radicale), la radiothérapie (radiothérapie externe et curiethérapie, notamment) et l'hormonothérapie. La chimiothérapie n’est utilisée que dans les formes métastatiques.

vignette|Prostate et vésicules séminales (normales). vignette|Schéma de la prostate et des vésicules séminales (normales). vignette|Coupe histologique ; tissus prostatiques avec adénocarcinome.

Épidémiologie vignette|Incidence du cancer de la prostate en fonction de l'âge aux États-Unis, données de l'OMS (2016).

Fréquence Les taux de ce cancer varient considérablement de par le monde. Il est moins répandu en Asie du Sud et en Extrême-Orient, plus commun en Europe et encore plus aux États-Unis. Selon la Société américaine du cancer, ce cancer est plus rare chez les Asiatiques et plus répandu chez les personnes d'origine subsaharienne (les taux élevés pouvant aussi être influencés par l'accroissement de l'effort de détection).

Le cancer de la prostate survient le plus souvent après cinquante ans. Il est globalement le second cancer le plus fréquent chez l'homme, et, dans certains endroitsHerb Brody (2015) Prostate cancer, Nature 528, S117, publié 17 décembre 201 ; , voir aussi p S118). (dont en FranceLes cancers en France, édition 2014. Collection État des lieux et des connaissances, ouvrage collectif édité par l’INCa, Boulogne Billancourt. Février 2015. .Incidence et mortalité des cancers en France.), il prend la première place, devant le cancer des poumons (qui est cependant plus souvent mortel). De nombreux porteurs d'un cancer de la prostate n'éprouvent jamais de symptômes, ne subissent aucune thérapie et meurent pour d'autres raisons. De nombreux facteurs d'origine génétique, toxicologique et liés au régime alimentaire semblent impliqués dans le développement de ce cancer.

Les études autoptiques confirment une haute prévalence de cancers asymptomatiques et non diagnostiqués de la prostate chez les hommes dès 30 ans.. Cette prévalence augmente avec l'âge, atteignant environ la moitié des hommes de type caucasien au-delà de 80 ans. On retrouve des foyers de cellules cancéreuses dans 30 à 70 % des cas lors d'études autoptiques réalisées chez des hommes de 70 à 80 ans ; le cancer de la prostate reste néanmoins le plus souvent asymptomatique .

Son incidence augmente (en partie apparente à cause d'un meilleur dépistage). C'est ainsi en France le cancer dont l'incidence a le plus augmenté de 1980 à 2005 (+6,3 %), avec une augmentation annuelle encore accrue de 2000 à 2005 (+8,5 %). Il explique à lui seul environ 70 % de l'augmentation totale du cancer chez l'homme en France sur ces 25 dernières années. Ceci s'explique pour une grande partie, mais pas totalement, par un meilleur dépistage (Cf. dosage plus systématique du PSA ou « Prostate-specific antigen » en France, depuis la fin des années 1990. Ce dosage nécessite cependant une vérification car l'AFSSAPS n'a trouvé en 2005 que 7 dispositifs de dosage fiables et « acceptables » sur 37 commercialisés)Note/résumé AFFSAPS 20/12/06, consultée 2008 10 04..

En 2005 aux États-Unis, on estime que de ce cancer sont apparus et sont dus à celui-ci Erratum in: CA Cancer J Clin. 2005 Jul-Aug;55(4):259..

En France, le dernier rapport de 2023 de l'institut national du cancer donne les chiffres suivants : en 2018 en France métropolitaine Taux d'incidence : -1,1 % par an en moyenne entre 2010 et 2018 Âge médian au diagnostic en 2018 : 69 ans Prévalence estimée à en 2017 en 2018 Taux de mortalité : -3,7 % par an en moyenne entre 2010 et 2018 Âge médian au moment du décès : 83 ans Survie nette standardisée à 5 ans des hommes diagnostiqués entre 2010 et 2015 : 93 % (stable)

Géographie du cancer de la prostate Il existe d'importantes différences géographiques dans l'expression de ce cancer, qui semble plus fréquent chez les Noirs, ou lorsque la famille possède une histoire pathologique avec ce type d'affection.

De 1983 à 2002, alors que les décès par cancer étaient globalement plus élevés en métropole qu’aux Antilles, les décès par cancer de la prostate et de l’estomac ont été deux fois plus fréquents aux Antilles qu’en métropole (alors que les cancers colorectaux et du poumon étaient trois fois moins fréquents)BEH (INVS, Mis en ligne le 26 février 2008)..La pollution par le Chlordécone est un facteur explicatif, dans le cas des Antilles. En effet, une étude a montré que près de 90 % des Antillais étaient contaminés par l'insecticide"Sciences en et Avenirs, 2018 : Le chlordécone menace la santé des antillais, pour longtemps"..

À l'inverse le faible taux constaté au Japon pourrait s'expliquer à la fois par des raisons génétiques et par l'alimentation (le thé vert et/ou le soja ou par d'autres aliments riches en sélénium). Ces derniers semblent en effet protéger la plupart des Japonais vivant au Japon (alors que ceux qui vivent aux États-Unis ne le sont pasStatistiques mondiales du cancer de la prostate (Attention, elles reflètent aussi l'« efficacité et pression de détection », certains publics ou âges étant par exemple mieux suivis que d'autres).).

Causes, facteurs de risque Ses causes sont encore mal comprises, et pourraient souvent être multiples : Une prédisposition génétique et la responsabilité de certains gènes semblent possible, mais faiblement corrélées avec la survenue de la maladie Damber JE, Aus G, . 2008;371:1710-1721..En particulier, une mutation sur le chromosome 8 pourrait expliquer la plus grande fréquence de ce cancer chez les Noirs américains Amundadottir LT, Sulem P, Gudmundsson J « » Nat Genet. 2006; 38: 652-658. ; Un lien avec la testostérone biodisponible semble fréquent. Charles Brenton Huggins (inventeur de l'hormonothérapie du cancer)Camparo, P. (2011) Charles Brenton Huggins et l’invention de l’hormonothérapie du cancer. Correspondances en onco-urologie, 2(3), 140-141. a d'abord (à partir des années 1940 et sur la base d'études du cancer métastatique de la prostate) conclu que ce cancer était induit par un excès de testostérone (ou facilité par cette hormone). Mais plus récemment (années 2010) les données disponibles laissent penser qu'une cause plus fréquente est un déficit en testostéroneLemke Coralie (2019) [SEAActu17h-20190328 Le cancer de la prostate serait dû à un manque de testostérone et non à un excès] |Science et Avenir| 28 mars 2019.Pichon, A., Neuzillet, Y., Botto, H., Raynaud, J. P., Radulescu, C., Molinié, V.... & Lebret, T. (2015). Preoperative low serum testosterone is associated with high-grade prostate cancer and an increased Gleason score upgrading. Prostate cancer and prostatic diseases, 18(4), 382.Botto, H., Neuzillet, Y., Lebret, T., Camparo, P., Molinie, V., & Raynaud, J. P. (2011). High incidence of predominant Gleason pattern 4 localized prostate cancer is associated with low serum testosterone. The Journal of urology, 186(4), 1400-1405.. Un faible taux de testostérone avant l'opération de ce cancer a été liée en 2010 à un risque accru d'agressivité de la tumeurBotto, H., Neuzillet, Y., Lebret, T., Camparo, P., Molinie, V., & Raynaud, J. P. (2010). Preoperative low serum testosterone levels are associated with tumor aggressiveness in radical prostatectomy treated cancer patients. Hormone molecular biology and clinical investigation, 2(1), 191-201.Neuzillet, Y., Raynaud, J. P., Dreyfus, J. F., Radulescu, C., Rouanne, M., Schneider, M.... & Galiano, M. (2019) Aggressiveness of Localized Prostate Cancer: the Key Value of Testosterone Deficiency Evaluated by Both Total and Bioavailable Testosterone : AndroCan Study Results. Hormones and Cancer, 10(1), 36-44| résumé. ; La taille adulte plus élevée est corrélée avec un risque plus élevé de cancer de la prostate Andersson S-O, Wolk A, Bergström R, « » J Natl Canc Inst. 1997;89:385-389. ; Des facteurs nutritionnels ont été évoquésWCRF Report 2014 - Diet, nutrition, physical activity and prostate cancer.. Certains aliments semblent augmenter le risque de cancer de la prostate.D'après plusieurs études, la consommation de lait de vache augmenterait ce risque après 50 ansGrowth Factor Raises Cancer Risk. « », Br. J. Cancer. 2008;98(9):1574-81. mais d'autres études jugent que ce lien n'est pas significatif « ». ou serait faiblePar exemple, 32 % d'augmentation de risque de cancer de la prostate pour de protéines laitières, soit de lait ou d'emmental.L'augmentation du risque semble liée à l'augmentation du taux d'IGF-1 dans le sang, lui-même corrélé à la consommation de laitVariation in Plasma Insulin-like Growth Factor-1 and Insulin-like Growth Factor Binding Protein-3: Personal and Lifestyle Factors (United States).. Certaines études suggèrent que la caséine pourrait aussi avoir un effet sur le cancer de la prostateA milk protein, casein, as a proliferation promoting factor in prostate cancer cells.. Un apport alimentaire excessif en acide phytanique venant des laitages, et notamment du beurre a aussi été relié (2012) à un risque élevé de cancer de la prostate Margaret E. Wright, Phyllis Bowen, Jarmo Virtamo, Demetrius Albanes et Peter H. Gann « » 2012;131(6):1396–406.. Pour ces raisons, au nom du principe de précaution, certaines études suggèrent de limiter la consommation de produits laitiers chez les hommesApplying the precautionary principle to nutrition and cancer. La surconsommation de calcium semble être un facteur de risque établi. Plusieurs études scientifiques retiennent le lait comme facteur de risque pour les cancers hormono-dépendants comme ceux de la prostate, des ovaires et du sein , Journal of Clinical Oncology, 23, , 10 novembre 2005 : . Milk, milk products and lactose intake and ovarian cancer risk: A meta-analysis of epidemiological studies, International Journal of Cancer, 118, issue 2, 431-441..

D'autres aliments semblent jouer un rôle protecteur :