Le focusing est une approche psychothérapeutique, créée par le philosophe américain , et rattachée au courant de la psychologie humaniste. La démarche se caractérise par une attention particulière portée aux ressentis corporels (d’où le terme « focus » – focaliser) comme un moyen de compréhension des situations vécues, permettant à la personne de développer des réponses personnelles adaptées aux difficultés rencontrées. Le focusing est dérivé de l’Approche centrée sur la personne développée par Carl Rogers, dont Eugene Gendlin a été un proche collaborateur pendant près de onze ans.
Démarche Ce procédé a été développé par , psychologue et philosophe américain, dans le but de faciliter pour la personne un fonctionnement efficace, bénéfique, créatif. Cette démarche nous apprend à cultiver une certaine attitude intérieure faite d’écoute bienveillante et de présence à ce qui est, afin d’appréhender nos problèmes autrement et mettre en place des conditions favorables pour l’émergence de perspectives nouvelles. Cette démarche est soutenue par une vision humaniste de l’homme.
La démarche propose de se mettre à l’écoute de soi, plus précisément à l’écoute d’une sensation corporelle plutôt vague au départ, mais concrètement ressentie. Cette sensation (appelée « sens corporel ») fournit des informations précises sur ce que nous vivons. En effet, nous avons une expérience corporellement ressentie des situations que nous vivons – selon les circonstances, nous nous sentons légers, serrés, lourds, entravés, plein d’entrain…. Ces impressions sont chargées de significations que nous laissons habituellement dans l’ombre. Le focusing vise à renouer avec ces impressions globales pour les amener à se préciser (comme on ajusterait le « focus » de l’appareil photo). Elles vont nous fournir des renseignements précieux sur nous-mêmes, nous apprendre à se fier à notre « boussole intérieure » pour se guider dans l’existence, et, selon les partisans de cette approche, d’établir des rapports plus justes et plus harmonieux avec soi, les autres et le monde.
Champ d'application Le focusing couvre différents champs et répond à différents objectifs.
Il peut être appliqué comme méthode psychothérapeutique. Issu de la tradition « Centrée sur la Personne » de Carl Rogers, il fait partie des approches humaniste expérientielles et donne lieu à des approches thérapeutiques spécifiques. Il peut être associé et intégré à différentes pratiques médico-psycho-sociales permettant une meilleure écoute et une réelle qualité relationnelle. Il peut être utilisé également comme une démarche personnelle pour mettre l’accent sur une harmonie interne, au service du bien-être, du développement des compétences et d’une communication meilleure.
Origines Il faut remonter aux années 1960 pour trouver les premiers travaux qui allaient conduire au focusing. Ces travaux ont été menés aux États-Unis par Eugène Gendlin, psychologue, philosophe et chercheur à l’université de Chicago. Dès 1952, Gendlin avait rejoint Carl Rogers et son équipe pour s’y former à la psychothérapie. Mais il cherchait plus précisément à étudier l’articulation concept/expérience, à savoir, « comment fonctionne notre expérience vivante (experiencing ou expérience immédiate en train de se dérouler) dans nos activités cognitives et sociales ». Il pensa donc que la psychothérapie était un domaine tout indiqué pour se livrer à ce genre de recherches.
En étudiant des centaines d’heures de thérapies, il mit en évidence que le succès de la thérapie corrélait peu avec la technique du thérapeute, ou avec le contenu de ce qu’exprimait le client. Il put ainsi bientôt prédire le bon avancement d'une thérapie dès le premier ou second entretien en repérant comment le patient s’y prenait avec lui-même.
Si le succès appartient en premier lieu au client, une question surgit aussitôt : « que font de particulier ces personnes qui réussissent en thérapie ? ». S’il est possible de repérer le procédé qui facilite le processus thérapeutique, il devient envisageable de l’apprendre et de l’enseigner au client qui ne le fait pas spontanément afin d’optimiser son parcours thérapeutique. C’est ce à quoi répond le focusing. Que fait donc de particulier le client qui progresse en thérapie ? Durant la séance, le client « prédisposé » s’interrompt de parler à certains moments, comme absorbé par quelque chose qui se déroule à l’intérieur de lui-même, avant de reprendre la parole. Mais il ne se contente pas de réfléchir à ce qu’il vient de dire ou de laisser son esprit associer librement. Il semble alors qu’il tente de saisir quelque chose en amont du discours porteur d’un sens à venir. En regardant de plus près, il essaie de donner forme à une impression encore vague, difficilement saisissable mais concrètement ressentie dans l’expérience immédiate. Au lieu d’en faire l’analyse, de l’interpréter ou de l’ignorer, il explore ce « feeling » vague, dont le sens implicite n’est pas encore élaboré. Cette impression qui incarne ce qu’il vit, lui sert de référent pour asseoir son discours. Il progresse à partir de là, cherchant à tirer de nouvelles informations de ce qu’il éprouve indistinctement.
Gendlin ne se contenta pas de décrire ce processus qu’il observait en thérapie. Une fois ce processus repéré, il développa une méthode claire et subtile pour enseigner ce procédé naturel doté d’un pouvoir de changement et de transformation étonnant. Il l’appela « Focusing ». Ce terme vient du domaine de la vidéo. En anglais, on dit "focusing" quand on règle la mise au point d'une caméra. Cela permet de passer d'une image floue à une image claire. De la même manière, le "focusing" permet de voir clair en soi.
Le cadre relationnel dans lequel se déroule l’entretien d’une thérapie d’orientation focusing s’appuie sur les attitudes développées par Carl Rogers (Approche centrée sur la personne) : succinctement, il s’agit de mettre en place les attitudes d’écoute empathique, de non-jugement vis-à-vis de la pensée et de l’expérience vécue du client (regard positif inconditionnel), de congruence (le thérapeute de son côté et par rapport à lui-même pratique cette écoute et ce non-jugement afin d’être au plus juste dans sa relation au client). Ces attitudes permettent au client un contact plus direct avec ce qui se déroule en lui. Elles ouvrent le champ au processus de focusing qui consiste succinctement à garder un contact direct avec l’expérience immédiate pour en tirer de nouvelles perceptions, de nouvelles pensées, de nouveaux modes de représentation et d’appréhension de la réalité. Il revient au thérapeute d’aider son client à rester proche de cette dimension expérientielle, encore peu définie mais porteuse de sens. En se référent à ce « feeling » de base (« référence directe » de Gendlin) pour former son discours, le client va dans le sens d’un (ré)accordage interne et trouve à se positionner de manière plus pertinente. L’accès à une telle connaissance (qui, au départ, se situe dans une dimension implicite) est susceptible de remodeler et réorganiser le champ perceptuel et représentationnel dès lors qu’elle devient explicite. En effet ce sont la plupart du temps des représentations limitantes et des systèmes de pensée figés qui donnent lieu à des fonctionnements et comportements inadéquats souvent douloureux. Dans toute démarche thérapeutique, il s’agit de leur permettre de changer. Le changement passe ici par la référence interne à une dimension implicite et significative de l’expérience vécue. Le processus de focusing progresse ainsi, allant de ce qui est déjà élaboré (ce que je crois savoir et ne cesse de me dire à propos de…) à une dimension implicite plus vague mais plus vaste (ce que je sens vaguement à ce sujet), pour laisser venir, à partir de l’implicite, une nouvelle élaboration, porteuse d’une cohérence nouvelle (comment, tout à coup, je perçois les choses autrement).
La voie royale vers l’implicite est le « corps », non le corps purement physique, mais le corps d’avant la séparation corps-psychisme. Le focusing, apprend à se mettre à l’écoute d’une dimension ressentie corporellement à travers ce que Gendlin a dénommé « bodily felt sense » (traduit par « sens corporel »). Le sens corporel est ce que nous ressentons à propos d’une situation. Il s’inscrit dans la dimension implicite de l’organisme et de l’expérience immédiate. Il est signifiant, c'est-à-dire qu’il détient des significations qui, dès lors qu’elles passent à l’évidence (l’explicite), réorganisent le champ perceptuel et modifient le rapport aux êtres et aux choses. Ce « sens corporel » se donne initialement comme une impression floue, vague, difficilement saisissable car teinté du non encore défini. Cette impression vient à se préciser du fait même de l’attention qu’on lui porte. Cette même attention sans tension, tournée vers le sens corporel, va permettre le passage à l’explicite en laissant venir l’information nouvelle sans qu’interfèrent les processus mentaux habituels. Il n’est donc pas question de faire des commentaires sur ce qui est ressenti dans l’expérience, de l’analyser, de l’interpréter mais au contraire de laisser se déplier ce qui est impliqué dans ce flou de départ. Une telle attitude est loin d’être conforme à ce que nous pratiquons habituellement, enclins que nous sommes à nous emparer de ce qui se présente pour lui appliquer nos grilles d’analyse et nos références apprises. Au cours du focusing, il s’agit au contraire de nous dépouiller de nos connaissances a priori pour nous ouvrir à quelque chose de neuf, enfoui dans un savoir plus primordial au sein duquel sont intriquées une multitude de données issues de nos expériences in situ. Si le sens corporel est toujours donné au présent – nous vivons les situations et les relations dans notre corps – il détient, de manière imbriquée, aussi bien ce qui vient du passé (nos mémoires ancestrales, archaïques, nos blessures, nos peurs, nos schémas de fonctionnements et de penser) que l’implication qui en découle, le développement ultérieur d’une nouvelle organisation.
En pratiquant le focusing, de nombreuses émotions peuvent émerger. Celles-ci sont à accuillir mais à distinguer du sens corporel vers lequel nous sommes invité à revenir. Le sens coporel est différent des émotions comme la colère, la tristesse, la joie ou la peur. Il prend en compte l'entier de nous même et de ce que nous ressentons et nous informe de la globalité de ce que nous vivons.
Le passage de l’implicite à l’explicite, sous-tendu par l’implication contenue dans l’implicite, se fait par l’émergence d’informations « impliées » (impliquées et repliées) dans le sens corporel. Par exemple, si, à l’évocation d’une situation, mon sens corporel est d’être oppressé (compte tenu de différents paramètres pas forcément repérables a priori), l’implication qui en découle va probablement être de me dégager et de me libérer – or il se trouve que cette sensation d’oppression (sens corporel) contient des indications susceptibles d’aller dans le sens de cette libération en me montrant comment m’y prendre pour y parvenir.
Selon Gendlin, le sens corporel supporte le processus de changement en permettant que se révèle ce qui est implicitement signifiant pour la personne. Le processus d’émergence réorganise les données dans le sens d’une plus grande harmonisation et d’un meilleur relationnel.