La théorie de la balle unique (en ), également appelée « théorie de la balle magique » par ses détracteurs, est un des éléments fondant les conclusions de la commission Warren relatives à la culpabilité d'un assassin unique dans l'assassinat du président Kennedy.

thumb|La trajectoire de la balle unique selon le House Select Committee on Assassinations.

La théorie a pour la première fois été émise par Arlen Specter, collaborateur de la commission Warren (il deviendra plus tard sénateur des États-Unis). Elle postule qu'une balle unique, identifiée comme « Pièce à conviction 399 de la commission Warren » (ou CE399), a causé l'ensemble des blessures non fatales subies par le président John Kennedy et par le gouverneur John Connally au cours de l'assassinat du président.

La théorie est importante parce que les deux hommes semblent avoir été blessés en même temps ou en tout cas dans un espace de temps insuffisant pour qu'un tireur unique, compte tenu du type d'arme (carabine à verrou), puisse tirer deux fois. Le House Select Committee on Assassinations () de 1979 confirme la plausibilité de cette théorie.

Origine de la théorie

Dans les semaines qui suivirent sa création par le président Lyndon B. Johnson, en , la commission Warren semblait favoriser un scénario simple fondé sur des éléments qui semblaient cohérents : 150px|droite|vignette|Les étuis de munitions retrouvés.Les éléments dont tenait compte la commission étaient les suivants :

trois douilles de munitions retrouvées au cinquième étage du dépôt de livres (Texas School Book Depository, ou ), donc vraisemblablement trois balles tirées ; la durée de la fusillade fournie par le film amateur d'Abraham Zapruder ayant filmé la scène et déterminée par le F.B.I était de 5 à 6 secondes. que la durée de rechargement établie par le FBI du Mannlicher-Carcano entre chaque tir, arme supposée comme étant l'arme du crime, était de 2,55 secondes que les trois séries de blessures étaient les suivantes relevée dans le rapport officiel d'autopsie et des rapports du F.B.I et du Secret Service sur la fusillade: la blessure du président au cou (balle ayant traversé le cou), la série des blessures du gouverneur Connally (poitrine, poignet et cuisse), la blessure fatale du président (à la tête).

À partir de ces éléments des rapports d'enquête, à la fin de 1963 et au début de 1964, la commission Warren estimait dans son enquête que les éléments fournis donnaient le scénario suivant : le président avait été touché par un premier tir dans le dos. Le second tir avait touché le gouverneur Connally et le troisième avait atteint le président à la tête.

Or, le témoignage d'un passant témoin direct de la fusillade vint tout modifier : James Tague. Ce témoin direct de l'attentat se trouvait sur Elm Street à hauteur du viaduc le (le pont du triple Under Pass). Il fut blessé au cours de la fusillade à la suite d'une blessure reçue à la joue par un éclat de béton provoqué par l'impact d'une balle sur le trottoir. Dans un premier temps, la commission Warren et le F.B.I n'avaient pas tenu compte de son témoignage. Toutefois, après la parution de l'histoire de Tague dans la presse et de photos de l'impact et du recueil du témoignage par l'assistant Martha Jo Stroud qui avait envoyé des commissaires, la commission fut forcée d'en tenir compte. Celle ci mit 8 mois pour l'auditionner et son témoignage fut effectué le ..

Ce nouveau témoignage, notamment basé sur les réactions telles qu'observées par la commission sur le film tourné par Abraham Zapruder, posait un problème crucial pour l'hypothèse de l'enquête du fait que le temps minimum entre deux tirs avec l'arme supposément employée, le Mannlicher-Carcano (rechargement par manœuvre du verrou, visée, tir) imposait un temps chronométré de , durée dûment établie par le FBI. De plus, en effet, les premières conclusions concernant le séquencement des blessures indiquait qu'un laps de temps de 2 secondes séparait la blessure au cou de John F. Kennedy lorsqu'il porte les mains à sa gorge et celles du gouverneur Connally à la cinquième côte puis au poignet lui sectionnant le tendon.

Il fallait donc que les blessures du gouverneur et du président ait été obligatoirement faites par la même balle dans le cadre de l'hypothèse initiale de travail de la commission Warren, selon laquelle seul Lee Harvey Oswald était le tueur présumé.

C'est à partir de ce moment où le scénario initial de la commission était invalidé, que le conseiller Arlen Specter, fut informé de l'hypothèse formulée par le pathologiste de l'autopsie officielle effectuée sous la tutelle des autorités militaires au Bethesda Naval Hospital, le docteur James Humes. Selon cette dernière, une seule et même balle aurait pu causer les blessures au président et au gouverneur Connally.

Dès lors, à partir de ces éléments, Arlen Specter émit l'hypothèse que les blessures ,qui semblaient être survenues dans un laps de temps si court ne pouvaient pas provenir de deux balles différentes, et donc que les deux hommes avaient été touchés par la même balle. Il proposa donc à la commission d'examiner cette possibilité, qui la retint. Incidemment, la théorie de la commission Warren implique que toutes les blessures du président et du gouverneur soient toutes causées par deux balles : une première balle responsable de la blessure à la gorge du président Kennedy et de toutes les blessures du sénateur Connally, la seconde percutant le béton du trottoir blessant James Tague à la joue, et une troisième mortelle qui touche la tête de JFK.

Ce qui permit à la commission Warren d'indiquer de ce fait : « Bien qu'il ne soit pas nécessaire de déterminer quel tir a touché le gouverneur Connally, il y a des preuves très convaincantes des experts qui indiquent que la même balle a percé la gorge du président et causé les blessures du gouverneur.. Cependant, le témoignage du gouverneur Connally et certains autres facteurs ont donné lieu à des divergences d'opinion quant à cette probabilité mais il ne fait aucun doute dans l'esprit de la commission que tous les tirs qui ont causé les blessures du président et du gouverneur ont été tirés du sixième étage du Texas School Book Depositary. Les tirs qui ont tué le président Kennedy et blessé le gouverneur Connally ont été tirés par Lee Harvey Oswald ».

Trajectoire de la balle unique Selon la commission Warren et le House Select Committee on Assassinations, la balle : sort de la bouche du canon à une vitesse comprise entre ; parcourt selon une trajectoire balistique selon un angle de et atteint le dos du président à une vitesse de l'ordre de ; 200px|right|thumb|Blessures de Kennedy, HSCA. passe à travers le veston du président juste à droite de sa colonne vertébrale et sous la ligne de col, déposant des fragments de métal sur le tissu ; pénètre le dos du président à droite de la colonne vertébrale, créant une blessure de dans le haut du dos (son passage à proximité de la colonne vertébrale fracture légèrement la sixième vertèbre cervicale du président) ; traverse le cou du président en déposant des fragments de métal ; sort de la gorge du président au milieu du cou, juste en dessous de la pomme d'Adam (dans les heures qui suivirent, les médecins ayant soigné le président à l'hôpital Parkland émirent l'avis que cette blessure était un orifice d'entrée, élément utilisé par certains pour affirmer que le tireur se trouvait en face du président. Cependant, les médecins, qui s'étaient concentrés sur la blessure à la tête, n'avaient pas remarqué la blessure — d'entrée — du dos, et les défenseurs de la théorie rappellent que les médecins revinrent ensuite sur ces déclarations) ; traverse la chemise du président, y déposant des fragments de métal ; traverse le nœud de cravate du président ; à ce moment sa vitesse est de et elle commence à culbuter ; 150px|right|thumb|Balle culbutant, HSCA. parcourt les qui séparent le président du gouverneur, culbutant à environ 90 degrés ; traverse le veston et la chemise du gouverneur Connally en dessous et derrière son aisselle droite, déposant des fragments de métal ; pénètre le dos du gouverneur, créant une blessure de , cette forme elliptique étant due à la position de la balle au moment de l'impact (choc latéral), 200px|right|thumb|Blessures de Connally, dessin du docteur Shaw. traverse la poitrine du gouverneur selon un angle anatomique de vers le bas, détruisant de la cinquième côte ; sort de la poitrine juste en dessous du téton droit, créant une blessure de ; traverse la chemise et le veston à à droite du revers du costume et à hauteur du bas du revers ; elle avance alors à environ ; pénètre le dessus du poignet du gouverneur, fracture le radius puis sort par la paume de la main, ayant décéléré jusque , ; pénètre la cuisse du gouverneur, créant une blessure de ; s'arrête à une profondeur de dans le muscle de la cuisse (lors de son décès en 1993, le gouverneur avait encore dans le muscle un fragment de balle de ) ; tombe de la blessure alors que le gouverneur est sur un chariot de l'hôpital Parkland ; est découverte sur un chariot d'hôpital.

Implications de la théorie Comme indiqué, la théorie implique tout d'abord une balle perdue.

Dans ses conclusions, la commission ne se prononce pas sur la question de savoir quelle balle s'est ainsi perdue.

Elle indique cependant : que ses conclusions sur les blessures impliquent qu'il semble que se sont écoulées entre la première blessure de Kennedy, et la blessure fatale ; que par conséquent, si c'est la deuxième balle qui s'est perdue, cela implique que l'ensemble des tirs s'est déroulé sur un minimum de . La commission n'écarte pas cette hypothèse (balle perdue = deuxième balle), estimant qu'elle est de l'ordre du possible : – - – – , soit un total d'au moins pour les trois tirs, alors que le tireur a disposé de .

Contrairement à une légende tenace, la commission Warren n'a donc pas conclu que l'ensemble des tirs s'était déroulé sur : elle a estimé que c'était là le temps minimum et tenté de déterminer si cela impliquait la présence d'un second tireur. Comme on l'a vu, elle a conclu qu'il n'était pas impossible de tirer trois fois dans ce laps de temps avec l'arme employée.

Mais alors que la commission s'était refusée à tirer des conclusions sur l'ordre des tirs, beaucoup de chercheurs ont depuis lors examiné la question et concluent que c'est la première balle qui s'est perdue et que la durée totale des tirs a été de l'ordre de . Cette thèse est encore extrêmement controversée (notamment parce que James Tague, le passant blessé, déclare très clairement qu'il ne peut dire avec certitude quelle balle l'a blessé, mais que ce n'est en tout cas pas la première).

Critiques Impossibilité de la trajectoire 250px|right|thumb|La trajectoire « magique » de la balle selon les critiques. Les premières critiques ont connu une publicité particulière grâce au film JFK (1991).

Ces critiques, les premières qui aboutissent à surnommer la théorie « balle magique », décrivent de la façon suivante la trajectoire de la balle : Elle entre dans le dos du président selon un angle de 17° vers le bas. Puis elle se met à remonter de façon à ressortir à l'avant du cou de Kennedy ; Elle vire à droite et rentre dans le dos de Connally par l'aisselle droite, après être restée 1,6 seconde en l'air. La balle redescend par la suite, brise la cinquième côte du gouverneur et ressort du corps de Connally ; Elle vire à droite et repénètre dans le corps de Connally par le poignet droit. Elle lui brise le radius et lui coupe net le tendon du pouce puis ressort, fait un demi-tour, et se loge dans la cuisse gauche du gouverneur ; Elle en ressort pratiquement intacte, retrouvée sur un chariot de l'hôpital Parkland.

Cette description trouve sa source dans les éléments suivants :

1) une analyse sélective du rapport de la commission ;