Pierre Lombard (en italien Pietro Lombardo et en latin Petrus Lombardus) (Lumellogno, un hameau de Novare, v. 1100 - Paris, Pour la discussion de la date de décès de Pierre Lombard, cf. Victor Mortet, Une élection épiscopale au - Maurice de Sully 1160, Leroux, 1885, p. 5, note 2.) fut un théologien scolastique et un évêque Italien du . Ses écrits théologiques ont fixé les contours de la doctrine de la Transsubstantiation, qui sera confirmée comme dogme de l’Église au quatrième concile du Latran (1215).

Biographie Pierre Lombard naquit dans le Piémont, à Lumellogno, un hameau de Novare, probablement entre 1095 et 1100. La famille Lombard était probablement pauvre, mais on ne sait rien de certain concernant ses origines sociales, ou l'éducation qu'il reçut dans sa jeunesse. Les trente premières années de sa vie restent des pages blanches pour les historiens.

Son éducation commença fort probablement en Italie dans les écoles des cathédrales de Novare et de Lucques. Le patronage d'Otto, évêque de Lucques et de saint Bernard lui permit de quitter l'Italie et de continuer ses études à Reims et Paris.

Le premier document qui mentionne Pierre Lombard est une lettre de recommandation de Bernard de Clairvaux à Gilduin, abbé de Saint-Victor, pour que ce dernier accorde pleine hospitalité durant ses études parisiennes, en 1136. Bernard de Clairvaux a compris que l'enseignement échappait désormais aux moines. L'expansion rapide des villes, la lente réflexion après la reprise en main carolingienne a ré-ouvert les débats théologiques. Signe de temps fructueux et nouveaux, des propositions sont jugées hérétiques (Béranger de Tours, Roscelin). Déjà une distinction entre Aristote et Platon commence à se faire jour. Ces écoles très vivantes dès le milieu du XIIe siècle seront 20 ans plus tard embourbées dans les mêmes questions sans fin. Jean de Salisbury se plaindra de cette stagnation lorsqu'il sera évêque de Chartres. Ironie de l'histoire : Bernard de Clairvaux a soutenu l'arrivée à Paris de celui qui en deviendra le Maître par excellence, alors que le cistercien Bernard va entamer une lutte sans fin contre la théologie scolaire et urbaine et ses maîtres (contre Abélard et certaines positions métaphysique et trinitaires de Gilbert de la Porrée).

Arrivé à Paris, Pierre Lombard se trouve au coeur de la « révolution du XIIe siècle » où les nouveaux maîtres ouvrent et tiennent écoleM.-D. CHENU, La théologie au XIIe siècle, EPM 45, 1957. – J. LE GOFF, Les Intellectuels au Moyen Âge, Paris, Éd. du Seuil, 1957. (le « salaire » du maître est un tronc où chacun donne selon son vouloir en quittant le cours). Il n'y a aucune organisation : chaque école dépend de la renommée des maîtres qui s'y regroupent. C'est ainsi qu'il se forme. Il n'y a aucun fait bien établi se rapportant à ce qu'il y fit jusqu'en 1142 quand on le retrouve comme auteur et enseignant reconnu. À Paris, il entra en contact avec Pierre Abélard et Hugues de Saint-VictorCet auteur commence à être reconnu à son juste titre : Illich (Ivan), Du lisible au visible, sur l'art de lire de Hugues de Saint Victor, Cerf, Paris, 1991, qui étaient parmi les principaux théologiens de ce temps, avec l'école de Chartres. Vers 1145, il obtient le grade et titre de « magister », c'est-à-dire professeur, à l'école de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

L'enseignement de Lombard apporta rapidement l'attention sur lui, en accord ou en désaccord. On peut supposer que sa renommée est ce qui incita les chanoines de Notre-Dame à lui demander de rejoindre leur chapitre. Il était considéré comme un théologien célèbre vers 1144. L'école parisienne des chanoines n'avait pas compté dans ses rangs de théologien éminent depuis plusieurs années. Les chanoines de Notre-Dame appartenaient à la famille des Capétiens, ou à des familles qui leur étaient apparentées de près par le sang ou par le mariage, à des rejetons de la noblesse d'Île-de-France ou de la Vallée orientale de la Loire, ou à des parents de fonctionnaires royaux. Au contraire, Pierre ne pouvait s'appuyer sur aucun parent, sur aucun lien avec des ecclésiastiques ni sur aucun patronage politique en France. Il semble donc qu'il ait été accueilli par les chanoines de Notre-Dame uniquement pour ses mérites et ses connaissances.

On ne sait pas exactement quand il fut ordonné prêtre. Il devint sous-diacre en 1147. Il prit part, comme expert théologique, au concile de Reims et peut-être au consistoire de Paris l'année précédente. Quelque temps après 1150 il devint diacre, puis archidiacre vers 1156, ou peut-être dès 1152. En 1159, il fut appelé au siège épiscopal de Paris et consacré approximativement à la date de la fête de saints Pierre et Paul, le .

Son règne comme évêque fut bref. Il mourut le 21 ou le . On ne peut guère connaître sa façon d'administrer ni ses objectifs parce qu'il a laissé bien peu d'actes épiscopaux. Son épitaphe et tombeau se trouvaient dans la collégiale Saint-Marcel à Paris avant qu'elle fût détruite sous la Révolution. L'épitaphe mentionnait sa gloire comme auteur des Quatre Livres de Sentences . et de commentaires sur les Psaumes et les Épîtres de Paul.

Doctrine

Dans le cadre de son enseignement, il élabora, grâce à une méthode originale basée sur les questions / discussions, une méthode, le Livre des Sentences (1152), qui organisait la critique textuelle en quatre livres thématiques. La conséquence en est une question : la théologie, distinguée du commentaire biblique, est-elle systématique au sens logique du terme ? Dès le début du XIIe siècle, Pierre Abélard propose une division en trois livres de la lecture théologique à fin d'enseignement.

Les Quatre Livres de Sentences sont une compilation de textes bibliques, joints aux passages correspondants des Pères de l'Église et de beaucoup de penseurs médiévaux, dans le domaine entier de la théologie chrétienne. Le génie de Pierre Lombard s'est appliqué à la sélection des passages, qu'il essayait de concilier quand ils semblaient défendre des points de vue différents, et à l'arrangement de la matière dans un ordre systématique. C'est ainsi que les Quatre Livres de Sentences commencent avec la Trinité au Livre I, s'occupent ensuite de la création au Livre , traitent du Christ, sauveur de la création déchue, au Livre , et parlent des sacrements, qui communiquent la grâce du Christ, au Livre .

Comment le , le Livre des Sentences devint-il le manuel théologique de base dans les universités médiévales, dès 1215 jusqu'au au ? Non seulement, il était commenté un siècle plus tard, comme le rappelle Marc Ozilou., mais parmi les diplômes de la Faculté de Paris, il fallait obligatoirement passer deux ans à commenter les Sentences, sans plus besoin d'autres précisions pour obtenir le premier grade, bachelier sentenciaire, préalable à celui de lector (Licencia docendi), puis inceptor, et enfin « Doctor et Magister » ? Pourquoi, après Thomas d'Aquin et Bonaventure doit-il être cité, mais l'est moins souvent qu'Augustin ou Aristote ? Ces questions importent car tous les grands penseurs médiévaux de Gerbert d'Aurillac à Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Bonaventure, Duns Scot, Maître Eckhart, Guillaume d'Ockham ont eu les Sentences à commenter ? Martin Luther pour devenir Maître et Docteur les commenta aussi. Chacun des auteurs cités ici en exemples montre la diversité des conclusions apportées.

La réponse se trouve en Calabre, auprès de Joachim de Flore. Les débats trinitaires du XIIe furent très vifs. Joachim de Flore s'en prit violemment à Pierre Lombard qu'il accusait de « perfidia, heresia ». La grande question théologique qui a soutenu les débats christologiques et la reconnaissance des autorités non chrétiennes est celle de la Trinité. Pierre Lombard, a rédigé une somme des connaissances théologiques sur toutes les questions, organisées de façon méthodique, comme Gratien au même moment à Paris avait constitué le premier code de droit raisonné et ordonné (Codex Juris Canonici, ou Code de droit canonique). pour la résolution de l'unité des trois personnes en Dieu, il propose une réalité suprême (Summa Res) en Dieu permettant cette relation trinitaire unique, unifiante et totalement divine. Joachim de Flore l'accuse alors de passer à une quaternité, au nom de l'axiome d'Athanase : "Tout ce qui est en Dieu est Dieu". Gilbert de la Porrée et Bernard de Clairvaux s'étaient déjà affrontés sur la même question : à Reims en 1141, le cistercien avait débattu en vain contre le Chartrain. Gilbert de la Porrée se tenait à cette question : "Quo est Deus" (Par quoi Dieu est-il Dieu ?). Bernard de Clairvaux, et d'autres théologiens monastiques“Tractatus against the doctrine of Gilbert de Poitiers, Häring (Nicholas. H) éd, Archives d’Histoire Littéraire et Doctrinale du Moyen-Âge, 1965, 127-167, répondaient que la divinité étant divine, et Dieu la divinité, la question ne se posait pas. Gilbert de la PorréeIl faut ici référer à toutes les études de N. Häring :

Häring (Nicholas H), “A commentary on Boethius de Trinitate by Thierry de Chartres”, Archives d’Histoire Littéraire et Doctrinale du Moyen-Âge, 1956, 236-325.

treatise on the Trinity by Gilbert of Poitiers”, Revue de Théologie Ancienne et Médiévale, XXXIX, 1972, 14-34.

“The commentary on Boethius of Gilbert, Bischop of Poitiers, Archives d’Histoire Littéraire et Doctrinale du Moyen-Âge, 1954, 241-249 faisait remarquer que dans une proposition logique, on ne peut pas inverser le sujet et le prédicat. Par conséquent si Dieu est la divinité, la divinité n'est pas Dieu, comme un homme est un corps mais un corps n'est pas un homme. C'est pourquoi, Gilbert de la Porrée a refusé de signer la proposition "Deus est divinitas, e converso" ( Dieu est la divinité, et inversement…). Gilbert de la Porrée fut condamné par le siège jour et nuit de Bernard auprès des cardinaux, mais cette condamnation est restée sans suite. Quand Pierre Lombard rédigea son recueil des Sentences, il ne fit qu'apporter sa propre solution à ce problème resté ouvert. Après son décès, Joachim de Flore, n'a eu de cesse de le combattre jusqu'à sa mort en 1202. Cette question étant primordiale, elle divisait profondément les écoles théologiques. En 1215, au mois de novembre, le IVe concile œcuménique réuni au LatranForeville (Raymonde), Latran I, II, III, IV, L'Orante, Paris, Histoire des conciles œcuméniques, tome 6, 1965 a promulgué un décret connu sous son premier mot « Firmiter », qui déclare :

Pour la première fois depuis les premiers conciles œcuméniques, un nouveau dogme trinitaire était proclaméHefele (Karl Joseph) von, Leclercq (Jean), Histoire des conciles, Letouzey, Paris, t.V 1,1912, t.V2, 1913. Cette proclamation comportait la formule : « nous croyons et affirmons, avec Pierre [Lombard] » : dès lors, les Sentences de Pierre Lombard étaient proclamées au plus haut degré de la hiérarchie comme le texte de référence de la foi catholique. Ceci embarrassa énormément les théologiens du XIIIe au XVIe siècle, à qui cette solution apparaissait comme insuffisante.