Chabwa (ou Shabwa) était l'ancienne capitale de la région du Hadramaout, située à à l'est de la vallée du Wadi Hadramaout et à la limite du désert.
L'ancienne Sabota, selon Pline, a été une étape essentielle de la route de l'encens, entre Méditerranée orientale et Égypte, et les étapes de Tamna, Ma'rib, Yathil (Barâqish) et Ma'în.
Shabwa se situe à l’extrémité occidentale du plateau du Hadramaout, à l’Est du Yémen. Le Hadramaout désigne, dans son sens étroit, la vallée qui s’étend parallèlement à la côte méridionale de la péninsule Arabe, approximativement de 48° à 51° de longitude Est, et dans son sens le plus large, une étendue beaucoup plus vaste comprenant des hauts plateaux calcaire d’une altitude moyenne de , entaillée des profonds canyons des rivières affluentes.
Shabwa, située à 15°22 de latitude Nord, est avec Mâ’rib (Marib) (capitale du royaume de Saba’) et Tamna’ (capitale du royaume de Qataban) l’une des métropoles antiques les plus méridionales du Moyen-Orient.
Les sources Les sources classiques
Dès le , les historiens grecs connaissaient l’existence du Hadramaout.
Théophraste le mentionne dans son Historia Plantarum parmi les régions qui produisent encens :
L’astronome et géographe Eratosthène raconte, dans son ouvrage en trois volumes, Géographie, que les Chatramotites, habitants à l’Est des Cattabaniens, ont pour capitale Sabata (Shabwa) (cité par Strabon, XVI, 4, 2).
Strabon citant Eratosthène, ajoute : "Toutes ces villes d’Arabie ont leur propre monarque, elles sont prospères, riches en temples et palais royaux ; leurs maisons ressemblent à celles d’Egypte à leur façon d’assembler les pièces de bois". (Strabon, XVI, 4, 2 et 3).
Pline l’Ancien mentionne " un district (qui) appartient aux Atramites dont la capitale est Sabota renferment en son enceinte soixante temples" (Pline, Histoire Naturelle, VI, 155). " A peu près au centre du pays, sont les Atramites, tribus des Sabéens, dont la capitale, Sabota, est bâtie sur une haute montagne, à huit étapes de la région thurifère appelée Sariba…" (Pline, H.N., XII, 52). Il ajoute "l’encens récolté est transporté à dos de chameau à Sabota, où une seule porte lui est ouverte. Prendre une autre porte est un crime que les rois ont puni de mort. Là, les prêtres prélèvent au profit du dieu qu’on appelle Sabis une dîme non à la pesée, mais au volume ; et il n’est pas permis d’en vendre auparavant. Cette dîme sert à couvrir les dépenses publiques ; car le dieu nourrit généreusement ses hôtes pendant un certain nombre de jours. On ne peut l’exporter que par le pays des Gebbanites ; aussi paye- t- on tribut également à leu roi".
Enfin, au , le Périple de la mer Erythrée, mentionne Shabwa dans les termes suivants « Au-dessus d’elle (de Cané ou Qanî’), à l’intérieur des terres, se trouve la métropole de Sabautha, où réside le roi. Tout l’encens qui pousse dans le pays est porté comme dans un entrepôt par des chameaux …en outre pour le roi, de l’argenterie repoussée et des vases d’or, des chevaux, des statues et des vêtements exceptionnellement fins ».
Les sources en langue sudarabique Les habitants d’Arabie du Sud utilisaient dans l’Antiquité des langues dites sudarabiques, décomposées en sabéen, qatabanite, hadramoutique, minéen, etc. mais rédigeaient leurs inscriptions dans le même alphabet déchiffré au .
Près de 90 inscriptions en langue sudarabique ont été découvertes à Shabwa par les visiteurs, archéologues et épigraphistes.
Les plus anciennes, remontant sans doute aux environs du mentionnent un souverain qui exploite une carrière pour édifier sa maison. Il faut aussi compter des fragments de dédicaces à la divinité sabéenne, Almaqah, ce qui pourrait indiquer une domination ancienne de Saba’ sur le Hadramaout.
La plupart des inscriptions concernent toutefois l’édification et les réparations du puissant système défensif, elles s’échelonnent entre le< . D’autres rapportent l’édification d’une maison par des d’habitants aisés, commerçants ou grands propriétaires fonciers, tels Rafa’an, fils de Shafsy dans le texte S/77/Mahdi).
D’autres dédicaces, fragmentaires, mentionnent les divinités suivantes : Dhât-Himyâm, Hawbas,…l’une fait état de la " construction du sanctuaire de Dhât-Zahran" et on pourrait probablement ajouter un temple à l’une des divinités palmyréniennes.
Mais le dieu suprême en Hadramaout est Siyân (ou Sayyîn), dénommé par les Romains Sabis. Son nom apparaît sur de nombreuses tablettes de bronze, indiquant des offrandes à l’occasion des pèlerinages accompagnés de banquets rituels d’où son appellation Siyân dhû-‘Alîm, le dieu des banquets, selon certaines interprétations et données archéologiques. Malgré les recherches, son sanctuaire à Shabwa n’a pu être toutefois définitivement localisé.
À une dizaine de kilomètres à l’ouest de Shabwa, se dresse le rocher d’al-Uqlah, un sanctuaire isolé, souvent utilisé par les souverains pour leur intronisation. Surmonté par un bassin rectangulaire, les flancs de ce rocher sont gravés d’une centaine d’inscriptions. Il s’agit principalement de mentions de personnages ayant accompagné leur souverain, et de chasses rituelles à ces occasions. L’investiture la mieux documentée est celle du souverain Ili’azz Yalut vers 217-218 en présence d’Indiens, de Chaldéens, de Palmyréniens, etc. Ces textes ont été successivement étudiés par H. St. J. Philby (en 1939), A. Jamme (en 1963) et J. Pirenne (en 1990).
Toutes ces inscriptions ne permettent guère de cerner la nature de l’Etat du Hadramaout, le pouvoir de ses rois et son évolution, les structures administratives, les armées, etc. Elles ne précisent pas non plus l’organisation du commerce des aromates, les modes de taxations et les bénéfices.
Le site et la ville Un triangle de hautes collines En descendant le cours du wâdî ‘Irmâ, vers le nord-ouest, le site, à une altitude moyenne de 700 mètres, se présente de la façon suivante : une pointe d’alluvions naturelles, adossée à la colline d’al-Hajar, sépare le wâdî en deux branches, à l’est le wâdî Mihbâd et à l’ouest le wâdî Mish’ar. Ce dernier forme un coude devant al-Midân, une basse étendue sableuse entre les villages d’al-Hajar et d’al-Mathnâ, puis déborde l’arête d’al-'Aqab, pour irriguer ensuite des vastes champs en direction du nord-ouest.
Les collines qui forment le site proprement dit dessinent un vaste triangle de 900 m de côté et de 550 m à la base. L’arête rocheuse d’al-‘Aqab marque la limite septentrionale de la ville antique. Le côté occidental du triangle est formé de hautes collines culminant à 747 m d’altitude ; au Nord et Nord-Est du site, l’ensemble de hauteurs de Qarât al-Firân ferment le site. Enfin, à l’Est, la colline d’al-Hajar, culminant à 720 m, comporte une citadelle, désormais en partie occultées par le village du même nom, associée à une longue muraille. La grande dépression centrale, dénommée al-Sabkha, située à moins de 700 m d’altitude, est ainsi nommée en raison de ses multiples mines de sel (halite), tantôt souterraines, tantôt à ciel ouvert.
Un double système défensif La ville a utilisé tous ces éléments naturels pour y développer, à des époques successives, un système défensif long au total de 4 200 m. Toutes les collines qui ferment le site à l’Ouest, au Nord et à l’Est, sont couronnées d’un long rempart continu, muni de décrochements réguliers, et monté en un blocage de galets. La zone basse occidentale de la ville est défendue par un rempart continu, montrant une succession assez régulière de tours et de courtines, qui se rattache, à l’Est, à la citadelle d’al-Hajar. Tout ce complexe défensif est muni de dix portes, six dans la muraille intérieure et quatre dans les lignes extérieures.
L’exploration du site L’un des premiers explorateurs à avoir atteint Shabwa est Hans Hellfritz qui, en 1935, passa quelques heures sur le site avant d’en être chassé.
On doit surtout à H. St. John Philby, une première description complète du site, la découverte d’une dizaine d’inscriptions, et l’étude des textes du sanctuaire d’al-Uqla, consignées dans son ouvrage.
Alors sous mandat britannique, le Major Hamilton, en mission de pacification, eut l’autorisation de mener la fouille partielle de l’un des monuments de la ville. L’édifice comprenant quelques pièces fut alors interprété comme une tombe, et la ville de Shabwa comme une vaste nécropole. Mais, lors de sa communication d’avril 1942, Sir L. Woolley suggéra qu’il s’agissait là d’un édifice au puissant soubassement de pierre surmonté de plusieurs étages, à l’instar des maisons-tours du Hadramaout.
Shabwa et sa région furent, en raison des guerres d’indépendance et des conflits frontaliers, difficile d’accès jusqu’en 1970. En 1972 le Ministère de la Culture de la République Démocratique et Populaire du Yémen proposa à la France d’y entreprendre des recherches. La mission archéologique française de Shabwa ouvrit, sous la direction de J. Pirenne et de J. Deshayes, la première fouille en décembre 1974. En 1978, Jean-François Breton reprit la direction de la mission, et des fouilles furent menées à intervalles irréguliers jusqu’en 2002.
Quelques traits de l'histoire de Shabwa Paléolithique et néolithique dans la région de Shabwa Une industrie en silex a été découverte sur les plateaux aux alentours de Shabwa, caractérisée par des associations de bifaces et de débitage Levallois du "paléolithique ancien". Sur quelques sites au bord des wâdîs et des voies de circulation, des silex taillés dominés par des pièces bifaciales, sont souvent associés à des fragments d’os et des foyers datés pour l’un de 4 800 +/ - 400 ans B.P. et pour l’autre de 5 330 + / - 70 ans B.P. En outre, une dizaine de concentrations plus ou moins denses d’industrie lithique ont été repérées à l’entrée des wâdîs et au pied des promontoires rocheux. Dans plusieurs cas, des pierres brulées étaient associées à des pièces à retouches bifaciales constituant l’élément constant de tous ces gisements.
Cette région était occupée par des populations de chasseurs autour de 4 000 ans avant notre ère; et, en outre, l’obsidienne, bien que très faiblement représentée, indique des rapports avec les régions voisines.
Aux origines de la ville Dès ses débuts, la Mission archéologique française ayant pour objectif de fixer les limites chronologiques de la ville, et concentra ses efforts sur le tell adossé à l’arête rocheuse d’al-‘Aqab.
Un premier sondage permit d’établir une séquence chronologique comprise entre le début du second millénaire avant et la première moitié du premier millénaire, mais, en raison d’une topographie bouleversée par une mine de sel, les premiers niveaux n’ont fourni du matériel qu’en trop faible quantité pour être significatif.
Un second sondage, ouvert en 2000, sur le flanc méridional de l'arête d'al-'Aqab, mit en valeur des niveaux d’occupation datés des . Les structures les plus anciennes reconnues (dates : 1410-1200 BC calibrées) comprennent des murs en brique crue chaînés, un espace ouvert de stockage de briques crues et une pièce d'habitation marquée par une activité domestique. Dès cette époque les constructions très denses montrent une orientation générale dans ce secteur selon un axe sud-est/nord-ouest. On pourrait donc affirmer que la " ville" de Shabwa nait vers le milieu du second millénaire av. J.-C. et serait alors antérieure au développement du commerce caravanier en Hadramaout attesté vers le , comme Tamna en Qatabân.
La mise en place d’une oasis