La coupole d'Helfaut-Wizernes, ou coupole d'Helfaut, est un bunker de la Seconde Guerre mondiale, aujourd'hui centre d'histoire et de mémoire, située dans la commune d'Helfaut, près de Saint-Omer en France. De noms de code Bauvorhaben 21 et Schotterwerk Nordwest, elle fut construite par l'Allemagne nazie entre 1943 et 1944 pour servir de base de lancement pour les fusées V2 visant Londres et le Sud de l'Angleterre.

La structure la plus importante de ce complexe, construit dans une ancienne carrière de craie, est un immense dôme de béton d'où est issu son nom moderne. Cette coupole fut bâtie au-dessus d'un réseau de tunnels, d'entrepôts, d'installations de lancement et de casernes. Le complexe était conçu pour abriter un grand arsenal de fusées, de carburant et de munitions et devait permettre de lancer des V2 à une cadence industrielle. Il était prévu que des dizaines de missiles seraient tirés chaque jour contre le Sud de l'Angleterre.

Néanmoins les intenses bombardements alliés dans le cadre de l'opération Crossbow empêchèrent les Allemands de terminer les travaux et le complexe n'entra jamais en service. Il fut saisi par les Alliés en , partiellement démoli sur ordre de Winston Churchill pour empêcher sa réutilisation comme base militaire, puis abandonné. Le site resta délaissé jusqu'au milieu des années 1990. En 1997, il fut transformé en musée et ouvert au public. Les expositions dans les tunnels et sous le dôme sont centrées autour de trois axes : l'occupation dans le Nord-Pas-de-Calais, les missiles allemands et l'histoire du vol spatial.

Contexte La fusée V2 était l'une des nombreuses armes originales développées par les Allemands à la suite de l'échec de la Luftwaffe à remporter une victoire décisive contre le Royaume-Uni. En tant que premier missile balistique à longue portée au monde, il s'agissait d'une arme révolutionnaire dont le développement avait commencé en 1936. Les dirigeants nazis espéraient qu'un déluge de fusées contre Londres forcerait la Grande-Bretagne à négocier la paix.. Même si Adolf Hitler était initialement partagé sur cette approche, il devint un partisan enthousiaste du programme V2 quand les bombardements alliés commencèrent à ravager les villes allemandes..

Le missile de et haut de sur son pas de tir était propulsé par la combustion d'oxygène liquide et de méthanol.. Le déploiement de V2 à grande échelle nécessitait bien plus d'oxygène liquide que ce que produisaient les usines situées en Allemagne et dans les pays occupés. De nouvelles sources étaient nécessaires à proximité des sites de lancement pour réduire au maximum les pertes lors du transport. La portée du missile étant de , les sites de lancements devaient se trouver à proximité des côtes de la Manche ou du Sud de la mer du Nord, donc dans le Nord de la France, la Belgique ou l'Ouest des Pays-Bas..

Du fait de la complexité du missile et du besoin de nombreux tests avant le lancement, les concepteurs de la V2 au centre de recherche de Peenemünde privilégient la création de sites très fortifiés où les fusées pourraient être entreposées, armées et ravitaillées avec une usine de production d'oxygène liquide présente sur place. L'état-major allemand et le responsable du programme balistique, le major-général Walter Dornberger, firent cependant remarquer que ces sites seraient des cibles faciles pour les avions alliés et privilégiaient l'emploi de Meillerwagen, des batteries de lancements mobiles bien plus difficiles à repérer.

La décision fut finalement prise par Adolf Hitler qui affichait de longue date une préférence pour les constructions imposantes et grandioses sur le modèle des bases sous-marines, virtuellement indestructibles, réalisées pour abriter la flotte des U-Boote allemands. En ., il ordonna la construction d'un immense bunker (aujourd'hui appelé « blockhaus d'Éperlecques ») dans la forêt d'Éperlecques près de Watten. Le bâtiment fut rapidement repéré par les appareils de reconnaissance alliés et, le , un raid de B-17 endommagea le complexe avant son achèvement. Une partie fut réutilisée par les Allemands pour produire de l'oxygène liquide.

Emplacement vignette|Photographie aérienne des environs du site en septembre 1944. L'attaque réussie contre le bunker de Watten força les Allemands à trouver un nouvel emplacement à proximité. Ils avaient déjà pris possession d'une ancienne carrière située entre les villages d'Helfaut et de Wizernes au sud-ouest de Saint-Omer et à environ au sud du bunker de Watten près du fleuve Aa. Le lieu se trouvait également le long de la ligne de chemin de fer de Boulogne-sur-Mer à Saint-Omer, à environ de la gare de Wizernes. La carrière fut choisie pour servir de lieu de stockage des fusées qui seraient entreposées dans les tunnels creusés dans la colline crayeuse avant leur transport vers le site de lancement. Les Allemands entreprirent d'importants travaux en pour poser les rails entre la carrière et la voie ferrée principale.. Les Allemands donnèrent deux noms de code au projet : Bauvorhaben 21 (« Projet de construction 21 ») et Schotterwerk Nordwest (« Gravière du Nord-Ouest »)..

Le , Hitler rencontra Albert Speer, le ministre de l'armement, et Franz Xaver Dorsch, l'ingénieur en chef de l'organisation Todt, pour discuter de la création d'un nouveau site après la destruction de celui de Watten. Dorsch proposa de transformer le dépôt de Wizernes en un vaste complexe souterrain à l'épreuve des bombes qui demanderait un million de tonnes de béton. Le site serait composé d'un réseau de de tunnels creusés dans les flancs de la carrière abritant des ateliers, des entrepôts, des générateurs, des casernes et une usine de production d'oxygène liquide. Un dôme de béton de de diamètre, de d'épaisseur et de serait construit au-dessus du centre de l'installation pour la protéger des bombardements alliés..

Conception

vignette|Le tunnel ferroviaire Ida où les V2 et le ravitaillement étaient amenés par trains et déchargés. Une voie ferrée d'écartement normal, de nom de code Ida, devait constituer une déviation de la voie principale pour permettre aux trains de traverser le complexe sans devoir reculer ou faire demi-tour. Les fusées et le ravitaillement déchargés du train seraient transportés par des chariots dans les galeries adjacentes Mathilde et Hugo. Hugo était connecté à son extrémité à Sophie, un cul-de-sac ferroviaire relié à Ida. Chacune de ces galeries principales possédait plusieurs tunnels adjacents, sans nom, de même taille dont la longueur pouvait atteindre . La structure principale du complexe était une grande salle hexagonale située directement sous la coupole et qui devait servir à préparer la fusée au lancement. Elle ne fut jamais achevée mais aurait mesuré de diamètre et de haut. Environ dix niveaux intermédiaires devaient être construits dans les flancs de cette salle..

Le côté occidental de la salle donnait sur deux hauts corridors appelés Gustav et Gretchen. Chacun devait être protégé par des portes en béton et en acier à l'épreuve des bombes. Ces tunnels mesuraient de large et de haut et débouchaient dans la carrière. Des plates-formes de lancement pour les fusées devaient être construites à l'extrémité de chaque corridor. Les deux tunnels étaient orientés respectivement à et ouest pour que les pas de tir soient suffisamment éloignés les uns des autres..

Le complexe était conçu, comme son prédécesseur à Watten, pour accueillir, préparer et lancer les V2 à une échelle industrielle. Les trains transportant les V2 entreraient dans le cœur du site via la voie ferrée Ida, où ils seraient déchargés. Un grand nombre de V2 pouvaient être entreposés dans les tunnels et l'oxygène devait être produit sur place. Les missiles seraient ensuite déplacés dans la salle de préparation où ils seraient positionnés à la verticale, armés et approvisionnés en carburant. Les fusées seraient ensuite transportées par des chariots ferroviaires jusqu'au pas de tir via les tunnels Gustav et Gretchen..

La cible principale des V2 était Londres, située à . Les Allemands envisageaient de tirer des dizaines de missiles chaque jour contre le Sud de l'Angleterre.. Les Alliés furent alarmés par la taille du site qui pouvait accueillir des fusées deux fois plus grandes que la V2 comme le projet de missile balistique intercontinental A10..

Bien que physiquement séparé, un autre complexe construit près de Roquetoire faisait partie intégrante du site de Wizernes. Umspannwerk C fut construit pour abriter une station de guidage radio devant être utilisée pour corriger la trajectoire des missiles lancés depuis Wizernes.

Construction droite|vignette|Coupe du dôme droite|vignette|Section de l'une des portes de protection des tunnels Gustav ou Gretchen. Des éléments de portes furent découverts par les Alliés dans un lieu de stockage près de la gare de Watten. Les Alliés repèrent les activités de construction à Wizernes au mois d' lorsque les Allemands commencèrent à construire une voie ferrée et les installations de déchargement dans l'ancienne carrière.. Les travaux s'accélèrent après qu'Hitler eut décidé de transformer le dépôt en site de lancement. Les constructions du dôme et des tunnels commencèrent respectivement en novembre et en .. Au début du mois de janvier, les appareils de reconnaissance alliés repèrent un système de camouflage élaboré au sommet de la colline pour dissimuler la coupole. Le rythme de construction fut handicapé par les constantes alertes aériennes qui arrêtèrent le travail pour le seul mois de . Le nombre de travailleurs passa de en avril à en juin.. Environ 60 % des ouvriers étaient des travailleurs qualifiés allemands ; des mineurs de Westphalie furent par exemple recrutés pour creuser les tunnels et bâtir le dôme.. Le reste se composait essentiellement de Français enrôlés dans le service du travail obligatoire (STO) et de prisonniers de guerre soviétiques. Le projet était supervisé par plusieurs grandes sociétés de construction allemandes ; Philipp Holzmann A.G. de Francfort-sur-le-Main et Grossdeutsche Schachtbau und Tiefbohr GmbH étaient les principaux entrepreneurs..

L'un des plus grands défis était de construire le dôme malgré les attaques aériennes régulières. Le concepteur de la coupole, l'ingénieur Werner Flos de l'Organisation Todt, décida de construire le dôme en premier sur le sol puis d'excaver le volume en dessous afin de protéger les travaux des bombardements. Une tranchée circulaire d'un diamètre de fut creusée au sommet de la colline surplombant la carrière. La coupole fut construite à partir de cette tranchée et les tunnels et la salle de préparation furent excavés en dessous..

Pour renforcer la résistance du complexe, le dôme fut surmonté d'une couche de béton armé appelée Zerschellerplatte large de et épaisse de au-dessus des tunnels Gustav et Gretchen. Cette couche n'était pas liée au dôme et reposait sur une série de contreforts. Une autre structure bétonnée située au nord-ouest du dôme devait peut-être servir de poste d'observation et de tour de contrôle. Un second complexe souterrain fut construit sur le flanc occidental de la carrière pour servir d'hôpital et accueillir les bureaux des ingénieurs. Une voie ferrée étroite de type Decauville fut installée au fond de la carrière pour acheminer le matériel depuis la voie ferrée principale jusqu'au site de construction..

Un bâtiment en béton de forme carrée fut construit au sommet de la colline à côté du dôme. Il devait servir de bouche d'aération à l'épreuve des bombes et était un élément essentiel d'un complexe où des gaz dangereux et explosifs devaient être utilisés en grande quantité. Il ne fut jamais achevé et les Alliés découvrirent que le puits de ventilation n'avait pas été entièrement excavé. Le bâtiment ne fut pas touché par les bombes. et est toujours visible en 2021.