Bertrand François Mahé de La Bourdonnais, né à Saint-Malo le , et mort à Paris le , est un officier de marine, amiral de France, et administrateur colonial français.

Engagé jeune au service de la Compagnie française des Indes orientales, il se distingue une première fois lors de la prise de Mahé (Inde) en 1724. Nommé Gouverneur général des Mascareignes pour le compte de la Compagnie des Indes en 1733, il prend son poste en 1735 et modernise, à renforts de grands travaux, les établissements français des mers de l'Inde, l'Isle de France et l'île Bourbon. Ces travaux lui valent l'hostilité de certains directeurs de la Compagnie, à Paris, en raison de leur coût. Mahé de La Bourdonnais développe aussi la traite négrière afin d'alimenter les îles en esclaves. À Bourbon, il intensifie la lutte contre le marronnage (fuite des captifs).

En France, lorsque la guerre de Succession d'Autriche éclate, La Bourdonnais propose au ministre de la Marine, Jean Frédéric Phélypeaux de Maurepas, de prendre la tête d'une escadre pour assurer la supériorité de la France sur l'océan Indien. Il se distingue le , à la bataille de Négapatam, contre une escadre anglaise, supérieure en nombre, commandée par Lord Peyton. Cinq mois plus tard, il prend Madras, pratiquement sans combattre, et négocie une rançon avec le commandant anglais de la place. Cet épisode est à l'origine de l'opposition qu'il a avec le général Dupleix, partisan d'une destruction de la ville. Accusé d'entente avec l'ennemi, il est destitué de son poste de gouverneur général des Mascareignes et envoyé en mission en Martinique. Il rentre en Europe sous un faux nom, mais est reconnu et reste prisonnier quelque temps à Londres. Il obtient la permission de rentrer en France pour défendre son honneur, mais est rapidement embastillé sur ordre du Roi, en 1748. Il doit attendre 1751 pour être jugé, et profite de sa captivité pour rédiger ses Mémoires. Innocenté, il meurt peu après sa libération, le , à l'âge de 54 ans.

Biographie Origines et famille

Bertrand François Mahé de La Bourdonnais est le petit-fils de Bertrand Mahé (1630-1715), sieur de la Bigotière, syndic de Dinan.

Il est le fils ainé de Jacques Mahé, sieur de La Bourdonnais (1674-1705), armateur et capitaine de navire, et de Ludivine Servane Tranchant, demoiselle de Prébois (1671-1741).De cette union naissent : Bertrand François Mahé de La Bourdonnais (1699-1753) Jacques César Mahé, sieur de La Villebague (1704-1749), capitaine de navire, conseiller honoraire au Conseil supérieur de Pondichéry Mathurine Mahé, née vers 1700. Elle épouse en 1725 Jean Blaize (de Maisonneuve) (1701-1765) et est la mère de Louis Blaize de Maisonneuve

Jeunesse et débuts au service de la Compagnie des Indes

thumb|right|280px|Les comptoirs européens en Inde, au .

Il prend la mer dès son plus jeune âge. En 1718, alors âgé de 19 ans, il entre au service de la Compagnie française des Indes orientales comme lieutenant. Cinq ans plus tard, en 1724, il est nommé capitaine et montre tout son talent l'année suivante dans la prise de Mahé, sur la côte de Malabar.

Il quitte, peu de temps après, le service de la Compagnie des Indes, et arme pour son propre compte dans la mer des Indes. Il amasse pendant cette période une fortune considérable, qui lui permet à son retour en France de mener un grand train de vie« Les succès répondirent à l'habileté, à l'intrépidité qu'il déploya dans cette entreprise, et il put revenir en France, possesseur d'une fortune qui le mettait à même de se procurer toutes les jouissances d'une existence de grand seigneur ou de traitant enrichi ; mais il avait une ambition plus grande et plus noble, et il sollicita l'honneur de se rendre utile à son pays autrement qu'en dépensant fastueusement les trésors qu'il avait rapportés de la mer des Indes. » . Il sert ensuite deux ans sous les ordres du vice-roi des Indes portugaises à Goa, puis retourne au service de la France.

En 1733, La Bourdonnais est nommé gouverneur général des Mascareignes, qui se trouvaient alors comprises dans le privilège de la Compagnie des Indes.

Gouverneur général des Mascareignes

thumb|right|Statue de La Bourdonnais à la Place d'Armes, Port-Louis (Maurice).

Ces cinq premières années sous son administration sont marquées par de nombreux succès : il contribue à leur développement tant militaire qu'économique.

À l'Isle de France, pour lancer la culture de la canne à sucre, il crée la première sucrerie de l’île au quartier des Pamplemousses avec du matériel venant de France. Et pour encourager les cultures vivrières, il aménage dans les jardins de Monplaisir, sa luxueuse résidence du quartier des Pamplemousses, des potagers et des vergers dont les fruits et légumes serviront à ravitailler les équipages à Port-Louis. Il encourage aussi les colons à cultiver le manioc, plante résistante aux divers prédateurs (rats, sauterelles), et dont la racine fournit une farine, la cassave, qui devient la nourriture de base des esclaves.

Pour approvisionner les îles en main-d’œuvre, et surtout l’île de France, il intensifie la traite négrière que seule la Compagnie des Indes peut alors exercer pour les Mascareignes. Sur l'île de France, sont recensés en 1735. Mahé de la Bourdonnais fait passer ce chiffre à en 1740.

En 1741, il annonce aux colons que la Compagnie des Indes renonce à son droit exclusif d’introduire des marchandises et des esclaves. Loin d’arrêter la traite négrière, ce mécanisme de libéralisation économique augmente la traite lui donnant une dimension plus spéculative. Il participe alors à cette économie de troc entre l’Inde, l’Afrique et Madagascar.

Il entreprend de doter Port-Louis, appelé jusque-là « Le Camp », d’une bonne infrastructure portuaire. Il fait creuser le port, l’enrichit d’une cale sèche pour réparer et construire les navires, d’un arsenal et d’un hôpital.

L'historien et biographe, Léon Guérin, dans son Histoire maritime de France (1844) :

Il lance également une forte répression contre les Marrons, créant un corps spécifique pour leur donner la chasse, et récompensant chaque capture. Sur l'île Bourbon, il fait aménager le port de Saint-Denis et fonde la ville de Saint-Louis. En 1740, alors qu'il se trouve en visite en France, il est obligé de repartir pour l'Inde pour faire face à la Marine britannique.

Cependant, ces aménagements considérables n'ont pas le succès escompté en France. Les financiers, qui dirigeaient à Paris les affaires de la Compagnie des Indes, se mettent à voir d'un mauvais œil les dépenses de leur premier établissement : ils les trouvent ruineuses et reprochent au gouverneur de ne pas assez prendre soin de leurs dividendes et de trop sacrifier le présent à l'avenir. La Bourdonnais est obligé de se justifier. Il est accusé d'administrer beaucoup plus pour son intérêt personnel que pour celui de la Compagnie. Alors qu'un des directeurs de la Compagnie lui demande un jour comment, ayant si bien fait fructifier ses propres affaires, il avait si mal conduit celles de la Compagnie, il répond fièrement à cette question : « C'est que j'ai fait mes affaires selon mes lumières, et celles de la Compagnie d'après vos instructions. » Il reçoit un brevet de Capitaine de frégate dans la Marine royale, en 1741. La même année, à la tête d'une escadre armée de moyens de fortune, le capitaine de La Bourdonnais libère une seconde fois le comptoir occupé par les MarathesIl s'était déjà distingué lors de la prise de cette même ville en 1724..

Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748)

Cependant, la politique de la paix à tout prix avait cessé de prévaloir au sein du gouvernement de la France, depuis la mort du cardinal de Fleury. En 1744, un an après la mort de ce très pacifique ministreLe cardinal de Fleury, « qui sacrifiait à la paix, avec la même facilité, l'honneur de la couronne et l'intérêt du pays » , la France se trouve obligée de déclarer la guerre à l'Angleterre et à l'Autriche. Pour Voltaire, « La France ni l'Espagne, ne peuvent être en guerre avec l'Angleterre, que cette secousse donnée à l'Europe ne se fasse sentir aux extrémités du monde.. » C'était aussi l'opinion de La Bourdonnais. Se trouvant à Paris au moment de la déclaration de guerre, il propose au gouvernement un projet dont l'objet est d'assurer, pendant la guerre, le contrôle de la mer des Indes à la France. Selon l'abbé Raynal :

Le ministre de la Marine, Jean Frédéric Phélypeaux de Maurepas, comprend ce projet et l'accueille avec faveur. L'escadre demandée par La Bourdonnais lui est accordée ; mais, la Compagnie des Indes, qui n'avait pas été consultée, s'offense dans un premier temps, et s'effraie de cette entreprise dont les dépenses pèseraient sur elle, et dont La Bourdonnais aurait seul toute la gloire, mais également tous les profits. Elle prétend alors qu'un traité avec la Compagnie anglaise des Indes orientales la contraint à une neutralité complète dans l'océan Indien. Finalement, elle intrigue si bien, que l'escadre est rappelée. Mais, au premier signal de guerre, le gouvernement de Saint-James, qui n'était pas assez mal avisé pour sacrifier les grands intérêts de la politique aux petites vues d'une société de marchands, envoya dans la mer des Indes une escadre, et celle-ci fit main basse sur tous les bâtiments français naviguant dans ces parages sous la foi de cette neutralité dont s'était si naïvement bercée notre Compagnie des Indes.

Bataille de Négapatam (6 juillet 1746)

thumb|right|Trois des bâtiments de l'escadre de La Bourdonnais, dont le vaisseau-amiral, l’Achille.

C'est avec cette escadre improvisée que La Bourdonnais se met à la recherche de l'escadre anglaise commandée par Lord Peyton, forte de six vaisseaux de guerre. Il la découvre le , à cinq heures du matin, à la hauteur de Négapatam, dans le golfe du Bengale. Léon Guérin en fait le récit :

Prise de Madras (septembre 1746)

thumb|right|Le siège de Madras en 1746. La prise de la ville est une brillante victoire de La Bourdonnais.

Cinq mois après le combat de Négapatnam, La Bourdonnais débarque le , sur la plage de Madras, établissement anglais rival de Pondichéry, et à 90 milles de distance sur la même côte. Le au matin, le gouverneur anglais de la place, effrayé des ravages de son artillerie, lui demande quelle rançon il compte exiger pour se retirer: « Allez dire à celui qui vous envoie, répondit avec indignation le capitaine français, que l'honneur n'est pas une chose qui se vende. Je suis venu devant Madras pour y arborer le drapeau de la France, et ce drapeau y sera arboré ou je mourrai sous ces murs. » En conséquence de cette fière réponse, il fait demander à bord de ses vaisseaux des hommes de bonne volonté pour monter sans plus de retard à l'assaut.

Il en trouve beaucoup plus qu'il n'en fallait ; soldats et matelots se disputent l'honneur de la première escalade. Mais les Anglais rendent cette bravoure inutile en apportant les clefs de Madras au vainqueur de Négapatam. La Bourdonnais fait son entrée dans la « ville blanche »Dans les Indes, les établissements européens sont renfermés dans une enceinte particulière nommée la ville blanche; tandis que les « indigènes » occupent une autre enceinte appelée la « ville noire ». le , à la tête de ; sur les tours du fort Saint-Georges, qui défendait la ville, le pavillon fleurdelisé est substitué à celui d'Angleterre et salué de vingt et un coups de canon.

Une fois cette satisfaction donnée à l'honneur français, les Anglais demandent à pouvoir se racheter, eux et leur établissement; une concession que La Bourdonnais leur accorde en conformité avec les instructions qu'il avait reçues de France, et qui prévoyaient, en termes formels, qu'il « ne garderait aucune des conquêtes qu'il pourrait faire dans l'Inde ». Le prix de la capitulation est fixé à , représentant environ 9 millions de livres.

Conflit avec Dupleix

vignette|droite|180px|Portrait de Joseph François Dupleix, avec qui La Bourdonnais sera en conflit.