Le theravādaPāli : theravāda : थेरवाद / Sanskrit : sthaviravāda : स्थविरवाद / Littéralement : Doctrine des Anciens ou Enseignements des Aînés est une branche ancienne du bouddhisme issue de l'école Sthaviravāda Andrew Skilton. A Concise History of Buddhism. 2004. p. 66-67. Relativement conservatrice, elle est aussi plus proche du bouddhisme primitif que les autres traditions bouddhiques existantes. La Doctrine des Anciens s'appuie sur un canon rédigé en pāli, nommé TipiṭakaPāli : Tipiṭaka / Sanskrit : Tripiṭaka : त्रिपिटक / Littéralement : Triples Corbeilles, comprenant de nombreux textes basés sur les paroles du Bouddha Siddharta GautamaSanskrit : Buddha : बुद्ध शाक्यमुनि / Littéralement : Sage Éveillé du clan des Śākyas, recueillies par ses contemporains et retranscrites quelques siècles plus tard.

Pratiquants dans le monde

Panorama Le bouddhisme theravāda est pratiqué dans différents pays à travers le monde, mais il reste essentiellement diffusé en Asie du Sud et du Sud-Est continentale.

En Asie du Sud, le Sri Lanka se définit comme le berceau du bouddhisme theravāda. Son introduction commence au Le pays étant insulaire et protégé des invasions extérieures, la Doctrine des Anciens y prospère et, deux siècles plus tard, le canon bouddhique Theravāda en langue pāli, nommé Tipiṭaka, est rédigé par une assemblée de moines. À cette époque, le Sri Lanka devient le centre spirituel du bouddhisme theravāda., suivi principalement par l'ethnie cingalaise. On compte, aujourd'hui, environ 14 millions de pratiquants sri lankais, soit 70 % de la population...

En Asie du Sud-Est, la Birmanie fait figure de siège continental du bouddhisme theravāda, venu d'Inde au Malgré les guerres et les occupations étrangères, l'ancien royaume birman, nommé Pagan, a toujours gardé la ferveur Theravāda. Le site archéologique de Bagan, ancienne capitale du royaume au , en est le parfait exemple. À l'heure actuelle, le bouddhisme birman se mêle à d'autres influences telles qu'animistes, tantriques, hindouistes et mahāyānistes, ce qui rend difficile son recensement. On compte entre 40 et 60 millions de pratiquants, soit 85 à 89 % de la population birmane.

L'introduction du bouddhisme theravāda en Thaïlande commence aux et , à travers l'influence birmane. La tradition des Anciens se pérennise autour du lorsque le jeune royaume d'Ayutthaya, plus connu sous le nom de Siam, décide d'unifier son territoire en déclarant le bouddhisme theravāda, religion officielle. La législation, bien qu'inspirée des principes hindouistes, est rédigée en langue pāli, langue parlée par le Bouddha Śākyamūni ; elle est restée en vigueur jusqu'au Xavier Galland, Histoire de la Thaïlande, Presses universitaires de France, janvier 1998.. Aujourd'hui, près de 95 % de la population thaïlandaise pratique le bouddhisme theravāda, soit environ 63 millions de personnes.

L'histoire du bouddhisme theravāda au Laos reste très confuse. Ce n'est qu'au milieu du que le pays s'unifie et se stabilise mais sous une tradition mahāyāniste réformée. Très influencé culturellement par son voisin, le royaume de Siam, c'est au que le pays décide de se tourner vers la Doctrine des Anciens. On compte, à l'heure actuelle, un peu plus de 4 millions de pratiquants, soit 67 % de la population laotienne.

Au Cambodge, l'évolution du bouddhisme theravāda fut assez complexe. Au début du , le pays se partage entre des influences hindouistes et bouddhistes. Au , le Bouddhisme Mahāyāna devient la tradition la plus pratiquée, bien que les coutumes hindouistes restent encore en usage dans le pays. Il faudra attendre le pour que le bouddhisme theravāda s'impose dans tout le royaume. On compte, aujourd'hui, environ 14 millions de pratiquants, soit plus de 95 % de la population cambodgienne.

275px|vignette|Temple d'Angkor Vat situé à Angkor, site initialement hindou puis bouddhiste.

Bien qu'entouré par de nombreux pays de tradition Theravāda, le Vietnam fut plus influencé pendant son histoire par son grand voisin du nord, la Chine de tradition mahāyāniste. Ce sont donc seulement 2 % des vietnamiens qui pratiquent la Doctrine des Anciens, soit un peu plus d'un million de personnes, essentiellement l'ethnie des Khmers Krom située dans le sud du pays.

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Tableau récapitulatif

+ Données chiffrées grâce au World Factbook Rang Pays Population % de pratiquants Population de pratiquants Importance de la religion 1 66 720 100 94,6 % 63 117 300 97 % 2 60 280 000 89 % 53 649 200 96 % 3 20 277 500 70,2 % 14 222 800 100 % 4 14 701 700 96,4 % 14 172 400 95 % 5 6 477 200 67 % 4 339 700 98 % 6 88 780 000 1,4% 1 260 600 n/a

Histoire

Préambule

L'expression « bouddhisme theravāda », d'un usage général aujourd'hui, est d'apparition relativement récente : ce n'est qu'au milieu du XXe s. qu'elle s'impose, pour désigner l'ensemble des populations bouddhistes d'Asie du sud et du sud-est, se référant très majoritairement au Canon pāli. Avant le XXe s., « theravāda » est un terme d'usage restreint et plutôt rare, il ne s'emploie que pour désigner une lignée d'ordination, celle fondée à Ceylan par Mahinda, fils du roi Aśoka, en 240 av. J.-C. Le terme « theravāda » lui-même apparaît pour la première fois dans les chroniques cinghalaises (le Dīpavaṃsa et le Mahāvaṃsa), rédigées entre le IVe et le VIe s. de notre ère. Contre l'usage actuel, le terme « theravāda » ne devrait donc jamais être employé pour désigner le bouddhisme ancien ou primitif, mais bien seulement le courant cinghalais qui s'est formalisé aux environs du Ve s. de notre ère.

Origines L'histoire des différentes écoles et courants bouddhiques commence après le parinibbānaPāli : Parinibbāna : परिनिब्बान / Sanskrit : Parinirvāṇa : परिनिर्वाण / Littéralement : Libération sans résidus du Bouddha Śākyamūni, survenu au En effet, trois mois après sa mortTipiṭaka, Vinaya Piṭaka - Livre II. Khandhaka - Volume II. Cullavagga - Chapitre XI.1., le SaṅghaPāli : Saṅgha : सङ्घ / Hindi : Saṃgha : संघ / Littéralement : Communauté bouddhique se réunit à RajagrihaNom antique de la ville de Rajgir, situé dans la région du Bihar en Inde., dans le royaume de Magadha, pour une pérennisation de la doctrine enseignée par le Siddharta Gautama, nommée DhammaPāli : Dhamma : धम्म / Sanskrit : Dharma : धर्म / Littéralement : Enseignement, et l'établissement des premières règles monastiques, VinayaPāli et Sanskrit : Vinaya / Littéralement : Discipline. On désigne cet événement comme le Concile bouddhique de l'histoire du bouddhisme.

Émerge alors en Inde, ce que les spécialistes de langue anglaise qualifient de Bouddhisme pré-sectaire, qui, au fur et à mesure des années, évolue et se structure en Dix-huit écoles anciennes. Cette première période de diffusion constitue l'ère du Bouddhisme primitif.

Il faut rappeler qu'au , cette diffusion ne dépassait guère la vallée du Gange, là même où aurait vécu le Bouddha Śākyamūni après sa BodhiPāli et Sanskrit : Bodhi : बोधि / Littéralement : Éveil spirituel. Certains disciples semblent avoir été jusqu’à la côte ouest de l’Inde, ainsi qu'aux premiers contreforts de l'Himalaya, répandre le Dhamma. Le bouddhisme est donc, à cette époque, un enseignement transmis essentiellement à l'oral et minoritaire en IndeFrédéric Lenoir, Socrate, Jésus, Bouddha : Trois maîtres de vie, éd. Fayard, juin 2009.

Règne d'Aśokaḥ Bouddhisme indien 250px|thumb|L'empire Maurya, sous le règne d'Aśokaḥ.

Au , la Dynastie des Maurya règne sur l'Inde, alors régie par le Jaïnisme et le Brahmanisme, une forme ancienne d'Hindouisme. L'empereur Aśoka accède au trône en 273 av. J.-C., et s'efforce de consolider et étendre son empire. Après la bataille de Kalinga, et malgré la victoire de son royaume, le souverain fut choqué de la violence et du sang que son armée avait versé pour ce tribut.

Aśoka adopte alors le principe de l'AhiṃsāSanskrit : Ahiṃsā : अहिंसा / Littéralement : Non-violence, se retire un an dans un monastère et devient végétarien. Il promeut le bouddhisme et accorde de nombreux dons au Saṅgha, mais aussi aux jaïns et aux brahmanes. Aśoka imposa par la suite, le végétarisme, et interdit les rituels sanglants ainsi que la torture. De plus, les royaumes et tribus vaincus avant sa conversion pouvaient garder leur autonomie, à condition de se conformer aux principes du Dhamma.

Le souverain amena paix et prospérité dans l'Inde de l'époque. Il contribua ainsi, par ce biais, à une large diffusion du Bouddhisme ancien dans son territoire. Il aurait fait édifier 84 000 stūpasPāli : Thūpa : थूप / Sanskrit : Stūpa : स्तूप / Littéralement : Amoncellement et convoqua deux conciles lors de son règne.

Conciles sous Aśoka Durant le siècle qui suivit le Concile bouddhique, le Saṅgha se divisa en deux parties, les moines citadins et les moines itinérants. Ces derniers trouvaient les premiers laxistes et trop proches des laïcs, et souhaitaient de leur part plus de rigueur dans les règles monastiques qu'avait instituées le Bouddha Śākyamūni.

250px|thumb|Temple Mahābodhi, située à Bodhgayā.Classée patrimoine mondial de l'UNESCO.

Le Concile bouddhique, dirigé par l'empereur Aśoka, fut convoqué justement dans le but de condamner les assouplissements de la Vinaya entrepris par certains moines. Pour la première fois de son histoire, le Saṅgha se divisa en deux mouvements distincts, le SthaviravādaPāli et Sanskrit : Sthaviravāda : स्थविरवाद / Littéralement : Enseignement des Anciens, de valeur orthodoxe, et le MahāsāṃghikaPāli : Mahāsaṅghika (Sanskrit)/ hindi : Mahāsāṃghika / Littéralement : Grande Assemblée, prônant des réformes dans les règles monastiques. L'ensemble des écoles du mouvement Sthaviravāda constitue par la suite le Bouddhisme indien.

Après cet événement, l'empereur Aśoka organisa un autre concile dans sa capitale, PāṭaliputraNom antique de la ville de Patna, chef-lieu actuel dans la région du Bihar en Inde.. Le Concile bouddhique est connu comme étant le déclencheur du premier schisme dans l'histoire du bouddhisme. Les deux courants s'opposèrent et se divisèrent. Le bouddhisme theravāda appartient au courant Sthaviravāda, et plus précisément à l'école ancestrale indienne de l'époque, le VibhajjavādaPāli et Sanskrit : Vibhajjavāda / Littéralement : Doctrine de l'AnalyseAjahn Jayasaro, Quelques Enseignements, éd. Les Livrets du Refuge, juin 2009.

Propagation du bouddhisme ancien Bien que le bouddhisme ancien ait connu une certaine notoriété dans le nord de l'Inde, comme à Sārnāth, Nālandā et Ajantā, il restait encore minoritaire. Après le Concile bouddhique qu'il organisa, l'empereur Aśoka dépêcha des missionnaires pour répandre le Dhamma, dans tout son empire mais aussi au-delà de ses frontières.

250px|thumb|Site archéologique de Sārnāth,Vue du Dhāmek Stūpa en arrière-plan.

On trouve des traces de ses missions vers la route de la soieChristian Grataloup,  L’Atlas des migrations. Les routes de l’humanité, hors-série Le Monde, décembre 2008. À l'ouest de l'empire Maurya, dans les actuels Afghanistan et Pakistan, le Bouddhisme ancien rencontra la pensée hellénistique, donnant naissance au Greco-bouddhisme et à son art. Au nord, le Dhamma rencontra la philosophie chinoise, le confucianisme et le culte Bön au Tibet. À l'est, les missionnaires répandirent la pensée bouddhique en Asie du Sud-Est continentale, et plus précisément dans les actuelles Birmanie et ThaïlandeVirginie Raisson et Jean-Christophe Victor, Le dessous des cartes : Cartographie du Bouddhisme, France Télévisions, octobre 2002.