L'université de Paris est, après Bologne, la deuxième plus ancienne des universités, au sens strict du terme.

Sa fondation résulte d'une mutation institutionnelle et juridique progressive des écoles parisiennes, survenue entre 1205-1215 au plus tôt et 1231 au plus tard. Elle acquiert rapidement un très grand prestige, notamment dans les domaines des arts libéraux et de la théologie. Constituée comme l'association de tous les collèges, écoles et 'studia' (centres conventuels de formation ecclésiastique) parisiens, elle assure la formation de tous les lettrés qui ont statut clérical.

Elle contribue d'une façon ou d'une autre à la formation de la majorité des futurs cadres et agents administratifs des institutions royales (conseil d'État, parlements, tribunaux, cours des comptes, impôts…) et des supérieurs ecclésiastiques de tous rangs (prélats). L'université de Paris, après une longue période de déclin à l'époque moderne, est supprimée en 1793 lors de la Révolution française.

Historique Au Moyen Âge, on parle d'université, lorsque, dans un même centre urbain, plusieurs communautés de maîtres et d'élèves (écoles) qui enseignent une ou plusieurs disciplines, et relèvent d'autorités différentes, s'unissent pour organiser leur activité, gérer leurs conflits, revendiquer des libertés et des droits de la part des juridictions supérieures, civiles (rois, empereurs) et surtout ecclésiastique (pape).

Origine L'université de Paris est la conséquence du développement foisonnant des écoles parisiennes, porté, depuis le milieu du , par l’essor démographique, économique et politique de la capitale. Elle marque aussi la perte de pouvoir et le déclin du monopole de l'école de théologie de Notre-Dame qui avait régné sur l'enseignement de la théologie jusqu'à la fin du .. Le développement de l'enseignement des arts libéraux, du droit et de la médecine, les problèmes de juridiction posés par la multiplication des institutions ecclésiastiques régulières abritant des écoles de théologie, le poids de la charge du chancelier de Notre-Dame et sa concurrence avec celui de Sainte-Geneviève, les revendications bruyantes, concurrentes plus que concourantes, et finalement l'accaparement des chaires par les maîtres des ordres mendiants ont conduit à l'invention de l'institution nouvelle et à la nouvelle organisation qui la caractérise.

Entre 1205 et 1210 apparaissent les premiers documents qui attestent une organisation des maîtres et étudiantsEn 1200, le roi de France Philippe II Auguste décrète, à la suite d'une rixe entre étudiants et sergents, que les scolares parisiens relèvent de la justice ecclésiastique ainsi que leurs serviteurs laïcs à certaines conditions (Chartularium Universitatis Parisiensis, n° 1). Comme le remarque Jacques Verger, rien ne permet d'affirmer qu'à cette époque déjà les gens des écoles formaient de ce fait une corporation organisée, répondant à la définition d'une université ; cf. J. Verger, L'essor des universités au XIIIe siècle, 1997, p. 69. Il est même manifeste à la lecture de l'acte que le roi corrige un abus de ses gens d'armes qui ont traité des clercs comme des sujets du roi. On ne peut considérer cet acte comme attestant de la reconnaissance de droits particuliers des étudiants en tant que tels. Le statut de clercs non parisiens mais séjournant à Paris pour raison d'étude sans être incardinés à l'Eglise locale, posait problème. Leur déferrement à la justice civile a été considéré comme un déni de justice que le roi a bien voulu corriger. . vignette|Statuts de l'université de Paris, promulgués en août 1215 par Robert de Courçon mandaté par le pape Innocent III En 1215, le légat pontifical Robert de Courçon octroie au nom du pape les premiers statuts connus. C'est dans ce document qu'il est fait usage pour la première fois de l'expression universitas magistrorum et scholarium («ensemble des maîtres et des élèves») au sujet de la corporation parisienneChartularium, n° 20, p. 79). Les statuts imposent aux étudiants des cursus longs et réguliers, sanctionnés par des examens et des titres variés, en définissant des programmes obligatoires et en privilégiant l'étude des sept arts libéraux (disciplines « littéraires » du trivium : grammaire, rhétorique, dialectique, et « scientifiques » du quadrivium : arithmétique, musique, géométrie, astronomie)Jacques Le Goff et René Rémond, Histoire de la France religieuse, tome I, « Des origines au », Seuil p. 344.

En 1231 la bulle Parens scientiarum de Grégoire IX conclut le processus de fondation de l'Université.

Les écoles de théologie n'ont pas joué directement un rôle moteur dans la création de l'université. Dans un premier temps, les théologiens sont restés relativement distants. Les actes parlent surtout des membres de la faculté des arts, plus nombreux et turbulents. C'est la nécessité de coordonner la masse des représentants des autres disciplines avec les théologiens, seuls autorisés à dispenser les autorisations d'enseigner, qui a conduit à réorganiser l'ensemble du personnel des écoles en une corporation nouvelle. Dans un second temps, les théologiens ont cherché - et réussi - à occuper un rôle dominant dans l'organisation des disciplines, allant jusqu'à obtenir l'interdiction de l'enseignement du droit civil en 1219 Honorius III, Bulle Super speculam, Chartularium, n° 32 et J. Verger, L'essor des universités au XIIIe siècle, Paris, Initiations au Moyen Âge, 1997, ici p. 72..

vignette|200px|L'église Saint-Julien-le-Pauvre, premier siège des assemblées de l'université de Paris.

L'université de Paris est un studium generale, c'est-à-dire un centre destiné, en principe, à l'enseignement des disciplines alors considérées comme 'supérieures' : théologie, droit, arts libéraux.

Au cours du , divers arbitrages organisent l'enseignement des disciplines dites supérieures : théologie arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie) décret ou droit canonique (Le droit civil, interdit en 1219, ne sera réautorisé qu'en 1679), médecine (chirurgie, apothicairerie).

Le logement des étudiants (« écoliers ») et l'organisation des corps se fait au sein de fondations pieuses appelées « collèges ».

Le nombre d'étudiants sous le règne de Philippe-Auguste, au cours duquel Paris est qualifié de « », est évalué à , et de 16 à au milieu du ..

En , après la répression violente par la garde de Paris d'une altercation dans une taverne du quartier Saint-Marcel entre étudiants et les tenanciers le mardi gras qui s'est développée en émeute, les maîtres associés aux étudiants décident une grève des cours de l'université. Une partie des étudiants quittent Paris pour poursuivre leurs études dans d'autres universités, Reims, Toulouse ou Oxford. Après deux années de négociations, le pape Grégoire IX publie la bulle pontificale Parens scientiarum (« la mère des sciences ») le , que l'on considère a posteriori comme la Magna Carta de l'université de Paris parce qu'elle garantit l'indépendance de l'université. La menace de l'arrêt des cours dispensés par l'université est restée un levier économique puissant.

L’Université de Paris joua un rôle central dans le développement intellectuel européen au XIIIᵉ siècle.

Évolution de l’institution au L'université de Paris ne tarde pas à devenir une véritable autorité morale. Les docteurs de l'université se prononcent sur des controverses fameuses comme la taxation des bénéfices ecclésiastiques par le Saint-Siège, et jouent un grand rôle au moment du Grand Schisme d'Occident (1378–1417). C'est le chancelier de l'université de Paris, Jean de Gerson, qui anime d'ailleurs le concile de Constance (1414–1418), qui met fin au schisme. Pendant la guerre de Cent Ans, l'université soutient les Anglais et le parti bourguignon, et approuve l'exécution de Jeanne d'Arc (1431). Son ancien recteur, Jean Beaupère, participe aux interrogatoires de cette dernière.

Au , l'université est souvent en grève, notamment pendant trois mois en 1443, et pendant six mois de à , mais c'est pour défendre son exemption fiscale. Jusqu'en 1446, les étudiants dépendent en matière pénale de l'université. Il arrive régulièrement que des écoliers soient arrêtés par le prévôt du roi. Dans ce cas-là, le recteur de l'université se rend au Châtelet pour demander que l'écolier soit jugé par l'official de l'université. Si le prévôt du roi refuse, l'université se met en grève.

L'université concurrencée : absolutisme royal et nouveaux collèges La fin du marque pour l'université de Paris le début d'une période délicate. la soumet, en 1446, à la juridiction du parlement de Paris, ce qui suscite des émeutes estudiantines auxquelles participe, entre autres, le poète François Villon. En 1453, un écolier, Raymond de Mauregart, est tué par les sergents du Châtelet et l'université se met à nouveau en grève pendant plusieurs mois.

L'université de Paris s'oppose en vain au concordat de Bologne, signé en 1516 par le roi de France , qui donne au pouvoir royal la possibilité de contrôler l'accès aux grands bénéfices. La fondation du Collège de France, en 1530, et l'apparition de la Compagnie de Jésus et de la Société de l'oratoire de Jésus au milieu du viennent concurrencer l'université, avant que les guerres de Religion n'embrasent la France. En 1600, le roi de France Henri IV supprime les privilèges de l'université.

Après des velléités d'indépendance au cours de la Fronde, l'université se soumet à . Elle condamne les idées de René Descartes, puis celles des philosophes du siècle des Lumières. Après l'expulsion des Jésuites en 1762, elle annexe le collège Louis-le-Grand et un nouveau bâtiment est construit place du Panthéon pour la faculté de droit.

Rationalisation des Lumières vignette|220px|Cour d'honneur de l'actuel lycée Louis-le-Grand, ancien siège de l'université de Paris.

En 1763, après l'expulsion des Jésuites, l'université est réorganisée et 28 de ces collèges sont réunis au sein du collège Louis-le-Grand devenu le chef-lieu de l'université. Il ne reste plus alors à la faculté des arts de Paris, en plus du collège Louis-le-Grand, que neuf collèges dits de plein exercice dispensant encore un enseignement : collège du Cardinal-Lemoine, collège des Grassins, collège d'Harcourt, collège de la Marche, collège de Lisieux, collège de Montaigu, collège de Navarre, collège du Plessis et collège des Quatre-Nations. Un séminaire philologique est créé au collège Louis-le-Grand pour former les professeurs des collèges.

En 1766 est créé un concours d'agrégation pour les classes de philosophie, belles-lettres et grammaire. Lors des vacances d'emploi, les nouveaux professeurs sont choisis parmi les agrégés.

Fermeture de l'université de Paris La Révolution française et la suppression des corporations entraîne la disparition de l'université de Paris. En 1791, René Binet est toutefois chargé des fonctions de recteur par la municipalité de Paris. Au mois de , la faculté de théologie et le tribunal académique sont supprimés, sur le rapport du représentant Gaudin.

Le , l'assemblée ordonne que tous les instituteurs ecclésiastiques sont obligés de prêter serment à la constitution civile du clergé. Puis la Convention nationale supprime par décret du les collèges de plein exercice et les facultés sur l'ensemble du territoire de la République. La Convention nationale décide de remplacer l'enseignement des anciennes universités par un ensemble d'écoles centrales et d'écoles spéciales, précédées par les écoles primaires. En 1794, une école de médecine est créée, qui reprend les fonctions de la faculté de médecine. Elle est rejointe en 1804 par une école de droit.

Organisation de l'université Institutions transversales de l'université L'université de Paris est formée de quatre facultés : une faculté généraliste, la faculté des arts, et trois facultés spécialisées : la faculté de décret (ancien nom de la Faculté de droit), la faculté de médecine et la faculté de théologie.