Romain Goupil, de son vrai nom Romain-Pierre Charpentier, est un réalisateur français né le à ParisLes Gens du Cinéma. Politiquement engagé, ancien meneur lycéen en mai 1968 et longtemps militant trotskiste, il évolue dans les années 2000 vers les positions néoconservatrices du Cercle de l'Oratoire et de sa revue Le Meilleur des mondes et soutient l'élection d'Emmanuel Macron en 2017.

Biographie Famille Romain Goupil est fils et petit-fils d'artistes. Son père, Pierre Goupil (né en 1930), fut chef opérateur sur une centaine de filmsRencontre avec Pierre Goupil, cameraman sur Le Bonheur est pour Demain, actu.fr, 27 juin 2014., dont ceux du commandant Cousteau, tournés aux quatre coins du monde, pour qui il a travaillé pendant vingt-cinq ans avec le réalisateur Edmond SéchanOuest France, le 15/10/2016 .. Sa grand-mère, Lita Recio (1906-2006), était une comédienne très célèbre dans le monde du doublageNotre cinéma ., mariée à l'acteur, réalisateur et chansonnier Robert Charpentier, dit « Robert Goupil » (1896-1938). Le jeune Romain, qui reprendra ce surnom, grandit rue Ordener, dans la partie huppée du arrondissement de Paris, près de la mairie dans la plus grande résidence d'artistes d'Europe où son grand-père et sa grand-mère étaient installés depuis leur jeunesse.

Amis proches Romain Goupil est un ami personnel, proche et de longue date de Daniel Cohn-Bendit, qu'il avait, selon lui, rencontré avant , notamment en , lors des protestations contre la destitution d'Henri Langlois à la cinémathèque ou même avantEntretien dans Ouest-France avec Carine JANIN le 06 mai 2018. et qu'il a fréquenté assidûment depuis 1991. Il est aussi un ami personnel, proche et de longue date d'André Glucksmann, qui est lui un ami proche de Daniel Cohn-Bendit depuis leur rencontre à la Sorbonne lors du discours de Louis AragonAndré Glucksmann et Raphaël Glucksmann, Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, Éditions Denoël, 2008. au début de Mai 68. Au tout début des années 1970, André Glucksmann dirige le mensuel maoïste auquel collabore le cinéaste Jean-Luc Godard, principal animateur des protestations contre la destitution d'Henri Langlois à la cinémathèque.Patrick Olmeta, La Cinémathèque française, CNRS Editions . et qui a tourné en partie à Nanterre le film La Chinoise en 1967, avec le jeune maoïste Antoine Blondin Diop..

André Glucksmann l'a longtemps aidé financièrement et Romain Goupil a accompagné Glucksmann dans ses derniers moments de vieLaurent Telo, « De Mai-68 à Macron, Romain Goupil, l'éternel révolté », Le Monde, 5 janvier 2018.. Il est resté un ami proche de son fils Raphaël Glucksmann.

Carrière cinématographique Autodidacte, Romain Goupil s'intéresse très tôt au cinéma dans le sillage de son père, également cinéaste, pour la télévision publique. Ses deux premiers courts métrages sont ainsi réalisés à l'âge de seize ans puis dix-sept : L'Exclu (1968) et Ibizarre (tourné en 1968, avec le slogan « Non au fascisme »), d'abord programmés sur l'ORTF, puis refusés.

En 1970, il devient stagiaire, puis assistant opérateur de Robert Ménégoz et assistant réalisateur de Chantal Akerman, Roman Polanski et Jean-Luc Godard, alors militant maoïste et rédacteur à La Cause du peuple.

Il réalise deux nouveaux courts métrages, Le Père Goupil, puis Coluche Président. Son activité oscillera ensuite entre longs et courts métrages et documentaires.

Il écrit plusieurs ouvrages.

Assistant de Roman Polanski et de Godard Il travaille avec Roman Polanski dès son retour en France en 1978 pour le tournage de Tess qui sort en 1979D'après le roman de Thomas Hardy : l'histoire d'une jeune fille anglaise à qui son père demande de rencontrer une famille à peine connue, qui habite un manoir proche et dont ils ont eu connaissance qu'en fait ce sont des cousins plus fortunés, mais dont un des fils, qu'elle repousse, la viole. Enceinte de ce viol, elle retourne chez ses parents et donne naissance à un bébé qui meurt peu de temps après..

Peu avant, Roman Polanski, à la suite de six chefs d'accusation contre lui dont viol sur mineur, avait fui les États-Unis le pour s'installer en France, pays refusant l'extradition lorsqu'on en possède la nationalité. Il est cependant menacé d'extradition depuis l'Angleterre. Ainsi, bien que le film se déroule en Angleterre, il est tourné en France : principalement dans la Manche mais aussi en Région parisienne, le site mégalithique de Stonehenge étant reconstitué à Morienval, village situé dans l'Oise.. Romain Goupil ne sera pas avare d'anecdotes médiatiques sur le tournageÀ la demande de Roman Polanski, il utilise une des premières caméras vidéos du cinéma et fait près de en voiture, au cours desquels il crève, en repérages en particulier pour la scène de Stonehenge. Mais à un moment, le tournage est entièrement à court d'argent et pendant trois mois aucune des personnes travaillant sur le tournage n'est payée — ..

En 1979-1980, il est assistant sur Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard, un film franco-austro-germano-suisse, où l'un des personnages apprend à sa sœur le métier de prostituée et l'autre, quitté par son épouse, meurt sous ses yeux après un accident de la circulation, avant qu'elle ne s'éloigne, avec leur fille. Selon Romain Goupil, Jean-Luc Godard a, au cours de ce tournage, considéré que c'était son et rompu avec sa période militante pro-palestinienne grenobloise « Godard seul, seul Godard », par Romain Goupil, dans Univers Ciné, le 21 avril 2015., au cours de laquelle les cinéphiles ont parlé des , même s'il a aussi travaillé à l'époque en Suisse.

Mourir à trente ans

Quatre ans après le grand succès cinématographique de Diabolo menthe, film français réalisé par Diane Kurys et porté par une chanson du même nom d'Yves Simon, consacré aux premiers émois de deux sœurs adolescentes aux personnalités très différentes, qui avait remporté le prix Louis-Delluc en 1977, Mourir à trente ans raconte lui aussi une histoire d'amitiés adolescentes au lycée, dans un climat politique tendu, mais sur le mode strict du récit autobiographique et du documentaire, dans une histoire entre garçons dont il n'est livré que quelques photos prises un été chez Henri Weber, chef du service d'ordre de la Ligue communiste, où il avait intégré les deux lycéens, dont seul le plus âgé a pu commencer des études.

Le film, consacré à son camarade et ex-ami Michel Recanati, est réalisé à partir d'épreuves tournées en Super 8 par Romain Goupil avant et après Mai 68 en vue de la réalisation d'un film militant qui devait s'appeler De la révolte à la Révolution. Il évoque, avec ces images d'époque, les exploits militants de son camarade d'extrême gauche de 1965 à 1973, accompagnées de quelques interviews réalisés en 1981, dont ceux d'Henri Weber et du leader de la Ligue communiste Alain Krivine.

À la fin et au début de l'œuvre, il évoque aussi le suicide de Michel Recanati, le , qui avait représenté les Comité d'actions lycéens en Mai 68, appelant notamment le à une manifestation le , puis étant l'invité de la conférence de presse du au lendemain de la Nuit des Barricades de Mai 68 et ensuite en tête, avec l'autre lycéen Maurice Najman, de la grande manifestation du , aux côtés d'Alain Geismar, Daniel Cohn-Bendit et Jacques Sauvageot.

Le film part d'une lettre que Michel Recanati a écrite à l'auteur en , cinq ans avant son suicide, et se termine à nouveau sur cette lettre, en rappelant le suicide.

Robert Chazal, critique cinéma du quotidien France-Soir, apprécie le film, au point de le montrer lors d’une projection privée à d'autres critiques. Au Festival de Cannes 1982, le film obtient la Caméra d'or, prix créé en 1978 pour récompenser les meilleurs , avec le mécénat de l'industriel Kodak.. Mourir à 30 ans devient « le film à voir » pour qui s'intéresse au virage pris par le cinéma militant. Dès , plusieurs articles de périodiques en font l'éloge, comme « Celui qui avait un père… », d'Alain Philippon, dans les Cahiers du cinéma, « Le pouvoir à 15 ans, un film à la première personne » par Lucien Logette, dans Jeune Cinéma ou « Tout sauf du cinéma militant… » dans La Revue du cinéma.

En 1982, il obtient le César de la meilleure première œuvre.

La cité d'artistes de Montmartre En 2012, Romain Goupil préside le jury du Festival de Chartres (courts-métrages réalisés de l'école à l'université), aux côtés de Matila Malliarakis.

Résident de la plus grande cité d'artistes d'Europe, la cité Montmartre-aux-artistes, il défend les locataires contre les expulsions en s'engageant au sein de l'Association des locataires de Montmartre-aux-artistes (ALMA), dont il est un temps président. La cité est présente dans au moins un plan de chacun de ses films et plus largement dans Les Jours venus (2015)« Artistes ayant vécu ou travaillé à Montmartre-aux-artistes », sur montmartre-aux-artistes.org.Jean-François Cadet, « Le jour où Romain Goupil est venu », Vous m'en direz des nouvelles, Radio France international, 3 février 2015 (à 21 min, présentation de la cité par Romain Goupil et Frédéric Sénot de la Londe)..

Engagements politiques Mai 68 en classe de seconde Militant trotskiste, il se revendique comme faisant partie d'une longue tradition d'opposition de gauche au stalinisme, refusant le culte de la personnalité de Staline, décédé en 1953..

Lors de l'année scolaire 1967-1968, il entre en classe de seconde au lycée Condorcet à Paris, où Alain Krivine a été en 1966 surveillant à mi-tempsBiographie Maitron d'Alain Krivine.. Début , sont créés les Comités d'action lycéens (CAL) dans un autre établissement, le lycée Jacques Decour, par Maurice Najman et Michel Recanati qui y avaient fondé le premier comité Vietnam lycéen (CVL) à la rentrée 1966., rejoints par Nicolas Baby, du collège-lycée Henri-IV. Les CAL sont créés par des représentants de sept lycées au soir des manifestations du 13 décembre 1967 contre les ordonnances sur la sécurité sociale, qui sont aussi l'occasion pour l'UNEF de protester contre la Réforme Fouchet des universités. Dans les années 2000, le journaliste Christophe Nick écrira que Romain Goupil lui a déclaré avoir déposé en préfecture les statuts des CAL à son nomChristophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002., mais c'est complètement impossible, selon l'historien spécialiste de Mai 68 Robi Morder, car il faut être majeur pour cela et il n'avait que seize ans.. Maurice Najman et Michel Recanati ont respectivement trois et un an de plus que Romain Goupil.

En , plusieurs cercles lycéens du Mouvement des jeunes communistes (MJCF), à Colbert, Lavoisier, Carnot, Voltaire, Decour, Louis-le-Grand, Condorcet, Charlemagne, Henri-IV, Turgot étaient devenus des au sein du MJCF, la direction leur reprochant de faire campagne pour la mixité des cercles et pour une autre presseContribution des cercles Colbert, Lavoisier, Carnot, Voltaire, Decour, Louis-Le-Grand, Condorcet, Charlemagne, Henri-IV, Turgot au congrès fédéral parisien de mars 1966.Gabriel Monod, Charles Bémont, Sébastien Charléty, dans la Revue historique (France) - 2000.. Parmi eux, Maurice Najman et Michel Recanati qui ont fondé la Jeunesse communiste révolutionnaire, le , avec 120 personnes menées par Alain Krivine. Environ 70 d'entre eux quittent l'UEC à l'occasion d'un séminaire de Noël à Briançon. et que rejoindra Romain Goupil au cours de l'année 1968.

En 1966-67, l'année scolaire précédant son arrivée en seconde au lycée Condorcet, une classe de mathématiques supérieures avait publié une lettre au Monde et diffusé un tractRobi Morder, Les Cahiers du Germe trimestriels , 2002 . pour protester contre l’envoi au service militaire d’un de leurs professeurs, avec une manifestation réunissant qui obtiennent rapidement que le professeur soit libéré de ses obligations militaires.