La République démocratique somalieNotification OMPI Convention instituant l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle Adhésion de la République démocratique somalie, site de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Le nom de République somalie doit s'entendre comme République des Somalis. (en somali : Jamhuuriyadda Dimoqraadiga Soomaaliya, en arabe : الصومالية الديمقراطية الشعبية , al-Jumhūrīyah ad-Dīmuqrāṭīyah aṣ-Ṣūmālīyah), nom également traduit par République démocratique de Somalie, ou République démocratique somalienne était le régime politique de la Somalie durant la présidence de Mohamed Siad Barre.

Arrivé au pouvoir par le biais d'un coup d'État en 1969, Siad Barre s'aligne sur l'URSS et adopte l'idéologie communiste. En 1977, la guerre de l'Ogaden, qui oppose l'Éthiopie à la Somalie, amène cependant Siad Barre à se détacher de l'URSS : son régime, tout en conservant officiellement une orientation , se rapproche ensuite des États-Unis et des monarchies arabes. Siad Barre, dont l'autorité s'est affaiblie avec les années, est chassé du pouvoir par la rébellion en 1991 ; le pays s'enfonce alors dans une guerre civile dont il n'est pas encore sorti.

Historique Contexte La Somalie est créée en par l'union du territoire somalien sous tutelle italienne et de la Somalie britannique lorsqu'elles accèdent à l'indépendance presque simultanément.

À la suite du partage du littoral de la Corne de l'Afrique entre des puissances occidentales à la fin du , les populations parlant le somali sont réparties entre plusieurs États dans la seconde moitié du : la Somalie, la côte française des Somalis (qui devient en 1967 le territoire français des Afars et des Issas et en 1977 la république de Djibouti), le Kenya et l'Éthiopie (y compris à partir de 1946 et 1955 le Haud et l'Ogaden sous administration britannique depuis 1941).

La république de Somalie se fonde idéologiquement sur la volonté de réunir au sein d'une Grande Somalie les « territoires somalis », symbolisés par les cinq branches de l'étoile qui orne son drapeau. Durant les années 1960, les tensions sont vives avec le Kenya ; la Somalie revendique également la Côte française des Somalis et connaît en 1964 un conflit avec l'Éthiopie à propos de l'Ogaden.

Au plan intérieur, la Somalie est, dans ses premières années, marquée par un grand immobilisme social, ne comptant qu'environ 50 000 salariés pour 3 millions d'habitants. La Ligue de la jeunesse somalienne, au pouvoir lors de l'indépendance, remporte la majorité absolue lors des premières élections en 1964, mais voit ensuite son action entravée par des conflits entre les personnalités politiques et les régions. L'intégration des anciens territoires italien et britannique s'avère difficile. Les pouvoirs publics passent un temps important à discuter des problèmes d'identité nationale et de choix de la langue officielle, négligeant les problèmes de développement et de lutte contre l'analphabétismeElikia M'Bokolo (1985), page 281..

Le régime de Mohamed Siad Barre va promouvoir comme seule langue officielle le somali, qui s'écrira en alphabet latin et arabe à partir de 1971-1972. Mais le somali, même s'il était une langue importante de la Corne de l'Afrique, n'avait pas d'impact commercial international, au moment où les échanges commençaient à se globaliser. Négliger une langue, certes coloniale, comme l'anglais était une erreur, alors que de nombreux États africains avaient cette langue en langue officielle, ou l'utilisaient, comme le Soudan, ou l'Éthiopie. L'absence de l'anglais, de l'arabe ou de l'italien va peser lourdement par la suite sur le développement du pays.

Membre du mouvement des non-alignés, la Somalie établit, peu après son indépendance, des relations avec l'Union soviétique et la république populaire de Chine. Les bonnes relations avec l'URSS sont notamment favorisées par les prêts généreux accordés par l'État soviétique pour aider la Somalie à équiper ses forces armées. Dans le même temps, la Somalie reçoit de l'aide des pays occidentaux, notamment de la part de l'Italie, et les États-Unis coopèrent avec elle dans le domaine non militaire. La coopération militaire avec l'URSS contribue cependant à l'apparition, chez une partie des officiers de l'armée, de sympathies marxistesFederal Research Division (2004), pages 77-78..

Coup d’État de 1969

Le , alors que le Premier ministre Mohamed Ibrahim Egal est en déplacement à l’étranger, le président Abdirashid Ali Shermarke est tué par l’un de ses gardes du corps, apparemment pour des raisons personnelles. Egal rentre à Mogadiscio pour assister à la désignation d’un nouveau président par l’Assemblée nationale. Le Premier ministre, pour assurer la succession de Shermarke, souhaite favoriser l'élection d'un Darod, l'ethnie du président assassiné. Cette option ne recueille pas la faveur d'une partie des militaires et le , l’Assemblée nationale se préparant à approuver le choix d’Egal, l’armée et la police prennent le contrôle des endroits stratégiques de Mogadiscio et mettent en détention les membres du gouvernement et d’autres personnalités politiques importantesFederal Research Division (2004), page 83.. La prise du pouvoir se déroule sans effusion de sangElikia M'Bokolo (1985), page 285..

Les officiers ayant renversé le gouvernement se réunissent au sein du Conseil révolutionnaire suprême (CRS), dirigé par les généraux Mohamed Siad Barre et Salaad Gabeyre Kediye. Siad Barre, bien que ne figurant pas parmi les principaux acteurs du coup d'État, est élu à la présidence. Les partis politiques sont interdits, l'Assemblée nationale est dissoute et la Constitution est déclarée . Le CRS annonce son intention de mettre fin au tribalisme, au népotisme, à la corruption et à la mauvaise gestion. Le pays est rebaptisé République démocratique somalie. La Loi révolutionnaire numéro un est promulguée, conférant au CRS toutes les fonctions du président de la République, de l'Assemblée nationale et du Conseil des ministres. Tous les partis politiques sont interditsFederal Research Division (2004), pages 83-84, 91..

Mise en place du régime

Le Conseil révolutionnaire suprême mis en place après le coup d'État fonctionne comme une junte militaire : composé de vingt-cinq membres, il est chargé de définir et d'appliquer les politiques de l'État et prend ses décisions lors d'un vote interne. Le détail des délibérations n'est que rarement publié. Les membres du CRS se rencontrent au sein de cabinets spécialisés pour aborder des sujets précis. Un secrétariat de quatorze membres, le Conseil des secrétaires d’État (CSE), tient lieu de cabinet ministériel et prend en charge la gestion gouvernementale au quotidien, mais demeure subordonné au CSA. Si la majorité des membres du CSE sont des civils, les principaux ministères sont détenus par des militaires jusqu’en 1974. Mohamed Siad Barre cumule les titres de chef de l'État, de président du Conseil révolutionnaire suprême, de président du Conseil des secrétaires d'État (étant donc simultanément chef de l'État et chef du gouvernement) et de commandant des forces armées. Plus que ses titres officiels, son pouvoir repose sur son autorité personnelle et sur sa capacité à gérer les rapports avec les clans et les ethnies. En , le CRS abroge la Constitution de 1960, suspendue depuis le coup d’ÉtatFederal Research Division (2004), pages 100-102..

Alignement sur l'URSS La Somalie s'oriente après le coup d'État vers une alliance avec l'Union soviétique. Peu de temps après la prise du pouvoir, Étoile d'octobre, le journal officiel du CRS, publie un article consacré aux rapports entre socialisme et islam, condamnant le socialisme islamique jusque-là favorisé par la classe politique somalienne et affirmant que seul le socialisme scientifique permet d'assurer le développement du pays tout en respectant les valeurs musulmanesFederal Research Division (2004), pages 142-143.. L'URSS, en l'absence d'une classe ouvrière organisée en Somalie, doit adapter sa grille d'analyse pour jauger le nouveau régime et juge que l'armée constitue le corps social le plus dans le pays, ce qui permet d'approuver le putsch militaire. Les rapports des émissaires soviétiques envoyés sur place sont très positifs quant à l'évolution de la société et des institutions somaliennes. Le , le gouvernement rebaptise le stade de Mogadiscio du nom de Lénine. Le , à l'occasion du premier anniversaire de la prise du pouvoir, Mohamed Siad Barre proclame l'avènement d'un Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 296., axé sur le Yves Lacoste, Dictionnaire de géopolitique, Flammarion, Paris, 1963, p. 1 408.. Le de la même année, Siad Barre arrive à Moscou en visite officielle et rencontre notamment Léonid Brejnev, Nikolaï Podgorny et Andreï Gromyko. Lors d'un banquet au Kremlin, Podgorny et Siad Barre échangent des déclarations d'amitié, le dirigeant somalien annonçant officiellement l'orientation de son pays vers le . Des accords de coopération sont signés, l'URSS s'engageant à aider la Somalie dans l'amélioration de ses infrastructures. Des étudiants somaliens sont envoyés dans les universités soviétiques : en 1974-75, plus de 1 000 Somaliens suivent des formations en URSS. Malgré les jugements défavorables des envoyés soviétiques quant au maintien par le CRS des références et des coutumes religieuses, l'URSS fonde de grands espoirs sur son aide au développement de la somalienne qui constitue, au début des années 1970, l'un des principaux axes de son implication en Afrique. Le , Nikolaï Podgorny arrive à Mogadiscio pour une visite d'État qui donne lieu trois jours plus tard à la signature d'un traité d'amitié de vingt ans entre l'Union soviétique et la République démocratique somalieO. Igho Natufe (2011), pages 346-353.. L'aide soviétique à la Somalie augmente, jusqu'à atteindre 80 millions de dollars à la fin de 1970. Le nombre de conseillers soviétiques passe de 190 à 900, dont 300 conseillers militaires, environ 100 conseillers économiques, et 500 ingénieurs, techniciens et enseignantsRobert G. Patman (2009), page 95.. À partir de 1974, Cuba s'intéresse également à la Corne de l'Afrique : le régime de Fidel Castro envoie d'abord plusieurs dizaines de techniciens puis, en 1976, un contingent d'environ 500 coopérants militairesRichard J. Payne, Roger Fisher, Opportunities and Dangers of Soviet-Cuban Expansion, State University of New York Press, 1988, page 37.

Politiques intérieure et extérieure thumb|Portrait de Mohamed Siad Barre à Mogadiscio. En 1970, le CRS institue des cours nationales de sécurité et des procureurs militaires. Opérant en dehors du système judiciaire civil, les cours de sécurité sont chargées de repérer les activités considérées comme . Le code civil unifié de 1973 remplace les diverses lois héritées du Royaume-Uni et de l’Italie et restreint le pouvoir des tribunaux appliquant la charia. Le nouveau régime étend la peine de mort et les peines d’emprisonnement aux délits de droit commun, ce qui abroge formellement la responsabilité collective sous la forme de la diya (« prix du sang »)Federal Research Division (2004), pages 84-85.. Une politique de nationalisations et de contrôle des prix est mise en œuvre, et des communautés de travailleurs, fonctionnant sur un mode autogestionnaire, sont crééesJoseph Ki-Zerbo, Histoire de l’Afrique noire, Hatier, édition de 1978, page 571..