Heinrich Wilhelm Ernst, né à Brünn le La date du 6 mai 1814, souvent donnée, est erronée. Cf. Rowe (2008), . et mort à Nice le , est un violoniste, altiste et compositeur morave. Un des plus grands instrumentistes de son époque, il est un des principaux successeurs de Paganini, qu’il admirait. Berlioz et Mendelssohn étaient ses amis.

Souffrant de névralgie, il a passé les sept dernières années de sa vie sans jouer de musique.

Biographie Heinrich Wilhelm Ernst est né à Brünn alors dans l'empire d'Autriche, aujourd'hui Brno, en République tchèque. Sa famille est de la classe moyenne juive. Il prend ses premières leçons de violon avec un boulanger mélomane appelé Johann Sommer et armé de la méthode de Leopold Mozart ; puis avec un professeur de la ville, Leonhard. Enfant prodige, Ernst se produit en public pour la première fois en , à l'âge de neuf ans. Son professeur suggère de l'inscrire à Vienne.

Vienne, 1825–1828 Dès 1825, il entre à la Société philharmonique de Vienne, pour y étudier avec Joseph Böhm d'abord (un proche de Beethoven), puis avec Joseph Mayseder. Pour la composition, il reçoit l'enseignement d'Ignaz von Seyfried, un élève de Mozart, Albrechtberger et Winter, qui avait créé Fidelio. En quelques mois, Ernst se produit en public et remporte un premier prix au conservatoire.

En , à quatorze ans, il entend jouer Paganini, de passage à Vienne. Profondément impressionné par son jeu, cette rencontre bouleversera sa vie. L'Italien a donné quatorze concerts à Vienne, si bien que Ernst assista à plusieurs, pour y observer et analyser la technique de l'interprète. Ernst a travaillé sans relâche les Caprices, notamment celui en mi majeur La Chasse, en vue d'une audition. Vint le jour. Le jeune garçon, ayant mal compris l'indication flautato placée au début de la partition, a joué toute la pièce en harmoniques ! Paganini étonné, s'exclama : « c'est un petit diable ! », et prédit un grand avenir pour le garçon.

En , Ernst quitte Vienne pour Munich afin d'occuper un poste dans l'orchestre royal. Cependant, Paganini lui conseille d'avoir plus d'ambition. Ensuite, Ernst donne des concerts dans les villes que Paganini a visitées. Ses concerts sont appréciés, mais il reste dans l'ombre de Paganini. Cette situation provoque une dépression : il reste enfermé dans sa chambre pendant cinq jours.

Au printemps 1830, à Francfort, Ernst rencontre de nouveau Paganini. Ce jour-là au concert, Ernst joue Nel cor più non mi sento de Paganini avec une précision parfaite ce qui a stupéfié le public et Paganini lui-même. Cette composition, ainsi que la plupart des pièces de Paganini, était inédite à l'époque. Ainsi Ernst l'a apprise d'oreille aux concerts. Quelques jours plus tard, Ernst visite le maestro qui, jouant de la guitare, se lève d'un bond pour jeter le manuscrit sous un drap, disant qu'il devait protéger l'œuvre, non seulement des oreilles d'Ernst, mais aussi de ses yeuxFan Elun (1993), . !

Paris, 1831–1838 Les années suivantes, Ernst fait plusieurs tournées en France, où il installe sa résidence principale en 1831 ; il a dix-huit ans. Il partagea un temps un appartement avec le violoniste norvégien Ole Bull. Il restera principalement à Paris jusqu'en 1838.

En , âgé de vingt-trois ans, dès qu'il apprend que Paganini est à Marseille, il entreprend le voyage pour écouter de nouveau son mentor. Ernst est déterminé à apprendre les secrets complexes de l'extraordinaire technique de Paganini. Il loue une chambre d'hôtel mitoyenne de celle de Paganini, s'y cache nuit et jour pour écouter le virtuose répéter et noter ce qu'il entend. L'entreprise dut être difficile, car le virtuose ne pratiquait pas beaucoup l'instrument au cours de ses tournées ; en outre, quand il le faisait, il utilisait une sourdine. Toujours en secret, Ernst assiste à toutes les répétitions à Marseille. Il se produit finalement en concert avec Paganini. Le public s'accorde à trouver que Paganini avait surmonté le plus de difficultés techniques, mais qu'Ernst exprimait plus de sentiments dans son jeu.

Il se lie avec le pianiste hongrois Stephen Heller, fixé à Paris en 1837. Ce qui donne lieu à une œuvre de collaboration, pour violon et piano, les Pensées fugitives (pub. 1842). C'est l'époque glorieuse où il fréquente et joue avec les plus grands musiciens et compositeurs de son époque : Berlioz, Alkan, Field, Chopin, Liszt, Wagner, Mendelssohn, Clara Schumann et Joseph Joachim. Ce dernier confiera en 1864, à propos d'Ernst :

Lorsque Joachim était enfant, Ernst avait convaincu son père – qui avait des doutes sur les talents de son fils – qu'il fallait que le violoniste en herbe prenne des cours avec Joseph Böhm pour corriger les défauts de son jeu. Cette intervention sauva la carrière d'un des plus grands virtuoses du .

vignette|« Une matinée chez Franz Liszt » (1846). De gauche à droite : Joseph Kriehuber, Hector Berlioz, Carl Czerny, Franz Liszt au piano et Heinrich Wilhelm Ernst, tenant violon et archet. (Gravure de Joseph Kriehuber - source BNF).

Virtuose itinérant 1837–1850 Entre 1837 et 1850, à l'instar de Liszt ou BerliozBerlioz, dans ses Mémoires a ce trait : Berlioz, Mémoires., il a une vie de virtuose itinérant et partout il rencontre le succès. Il parcourt l'Europe tout au long de sa vie d'artiste pour y donner des concerts, jouant ses compositions en Allemagne, en Hongrie, en Autriche, en Hollande (1837 et 1841), en Pologne (1842), en Scandinavie et en Angleterre (1842–43), en Russie (1847–49), Moscou, Riga...

Ernst jouait également l'alto, comme son mentor italien aimait à le faire. Il a joué Harold en Italie de Berlioz à plusieurs reprises, notamment le à Bruxelles, sous la direction du compositeur. Berlioz et Ernst gardèrent d'étroites relations, se rencontrant même par hasard en Russie. Berlioz aimait les qualités de l'artiste et le charme de l'homme plein d'humour :

À la même époque Berlioz, en journaliste et musicien, rend compte de son impression concernant le Concerto Pathétique de Ernst :

Au cours d'une tournée parisienne, en 1852, il rencontre sa future épouse pour la première fois : l'actrice et poétesse Amélie-Siona Lévy, protégée de Théophile Gautier. Accompagnés de la mère, Amélie et Ernst effectuent une tournée en Suisse et dans le sud de la France. Ils se marient en 1854.

vignette|Heinrich Wilhelm Ernst par le photographe Ludwig Angerer (1827–1879)

Londres, 1855 Après 1844, Ernst a vécu surtout en Angleterre, où il s'installe en 1855, rejoignant notamment le Beethoven Quartet Society de Londres en 1859. Il y jouait principalement les quatuors de Beethoven avec Joseph Joachim, Henryk Wieniawski et Alfredo Piatti, .

En , sa névralgie incurableIl s'agirait de porphyrie aiguë intermittente. Rowe (2011), . devient plus aiguë et l'empêche presque complètement de jouer. Dès lors, il est souvent déprimé, s'amaigrit et doit lutter avec d'atroces douleurs. La situation matérielle se dégrade et bien qu'il en ait gagné beaucoup, l'argent manquait (il l'avait généreusement distribué à la famille, à des amis ou à d'autres bonnes causes). Heureusement, Brahms, Joachim, Wieniawski, Hallé et d'autres musiciens ont monté des concerts en faveur du musicien.

Dès 1858, il se retire à Nice, où il passe les sept dernières années de sa vie, entrecoupées de séjours à Vienne, Brünn (Brno), un voyage à Londres (en ) et quelques cures dans le vain espoir d'un remède. Ernst prend le temps de composer ses dernières œuvres. Par exemple les Études polyphoniques et un quatuor à cordes. En 1862, il achève un Quatuor à cordes de Mendelssohn.

En 1860 naît son fils, Alfred (1860-1898), qui deviendra musicologue et spécialiste de Richard Wagner.

Ernst, âgé de cinquante-trois, est mort le . S'étant converti au catholicisme, il est enterré au cimetière du château, à Nice. vignette|Nice - Cimetière du Château - Sépulture de Heinrich Wilhelm Ernst vignette|Nice - Cimetière du Château - Médaillon en bronze sur la sépulture de Heinrich Wilhelm Ernst Ernst jouait sur deux Stradivarius : un instrument 1726 aujourd'hui nommé « Ernst / Plotenyi » et un autre de 1709, nommé « Lady Hallé / Ernst » (Instruments de Stradivarius). Il possédait aussi un archet Tourte, plus tard transmis à Joachim.

Œuvres Le catalogue de Heinrich Wilhelm Ernst comporte seulement 26 numéros, surtout destinés au violon et des pièces sans numéros. L'œuvre la plus célèbre étant sans conteste le « Grand Caprice » pour violon solo, opus 26 « Le Roi des Aulnes » d'après l'œuvre éponyme de Schubert. Cette pièce est l'un des summum de la difficulté technique du violon.

L' « Élégie » et le « Carnaval de Venise » étaient sans doute les deux des pièces les plus populaires du .

Violon solo Quatuors Violon et orchestre Cadences Vocale

Violon solo Trio pour un violon en ré majeur. Basé sur le Tu vedrai la sventurata de BelliniRowe (2008), . () Dédicace : « à Monsieur Laurent par son dévoué Heinrich Wilhelm Ernst ». Grand Caprice sur « Der Erlkönig » pour violon solo, opus 26 (pub. 1854) 6 Études polyphoniques [Sechs Mehrstimmige Etüden] (1862, pub. 1864) Chacune d'elles est dédiée aux violonistes célèbres de son époque. Étude I. Rondino scherzo. Con spirito, en fa majeur (à Laub) Ferdinand Laub (1832–1875) est virtuose pragois, morave comme Ernst. Étude II. Allegretto. Con grazia, en la majeur (à Sainton) Prosper Sainton (1813–1890) est un violoniste Français, installé à Londres dès 1845. Étude III. Terzetto. Allegro moderato e tranquillo, en mi majeur (à Joachim) Étude IV. Allegro risoluto, en ut majeur (à Vieuxtemps) Étude V. Air de Ballet. Allegretto con giusto, en mi bémol majeur (à Hellmesberger) Joseph Hellmesberger (1828–1893) est violoniste et chef d'orchestre, directeur du conservatoire de Vienne pendant cinquante ans. Étude VI. Introduction, Thème (Andante non troppo) et variations (4) sur la chanson folklorique irlandaise The Last Rose of Summer, en sol majeur (à Bazzini) Bazzini (1818–1897), un violoniste et compositeur italien. Cette étude est un véritable festival de difficultés violonistiques : tierces, sixtes et octaves, arpèges en spiccato, cordes croisées (Ernst utilise même une notation sur deux portées !), gammes rapides et notes en pizzicato en harmoniques (à la main gauche)...

Quatuors à cordes Quatuor à cordes en si bémol majeur, opus 26 (1863Berlioz dans Le Journal des Débats : Berlioz, Le Journal des Débats (1863)., pub. c.1864 Londres, Chappell & Co.) Dédié à Leopold von Wertheimstein. Quatuor à cordes en la majeur (1864) Quatuor à cordes en ut majeur (inachevé)

Violon et orchestre ou piano Variations brillantes sur un thème de Rossini, pour violon et piano, opus 4 Introduction Thème Variations (5) Trois Rondinos sur des motifs de Robert le Diable pour violon et piano, opus 5 Introduction et variations brillantes en forme de fantaisie, Souvenir de l'Opéra « La Juive» sur le Quatuor favori de Ludovic, de Halévy, pour violon et orchestre, opus 6 (1835La première de La Juive a lieu le 23 février 1835.) La pièce est écrite en collaboration avec le pianiste irlandais George Osborne (1806–1893). Introduction (Moderato) Thema (Moderato) 4 Variations (Risoluto) Molto Adagio Allegretto moderato Finale (Lostesso Tempo) Nocturnes pour violon et piano, opus 8 (c.1831–34, pub. c.1865) Dédié à Andrew Fountaine. I. Nocturne, en la majeur II. Nocturne, en mi majeur Thème allemand varié en mi majeur pour violon et piano, opus 9 (c.1834, pub. 1840 Schott) Introduction, thème et 5 variations. Introduction, Variations et Final, dialogués & concertants, sur une Valse favorite pour violon et piano par Charles Schunke et Heinrich Wilhelm Ernst, opus 26 (sic) (1834) La Valse favorite dont il s'agit, est la Das Leben ein Tanz [la vie est une danse], op. 49 de J. Strauss, publiée en 1831. Introduzione (Moderato maestoso) Tema 4 Variations (Meno Vivo - [sans indication] - Brillante ma moderato - Andantino pastorale) Finale Souvenir du Pré aux Clercs, Grand Duo pour violon et piano (1834)