L'écrevisse à pieds blancs ou à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) est une espèce de crustacés dont l'aire naturelle de répartition est l'Europe de l'Ouest.

Comme les autres espèces d'écrevisses autochtones de l'ouest de l'Europe, elle est en rapide et constant recul depuis plusieurs décennies, en raison de Trouilhé, M. C. (2006) Étude biotique et abiotique de l'habitat préférentiel de l'écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) dans l'ouest de la France. Implications pour sa gestion et sa conservation (thèse de doctorat en Écologie des Systèmes Aquatiques Continentaux, soutenue 16 juin 2006 à l'Université de Poitiers), PDF, 260 pages. ainsi que la concurrence d'espèces introduites. Elle est considérée par certains auteurs comme une espèce patrimoniale et bioindicatrice, voire une des , ainsi que comme une .

La larve est planctonique (zooplancton) et les adultes sont visibles de juin à septembre, l'activité est réduite en hiver.

Répartition, démographie À l'ouest de l'Europe, on la trouve en Irlande et en Grande-Bretagne. C'est l'unique espèce d’écrevisse présente en Irlande Demers A & Reynolds JD (2002) A survey of the white-clawed crayfish Austropotamobius pallipes (Lereboullet), and of waterquality in two catchments of eastern Ireland. Bulletin Français de la Pêche et de la Pisciculture, (367), 729-740 (PDF, 12 pages) où comme en Angleterre ses actuelles populations ont des ancêtres qui sont probablement arrivés de France (via les cours d'eau qui coulaient alors dans l'actuel pas de Calais ou importée par l'Homme préhistorique), après le dernier maximum glaciaire.

Sur le continent, elle vit de l'Europe du Nord à l'Espagne et au nord du Portugal (où elle a été introduite dans les années 1930). C'est une des trois espèces autochtones de France, où ses populations sont de plus en plus fragilisées.

Elle a aussi été introduite en Corse, en Italie, en ex-Yougoslavie et est présente ou (ré)introduite de façon plus sporadique en Allemagne Troschel HJ (1997) Distribution and ecology of A ustropotamobius pallipes in Germany, Bull. Fr. Pêche Piscic., 347, 639-647., Suisse et Autriche.

Description vignette|droite|Austropotamobius pallipes (Grand aquarium de Touraine, Lussault-sur-Loire, Indre-et-Loire, France). La taille maximale des adultes est de 9 à , ceux-ci pèsent alors de 30 à .

Sa croissance est plus lente et sa maturité sexuelle plus tardive que celles des espèces exotiques envahissantes qui la concurrencent, mais elle peut vivre plus longtemps qu'elles.

Les tailles et les masses maximales sont atteintes lorsque l'animal a une douzaine d'années. La maturité est atteinte lorsque les animaux atteignent cinq centimètres de long (à l'âge de deux ou trois ans).

Elle se distingue par la présence théorique de deux paires d'épines latérales sur le sommet de son rostre. En pratique, il est fréquent que l'une des quatre épines soit manquantes, indifféremment du côté droit ou du côté gauche. Elle est d'une couleur uniformément verdâtre, ce qui lui permet de se fondre dans les environnements végétalisés ; sa couleur varie du bronze au gris olivâtre ; une des variétés toutefois est dépourvue de pigment bleu ce qui lui donne une couleur rouge vermillon.

Habitat, écologie Elle peuple préférentiellement les eaux froides, non polluées, claires et vives, des torrents et ruisseaux. Elle a généralement disparu des zones agricoles et industrialisées, mais peut encore exceptionnellement être trouvée en zone périurbaine, bocagère et forestièreLaurent PJ (1985), Une station d’écrevisses à pieds blancs : Austropotamobius pallipes, Lereboullet (Decapoda - Astacidae) en zone périurbaine. Bulletin de la société linnéenne de Lyon, 3, 77-88....

Les travaux de terrain et de laboratoire ont montré que son habitat physique préférentiel comprend les fonds caillouteux et graveleux, pourvus de blocs, les sous berges riches en racines, les herbiers aquatiques et les bois morts selon Arrignon et Roche (1983), Grandjean (1996, 2000a, 2001), Smith (1996), Neveu (2000) et Füreder (2006) cités par Trouillé 2006.

Elle se rencontre aussi dans des lacs et certains canaux en Irlande et en Grande-Bretagne.

Sa répartition naturelle dépendrait de la température des eaux et de la force du courant. Ses mues sont trouvées dans les eaux dont la température dépasse . Toutefois, elle craint les températures trop hautes et les populations peuvent succomber si l'eau dépasse les . La température idéale de l'eau pour la croissance des jeunes est entre et https://professionnels.ofb.fr/fr/doc-fiches-especes/ecrevisse-pattes-blanches-austropotamobius-pallipes#:~:text=Taille%20de%20maturité%20sexuelle%20%3A%20de,de%20température%20(espèce%20sténotherme).. Lorsque des populations d'écrevisses non autochtones (majoritairement nord-américaines) sont présentes, les écrevisses à pattes blanches ne résistent pas à la concurrence, notamment du fait d'une transmission de la peste de l’écrevisse, maladie bien souvent transmise par les écrevisses de Californie ou les écrevisses américaines qui sont porteuses saines, contrairement aux écrevisses à pattes blanches pour qui ce champignon est fatal https://eau.seine-et-marne.fr/fr/actualites/lecrevisse-americaine-porteuse-de-la-peste-des-ecrevisses .

Les populations d'écrevisses à pattes blanches sont parfois mêlées à celle d’Astacus astacus (espèces autochtones) en France et en Allemagne, cette dernière espèce étant toutefois en forte régression ou ayant récemment disparu d'une grande partie de son aire naturelle de répartition. L'écrevisse à pattes rouges (Astacus astacus) occupe des territoires différents lorsque les deux espèces occupent les mêmes cours d'eau (en Allemagne, Autriche, Suisse et Yougoslavie).

En France, elle est encore présente dans certaines rivières, plutôt préservées de toute pollution. Elle peut cohabiter et interagir avec d'autres espèces d'écrevisses Holdich DM, Reader JP, Rogers WD & Harlioglu M (1995), Interactions between three species of crayfish (Austropotamobius pallipes, Astacus leptodactylus and Pacifastacus leniusculus).Freshwater Crayfish, 10,46-56Laurent PJ (1988), Austropotamobius pallipes and A. torrentium, with observations on their interactions with other species in Europe, In : Freshwater crayfish (Holdich DM & Lowery RS, Eds.), 341-365. London, The University Press dont deux autres espèces autochtones (dont l'une est également verte) ou avec des espèces introduites (à son détriment dans ce cas).

Réglementation En raison des menaces de disparition qui pèsent sur elle, il est strictement interdit de la pêcher. Mais dans certains départements de France la capture de cette écrevisse est autorisée dix jours par anArticle R. 436-10 du code de l'environnement.

Reproduction La reproduction réclame des eaux de température inférieure à en octobre. Les œufs, entre 40 et 150, sont incubés durant six à neuf mois. Elle ne se reproduit qu'une fois par an, alors que plusieurs de ses concurrentes introduites peuvent se reproduire plusieurs fois par an et pondent plus d'œufs qu'elle.

Alimentation Les larves se nourrissent de plancton et sur le périphyton. Les juvéniles consomment encore de petits invertébrés, alors que les adultes consomment quant à eux des végétaux terrestres ou aquatiques. Un cannibalisme des adultes sur les jeunes existe et contribue à réguler la démographie de l'espèce.

Utilisation Elle est en forte régression et n'est théoriquement plus consommée et ne devrait plus être pêchée, mais elle a joué durant plusieurs millénaires un rôle important de ressource alimentaire et pour les échanges commerciaux comme le rappelle M-C Trouilhé dans sa thèse sur cette espèce .

Menaces et statut de protection En 1983 elle a été classée espèce vulnérable dans la liste rouge des animaux menacés de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)Baillie J & Groombridge B (1996) IUCN Red list of threatened animals. Gland, Suisse, IUCN. Elle a ensuite été reclassée comme espèce en dangerFiche Austropotamobius pallipes de la Liste rouge de l'UICN..

Elle figure aussi dans les annexes II et V de la directive européenne « Habitats-Faune-Flore »Directive 92/43/EEC et 97/62/EU), et dans l’annexe III de la convention de Berne.

C'est donc une des espèces devant faire l'objet d'une vigilance particulière dans le réseau Natura 2000 qui en France comprend 166 sites listés comme .

Facteurs de régression Les menaces pesant sur cette espèce sont nombreuses : cette espèce est confrontée à des espèces introduites Holdich DM, Reeve ID & Rodgers WD (1993) Introduction and spread of alien crayfish in British waters - Implications for native crayfish populations ; Freshwater Crayfish, 8, 99-112, dont l'écrevisse de Louisiane introduite dans son milieu et qui est vectrice du straménophile Aphanomyces astaci, qui décime les populations autochtones d'écrevisses en Espagne, Grande-Bretagne et sans doute en Irlande. Toutes les écrevisses américaines sont potentiellement porteuses saines de cette maladie appelée « peste de l'écrevisse », qui décime les populations européennes d'écrevisses depuis la fin du Holdich DM & Lowery RS (1988) Freshwater crayfish: biology, management and exploitation. Holdich D.M., Lowery R.S. (Eds.); Londres (Grande-Bretagne), Croom Helm, 498 pp.Holdich DM (2002), Biology of Freshwater Crayfish. Holdich D.M. (Eds.); Blackwell Science, Oxford, 702 pp. De plus comme le rappelle Marie-Cécile Trouilhé dans sa thèse en 2006, , et les femelles des espèces autochtones ne se reproduisent qu’une fois par an, en ne portant que peu d’œufs ; la saturation des eaux en poussières, colorants ou particules (turbidité), leur canalisation, l'artificialisation et l'enrésinement des milieux et la modification du milieu ambiant sont également montrés du doigt, pouvant avoir contribué à une dégradation des habitats naturels de l'espèce, et à une diminution de l'immunité naturelle de l'espèce ; localement, une autre menace est constituée par certains troupeaux denses de ruminants lorsqu'ils vont boire dans les rivières, dont ils piétinent les berges et le lit, laissant sur place leurs excréments et urines éventuellement chargés de résidus de médicaments vétérinaires toxiques pour l'écrevisse, ses œufs ou ses larves (Ivermectine, un antiparasitaire très toxique pour les invertébrés, fréquemment utilisé et rémanent dans les excréments des animaux par exemple). Pour mieux protéger les écrevisses il est possible d'éloigner les animaux des berges et d'aménager des abreuvoirs, par exemple avec un abreuvoir gravitaire en champ, alimenté à partir de l'eau du ruisseau ou d'une source, ou par un abreuvoir aménagé en berge permettant au bétail de s'abreuver directement dans le ruisseau en passant la tête sous une barrière pour boire mais leur interdisant le lit du cours d'eau ; les pluies acides augmentent la biodisponibilité des métaux lourds et pourrait affecter une partie des proies des larves et jeunes écrevisses ;