Le meurtre de Kitty Genovese s'est déroulé en pleine rue dans la nuit du 13 au , près de la maison de la victime dans le quartier de Kew Gardens à New York. Le comportement des témoins et les circonstances du meurtre de Catherine « Kitty » Genovese ont été le point de départ de nombreuses recherches en psychologie sociale qui ont abouti à la formalisation d'un « effet du témoin » ou « effet spectateur ». À la une du New York Times deux semaines plus tard, l'article évoquant ces circonstances a déclenché une énorme polémique.

Kitty Genovese

Issue d’une famille italo-américaine de la petite bourgeoisie, Kitty, fille de Rachel et Vincent Genovese, était l'aînée de cinq enfants et fut élevée à Brooklyn. À la suite des problèmes professionnels de son père et de la présence de sa mère lors d'un meurtre perpétré devant le domicile familial, la famille quitte New York pour New Canaan en 1954. À ce moment, Kitty a 19 ans et est jeune diplômée du à Brooklyn. Elle décide de rester en ville, endroit où elle avait vécu pendant 9 ans.

Avant sa mort, Kitty Genovese habitait à Kew Gardens, un quartier du Queens, dans un appartement sur l’Austin Street qu’elle partageait avec sa compagne, Mary Ann. Kitty travaillait comme manager au Ev’s Eleventh Hour, un bar dans le Queens, afin d’amasser suffisamment d’argent pour ouvrir son propre restaurant. Elle aimait la musique latino et était très appréciée des clients et des habitants du quartier.

Meurtre vignette|Winston Moseley, condamné pour meurtre et viol de trois femmes.

Dans la nuit du 13 au , vers 3 heures du matin., Kitty rentrait de son travail, l’Ev’s Eleventh Hour, dans sa Fiat rouge. Son meurtrier, Winston Moseley, l’aperçut et la suivit — dans sa Corvair blanche de 1960 — jusqu’à Austin Street où Kitty se dirigeait vers l’aire de parking de la station Long Island Railroad.

Première attaque

Alors que Kitty garait et verrouillait sa voiture, Moseley avait déjà garé la sienne devant un arrêt de bus. Il s’approcha lentement du parking avec un couteau de chasse en poche. En retirant la clé de sa Fiat, Kitty sentit la présence de Moseley et comprit que celui-ci représentait un danger. Sans le regarder, Kitty se précipita et se dirigea alors à vive allure vers la borne d’urgence qui se trouvait à une trentaine de mètres d’elle, à l’angle d’Austin Street et Lefferts Boulevard, afin d’appeler la police. Sur le qui-vive, Moseley se lança aussitôt à sa poursuite. Il la rattrapa à la hauteur d’une petite librairie devant laquelle Kitty hurla au secours une première fois, tout en continuant de courir. En pleine rue et sous un lampadaire, Moseley la frappa alors à deux reprises dans le dos avec son couteau.

Malgré sa volonté de s'en sortir et d'atteindre la borne, Kitty s’écroula finalement et se retrouva à genoux, inclinée vers le sol. Dans l’impossibilité de bouger, elle se rendit vite compte qu’il lui était impossible de s’enfuir. Désespérée, elle recommença à hurler, espérant que quelqu’un lui vienne en aide. Se trouvant à présent derrière sa victime, Moseley s'apprêtait à l’achever quand une voix, celle de Robert Mozer, interrompit son acte.

Selon le témoignage de ce voisin qui habitait l'immeuble aux alentours lors du crime, il fut réveillé par la voix d’une fille qui criait « Au secours, au secours ». Il se leva alors pour regarder par la fenêtre et vit de l’autre côté de la rue une fille à genoux, blessée, et un homme penché sur elle avec un couteau. De sa fenêtre du septième étage, il cria alors en direction de l’agresseur : « Laissez cette fille tranquille ». Ayant pris peur et en voyant des lumières de plusieurs appartements s’allumer, Moseley prit la fuite et disparut du côté de la station du Long Island Railroad où il regagna sa voiture.

Seconde attaque

À la suite de la fuite de son agresseur, Kitty saisit l’occasion de se relever et prit la direction de l’extrémité de l’immeuble en titubant, puis tourna à l’angle du drugstore. Il est important de souligner que, même si son appartement se trouvait sur Austin Street, les commerces qui occupent le rez-de-chaussée obligent les locataires à contourner l’immeuble pour se rendre au vestibule et à l’escalier desservant leur palier.

En s'apercevant que sa Corvair blanche était garée à un endroit qui pouvait être vu et ainsi reconnu par les voisins, Moseley décida de la déplacer dans la Rue, où elle serait moins visible. En manœuvrant sa voiture, il aperçut Kitty se relever et marcher vers l'immeuble. Au vu de ses blessures, il était persuadé de la retrouver rapidement et de ne pas risquer grand-chose en y retournant. En effet, il estimait que si les voisins avaient eu l'intention d'apporter leur aide à la victime, ils l’auraient probablement déjà fait. De plus, Kitty ne se trouvait à présent plus dans le champ de vision des sauveurs potentiels. Il était ainsi certain qu’aucun des voisins ne verrait la scène.

Ainsi, après avoir remplacé son bonnet par un chapeau, Moseley retourna sur les lieux, à la recherche de sa victime et l'attaqua pour la seconde fois. témoigna Andrée Picq, une voisine habitant un appartement qui donnait sur la librairie d’Austin Street. En effet, Moseley fouinait sur le parking et du côté de la gare afin de retrouver sa proie. Puis il passa derrière l’immeuble. continua Madame Picq. Mais personne n'intervint.

Kitty rejoignit, tant bien que mal, l'entrée de son immeuble Tudor, qui se situait à l'arrière. La porte donnait sur le couloir donnant accès à l’appartement qu’elle partageait avec sa compagne, Mary Ann, qui y dormait profondément. À ce moment, Kitty se croyait en sécurité et sauvée, pensant que les voisins avaient certainement appelé les secours et que ces derniers ne devraient plus tarder. Cependant, Moseley, qui avait suivi les traces de sang jusqu’à l’arrière du Tudor, revint pour sa seconde attaque. Il découvrit alors Kitty, allongée sur le dos, derrière la porte d’entrée. En voyant son agresseur, Kitty recommença à crier. Moseley lui donna alors neuf coups de couteau dans la poitrine et l’estomac et lui enfonça finalement le poignard dans la gorge. « Après ça, elle n’a plus crié. Elle n’a plus fait que gémir » raconta Moseley lors de son procès.

À moitié morte, Kitty ne se débattait plus. Moseley la viola alors et emporta avec lui des clés, des pilules, du maquillage et les quarante-neuf dollars de Kitty.

Lors de l’acte final, Sophie Farrer, qui occupait l’appartement à côté de Kitty et Mary, appela la police. Bien qu’elle fût réveillée par les cris de la première attaque, elle ne prit conscience de l’événement que lorsque Karl Ross, un autre occupant de Tudor, lui rapporta les faits par téléphone. Ce dernier avait vu, de la cage d’escalier, que Kitty s’était fait poignarder. En effet, se rappela Moseley. Au lieu d’appeler la police ou de chasser l’agresseur, Karl retourna dans son appartement en prenant soin de verrouiller la porte. Ne sachant pas quoi faire, il téléphona d’abord à sa petite amie pour lui demander son avis. Celle-ci lui conseilla de n’intervenir en aucune façon et d’aller se coucher. Toutefois, Karl jugeait la situation grave et décida d’appeler la voisine de Kitty, Sophie Farrer. Cette dernière n’hésita pas une seconde à appeler les secours et se rua dans l’escalier pour porter secours à Kitty qui gisait sur le sol. Les policiers et l’ambulance mirent à peine cinq minutes pour arriver sur les lieux et transportèrent la victime vers l’hôpital. Kitty mourut de ses blessures avant d’arriver aux urgences.

Pendant cette seconde attaque, plusieurs habitants de l'immeuble de Kitty furent réveillés par le bruit de l’agression. Les témoins présents avouèrent par la suite qu’ils étaient au courant que quelque chose se passait, à cause des bruits et des appels à l'aide lancés par Kitty. Une femme reconnut qu’elle avait suivi l’agression jusqu'au bout avec son mari, mais qu’elle interdisait à ce dernier d’intervenir. Selon un autre témoin, il faisait trop froid pour mettre les pieds dehors. Un autre témoin croyait, lui, qu’il s’agissait d’une querelle amoureuse ; et un dernier est allé jusqu’à monter le son de sa radio pour ne plus entendre les cris de détresse.

Arrestation du meurtrier Winston Moseley

Winston Moseley, un mécanographe afro-américain International Journal of Communication 4, 2010, né le , marié et père de deux enfants, fut arrêté six jours après le meurtre de Kitty Genovese. Son arrestation eut lieu lorsqu'il tenta de cambrioler une villa sur la Rue, non loin du lieu du meurtre de Kitty. Moseley, de par son comportement, attira l’attention du voisin de la villa, Raoul Clary. Ce dernier se rendit rapidement compte qu’il s’agissait d’un cambriolage et appela la police. Afin de l’empêcher de s’enfuir, Clary retira la tête de distributeur de la Corvair blanche de Moseley. À son retour, Moseley s'aperçut que sa voiture était en panne et prit la fuite à pied. La police arriva aussitôt et parvint à intercepter le cambrioleur.

Alors que Moseley était détenu pour cambriolage, un des policiers fit le rapprochement entre sa Corvair blanche et celle que les témoins du meurtre de Kitty Genovese disaient avoir vue. Sans aucune réticence apparente, il avoua alors être l’auteur du meurtre de Kitty Genovese et ajouta qu’il était également responsable de l’assassinat et du viol de Annie Mae Johnson (mère de deux enfants) ainsi que de celui de Barbara Kralik, une adolescente âgée de 15 ans.

Le meurtrier avoua qu’il passait des nuits dans sa Corvair à chercher et à repérer une victime. Quant à la question des critères du choix, Moseley répondit qu’il ne visait personne en particulier et tuait sa victime sans raison particulière. Il ajouta cependant que sa préférence allait aux femmes qui ne se défendaient et ne se débattaient pas et, contrairement aux autres tueurs, qu'il « jouissait pleinement des victimes mortes ». Après avoir tué sa victime, il continuait l'agression sexuelle. À chaque fois qu’il commettait un crime, il rentrait chez lui puis se rendait au travail le lendemain, comme si rien ne s’était passé. Il ne se sentait pas concerné et n’affichait aucun remords quant à ses actes commis. Selon son patron, Moseley était un travailleur appliqué et ponctuel.

Procès

Lors de son procès, Moseley, se montrant très coopératif comme un « homme responsable de ses actes » qui n’avait rien à dissimuler, relata en détail les faits commis sur les trois jeunes femmes. En ce qui concerne les témoins, seuls Robert Mozer, Sophie Farrar, Samuel Koshkin, Irène Frost et Andrée Picq furent convoqués au tribunal pour expliquer leur absence de réaction. Jugée choquante par les citoyens, celle-ci pouvait en effet faire apparaître le meurtrier comme moins abject qu’il ne l’était en réalité.

Le , Moseley fut déclaré coupable de meurtre au premier degré et condamné à la peine de mort. À la suite de cette annonce « un tonnerre d'applaudissements et d’acclamations enthousiastes salua ces mots », alors que le coupable s'en montrait plutôt ennuyé.

Incarcéré à la prison de haute sécurité d’Attica de New York pendant trois ans, Moseley attendit que son affaire aille en appel. Ses défenseurs fondèrent leur argumentation sur le fait que le juge n’avait pas pris en considération la possibilité d’une aliénation mentale et fit valoir une schizophrénie qui empêcherait leur client de distinguer le bien du mal, agissant ainsi de manière irresponsable.

La pression populaire ne changea rien, puisque la négligence d’un état mental altéré lors du premier procès et la façon anormale dont Moseley relatait les faits aboutirent, le , à ce que sa peine de mort fût commuée en détention à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt ans, bien que la validité et la fiabilité de cet argument ne fussent pas partagées par les experts, dont le Frank A. Cassino qui rappelait que .