L'hyperhidrose est le terme médical désignant une sudation excessive, bénigne du point de vue fonctionnel, mais socialement très handicapante. Elle touche 0,6 à 1% (voire 3 % selon les sources) de la population (enfants et adultes), et a presque toujours des conséquences physiques, psychologiques et sociales négatives (voir la partie sur l'impact social, psychologique et professionnel) : elle est ainsi responsable de plus de ¼ des cas de phobie sociale, de difficultés professionnelles (20 % des personnes concernées disent n'avoir pu suivre la carrière qu'elles désiraient, et 50% sont sujettes à des dépressions). Elle est parfois présentée comme un « handicap silencieux » (The Silent Handicap en anglais ou Det Tysta Handikappet en suédois)..
Il en existe deux types : l'hyperhidrose primaire (d'origine génétique, localisée à quelques parties du corps) ; l'hyperhidrose secondaire (due à d'autres pathologies, à des addictions, des toxiques ou médicaments, et qui peut concerner tout ou une partie du corps).
En cas d'activité physique intense, la peau humaine peut, normalement, produire jusqu’à 1,5 litre de sueur par heure (dans ce cas enrichie en acide lactique).
Définition, classification et causes Étymologiquement, le mot hyperhidrose (du grec qui signifie « sueur »d'après le TLFi : ) désigne les cas où la production de sueur dépasse les quantités nécessaires à la thermorégulation. Les régions anatomiques les plus souvent concernées sont les mains, les aisselles, les pieds et le visage Lear W, Kessler E, Solish N, Glaser DA. « An epidemiological study of hyperhidrosis » Dermatol Surg. 2007;33:S69-75 .
La médecine reconnait deux principaux types d'hyperhidrose : l'hyperhidrose localisée primaire, et l'hyperhidrose secondaire (laquelle peut être généralisée ou localisée et régionale)..
Hyperhidrose primaire L'hyperhidrose primaire est définie par une transpiration excessive sur une durée de plus de 6 mois, non causée par un excès de chaleur ou d'activité physique. Elle apparait le plus souvent au moment de l'entrée dans l'adolescence (la plupart du temps dès la naissance selon d'autres auteurs), avec des crises de sudation au minimum hebdomadaires et avec des zones touchées presque toujours symétriques (elle peut donc être palmaire, plantaire ou cranio-faciale)..
On parle d'« hyperhidrose primaire localisée » ou « focalisée » (focal hyperhidrosis en anglais) quand, contrairement à l'hyperhidrose secondaire, elle n'est pas généralisée à tout le corps mais uniquement présente sur certaines parties du corps ; on parle d'hyperhidrose « essentielle » ou « idiopathique » quand aucune cause n'est retrouvée.
Causes de l'hyperhidrose primaire L'origine de l'hyperhidrose primaire est presque toujours génétique (elle s'exprime souvent sous des formes familiales) Ro KM, Cantor RM, Lange KL, Ahn SS. « Palmar hyperhidrosis: evidence of genetic transmission » J Vasc Surg. 2002;35:382 .
En , une étude réalisée par des chercheurs japonais de l'Université de Saga et publiée par l’American Journal of Medical Genetics a montré que le gène responsable de l'hyperhidrose palmaire primaire était probablement situé au niveau du locus 14q11.2‐q13 (c'est-à-dire sur le bras long du chromosome 14, entre les locus q11.2 et q13). L'hyperhidrose est alors dite à transmission autosomique dominante, c'est-à-dire que le gène muté responsable de celle-ci est présent sur un chromosome non sexuel et que la présence d'un seul allèle atteint sur deux est suffisant pour que la maladie s'exprime..
Dans le système nerveux, les centres qui commandent de manière centrale la sudation semblent situés dans la Medulla oblongata (dans le cerveau), et dans la Columna lateralis de la moelle épinière. Chez les personnes souffrant d’hyperhidrose primaire, ils surréagissent aux stimuli émotionnels.
Hyperhidrose secondaire L'hyperhidrose secondaire est, quant à elle, soit généralisée (elle touche toutes les parties du corps) soit localisée et régionale et alors le plus souvent asymétrique (contrairement à l'hyperhidrose primaire).
L’hyperhidrose généralisée idiopathique est rare ; le plus souvent, elle révèle une infection chronique, une maladie métabolique ou un lymphome, ce pourquoi, un bilan clinique complet et des examens complémentaires orientés doivent être faits afin de poser le bon diagnostic. Certaines hyperhidroses sont liées à une forte anxiété.
Causes de l'hyperhidrose secondaire Sauf pour la grossesse, la ménopause et l'obésité, ce type d'hyperhidrose est dû à des facteurs externes : le plus souvent des infections (avec fièvre en général, choc septiques parfois), mais d'autres maladies ou contextes peuvent être en cause (suées froides pouvant avoir diverses origines, telles qu'un hyperpituitarisme, une hyperthyréose, une hypotension, un stress intense, une néoplasie intrathoracique ou un trauma de la moelle épinière). , de même que certaines maladies neurologiques (ex : maladie de Parkinson, sclérose en plaques et certains accidents vasculaires cérébraux avec alors une hypersudation localisée au côté paralysé s'il y a paralysie), ou encore en cas de syndrome du canal carpien.
Elle peut aussi être déclenchée ou favorisée par une intoxication à certains produits, ou, au contraire, un sevrage à d'autres (alcool, héroïne…), une anxiété, une obésité.
Elle peut être associée à certaines affections endocriniennes : diabète sucré, hyperthyroïdie, syndrome carcinoïde, phéochromocytome, acromégalie… Certains lymphomes ou leucémies peuvent se manifester ainsi Benson RA, Palin R, Holt PJE, Loftus IM. « Diagnosis and management of hyperhidrosis » BMJ 2013;347:f6800. .
Elle est parfois, transitoirement, induite par une épilation laserHyperhydrose axillaire après épilation laser : mythe ou réalité ?. H.J. Laubach, T. Fusade, S. Lafaye, S. Guigné. Annales de Dermatologie et de Vénéréologie. 2012, 139, B225-B226Nouveaux effets indésirables du laser dépilatoire axillaire. J. Hélou, B. Soutou, R. Jamous, R. Tomb. Annales de dermatologie et de vénéréologie, 2009, 136, 495-500.Axillary hair removal with 1064-nm Nd:YAG laser increases sweat production. F. Aydin, G. S. Pancar, N. Senturk, Y. Bek, E. P. Yuksel, T. Canturk and A. Y. Turanli. Clinical and Experimental Dermatology, 2009, 35, 588-592.Diode laser hair removal does not interfere with botulium toxin A tratement against axillary hyperhidrosis. A. Paul, G. Kranz, A. Schindl, G. S. Kranz, E. Auff, T. Sycha. Lasers in Surgery and Medecine. 2010, 42, 211-214.
Les glandes sudoripares, qui sécrètent la sueur, semblent être en nombre normal mais produisant un volume plus important de liquides.
Localisations et quantification
Zones anatomiques concernées
Les zones anatomiques les plus fréquemment atteintes dans l'hyperhidrose primaire sont les mains (hyperhidrose palmaire), les aisselles (hyperhidrose axillaire), les pieds (hyperhidrose plantaire) et le visage (hyperhidrose cranio-faciale). Ces localisations sont souvent symétriques. Une étude multicentrique internationale rapporte les prévalences suivantes parmi les patients consultant pour hyperhidrose primaire : axillaire 51 %, palmaire 25 %, plantaire 25 %, cranio-faciale 3 %.
Évaluation de la sévérité
La sévérité de l'hyperhidrose est évaluée par plusieurs outils validés :
L'échelle HDSS (Hyperhidrosis Disease Severity Scale) est l'outil le plus utilisé en pratique clinique. Elle comporte quatre niveaux : (1) sudation jamais perceptible, aucune gêne ; (2) sudation tolérable mais gêne parfois ; (3) sudation à peine tolérable, interférant fréquemment avec les activités ; (4) sudation insupportable, interférant toujours avec les activités quotidiennes. Un score HDSS ≥ 3 est retenu comme critère d'indication thérapeutique dans la plupart des études.
Le test de Minor (test à l'amidon-iode) permet de cartographier visuellement les zones de sudation excessive : la peau séchée est badigeonnée d'iode puis saupoudrée d'amidon ; les zones hypersudorales se colorent en bleu-noir. Ce test est utilisé notamment en préopératoire pour guider les injections de toxine botulique.
La gravimétrie consiste à mesurer le poids de sueur produit sur une zone corporelle sur une durée standardisée (généralement 5 minutes) à l'aide d'un papier filtre pesé avant et après. Une production de sueur palmaire supérieure à 50 mg/5 min est considérée comme pathologique. Cette méthode est utilisée dans les essais cliniques pour objectiver l'efficacité des traitements.
Répartition dans le monde De 178 à 220 millions de personnes seraient touchées dans le monde (soit 1 à 3 % de la population générale)..
Ce symptôme toucherait environ 3 % de la population aux États-Unis Haider A, Solish N. « Focal hyperhidrosis: diagnosis and management » CMAJ 2005;172(1):69-75. , de 1 à 3 % en Allemagnehttp://www.aestheticum-praxisklinik.de, mais seulement environ 1 % au Royaume-Unihttp://www.hyperhidrosisuk.org et près de 5,5 % au Brésil (étude menée sur des étudiants en médecine et qui peut être reliée à la température équatoriale du pays). Selon certaines études, les populations d'Asie du Sud-Est seraient plus touchées par l'hyperhidrose que les autres. Faute d'études sur sa prévalence en France, elle est estimée toucher environ 3% de la population.
L'hyperhidrose est plus rare chez la personne âgée.
Infections secondaires Une transpiration constante et très abondante modifie le microbiote cutané et peut favoriser le développement de certaines bactéries du genre Corynebacterium spp., en particulier Corynebacterium flavescens. On parle alors de « trichobactériose palmellina » (ou Trichobacteriosis palmellinae, aussi dénommée « trichomycose axillaire ») qui est une colonisation de l'épiderme et des poils des aisselles. Ce phénomène peut aussi toucher les poils pubiens et périanaux, et très rarement les cheveux du cuir chevelu.
Au niveau des aisselles, l’hyperhidrose dite axillaire peut alors conduire à la production d'une odeur forte « (bromhidrose »), liée à la décomposition de la sueur (inodore au moment de sa synthèse) par la bactérie Corynebacterium tenuis à la surface de la peau. Cette décomposition et celle des phéromones humaines issue des androgènes de la sueur expliquent l’odeur axillaire acidulée et rance qui peut ici être plus forte que celle perçue dans les centres de remise en forme et d'autres lieux de pratique sportive.
Impact social, psychologique, professionnel et vie courante Des effets délétères sur les relations sociales, les activités de la vie quotidienne et certaines activités professionnelles ont été mis en évidence ; ils conduisent à une moindre qualité de vie pour les patients atteints Weber A, Heger S, Sinkgraven R. « Psychosocial aspects of patients with focal hyperhidrosis: marked reduction of socialphobia, anxiety and depression and increased quality of life after treatment with botulinum toxin A » Br J Dermatol. 2005;152:342–5; Kuo CH, Yen M, Lin PC. « Developing an instrument to measure quality of life of patients with hyperhidrosis » J Nurs Res. 2004;12:21–30. De Campos JR, Kauffman P, Werebe Ede C. « Quality of life, before and after thoracic sympathectomy: report on 378 operated patients » Ann Thorac Surg. 2003;76:886–91. .
Conséquences sur les relations sociales L'hyperhidrose est responsable de plus d'un quart des cas de phobie sociale (aussi nommé anxiété sociale, elle correspond à une timidité exagérée, gênante et handicapante). En effet, la sueur excessive étant vécue de manière gênante, cela provoque de l'anxiété qui elle-même est responsable d'une augmentation de la sudation en enclenchant ainsi un cercle vicieux. L'hyperhidrose touche ainsi entre 25 % et 32 % des personnes atteintes de phobie sociale..