Caius Julius Arminius (ou Armenius), né vers 17 av. J.-C. et mort vers 21Certaines sources indiquent une date de mort en 19, connu également en Allemagne sous le nom de , est un roi chérusque, connu pour l'anéantissement de trois légions romaines au cours de la bataille de Teutobourg, une des plus cuisantes défaites infligées aux Romains. Il est le fils de Segimerus, un aristocrate chérusqueVelleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, Chapitre CXVIII .
En sa qualité de fils d'aristocrate, il devient otage et est élevé à Rome comme un citoyen romain, devenant membre de l'ordre équestre. De retour en Germanie, il devient l'homme de confiance du gouverneur Varus tout en fomentant en parallèle une rébellion. Il finit par être assassiné par des Germains, qui craignaient son pouvoir devenu trop important et autoritaire.
Il a été, en Allemagne, présenté comme un héros national dans une partie de la littérature et par la mouvance nationaliste pangermaniste, participant à un mythe fondateur.
Étymologie Connu également en Allemagne sous le nom de Hermann der Cherusker, le nom d’Arminius représente, selon certains, peut-être une variante latinisée d'Irmin John D Bengtson, Iarl and Iormun-; Arya-and Aryaman-: A Study in Indo-European Comparative Mythology, Comparative Mythology, Décembre 2016, Volume 2, Numéro 1, théonyme fondée sur le proto-germanique *erminaz, adjectif ayant le sens de « vaste, énorme, immense » (> vieux haut allemand, vieux saxon irmin-, anglo-saxon eormen, vieux norrois iǫrmun- cf. Herminones ou Irminones, ethnonyme germanique), à moins qu'Irmin ne représente l'altération de l'épithète d'une divinité, plutôt que le théonyme lui-même.
Cependant, selon Louis Guinet, cette théorie se heurte au fait que les Germains ne portaient jamais le nom d'une divinité ou de leur épithète. Irmin peut difficilement avoir été latinisé en Arminius ou Armenus qui doit être plutôt un surnom latin, tout comme celui de Flavus, son frère. Le fait que le héros mythologique Siegfried soit parfois identifié à Arminius fait montre d'une certaine pertinence, indépendamment d'une possible interprétation de faits historiques recouverts par le mythe. En effet, il était de coutume chez les Germains d'associer au nom des enfants, un des éléments du nom du père, généralement composé de deux élémentsLouis Guinet, Les Emprunts gallo-romans au germanique (du à la fin du ), Paris, Klincksieck, 1982.. Ainsi, si son père s'appelait réellement Sigimer / Segimer, il est probable que le nom germanique d'Arminius ait commencé par l'élément Sig- / Seg-De même, le propre frère de Segemer se nommait Segestes. Selon (VII.1.4), ce dernier avait un fils répondant au nom de Segimuntus (que Tacite écrit Segimundus)..
Arminius a été germanisé en « Hermann » (qui signifie « homme d'armée » ou « guerrier »), au par Martin Luther qui voulait utiliser un personnage antique et héroïque pour symboliser son combat contre Rome.
Notice biographique Contexte Sous le règne d'Auguste, l'empire romain connut une expansion sans précédent. Pour sécuriser les frontières de la Gaule, l'empereur lance plusieurs campagnes à l'est du Rhin pour soumettre les nations germaniques. Les Germains, nom que leur a donné Jules César, ne constituent pas un peuple unifié, ils sont divisés en dizaines de nations, elles-mêmes divisées en centaines de familles. La région est moins structurée que celle rencontrée par les Romains en GauleSiegmar Von Schnurbein, archéologue, dans le documentaire Débâcle en Germanie - les légions perdues de Rome, 2009. (moins d'homogénéité ethnique, pas de villes, guerres incessantes entre les Germains). Certaines nations germaniques résistent, mais d'autres s'allient avec Rome comme les ChérusquesFilm documentaire Débâcle en Germanie - les légions perdues de Rome (titre original Kampf um Germanien - Die Schlacht im Teutoburger Wald), réalisé par Christian Twente pour la ZDF en 2009, diffusé sur Arte en mars 2009., un des peuples germaniques dont le territoire se trouve sur les deux rives de la Weser. Il est alors courant chez les Romains de prendre des fils d'aristocrates alliés comme otages. Cette coutume a pour but de s'assurer de la fidélité des élites en place et, en élevant ces enfants comme des Romains, qu'ils servent plus tard les intérêts de l'empire auprès des leurs.
Jeunesse et citoyenneté romaine vignette|400px|Reconstruction possible de la généalogie de la famille d’Armin (Armenius) selon les sources romaines
Les détails de la vie d’Arminius avant la bataille de Teutoburg sont mal connus. Caius Julius Arminius est né vers -18/-17. Il aurait été le fils de Segimerus (Sigimer), roi chérusque. Son père est qualifié de princeps gentis eius « prince parmi les siens » par l'historien Velleius Paterculus. Le nom de sa mère n'est pas mentionné, cependant on sait qu'elle était encore de ce monde en l'an 16.
Segimerus, tout comme son oncle Inguiomerus (Inguiomer), est chef du parti pro-romain au sein des Chérusques. Il confie Arminius aux Romains, celui-ci est alors âgé de 10 ans, ainsi que son frère Flav[i]us "le blond". Ils atteignent probablement Rome en l'an -9 et suivent les cours d'une école qu'Auguste avait spécialement fait construire sur le PalatinMarcus Junkelmann, historien militaire dans le documentaire Débâcle en Germanie, 2009. pour les enfants d'otages germains. Jeune homme, il suit ensuite l'enseignement militaire romain, et est décrit comme .
Vers l'an 4 ap. J.-C., Arminius commande un détachement auxiliaire de cavalerie composé de mercenaires chérusques au service de Rome, probablement à l'occasion des guerres de Pannonie dans la péninsule balkanique. Si les faits de guerre d'Arminius ne sont pas connus, on sait qu'il obtient peu après la citoyenneté romaine d'ordre équestre, la plus haute distinction qu'un Germain puisse obtenirVelleius 2, 118.. Selon Tacite 2, 10., ses propos étaient fréquemment accompagnés d'expressions latines.. Son frère, centurion, fut décoré à plusieurs reprises. Son beau-père, Ségeste, avait également la citoyenneté romaine.
Retour en Germanie En 7/8 ap. J.-C., il revient en Germanie du nord, où l'Empire romain a établi son autorité sur les territoires à l'ouest du Rhin et cherche maintenant à l'étendre jusqu'à l'Elbe, sous le commandement du gouverneur militaire Publius Quinctilius Varus. Ce gouverneur, nouvellement nommé et parent d'Auguste, est un homme expérimenté qui a déjà exercé en Syrie et durement réprimé une révolte juive. Auguste décide également d'y envoyer ensuite Arminius, choix approuvé par Varus.
Depuis qu'Arminius est arrivé enfant à Rome, les Romains ont progressé à l'est du Rhin. Ils ont aménagé des camps fortifiés le long des rivières de la Lann, la Lippe et du Main, rivière permettant aux Romains de s'enfoncer vers l'est. Haltern am See est le plus grand de ces camps, capable d'accueillir trois légions et destiné à devenir le centre de la nouvelle province. En été, les troupes romaines partent établir des camps d'été plus à l'est, vers la Weser. Les légions progressent d'abord par bateaux en suivant la Lippe, puis par voie terrestre. Les trois légions sont accompagnées par une foule de civils, marchands, forgerons et différents corps de métiers et des familles. Arminius est envoyé en éclaireur à la tête de troupes auxiliaires, composées de Germains, chargées de sécuriser la voie.
La position du camp d'été de Varus reste discutée, mais des découvertes en 2008 le situeraient dans un coude de la Weser. Le but d'un tel camp est d'imposer la loi romaine dans la région. Plus tard, l'écrivain romain Velleius Paterculus critiquera la manière dont Varus l'administra alors qu'il estimait celle-ci non encore totalement soumise. La collecte de l'impôt sur des villages à peine auto-suffisants et l'application du droit romain aux dépens du droit coutumier germain valurent aux Romains d'être détestés des populations locales.
À la fin de l'été de l'an 9 ap. J.-C., les légions romaines se préparent à regagner leurs quartiers d'hiver sur le Rhin. Arminius, alors âgé de vingt-cinq ans, commence ses intrigues pour unir les différentes nations germaniques et contrecarrer les efforts romains pour incorporer leurs territoires à l'Empire tout en continuant de commander pour les Romains les troupes auxiliaires. Il doit convaincre les souverains germains dont certains sont des alliés de Rome et en tirent avantage, dont le Chérusque Ségeste. Ce dernier essaye même de prévenir Varus, sans le convaincre, la veille du départ des Romains.
Les motivations du retournement d'Arminius ne sont pas connues, et font l'objet de discussions entre historiens (identité germaine, désir de régner sur son peuple voire sur l'ensemble des Germains, rivalité avec Varus...). Il n'existe aucune source sur ce point.
La bataille de Teutobourg
À l'automne, à la bataille de Teutobourg, Arminius et les peuples germaniques qui ont constitué une alliance (Chérusques, Marses, Chattes et Bructères), tendent une embuscade à l'armée romaine qui comprend les XVII, XVIII et XIX légions ainsi que trois détachements de cavalerie et six cohortes d'auxiliaires, au total environ à hommes commandés par Varus. C'est pour les Romains un désastre sans précédent. Des découvertes archéologiques récentes donnent à penser que l'emplacement précis, qui a fait longtemps l'objet de discussions, doit se situer près de la colline de Kalkriese à environ au nord-est d'Osnabrück. La bataille dure trois jours. Quand la défaite est certaine, Varus se suicide en se jetant sur son épée, et jamais par la suite les Romains ne tenteront une nouvelle fois de conquérir des territoires sur la rive droite du Rhin, fleuve qui constituera la frontière de l'Empire pour des siècles.
Ce désastre affecte profondément Auguste, à tel point que ce dernier met un terme à toute tentative d'expansion au-delà du Rhin. Dans ses nuits d'insomnie, on pouvait entendre Auguste (qui ne se rasait plus la tête ni le visage) se mettre à crier « Varus, rends-moi mes légions ! » (« Quintili Vare, legiones redde ! »)..
Suite des guerres contre Rome Après cette éclatante victoire, Arminius tenta pendant plusieurs années d'obtenir que les nations germaniques s'unissent de façon permanente, afin de mieux résister à de nouvelles campagnes de conquête romaines. Mais les volontés d'Arminius de contrôler toute la Germanie a dû déplaire aux autres peuples, mais encore plus à l'aristocratie qui perdrait de son pouvoir, face à ArminiusTacite, la Germanie, I.
En l'an 13 de notre ère, Germanicus passe le Rhin à la tête d’une armée de hommes, retrouve les morts des légions de Varus, les enterre dignement, et multiplie les raids de représailles sur les tribus avoisinantes.
Arminius résiste avec succès dans une série d'escarmouches et de batailles, et faillit anéantir les troupes que commandait Aulus Caecina Severus. Celles-ci sont sauvées par l'indiscipline d'Inguiomer, oncle d'Arminius, qui attaque trop tôt le camp romain, ce qui épargne à Caecina le destin de Varus, mais le Romain doit tout de même abandonner son camp avec ses provisions et s'enfuir avec les effectifs qui lui restent, tandis que les guerriers d'Inguiomer se livrent au pillage.