vignette|Prématuré dans une couveuse. La prématurité est une naissance avant le terme normal.

Pour la définir, selon une recommandation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'âge gestationnel est un critère nécessaire et suffisant : est prématurée, toute naissance avant le terme de 37 semaines d'aménorrhée (SA) (avant huit mois de grossesse)., soit le suivant le premier jour des dernières règles, mais après 22 SA ou au moins Selon les recommandations de l'OMS (1977), la limite basse pour l'établissement d'un acte de naissance pour des enfants nés vivants correspond au terme de vingt-deux semaines d'aménorrhée ou à un poids de 500 grammes, à l'exclusion de tout autre critère, en particulier les malformations. Lien. Cependant, en pratique, l'âge gestationnel peut manquer d'où l'importance de sa détermination.

L'Inserm définit aujourd'hui différents stades de prématurité :

la « prématurité moyenne » qui correspond à une naissance intervenant entre la et la d’aménorrhée révolue ( de grossesse) ; la « grande prématurité » correspondant à une naissance intervenant entre la et la SA ( de grossesse) ; et la « très grande prématurité » pour les naissances intervenant avant , soit en deçà de de grossesse. Néanmoins, certains distinguent également la « moyenne » prématurité et la « petite » prématurité. +Catégorisation selon l'âge gestationnelCatégorieÂge gestationnelTrès grande prématurité< 28 SAGrande prématuritéentre 28 et 32 SAMoyenne prématuritéentre 32 et 33 SAPetite prématuritéentre 34 et 36 SA Les professionnels de la santé définissent trois « âges » pour un prématuré :

son âge gestationnel : c'est-à-dire le terme de la grossesse au moment de sa naissance (en SA) ; son âge réel : c'est-à-dire le délai écoulé depuis sa naissance (en jours, semaines ou mois) ; son âge corrigé : l'âge que l'enfant devrait avoir s'il était né à terme. Celui-ci est primordial puisqu'il constitue un repère pour le développement de l'enfant. Cet âge est utilisé pour évaluer la croissance de l'enfant et peut être utilisé en comparaison d'enfants nés à terme.

Limite de viabilité vignette|Prématurité en incubateur avec ventilation spontanée en pression positive continue (CPAP)

La limite de viabilité actuelle est, selon l'OMS, de 22 semaines d'aménorrhée (SA) ou tout enfant pesant au moins 500 grammes.. Le risque essentiel est la survenue de complications et de séquelles.

Les droits sociaux sont liés à ce seuil de viabilité : dans la plupart des pays, avant 22 SA, le fœtus n’a pas d’existence administrative, et donc aucune prestation de maternité n’est possible.. Cependant, dans certains pays développés, ce seuil est plus précoce : ainsi, pour l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG – États-Unis) la mort fœtale se définit à partir de 20 SA ou lorsque le fœtus pèse plus de 350 grammeshttps://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2468718924002617#bib0040, car des cas exceptionnels ont montré que le fœtus pouvait être viable avant 22 SA : l'Américain Curtis Zy-Keith Means, né le à l'hôpital de l'Université de l'Alabama à Birmingham, en Alabama, aux États-Unis, a survécu à une naissance à l'âge gestationnel de 21 semaines d'aménorrhée et 1 jour, c'est-à-dire 132 jours avant le terme, ce qui constitue le record mondial de prématurité..

La limite de viabilité dépend fortement du contexte de l'offre de soins. En France, par exemple, selon un rapport d'information au Sénat de 2024, relativement aux autres pays européens, les principaux indicateurs de santé publique se dégradent depuis plus d'une dizaine d'années : la France se classe désormais sur 28 pays européens en termes de mortinatalité (taux d'enfants nés sans vie). De ce fait, en France, la réanimation est exceptionnelle avant 23 SA, car le taux de survie à 22 SA est jusqu'à présent nul (0% en France contre 30% en Suède), et la prise en charge varie beaucoup selon les services hospitaliers.

Selon le médecin en néonatalogie Edward Bell, le seuil de viabilité recule d'une semaine tous les 10 ans. Ainsi, en France, en 2004, la limite pratique de viabilité était estimée à 24-25 SADesfrere L, Tsatsaris V, Sanchez L, Cabrol D, Moriette G, « Prise en charge des prématurés entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée : Critères de réanimation des prématurissimes en salle de naissance : quel discours en anténatal ? » Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction 2004;33:84-7..

Pronostic

Il est impossible de prédire un pronostic unique concernant le futur des prématurés. En effet, cela dépend de différents facteurs notamment de l'âge gestationnel, des interventions précoces, du niveau de vie des parents ou encore de l'environnement familial. vignette|upright=1.4|Taux de survie des enfants prématurés selon différentes études.

Épidémiologie En 2012, plus d'un bébé sur dix naît prématurément dans le monde sans évidence de décroissance avec le temps Blencowe H, Cousens S, Oestergaard MZ « National, regional, and worldwide estimates of preterm birth rates in the year 2010 with time trends since 1990 for selected countries: a systematic analysis and implications » Lancet 2012;379:2162-72. Cependant, en France le taux de naissances prématurées diminue depuis quelques années. Il est aujourd'hui estimé à 6,9 % des naissances vivantes. Cela correspond donc à environ par an en France.

Les naissances prématurées concernent 11 à 13 % des naissances aux États-Unis, soit près du double du taux des autres pays industrialisés et une augmentation de 30 % par rapport à 1981. Plus du quart des décès néonataux seraient la conséquence de la prématurité US March of Dimes Foundation, white paper on preterm birth, 2009.

Les données, probablement assez solides, permettent d'avoir aujourd'hui un aperçu évolutif pour les trois dernières décennies en France.

+ Évolution des taux d'incidence de la prématurité en France 1972 1981 1988 1995 20032020 Très grande prématurité (de 22 à 27 SA) - - - 0,4 % 0,5 % 0,27 % Grande prématurité (de 28 à 32 SA) 1,3 % - 1 % 1,2 % 1,3 % 0,5 % Prématurité (de 33 à 37 SA) 8,2 % 5,7 % 4,8 % 5,9 % 7,2 % 4,22 % L'incidence semble avoir tendance à la baisse en France, ce qui est également le cas aux États-Unis avec une tendance à la hausse Goldenberg RL, Culhane JF, Iams JD, Romero R. « Epidemiology and causes of preterm birth » Lancet 2008;371:75-84..

Trois types d'accouchements prématurés peuvent être distingués, selon leur circonstance : Provoqués (pour des raisons médicales dues à la mère ou au fœtus) ; Par rupture prématurée de la poche des eaux ; Par travail prématuré débutant à poche intacte. Chaque catégorie compte globalement pour environ un tiers des accouchements prématurés, la croissance constatée du nombre de ces derniers semblant être en rapport avec la part plus grande des accouchements provoquésAnanth CV, Joseph KS, Oyelese Y, Demissie K, Vintzileos AM, Trends in preterm birth and perinatal mortality among singletons: United States, 1989 through 2000, Obstet Gynecol, 2005;105:1084–1091.

En , deux articles scientifiques, de médecins irlandais et danois, font état d’une diminution spectaculaire des naissances avant trente-sept semaines d'après des données relevées pendant les semaines de confinement lié à la pandémie de Covid-19« Avec le confinement, la prématurité a chuté dans plusieurs pays » Sylvestre Huet, sur lemonde.fr du 25 juillet 2020..

Le coût de la prématurité Le coût de la prématurité est ainsi estimé à plus de 6 milliards de dollars par an aux États-Unis Morken NH. « Preterm birth: new data on a global health priority » Lancet 2012;379:2128-30.. En France, la prise en charge de la prématurité est évalué à plus de 1,5 milliard d'euros par an.

Causes

On peut distinguer trois types de causes d'accouchement prématuré.

Causes directes Les principales en sont les grossesses multiples, les infectionsE. Petit, A. Abergel, B. Dedet, D. Subtil. (2012) Prématurité et infection : état des connaissances. Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction 41:1, 14-25 ; il peut s'agir d'infections génito-urinaires (streptocoque B, Escherichia coli) ou généralisées (grippe, rubéole, toxoplasmose, listériose), les anomalies utéro-placentaires : béance cervico-isthmique, malformation utérine, insuffisance placentaire, placenta praevia, hydramnios.

Causes indirectes Menaçant directement la mère et/ou l'enfant, elles peuvent être, par exemple l'hypertension artérielle (HTA) maternelle et la toxémie gravidique ou prééclampsie, le retard de croissance intra-utérin (RCIU), le diabète, l'incompatibilité fœto-maternelle, le placenta prævia hémorragique et l'hématome rétroplacentaire, la souffrance fœtale aigüe ou la pollution lumineuse.

Facteurs de risque Sans être des causes à proprement parler, comprendre les facteurs de prématurité est important pour la prévention. Parmi ces facteurs figurent l'âge de la mère (moins de 18 ans ou plus de 35 ans, son tabagismeAndres RL, Day MC, Perinatal complications associated with maternal tobacco use, Semin Neonatol, 2005;5:231–241, alcoolisme, ou le cas de grossesses très rapprochéesSmith GC, Pell JP, Dobbie R, Interpregnancy interval and risk of preterm birth and neonatal death: retrospective cohort study, BMJ, 2003;327:313, mauvaises conditions socio-économiques avec fatigue excessive liée à la durée du travailSaurel-Cubizolles MJ, Zeitlin J, Lelong N, et als for the Europop Group, Employment, working conditions, and preterm birth: results from the Europop case-control survey, J Epidemiol Community Health, 2004;58:395-401, sa pénibilité (travail de nuitPompeii LA, Savitz DA, Evenson KR, Rogers B, McMahon M, Physical exertion at work and the risk of preterm delivery and small-for-gestational-age birth, Obstet Gynecol, 2005;106:1279-1288) ou aux conditions familiales, déplacements quotidiens, position debout prolongée, dénutrition relativeHendler I, Goldenberg RL, Mercer BM « The preterm prediction study: association between maternal body mass index (BMI) and spontaneous preterm birth » Am J Obstet Gynecol. 2005;192:882–886, dépressionLi D, Liu L, Odouli R, Presence of depressive symptoms during early pregnancy and the risk of preterm delivery: a prospective cohort study, Human Reproduction, 2008, doi:10.1093/humrep/den342 La prématurité est sensiblement plus fréquente chez les patientes de la communauté noire. Le fait d'avoir fait un premier accouchement avant terme augmente également très sensiblement le risque de récidiveMercer BM, Goldenberg RL, Moawad AH « The preterm prediction study: effect of gestational age and cause of preterm birth on subsequent obstetric outcome. National Institute of Child Health and Human Development Maternal-Fetal Medicine Units Network » Am J Obstet Gynecol. 1999;181:1216–21..

Parmi les facteurs externes figurent le niveau de stress auquel est exposé la mère, ainsi que la qualité de son alimentation (par exemple, en 2016, une étude basée sur une cohorte asiatique multi-ethnique, un régime à base de riz et riche en légumes et fruits durant la grossesse, a été associé à une réduction du risque de naissances prématurées, et à une taille de naissance plus importante).

Il y a également le contexte climatique : selon l'OMS, la majorité des naissances prématurées surviennent en Afrique et en Asie du Sud, et on a récemment montré que les canicules augmentent le risque de prématurité. Selon une étude (2025) basée sur les statistiques de 247 pays, territoires, villes et dépendances : dans 222 des pays, le dérèglement climatique a déjà au moins doublé le nombre annuel moyen de jours de grossesse à risque de chaleur entre 2020 et 2025 (en 5 ans), par rapport à un monde sans changement climatique. Les régions en développement (où l’accès aux soins de santé est limité comme les Caraïbes et certaines parties de l’Amérique centrale et du Sud, des îles du Pacifique, de l’Asie du Sud-Est et de l’Afrique subsaharienne) sont encore plus touchées que les autres par ce risque.