Alice Bailly, née Alice-Marie-Louise Bally le à Genève et morte le à Lausanne, est une peintre et graveuse suisse. Vaudoise d'adoption, elle a été proche des mouvements d'avant-garde du début du , tels que le cubisme, dadaïsme et fauvisme, qu'elle a contribué à faire connaître en Suisse romande.
Bien qu’elle ait été reconnue par plusieurs figures majeures des avant-gardes européennes, son œuvre fut longtemps marginalisée dans l’historiographie de l’art moderne.
Biographie
thumb|Le caprice des belles, 1918, huile sur toile, 65 x 81 cm.
Fille d'Antoine Bally, employé des Postes à Genève et de Victoire Gros, maîtresse d'allemand à l'école supérieure de Jeunes FillesÉtudes de lettres, Faculté des lettres de l'Université de Lausanne, 1975, ., son épouse, Alice Bailly naît dans un milieu modeste. De à , elle suit les cours de dessins de l'École des demoiselles attenante à l'École des Beaux-Arts de Genève (interdite aux femmes).
Dès sa formation, Alice Bailly manifeste une forte indépendance artistique et rejette les méthodes académiques qu’elle juge contraires au développement d’un langage personnel.
Elle expose pour la première fois en 1900. Entre et , elle se rend dans le canton du Valais où elle compose une série de gravures Les scènes valaisannes, notables sur le plan chromatique.
En , elle s'installe à Paris, 11, rue Boissonade« Liste des exposants » In : X. Nationale Kunstausstellung im Kunsthaus Zürich, catalogue d'exposition, Zurich, 1910. (actuel 40) au sein d'une petite colonie suisseDictionnaire sur l'art en Suisse. https://www.sikart.ch/KuenstlerInnen.aspx?id=4000018. Elle découvre en la Bretagne et y compose une nouvelle série de gravures Les scènes bretonnes.
En , elle séjourne chez Cuno Amiet, avec qui elle se lie d'amitié, et elle obtient sa première bourse fédérale des beaux-arts. Le fauvisme influencera sa peinture jusqu’en Une huile Fauve d'Alice Bailly : http://www.artnet.fr/artistes/alice-bailly/stadt-im-mondschein-8TWU971W4rcEs8UGwSIggg2.
Son séjour à la Villa Medicis-Libre d’Orgeville en 1910 constitue un moment décisif dans son évolution artistique. En , elle se rend en Seine-et-Oise où elle rencontre André Lhote, Raoul Dufy et Roger Allard. À Paris, elle élargit son cercle d’amis, notamment à Juan Gris et Albert Gleizes. Sa peinture évolue vers un cubisme coloré, ce qui lui vaudra d’être classée parmi les orphistes par Guillaume Apollinaire.
Plusieurs œuvres de cette période, notamment La Fête étrange et Fantaisie équestre de la Dame rose, sont inspirées par l’univers d’Alain-Fournier et du Grand Meaulnes, qu’elle aurait lu avant sa publication grâce à ses relations avec le cercle d’André Lhote.
En , Alice Bailly revient en Suisse, à Genève, où elle s'installe et peint, en particulier La Rade de Genève, vol de mouettesVoir le site rts.ch (Radio-Télévision Suisse): L'œuvre du mois, septembre 2015 modifié 23 mars 2018 /decouverte/monde-et-societe/culture-et-sport/l-uvre-du-mois/7036587-rade-de-geneve-ou-vol-de-mouettes-une-huile-dalice-bailly.html. Elle y expose au Musée Rath.
Elle poursuit la gravure avec des œuvres comme Jacqueline Marval au bal de van Dongen. de 1914.
La Première Guerre mondiale marque profondément son œuvre, comme en témoignent La bataille de Tolochenaz ou Hommage ému aux couleurs de la FranceArtnet (crayon, aquarelle, gouache). Plusieurs tableaux témoignent également de son intérêt pour la musique et la danse, comme La sonate à Dukas. de . En 1919, la revue dada 391 publie une composition graphique d’Alice Bailly accompagnant un poème de Francis Picabia.
Pendant la guerre, son atelier genevois « La Caravane » devient un lieu de rencontre pour plusieurs intellectuels et artistes d’avant-gardeGiovanni Lista, Le Futurisme en France, Lausanne, L’Âge d’Homme.coll. "Avant-gardes", 1980. Une lettre adressée en septembre 1914 à la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie témoigne également des difficultés matérielles rencontrées par l’artiste au début du conflitGiovanni Lista, Le Futurisme en France. :contentReference[oaicite:1]{index=1}.
vignette|Alice Bailly, Fête étrange (Les Trouvères), non daté (1912-1923), Musée des Beaux-Arts de La Chaux-de-Fonds.
Parmi les techniques qu'elle utilise, se trouvent l'estampe, la peinture à l'huile — exemple Fête foraine de —, l'encre, notamment dans La danse, l'aquarelle, ainsi que des techniques mixtes : gouache et encre de Chine, comme dans Fruits et mains (L'offrande) de ., ou encore crayon et fusain dans Le bal. Elle développe également sa propre technique de peinture-laine (voir infra).
De retour à Paris en , elle participe à nouveau au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne, sans retrouver le succès de l’avant-guerre. Cette période est caractérisée par « l'assourdissement de sa palette ».. Même si en elle s’établit à Lausanne, elle continue à séjourner par intermittences dans la capitale française, où elle conserve un appartement. Elle voyage également à plusieurs reprises en ItalieAWARE, Dictionnaire universel des créatrices, Cécile Godefroy, 2013, notamment à Venise, où elle reçoit un prix à la Biennale de , à Montepulciano en Peinture à l'huile, ainsi qu’à Rome en Dictionnaire historique de la Suisse.
thumb|L. Florentin, 1918, peinture sur laine, 68 x 58 cm.
Alice Bailly invente le concept de « tableaux-laine » dès , terme qu'elle crée pour éviter que l'on qualifie de « broderies » ses tableaux « peints avec de la laine ».
Alice Bailly meurt dans son atelier de Longeraie à Lausanne en .
Une exposition posthume en 1938 (puis en et ), ainsi que l’attribution d’une bourse à son nom dès ont contribué à sa réputation. Les publications internationales consacrées à la femme artiste ont amplifié sa notoriété à partir du début des années 1980.
Futurisme, Dada et avant-gardes européennes
À partir de 1910, Alice Bailly découvre le cubisme lors du séjour en Seine-et-Oise auprès d’André Lhote, Raoul Dufy et Jean MarchandGiovanni Lista, Le Futurisme en France, Lausanne, L’Âge d’Homme, p. XX.. Ses œuvres exposées à Zurich en 1911 montrent déjà une influence cubiste.
Giovanni Lista considère qu'elle adhère au futurisme, notamment avec La Petite fille aux poules, remarquée au Salon des Indépendants de 1913 par André Warnod. En 1914, elle expose plusieurs œuvres futuristes aux Indépendants, parmi lesquelles La joie autour de l’arbre, Le Thé et Le Patinage au bois.
Pendant la Première Guerre mondiale, Alice Bailly retourne en Suisse et son atelier genevois devient un lieu de rencontre pour des intellectuels et artistes d’avant-garde. En 1918-1919, elle participe aux milieux dadaïstes zurichois autour de Tristan Tzara, Hans Arp, Francis Picabia et Alberto Giacometti.
Elle participe notamment à l’exposition Das Neue Leben au Kunsthaus de Zurich en janvier 1919 aux côtés d’Arp, Janco et Picabia. Tzara qualifie alors ses œuvres en laine de « fourrures du cubisme »Tristan Tzara cité par Giovanni Lista.. Peu après, lors d’une soirée Dada à Zurich, elle remet avec Giacometti un hommage de sept mètres intitulé Vive Dada à Tristan Tzara.
Judith Butler souligne que le refus d’Alice Bailly d’être définie comme “femme artiste” participa paradoxalement à sa marginalisation dans l’historiographie moderniste.
Tableaux-laine
Entre 1917 et 1923, Alice Bailly exécute une cinquantaine de tels « tableaux-laine » : des fils multicolores sont lancés en lignées parallèles par-dessus et par-dessous une toile de coton. Parmi ces œuvres figurent Les Rythmiciennes. ou encore La Procession. Contrairement aux compositions abstraites de Sophie Taeuber-Arp, les tableaux-laine de Bailly demeurent essentiellement figuratifs. Elle est aussi connue pour son ornementation murale au Théâtre municipal de Lausanne, travail qui fut physiquement éprouvant.
Estampes et gravures vignette|Alice Bailly, Fantaisie équestre, gravure sur bois, 1914, bibliothèque de l’INHA, collections Jacques-Doucet, VI K 11 (2b). L’estampe occupe une place importante dans les débuts de la carrière d’Alice Bailly.
À partir de 1904, lors de ses séjours dans le Valais, elle réalise plusieurs gravures sur bois regroupées sous le titre de Scènes valaisannes. Inspirées par les paysages alpins et la vie rurale suisse, ces œuvres témoignent d’une recherche de « primitivisme » alors présente chez plusieurs artistes suisses du début du XXe siècle. Réalisées en gravure sur bois imprimée en plusieurs couleurs, elles se distinguent par leurs compositions chromatiques audacieuses ; plusieurs exemplaires furent acquis par le musée du Luxembourg.
Entre 1906 et 1907, Alice Bailly poursuit cette activité avec des séries consacrées à Paris puis à la Bretagne, intitulées Scènes de Paris et Scènes de Bretagne. Elle expose notamment ces gravures au Salon d’Automne de 1906, où figurent des vues du jardin du Luxembourg et des communiantes devant l’église Saint-Sulpice. Ces estampes, vendues à des prix modestes, constituent alors une source essentielle de revenus qui lui permet de financer sa pratique picturale.
En 1914, le couturier et mécène Jacques Doucet acquiert une vingtaine d’estampes d’Alice Bailly pour la Bibliothèque d’art et d’archéologie, aujourd’hui conservées à la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA). Les estampes conservées à l’INHA illustrent l’évolution stylistique de l’artiste avant la guerre. Ses premières gravures en couleurs, réalisées sur bois de fil, restent proches des recherches postimpressionnistes et du synthétisme de Paul Gauguin ou d’Émile Bernard. Les œuvres de 1914, comme Fantaisie équestre, montrent en revanche l’influence croissante du cubisme et du futurisme, ainsi que la proximité de Bailly avec Raoul Dufy et André Lhote.
Expositions Salon des artistes indépendants, Paris, 1908-1913 Internationale Kunstausstellung, Munich Salon d'automne, Paris Galerie Georges Petit, Paris Kunsthaus de Zurich, exposition nationale d'art (X. Nationale Kunstausstellung im Kunsthaus Zürich), 1910 Zurich SPSAS, 1912 Genève Musée Rath et mai-série 1912, 1913 Neuchâtel, 1912 Berne, exposition nationale suisse, 1913 Genève, 1917, La Pomme d'Or, exposition dont elle a réalisé l'affiche (gravure sur bois, en couleur)http://www.artnet.fr/artistes/alice-bailly/exposition-de-la-pomme-dor-1917-ij1CqHqBW6en7Hdh3jiEVw2 Genève, Galerie Moos, 1918 Kunsthaus de Zurich, 1919 Kunsthalle de Berne, 1921 Genève, exposition municipale Venise, Biennale 1926 (elle reçut le prix de la Biennale de Venise)Schwok, Claire-Lise. - Alice Bailly. Dans: Les femmes dans la mémoire de Genève, Genève, S. Hurter, 2005, Kunsthalle de Berne, 1927 Genève, Athénée 1932 Kunsthalle de Berne, 1933 Musée du Jeu de Paume, Paris, 1934 Rétrospectives Basel, rétrospective Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1938MCBA du Vaud, rubrique Historique. https://www.mcba.ch/historique/ Genève, Musée de l'Athénée, 1957 (Cent ans de peinture genevoise : à l'occasion du centenaire de la Société des amis des beaux-arts)
Collections thumb|Fontaine dans un jardin de Rome, vers 1934, huile sur toile, . États-Unis National Museum of Women in the Arts, Washington France Bibliothèque de l'Institut national d'Histoire de l'art, Paris (estampesEstampes d'Alice Bailly) Suisse Musée d'art et d'histoire de Genève (dont le Portrait de Claire-Lise Monnier) Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne Musée des beaux-arts d'Argovie, Aarau Musée des beaux-arts de Berne Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, Fête étrange (les Trouvères), 1918Huile sur toile Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel Kunsthaus de Zurich Musée des beaux-arts de Winterthour
Fondation La Fondation Alice Bailly a été créée en 1946 pour soutenir des jeunes artistes suisses et romands.
Commandes publiques suisses : Triptyque, Maison de la Radio de Neuchâtel Hall de la gare de Neuchâtel, 1934 Théâtre municipal de Lausanne, 1936
Notes et références
Annexes Bibliographie Albert Rheinwald, L'art d'Alice Bailly, 1918, Galerie Moos. .