La tapisserie de Bruxelles est le nom donné à la production des nombreux ateliers de tapisserie de haute-lisse actifs à Bruxelles du début du jusqu'à la fin du .
Historique La confection de tapisseries commence en Europe de Nord-Ouest au plus tard fin du . Au début les motifs se limitent à l'ornementation, des plantes et de l'héraldique. Ça change au milieu du , pendant le règne du roi français Charles V le Sage (1364-1380), de la maison des Valois. Lui et ses frères commencent de commander de très grands formats aux motifs figuratifs, ce qu'on nomme aujourd'hui des « tapisseries flamandes ». La « Flandre » dont il s'agit inclut l'Artois, le Hainaut et le Brabant… Dès le début, ces tapisseries sont produites en « tentures », c.à.d. un ensemble de plusieurs « pièces », créées sur le même thème. On les appelle aussi des « fresques mobiles » à l'époque.
De cette première période, seulement une petite fraction des tapisseries a survecue, et il est impossible, la plupart du temps, de savoir, qui les a produits où. Les marchands, peintres et tisserands déménagent d'une ville à l'autre, les cartons aussi. Quand des documents parlent des tapissiers, on ne sait pas, quand ils commencent à produire les grandes pièces figuratives. La plus ancienne tenture datable qui a survecue, l'Apocalypse (1373-1380), est produit selon les cartons d'un Brugeois suite à une commande du roi Charles V auprès d'un marchand de Paris, qui travaille avec des tisserands de Paris et d'Arras. Autour de 1400, des tapisseries sont produits à Paris, Arras, Tournai, Bruges, Audenaerde, Anvers, Malines et Bruxelles. La ville d'Arras donne son nom aux tapisseries figuratives en italien et polonais : « arazzi » ou « arrasy ».
La première évocation d'un tapissier à Bruxelles date de 1321, il s'agit d'un dénommé Johannes Crane. Et les comptes de la duchesse Jeanne de Brabant (1356-1406) mentionnent plusieurs fois des tisserands livrant des « chambres ». Dans les deux cas, on ne sais pas, s'il s'agit déjà des tapisseries aux motives fuguratives. À partir de 1417, on trouve des centaines des maîtres tapissiers, leurs journaliers et apprentices dans les registres des drapiers. En 1447, les tapissiers se séparent des drapiers et fondent leur propre guilde. Deux marchands importants qui possèdent peut-être des atéliers sont à l'époque Jan de Haze et Gielis van de Putte.
En 1476, des peintres de Bruxelles se plaignent que les tapissiers de la ville utilisent des modèles d'ailleurs. Le compromis des deux guildes, conclu devant le magistrat : Les tapissiers sont libres de choisir qui leur fournit les ornements, mais pour les parties figuratives ils doivent faire appel à la guilde bruxelloise des peintres. Grâce à cet accord, la qualité de leur travail progresse.
C'est après le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche en 1477, que Bruxelles devient, artistiquement et commercialement le chef-lieu de la production des tapisseries dites flamandes. Les premiers amateurs de ces tapisseries sont les Espagnols, les Habsbourg tout d'abord, les grandes familles, tels les Albe, et les cathédrales ensuite.
Au début du , la montée sur les principaux trônes d’Europe de souverains épris de grandeur, et aux Pays-Bas de régentes passionnées par la tapisserie, allait être la source de rivalités entre les différentes cours royales et princières pour posséder les plus belles tapisseries, rivalité qui a été favorable aux ateliers bruxellois qui ont employé jusqu'à au .
Pour lutter contre les contrefaçons, les marques de la ville de Bruxelles et des ateliers de tapisseries ont été rendues obligatoires sur les tapisseries par un arrêté du magistrat bruxellois pris le pour chaque tapisserie de plus de six aunes. Cette obligation, copié par la ville d'Enghien entre-temps, est étendu sur tout l'industrie de la tapisserie aux Pays-Bas par l'édit impérial du . La marque de Bruxelles est faite d'un petit écusson rouge flanqué de part et d'autre par des majuscules B pour Brabant Bruxelles. Le monogramme du lissier devait être déposé dans un registre de la corporation. Ce document a été détruit dans un incendie en 1690.
Après le bombardement de Bruxelles de 1695 qui détruit une bonne partie de la ville, les tapissiers ont des difficultés à se relever. Pour la période de 1703-1707, on recense neuf ateliers importants : Judocus de Vos (53 métiers), Jacob I van der Borcht (8 métiers), Jeroen Le Clerc (7 métiers), Jasper van den Borcht, Albert Auwerckx et Hendrik II Reydams (5 métiers chacun), Gerard Peemans et Jan Frans van den Hecke (4 métiers chacun), ainsi que Willem de Potter (3 métiers). De 1725 à 1800, les ateliers d'une production notable, en quantité comme en qualité, sont encore en nombre de quatre : la famille van der Borcht, la famille Leyniers, Pieter van den Hecke et Vermillon. Pendant la deuxième moitié du siècle, leur client principal est la cour de Vienne. La dernière nouvelle série des tapisseries bruxelloises est celle de la « Légende du Saint-Sacrement », dont deux tapisseries datent de 1770 et quatre de 1785. Ils célèbrent l'histoire du massacre de Bruxelles et sont toujours en possession de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles. Le dernier tapissier de Bruxelles, et des Pays-Bas autrichiens, , ferme son atélier en 1794, quand le pays est annexé par la France.
Les différentes inspirations
Les primitifs flamands Les tapisseries les plus anciennes qu'on localise à Bruxelles, prennent comme modèles les primitifs flamands : La justice de Trajan et Herkenbald reprend, vers 1450, une peinture de Rogier Van der Weyden, mais dans le style de son ancien maître, le maître de Flémalle. Après le décès de ce dernier, son style est pérennisé par d'autres, ce qui donne un style de Bruxelles, même si les tapisseries concernées, qui traitent le plus souvent des matières religieuses, ne sont pas tous produits là. L'œuvre le plus connu dans cette tradition est la tenure des six tapisseries d'or produit 1502-1504 pour Jeanne la Folle.
Le début de la Renaissance Avec la Communion miraculeuse de Herkenbald, produite en 1513 par le tapissier Lyon De Smedt d'après un dessin de Jan van Roome, mise sur carton par Philipp le peintre commence l'influence de la Renaissance italienne sur les tapisseries dites flamandes, même si ici, c'est encore limité à la disposition générale de l'œuvre qui acquiert plus de profondeur qu'habituelle. Dans d'autres œuvres de l'époque, on retrouve des figures ou sujets empruntés à la peinture italienne, mais son influence reste encore marginale et reste souvent superficielle, comme dans une version tissée de la Cène de Da Vinci qui se trouve aujourd'hui au Vatican.
Raphaël thumb|droite|La Pêche miraculeuse, carton de Raphaël. Le pape passant une importante commande de tapisseries sur la base de cartons de Raphaël entre 1515 et 1519, les ateliers de Bruxelles furent choisis John Fleming and Hugh Honmour, Dictionary of the Decorative arts, s.v. "Brussels tapestry". . Les lissiers les tissèrent au mais aussi les siècles suivants. Encore aujourd'hui, elles représentent une part non négligeable de l'activité des ateliers même si elles sont moins en vogue depuis une trentaine d'années. La verdure, pour beaucoup, incarne la tapisserie d'Aubusson.
Bernard van Orley Puis l'influence de la Renaissance allemande se fait sentir dans la région dans le sillage des Habsbourg. Albrecht Dürer fait un voyage dans les Pays-Bas en 1520-21 et laisse un grand nombre de ses gravures derrière lui, mais aussi Lucas Cranach, aux Pays-Bas aussitôt qu'en 1508, fait impression. Bernard van Orley produit des cartons pour une Passion du Christ d'inspiration dürerienne.
Peintre en Italie, il charge les ateliers bruxellois de travailler sur une technique picturale pour mettre en avant le côté narratif. thumb|droite| Tenture Les Chasses de Maximilien au Louvre. Mécénat français
Les commandes de après l'arrivée du Primatice à Fontainebleau en firent une grande renommée et suivi l'exemple.
Mécénat des Tudor Le Thomas Wolsey et le roi avaient de grandes collections de tapis-et-tapisseries et firent aussi des commandes aux ateliers bruxellois. Woseley choisissait des thèmes plutôt classiques pour ses résidences de Hampton court ou York alors que le roi choisissait aussi dans le nouveau style de van Orley pour la réception du Camp du drap d'or ou la visite de . Il a acheté la tenture de David et Bethsabée.
Rubens Jacob Jordaens pupille de Rubens travailla pour les ateliers ainsi que Martin Reymbouts et des membres de la famille Leyniers.
Compétition avec les ateliers français La création de la manufacture des Gobelins met une forte pression à la production des ateliers jusqu'à leur disparition après la Révolution.
Principales tentures réalisées dans les ateliers bruxellois