Senez est une commune française située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Senez est un exemple de ces minuscules évêchés de Provence dont l’église aux dimensions sans rapport avec l’importance du village, rappelle aujourd’hui l’ancien statut.
Le nom de ses habitants est Seneziens.
Géographie thumb|center|400px|<center>alt= Carte élémentaire montrant les limites de la commune, les communes voisines, les zones de végétation et les routes|Senez et les communes voisines (Cliquez sur la carte pour accéder à une grande carte avec la légende).
Localisation Le village est situé à d’altitude, dans le massif du Montdenier.
Petit village, situé à de Barrême, Senez est une commune très étendue qui ne compte que très peu d’habitants et d’habitations. Les maisons sont typiques du style architectural provençal.
Le nombre de communes limitrophes est très important en raison de la fusion du Poil et de Senez, dont les territoires ne sont pas contigus.
Les communes limitrophes de Senez sont Chaudon-Norante, Barrême, Moriez, Saint-André-les-Alpes, Castellane, Majastres, Blieux, Saint-Jurs, Beynes et Estoublon.
Géologie et relief
Son territoire recèle de nombreuses aiguilles rocheuses.
Points remarquables : la source de Font Géline ; la Clue de la Roche Percée.
Le périmètre de protection de la Réserve naturelle géologique de Haute-Provence couvre également la commune de Senez.
Environnement La commune compte de bois et forêts, soit 31 % de sa superficie.
Une vesse-de-loup de cinq kilogrammes a été trouvée en 2014 près du Poil« Des champignons pas comme les autres », La Provence, 28 octobre 2014, 2..
Hydrographie
La commune se trouve sur la rive gauche de l’Asse. La route Napoléon passe sur la rive droite.
Cours d'eau sur la commune ou à son avalL'eau dans la commune : rivière l'Asse de Blieux, rivière l'Asse, rivière l'Estoublaisse, ravins de Taulanne, de la Bonde, du Riou d'Ourgeas, de la Mamelière, de Tabori, de Serraje, de la Combe, de Boades, de Longeiroule, de Malpasset, du Dégoutail, de Baumes Roman, du Gipas, du Pas d'Escale, vallon Le Gros.
Climat
Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat méditerranéen altéré, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000. En 2020, le climat prédominant est classé Csa, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été chaud et sec. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat de montagne ou de marges de montagne et est dans la région climatique Alpes du sud, caractérisée par une pluviométrie annuelle de 850 à , minimale en été. Elle est en outre dans la zone H2d au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves.
Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Castellane à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de . .
Pour afficher une liste d’indicateurs climatiques caractérisant la commune aux horizons 2030, 2050 et 2100 et pouvoir ainsi s'adapter aux changements climatiques, entrer son nom dans Climadiag-commune, un site de Météo-France élaboré à partir des nouvelles projections climatiques de référence DRIAS-2020.
Urbanisme Voies de communications et transports Voies routières La partie principale de la commune est traversée par la départementale , ancienne route nationale 85, qui passe à proximité du village. L’enclave du Poil est desservie par la , qui s’y termine en cul-de-sac.
Transports en commun Transport en Provence-Alpes-Côte d'Azur
Lignes SNCF La partie de Senez qui correspond à l’ancienne commune du Poil était desservie par la halte du Poil - Majastres, sur la ligne de Nice à Digne pour desservir Le Poil et Majastres qui sont situés à plusieurs heures de marche dans la montagne, par les chemins et les sentiers. Selon les horaires 2013, cette halte n'est plus desservie par le « train des Pignes ».
vignette|droite|Halte du Poil
Risques naturels et technologiques La commune de Senez est exposée à deux risques naturels : feu de forêt ; mouvement de terrain : de nombreux versants, dans la partie de la commune autour de Senez, sont concernés par un aléa moyen à fort. Du côté de l’ancienne commune du Poil, l’aléa existe mais le danger est moins important.
La commune de Senez est de plus exposée à un risque d’origine technologique, celui de transport de matières dangereuses par route. La départementale (ancienne route nationale 85 et route Napoléon) peut être empruntée par les transports routiers de marchandises dangereuses.
Aucun plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPR) n’existe pour la commune mais le Dicrim existe depuis 2011.
La commune a été l’objet de plusieurs arrêtés de catastrophe naturelle pour des inondations et des coulées de boue en 1994 (deux fois) et pour des glissements de terrain la même année. Puis, en 1998, ce sont d’importants blocs de roche qui chutent.
Sismicité Aucune des 200 communes du département n'est en zone de risque sismique nul. Le canton de Barrême auquel appartient Senez est en zone 1b (sismicité faible) selon la classification déterministe de 1991, basée sur les séismes historiques., et en zone 4 (risque moyen) selon la classification probabiliste EC8 de 2011.
Toponymie Le nom de la localité évolue sous les formes Sanition (), civitas Sanitiensum (vers 400), Sanetia (), puis Senaciensis comitatum au .
Le nom du village fait l’objet de différentes interprétations : selon Charles Rostaing, il dérive du nom d’ethnie ligure des SentiiCharles Rostaing, Essai sur la toponymie de la Provence (depuis les origines jusqu’aux invasions barbares, Laffite Reprints, Marseille, 1973 ( 1950), p et l’on peut donc le considérer comme probablement antérieur aux GauloisCharles Rostaing, « Toponymie d’origine pré-gauloise » in ; selon Ernest Nègre, il peut venir d’un nom propre, Senicius, ou de l’attribut relatif à la santé, sanitesErnest Nègre, Toponymie générale de la France : étymologie de noms de lieux, Genève : Librairie Droz, 1990. Volume I : Formations préceltiques, celtiques, romanes. Notice 11287, .. La commune se nomme Senès en provençal ; selon le couple Fénié, il est issu d’une racine oronymique (servant à caractériser une montagne) *Sen, préceltique.
Histoire
Antiquité La ville existe dès l’époque gauloise, et il paraît assuré qu’elle était le chef-lieu d’un peuple gaulois, mais le nom de ce peuple n’est pas certainGuy Barruol, « Senez dans l’Antiquité », in . : les Sentii, d’après Ptolémée, qui leur donne cependant Digne pour capitale (qui est généralement considérée comme la capitale des Bodiontici) ; Pline l’Ancien en fait une ville secondaire des Vediantii, dont le chef-lieu était Cimiez (Cemenelum).
À l’époque romaine, elle est le siège d’une civitas de la province des Alpes-Maritimes dès le , avec pour nom Sanitensium ou Salinensium. Elle se situait sur la voie qui reliait Vence à SisteronGuy Barruol, « Senez dans l’Antiquité », in .. La commune possède peu de vestiges de cette époque. Un trésor de 600 à 700 monnaies romaines en bronze a été découvert en 1657. Une borne romaine portant une inscription de au nom de l'empereur Caracalla a été découverteen 1991, couchée dans la Clue de Taulanne. En 1993, elle a été redressée par la municipalité et installée au bord de la voie romainePierre Maestracci - Les bornes romaines routières dans les Alpes-Maritimes - Archéo-Alpi-Maritimi - Archéam.
Le ressort de la civitas est peu étendu, mais s’étend à la fin de l’Antiquité. Alors que chaque civitas a accueilli un diocèse, Senez absorbe celui de dans la seconde moitié du , puis celui de Castellane.
Moyen Âge Au , un évêché est installé à Senez, fondant le diocèse de Senez. Les deux évêchés préexistants de Salinae (Castellane) et Eturamina () lui sont rattachés après 450, ou au début du siècle suivant.
Au , un château est construit à la Roche, sur la rive droite de l’Asse. Évêché très pauvre, et placé dans une ville minuscule et inconfortable, il est plusieurs fois tenté de le rattacher à l’évêché de Vence ou d’en déplacer le siège à Castellane, sans succès. Les évêques résident souvent à Castellane, dès la deuxième moitié du .
L’évêque était seigneur de la ville, mais partageait les droits de justice avec les Pontevès (–s), puis les Gautier (de 1556 jusqu’à la Révolution), ..
En 1342, les communautés de Senez sont rattachées à la viguerie de Castellane par le comte de Provence.. Lors de la crise ouverte par la mort de la reine Jeanne I, le seigneur, Guigonnet, se rallie à Louis d'Anjou, et entraîne dans son sillage la communauté dès 1385Geneviève Xhayet, « Partisans et adversaires de Louis d'Anjou pendant la guerre de l'Union d'Aix », Provence historique, Fédération historique de Provence, volume 40, 162, « Autour de la guerre de l'Union d'Aix », 1990, 425..
Sur le territoire de l’actuelle Senez se trouve l’écart de Boades, qui est à l’emplacement d’une ancienne communauté signalée au . La paroisse de Boades relevait des évêques de Senez. La communauté (Debosada en 1251), qui comptait 17 feux en 1315, est fortement dépeuplée par la crise du (Peste noire et guerre de Cent Ans). Au , la communauté de Boades est rattachée à celle de Senez.
La communauté du Poil est signalée dès le : de nombreuses donations sont faites à l’abbaye Saint-Victor de Marseille qui y possède trois églises, des terres et progressivement tous les revenus ecclésiastiques. Elle aussi relevait de la viguerie de Castellane.
Époque moderne L’évêque Jean III Clausse de Mouchy (évêque de 1561 à 1587) restaure et aménage le château fort pour améliorer son confort.
Pendant les guerres de religion, la ville est plusieurs fois la cible des huguenots comme siège d’un évêché. Les frères Antoine et Paulon de Mauvans détruisent les ornements de la cathédrale en 1562 et les brûlent dans un bûcher où ils jettent également la dépouille de l’évêque Jean-Baptiste de Laigue d’Oraison, mort quatorze ans plus tôt. La ville est à nouveau pillée en 1569 : l’incendie allumé fait s’effondrer le clocher et détruit le cloître. L’évêque, qui quitte la ville pour Castellane, fait néanmoins réparer la cathédrale en 1572, travaux qui reprennent au début du .
Avec la promulgation de l’édit de Nantes, Senez est une des dernières places fortes de sûreté des protestants en Provence, qu’ils tiennent encore en 1620François de Dainville, « Cartes des places protestantes en 1620, dessinées à la fin du règne de Louis XIII », Journal des savants, 1968, . ..
En 1644, un séminaire est construit.
Au , Jean Soanen, évêque de Senez, refuse de condamner le jansénisme. Il est poursuivi, et condamné par un concile (1727). Il bénéficie d’un soutien important d’une partie du clergé et des avocats du Parlement de Paris. Un de ses successeurs, Amat de Volx, fait faire des travaux : détournement de la Bonde, qui ravage le bourg lors de ses crues (1764–1768) ; pont sur l’Asse (1767–1770). Cependant, dès 1774, le torrent a repris son ancien cours.