Jean Noël Hallé est un médecin français, né à Paris le et mort dans cette même ville le . Promoteur de la vaccination, il est le fondateur d'une hygiène publique officiellement reconnue par le pouvoir politique français. C'est un médecin ordinaire de Napoléon et le médecin de famille des Bonaparte.
Biographie Famille Jean Noël Hallé est issu d'une famille représentant une dynastie de grands peintres, descendant en ligne directe de Jacques Hallé, bourgeois de Rouen, maître plombier qui recouvrit la flèche de la cathédrale de Rouen en 1544.
À la quatrième génération, Daniel Hallé, nommé peintre du roi, s'installe à Paris vers 1645. Son fils Claude Guy Hallé et son petit-fils Noël Hallé sont à leur tour peintres du roi et professeurs de l'Académie royale de peinture. Noël Hallé est aussi nommé inspecteur de la manufacture des Gobelins et directeur de l'École de Rome, il est anobli par Louis XVI en 1776.
Né en , Jean Noël Hallé est le fils de Noël Hallé qui sera aussi directeur de l'École de Rome. Sa mère est Françoise Geneviève Lorry, sœur du médecin Anne-Charles Lorry.
Le , Jean Noël Hallé épouse Marie Geneviève Marchand. Leur fille Augustine Françoise épouse Philibert Guéneau de Mussy ; un petit-fils est le médecin Noël Guéneau de Mussy et un arrière petit-fils est le médecin Jean Hallé (1868-1951), membre fondateur de la société française de pédiatrie.
Formation Jean Noël Hallé est éduqué à domicile par des précepteurs dirigés par sa mère, sur la base de l'Encyclopédie de Diderot. Particulièrement doué, il assimile plusieurs langues, connaissances littéraires et scientifiques.
Admis à l'ancienne université de Paris, il est l'ami étudiant de Corvisart et de Fourcroy. Ses études de médecine sont dirigées par son oncle Anne-Charles Lorry. En 1778, il devient docteur en médecine pour intégrer la Société royale de médecine, nouvellement fondée et concurrente de la faculté de médecine de Paris. Malgré son titre obtenu de « docteur régent » qui lui permet d'enseigner à la faculté, celle-ci refuse de l'habiliter. En 1782, il doit se résigner à exercer dans son cabinet médical de Paris.
Carrière Après la chute de l'Ancien Régime et la disparition de l'ancienne faculté de médecine de Paris, il devient professeur de physique médicale et l'hygiène de l'École de santé en 1794 (redevenant faculté de médecine de Paris en 1808). René Laennec est l'un de ses élèves.
En 1795, il est élu membre de l’Académie des sciences, il en sera le président en 1813.
De 1803 à sa mort, il fait partie de la douzaine de médecins (tous de renom) qui tiennent des consultations dans les dispensaires de la société philanthropique de Paris.
En 1804, il est professeur de médecine au Collège de France. Il est médecin ordinaire de Napoléon : c'est le médecin de famille des Bonaparte, en particulier de Pauline Bonaparte, en lui confiant missions et rapports.
En 1815, il est médecin personnel de Monsieur (le futur Charles X). Louis XVIII le choisit aussi comme médecin personnel et le nomme membre de l'Académie nationale de médecine lors de sa création en 1820.
Dans ses dernières années, il souffre de (lithiase urinaire). Le , il est opéré (lithotomie) par Jules-Auguste Béclard et Antoine Dubois, mais il succombe à une pneumonie le .
Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ( division)..
Personnalité Hallé exerce en pratique privée dans son cabinet médical de Paris, mais il ne prend que rarement des honoraires, ce qui lui vaut le titre de « médecin des pauvres ». Travailleur infatigable, il cumule sa pratique médicale avec la fonction d'enseignant et celle de chercheur dans un laboratoire qu'il aménage à ses frais dans l'École de médecine ; membre actif de nombreuses sociétés savantes françaises et européennes, il est en relation avec les plus grands savants de son temps.
Durant la Révolution, il soigne les malades jusqu'au fond des prisons, notamment Joséphine de Beauharnais lors de son incarcération aux Carmes en 1794, qui en fait son médecin de famille à sa libération. La même année, c'est lui qui défend Lavoisier et Malesherbes devant la Convention nationale lors de leur procès. Médecin humaniste, c'est aussi un amateur éclairé et critique d'art en peinture et littérature.
Desgenettes loue « son indépendance, son urbanité, et ses mœurs paisibles » et Percy dit de lui qu'il est « l'arbitre et le flambeau ». Honoré de tous, bienveillant et éloigné des intrigues, désintéressé de l'argent et des honneurs, Hallé est l'un des rares médecins à poursuivre ses activités sans interruption de l'Ancien régime à la Restauration.
Hallé était de religion catholique. Desgenettes dans son éloge funèbre conclut ainsi :« Comme Pascal, il s'anéantissait devant la grandeur de Dieu. Une teinte de l'âme de Fénelon émoussait chez lui le rigorisme ; et comme il se croyait sans mission pour amener les autres à ses opinions, il se borna à prêcher d'exemple ».
Travaux Contexte Au siècle des Lumières, en Europe, des médecins adoptent de plus en plus des méthodes nouvelles provenant des sciences physiques et mathématiques (statistiques médicales) pour s'intéresser à une médecine des populations et pas seulement des individus ; ceci dans le cadre d'un hippocratisme renouvelé (observations des rapports de la santé avec le climat et l'environnement). Cette tendance générale apparaît en Angleterre, passe en Allemagne et gagne la France où elle est représentée par la Société royale de médecine créée en 1778, en dehors ou contre l'avis de la faculté de médecine de Paris.
Il s'agit d'abord d'une climatologie médicale, puis d'une topographie médicale : à l'étude des facteurs géographiques sur la santé s'ajoutent des considérations sociales et morales. En Prusse, sous l'influence du caméralisme, Johann Peter Frank (1745-1821) rédige un ouvrage monumental de médecine sociale où il utilise l'expression police médicale pour définir une hygiène publique autoritaire mais au service des citoyens, dans le cadre d'un despotisme éclairé.
En France, sous l'Ancien régime, les travaux et réflexions de la Société royale de médecine n'ont guère d'échos, les divers corps de santé sont empêtrés dans des conflits interprofessionnels pour des questions de préséance ou de privilèges. Sous la Révolution, la santé publique fait l'objet de nombreux débats (comité de salubrité, comité de mendicité…) mais plus orientés vers l'action que vers la réflexion.
Jean-Noël Hallé appartient à la première génération des médecins révolutionnairesSelon Lesch, cette génération est principalement représentée, outre Hallé, par Antoine Portal, François Chaussier, Paul-Joseph Barthez et Charles Dumas., celle qui a été formée sous l'Ancien régime, et qui cherche à introduire les sciences modernes dans une médecine plus sociale. Hallé, ancien membre de la société royale de médecine (dissoute en 1793), devient professeur à l'École de santé en appartenant à la première classe de l'Institut de France (fondé en 1795). Il est de ceux qui encouragent et font connaître les travaux de jeunes médecins ou chirurgiens entièrement formées par le nouveau système d'enseignement médical, axé sur la recherche en système hospitalier.
Hygiène publique En 1785, Hallé publie Recherches sur la nature et les effets du méphitisme des fosses d'aisance. En 1790, il est chargé de trouver des solutions pour améliorer la qualité des eaux de la Bièvre qui était alors le déversoir des eaux usées parisiennes depuis le . vignette|Plaque de la rue Hallé du 14e arrondissement de Paris. En 1794, sous l'impulsion de Fourcroy et de Thouret, la Convention rétablit l'enseignement médical en créant une chaire d'hygiène et de physique médicale, avec Hallé comme titulaire. L'hygiène devient science officielle, soutenue par le Conseil d'hygiène et de salubrité de Paris créé par le préfet de police Louis Nicolas Dubois.
En 1798, sur la base de ses cours, Hallé esquisse le projet d'un ouvrage d'hygiène. Il est le premier à distinguer hygiène privée et hygiène publique. Cependant, il limite la notion de police médicale à la salubrité des habitations, des villes, des camps et des vaisseaux. S'il affirme que , il ne va pas, contrairement à ses collègues allemands ou à Emmanuel Fodéré, jusqu'à demander une « médecine armée » d'un code sanitaire qui s'imposerait à tous comme le code civil. Aussi son projet reste encore de la topographie médicale sans être une police médicale.
Hallé reste attaché aux idées d'Hippocrate et des Anciens sur l'hygiène, démontrant une grande érudition. Mais il cherche aussi à utiliser les découvertes physico-chimiques et physiologiques de son temps, . Il meurt sans avoir pu achever son projet, repris en partie par Étienne Tourtelle dans son traité d'Hygiène, paru en 1837 et plusieurs fois reédité. Hallé est ici l'auteur d'une première histoire de l'hygiène servant de guide à celles qui ont suivi.
Autres À la demande des gouvernements successifs ou de ses collègues, il rédige de nombreux rapports et mémoires sur la goutte, la gale, la petite vérole, la fièvre puerpérale, le cancer du seinJoseph-Marie Quérard, La France littéraire ou Dictionnaire bibliographique, vol. 4, Librairie Firmin Didot frères, Paris, 1830 .
En 1795, il publie un cas de guérison de paralysie faciale périphérique par électrothérapie (galvanisme).
À partir de 1804, il se distingue en étant un fervent défenseur de la vaccination (utilisation de la vaccine contre la variole). Il est l'un des premiers à faire vacciner ses deux enfants, et c'est lui qui convainc Napoléon d'agir pour la diffusion de cette pratique.
Il est l'un des rédacteurs du Code des médicaments, ou Pharmacopée française, paru en 1818 (il utilise son argent gagné pour compléter le cabinet de physique de la faculté) ; c'est aussi l'un des collaborateurs au Dictionnaire des Sciences médicales et à lEncyclopédie méthodique.
C'est également l'éditeur des Œuvres complètes de Samuel Auguste Tissot, parues en onze volumes entre 1809 et 1813.
Publications choisies Thèses Des optimo maximo uni et trino, virgini Dei-Paræ, et L. Lucæ, orthodoxorum medicorum patrono. Quæstio medico, quodlibet-ariis disputationibus, mane discutienda in schalis medicorum, die Jovis decima nonã mensis decembis, anno Domini 1776. M°. Henrico-Alexandro Tessier, clerico Carnuteuse e Regiã societate medica Parisiensi, pro Epidemiis instituta, Doctore Medico, Prœside. Andetur incorporeanimato vistonica. Proponebat Parisiis Joannes-Notalis Hallé, Parisinus, Soluberrime Facultatis Medicinæ Parisiensis Baccalaureus, Thescos Auctor A. R. S. Il. 1776. a texta ad meridien / Parisiis : typis Quillau, 1776 Quaestio medica... An detur in corpore animato vis tonica? / Alexandre Henri Tessier / [Parisiis : Quillau , 1776]
Hygiène Recherches sur la nature et les effets du méphitisme des fosses d'aisance, Par M. Hallé, etc. Imprimé par ordre du gouvernement ,1785 / Edition électronique : numérisation 2007 / Paris : BIUM, 2007 Rapport sur l'état actuel du cours de la rivière de Bièvre, et Indication au plan ou carte de cette rivière. (Mém. de la Soc. roy. de méd., 1789, t. X, p. 70.) Procès-verbal de la visite faite le long des deux rives de la Seine, depuis le Pont-Neuf jusqu'à la Râpée et la Gare, le (Mém. de la Soc. roy. de méd., 1790, t. X, p. 86.) Cours d'hygiène, par Mr Hallé... (suivi de) Aphorismes / de Peyrilhe / Ms. Paris, 1801 Hygiène, ou l’Art de conserver la santé, 1 vol. in-8, 1806 (ouvrage adapté du précédent). Rapport de la faculté de médecine, en réponse à la demande du Ministre de l'Intérieur, relativement à la nécessité de prévenir l'introduction de la fièvre jaune, par la voie des communications commerciales, par les Professeurs Chaussier, J. J. Leroux et Hallé, Goettingae 1818 Hygiène / par E. Tourtelle et J.-N. Hallé, etc. ; avec des additions et des notes par E. Bricheteau / Paris : au bureau de l'Encyclopédie, 1837
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