Cézembre est une île côtière située en baie de Saint-Malo (en Ille-et-Vilaine, au nord-est de la Bretagne, en France). D'une superficie de , elle est inhabitée, à l'exception d'un restaurant ouvert durant la saison estivale. L'île est située sur le territoire communal de Saint-Malo dont elle contrôle le chenal d'accès en eau profonde, d'où son importance historique.
Au Moyen Âge, Cézembre était reliée au continent par des prairies où paissaient des animaux. Progressivement submergées par la mer, elles disparaissent au milieu du .
Peuplée dès le néolithique, Cézembre est occupée à l'époque gauloise et constitue une place forte, d'où dérive son nom : Segisamabriga, « la hauteur fortifiée la plus puissante ». Au début du Moyen Âge, elle abrite des ermites puis un monastère à partir du , détruit en 1693 à la suite d'une attaque anglaise. L'île a ensuite à partir de la fin du une vocation militaire pour la défense de la cité malouine et devient une colonie pénitentiaire au . Dans l'entre-deux guerres, elle retrouve une vocation touristique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'île est largement fortifiée par les Allemands et résiste en août 1944 aux troupes américaines lors de la libération de Saint-Malo. Elle subit pendant plus de un bombardement intensif, tant aérien, maritime que terrestre, dont l'île garde encore les stigmates aujourd'hui.
Gérée de 1945 à 2017 par la Marine nationale, Cézembre a été longtemps interdite au public au-delà de la plage en raison de la présence de bombes et de munitions non explosées. L'île a connu plusieurs opérations de déminage et en , un sentier sur la moitié ouest est ouvert au public. La gestion de l'île a été transférée au Conservatoire du littoral en .
Toponymie vignette|Cézembre est orthographiée « St ambre » sur cette carte de 1700. vignette|Sur cette carte de Cézembre de 1680, le couvent des Récollets et d'autres constructions sont représentées.
Le nom de l'île est attesté historiquement sous différentes formes : l'évêque Bili la surnomme ad insulam September au Saint-Bille ou Bili ou Bily ou Bilius, évêque de Vannes en Bretagne, martyr par la main des Vikings († vers 895 ou 919); fêté le 23 juin, dans Sa Vie de Saint-Malo. ; Sézambre en 1445, Sainct Zambre ou Saizambre en 1593 ; Cézambre en 1518, forme qui perdure aux et s.
Le premier élément du nom de Cézem- représente possiblement l'adjectif celtique (gaulois) segisama formé sur sego « fort, puissant », dérivé à l'aide du suffixe augmentatif -sama (cf. le nom de personne gaulois Segisami au datif et Segisama > Sasamón en Espagne, La Seymaz, nom de rivière suisseXavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions Errance, Paris, 2003, p. 86-87-268-269). Le second élément -bre procède probablement de l'appellatif répandu -briga, fixation toponymique du nom commun *brigā « colline, hauteur, forteresse » (mot dont est aussi issu le breton bre « colline », par l'intermédiaire d'une forme proto-brittonique *breɣ). D'où le composé hypothétique *Segisamabriga qui signifie « hauteur fortifiée très puissante»Guy Souillet et Loïc Langouet, "Reginca et la baie de Saint-Malo dans l'Antiquité", Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 81, 1974, cependant on manque de formes suffisamment anciennes pour valider cette théorie. On retrouve ce toponyme dans le Var (cap Cézembre à Sainte-Maxime).
César, lors de sa conquête de l'Armorique, se heurte à ce type de défense sur des îles côtières accessibles qu'à marée basse : .
En breton, Sezambr, forme normalisée recommandée par l’Office public de la langue bretonne, est attestée depuis 1927. D’autres variantes graphiques (Sezanbr, Sezembr, Kezambr) sont attestées dans la littérature et dans certaines revues périodiques en langue bretonne de Basse-Bretagne au cours du XXᵉ siècle.
Géographie vignette|Plan de l'île de Cézembre en 2018.|gauche Cézembre est l'île la plus importante des îles de la baie de Saint-Malo. Elle se situe à de Saint-Énogat, à Dinard, et à de Saint-Malo intramuros. Allongée dans la direction sud-ouest nord-est, elle est formée de deux plateaux séparés par une profonde coupure. L'île est longue d'environ pour une largeur maximale de . Son point le plus haut, non nommé, s'élève à . L'île présente une plage de sable fin orientée au Sud, face au continent, et une côte rocheuse et escarpée face au large. Trois rochers se trouvent à proximité immédiate de Cézembre : le rocher du Murier à son extrémité sud-ouest, le rocher Saint-Michel au sud, coupant sa plage en deux et le rocher Saint-Aaron à son extrémité nord-est. Le phare du Grand Jardin se trouve à environ au sud-ouest de Cézembre et le fort de la Conchée à au nord-est. Le principal chenal d'accès au port de Saint-Malo passe au sud-est de l'île. Des courants de limitent l'accès à l'île par bateau.
Évolution géographique Les prairies de Cézembre gauche|vignette|Sur cette carte du figurent les anciens prés salés proches de Cézembre. Au sud de Cézembre, probablement jusqu'à la fin du , existait une étendue de terre, similaire aux prés salés que l'on trouve aujourd'hui dans la baie du mont Saint-Michel. Ces « prairies » n'étaient recouvertes par la mer que lors des marées d'équinoxe. Elles étaient reliées au Grand Bé lors de la découverte de l'estran aux grandes marées, ce qui permettait d'y faire paître du bétail. Plusieurs noms des actuels rochers émergeant au sud de Cézembre — Grand Jardin, Grand Murier, Pierre de la Vache, le rocher du Dragon ou les Herbiers — rappellent cette période.
L'existence d'un gué reliant les prairies à la terre ferme (Alet) à marée basse est attestée dans le roman d'Aiquin, une chanson de geste du ou . La première submersion des prairies s'est sans doute produite lors d'un tremblement de terre qui a secoué la région du Cotentin et des îles Anglo-Normandes en 1160 ou 1161. Néanmoins, une partie de ces prairies subsistent et sont exploitées jusqu'à la fin du , ce qui est attesté dans des archives de l'époqueAu , le duc de Bretagne revendique la propriété « des terres recouvertes par la marée de mars et ce qui reste des prairies de Cézembre ». On trouve trace également dans les archives d'un paysan soumis à l'amende en 1415 pour avoir laissé fuir ses bêtes sur les prés, près de Cézembre. Il existe également différentes archives au début du , jusqu'en 1437, sur l'affermage de ces terres. Mais dans une archive de 1486, le receveur du Chapitre se désole de ne plus pouvoir percevoir ses fermages. Source : « Prairie de Cézembre » dans Saint-Malo, 2000 ans d'histoire, Tome 1, page 277, de Gilles Foucqueron, novembre 1999, . Vera Kornicker relate l'existence d'un légendaire raz-de-marée qui aurait eu lieu en 709 et aurait séparé Cézembre de la côte malouine, mais son existence est mise en doute. Il est plus probable que les terres reliant l'île au continent se soient progressivement affaissées. Les prairies de Cézembre semblent avoir définitivement disparu en 1438.
Transformations du paysage à la suite des bombardements de 1944 alt=Panneau jaune "défense de pénétrer, danger de mort" sur lequel se tiennent deux goélands. Fils barbelés au premier plan.|gauche|vignette|Panneau et clôture interdisant l'accès à la zone non déminée (2008). À cause des bombardements intensifs de 1944, l'île présente une végétation rare et un relief tourmenté. On y dénombre plus de de bombes. La flore et la faune originelles ne sont pas complètement revenues, sans doute du fait de la présence de polluants comme les métaux lourds dus aux bombardements. Entre un et trois points d'eau douce semblent avoir existé dans le passé mais ont disparu depuis les bombardements. Zone interdite Cézembre n'est toujours pas complètement déminée et l'accès à la plus grande partie est interdit. L'île est divisée en deux zones : la zone verte (autour de la plage) ouverte au public, et la zone rouge, interdite d'accès. En 2018, un sentier pédestre a été aménagé, permettant de circuler sur la partie ouest de l'île.
Une zone interdite de 200 mètres existe en mer sur tout le tour de l’île, excepté l’accès à la plage.
Les tempêtes peuvent modifier l'aspect de la plage de Cézembre : ainsi, en , à la suite des tempêtes Ciara et Dennis, une partie du sable s'est envolé et a disparu.
Géologie vignette|Carte géologique du Massif armoricain, avec au nord-est le batholite mancellien et ses nombreux plutons de granite cadomien (Trégor, Lanhélin, Louvigné, Vire, Avranches…). Ce batholite dessine une ellipse de (d'Alençon à la Rance) sur (de Vitré à Vire)Carte géologique de la France au 1/50000 Fougères 13-17, éditions du BRGM, 1981, ..
Cézembre appartient au complexe migmatitique de Saint-Malo qui s'intègre dans un bassin sédimentaire essentiellement briovérien, limité au sud par un important massif granitique cadomien, le pluton de Lanhélin qui fait partie d'un ensemble plus vaste, le batholite mancellienDe , nom latin de la région du Maine, domaine structural de la partie nord-est du Massif armoricain dénommé en 1949 par le géologue Pierre Pruvost. Il est caractérisé par un Précambrien récent au sein duquel se sont mis en place des granitoïdes intrusifs antérieurement au dépôt des terrains paléozoïques ; ce domaine surélevé a été épargné par les transgressions marines du Cambrien... L'île est essentiellement constituée de gneiss migmatitiques parcourus par des veines pegmatitiques et de filons de dolérite vert sombre. Elle est allongée selon la direction cadomienne N70° en bordure occidentale de la Mancellia.
Faune et flore En 1882, il est fait mention de lapins qui vivent sur l'île. Le bombardement de Cézembre en 1944 a fait disparaître la végétation de l'île : . La flore d'origine a laissé place à des espèces nitrophiles (plantes qui ont besoin d'azote).
Du fait de l'interdiction de circuler à l'intérieur de l'île, celle-ci représente un lieu particulièrement favorable pour les oiseaux de mer (goélands, mouettes, cormorans) qui s'y reproduisent en grand nombre.
On trouve aussi des pétrels fulmars, quelques pingouins torda (au nord-est de l'île). Les lapins sont également présents sans que l'on sache précisément s'ils ont survécu au bombardement ou ont été réintroduits depuis. Par contre plusieurs espèces de poulpes présents en grand nombre autour de l'île avant guerre n'y sont pas revenus.
Les dimanches et jours fériés d'avril, mai, juin et septembre et tous les jours en juillet et août, des navettes de bateaux assurent la liaison entre Dinard, Saint-Malo et l'îleVoir la notice horaire de la compagnie Corsaire. Les visiteurs apprécient Cézembre pour sa plage qui est une des seules de la côte d'Émeraude à être orientées plein sud (avec celles de Saint-Jouan-des-Guérets et du parc des Corbières mais qui donnent elles sur la Rance). Sur l'île se trouve un bar-restaurant « Le repaire des corsaires », seule activité humaine sur l'île.
Histoire Préhistoire et Antiquité Une présence néolithique sur l'île est attestée, une hache de cette époque ayant été retrouvée en 1939.
L'île était alors la pointe orientale de l'estuaire de la Rance et correspond probablement à la Segisama Briga (« la hauteur la plus forte ») de l'époque pré-romaine qui abritait un oppidum contrôlant l'entrée du fleuve côtier « Cézembre » dans Saint-Malo, 2000 ans d'histoire, Tome 1, de Gilles Foucqueron, novembre 1999, . Cézembre était en effet à cette période reliée au continent à marée basse par un gué.
Moyen Âge D'après le roman d'Aiquin, Charlemagne se serait emparé de Cézembre lors de sa conquête de la Bretagne. Le roman d'Aiquin relate son attaque sur Cézembre et le massacre des troupes franques. En réalité, l'empereur n'y a jamais été personnellement et s'est contenté d'y envoyer ses lieutenants. Les Vikings font plusieurs incursions dans la région vers 870-880 puis au , mais n'y restent pas longtemps.
Jusqu'au , une vocation religieuse vignette|Plaque indiquant l'emplacement des différentes chapelles sur l'île.