vignette|redresse|Page de titre d'une édition du (Prague, 1613). Le (, pluriel ) désigne à la fois : une méthode herméneutique d’exégèse biblique opérant principalement par comparaison entre différents passages bibliques ; par métonymie, la littérature recueillant ces commentaires. Il représente le troisième des quatre modes d’interprétation rabbinique de la Bible hébraïque, et est subdivisé en qui entend tirer des lois du texte, et midrash aggada, à but généralement homilétique.

Longtemps réduit à sa dimension folklorique et apparemment naïve, le a connu un regain d’intérêt , lorsque des biblistes ont redécouvert derrière ses exégèses apparemment extravagantes les parallèles qui se fondent sur l’intertextualité de la Bible et ouvriraient selon certains une fenêtre sur l’élaboration même des textes qu’il commente.

Définition

Le mot signifie en hébreu : « qui vient du ». Le Dictionnaire international des termes littérairesDITL en ligne. définit le terme ainsi : « nom hébreu masculin singulier formé sur la racine d-r-sh, plus précisément sur le verbe : "exiger", "interroger", "examiner", d'où "interpréter en profondeur" ». apparaît à deux reprises seulement dans la Bible, dans un contexte identiqueChroniques, , 13,22 et 24,27 : [les autres événements de la vie du roi] sont mentionnés dans le d'un prophète.. Le mot signifie ici « récit », « exposé détaillé ». Dans la littérature talmudique, il prend parfois le sens d'« étude ». Mais selon le Traité des Pères, 1,17., ce n'est pas le ou l'étude qui est l'essentiel, mais le maaseh, l'œuvre, l'interrogation, l'action ; cette rivalité entre œuvre, action et étude se retrouve par exemple dans les Épîtres de Paul. De ce sens d'« étude » pour midrash découle l'expression de , « maison d'étude ».

Le deuxième commentaire de Rachi sur le premier verset de Bereshit 1:1 (« Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ») glose comme suitPour voir en ligne le texte de la Bible avec le commentaire de Rashi, on peut se rendre sur cette page et cliquer l'onglet « Avec Rashi ». : « » (ʾ) : « Ce texte ne dit rien si ce n'est : », étant un impératif qui signifie littéralement : « Exigez (de) moi (que mon sens ressorte) », c'est-à-dire « Recherchez-moi ». Le construit donc une exégèse du texte biblique. Toutefois, il s'agit d'une exégèse très particulière qui use de paraboles, d'allégories, de métaphores, de jeux de mots à base de glissements phoniques (y compris entre hébreu, araméen), sémantiques, allusifs, de concordances temuriques (permutation des voyelles possiblesvoire des consonnes dans les sous-produits d'une démarche cabalistique inexperte selon le mot de Menahem R. Macina, (ULB).) et guématriques (à partir du calcul de la valeur numérique des mots)… et qui finit par produire des textes fort éloignés du texte biblique commenté.

Selon Daniel Boyarin, le est un « mode de lecture biblique qui relie des passages et des versets différents pour élaborer de nouveaux récits […]. Les rabbins qui ont élaboré la manière midrashique de lire considéraient la Bible comme un énorme système de sens, chaque partie commentant ou complétant tout autre partie. Ils étaient ainsi capables de fabriquer de nouveaux récits à partir de fragments des anciens textes de la Bible elle-même […]. Les nouveaux récits, qui se fondent étroitement sur les narrations bibliques mais qui les élargissent et les modifient également, sont tenus pour les équivalents des récits bibliques eux-mêmes. »Daniel Boyarin, Le Christ juif, Paris, Cerf, 2014, , .

On considérera donc que le mot est doté d'une homonymie interne : de nombreux (avec une minuscule) sont rapportés dans les Talmuds ; on désigne aussi par (avec une majuscule) des compilations d'enseignements oraux et de commentaires systématiques des livres bibliques qui n'ont pas trouvé place dans les recueils du Talmud ; on y trouve aussi des proverbes, des contes et des fables ; le est enfin une méthode d'exégèse, aux règles précises, dont les treize principes de Rabbi Ishmaël donnent une idée : on dit que tel verset dérive de tel autre « par » ;

Méthode

Selon Marc-Alain Ouaknin, le , méthode d'exégèse directe du texte biblique, se distingue de la , méthode indirecte, « indépendante de la base scripturaire sur laquelle elle s'appuie ».

Traditionnellement, la compréhension du texte biblique est divisée entre le (sens littéral), le (sens allusif), le (exégèse) et le (mystique). Le se concentre sur le et plus encore sur le . Il recourt à des procédés rhétoriques tels que l'allégorie, la métaphore, la concordance, l'analogie, la gématrie.

L'herméneutique talmudique a été codifiée successivement par Hillel (les sept principes de Hillel), Rabbi (« ett est inclusif », traité ), Rabbi Akiva, Rabbi Ishmaël, Rabbi Eliezer ben Rabbi Yossi le Galiléen (les ).

Halakha, Aggada, Pesher

Les auteurs classiques distinguent : les , producteurs de , c'est-à-dire de jurisprudence ; les , producteurs de , c'est-à-dire d'anecdotes édifiantes, de paraboles, voire d'histoires complètes ; les , attestés chez Hugh J. Schonfield et, à sa suite Armand Abécassis et Marc-Alain Ouaknin, dans lequel un récit ancien se répète [latin en changeant ce qui doit être changé : en adaptant la chose étudiée au contexte] à propos d'un personnage du présent.

La distinction n'est pas toujours aisée, de nombreuses anecdotes servant de support à des décisions éthiques, comme les Fables de La Fontaine ont des « moralités ».

Après le retour de l'Exil à Babylone, la Torah a été au centre de la vie juive. Le souci permanent des autorités fut d'assurer la conformité des comportements individuels et collectifs aux commandements de la Torah. Or les règlements de celle-ci, ayant été écrits dans des circonstances anciennes, devaient être adaptés à de nouvelles circonstances.

L'exégèse de la loi constitue le « ».

Bien qu'on appelle les plus anciens (recueils de) , les « », ils ne comprennent pas que de la , mais aussi de la . On pourrait les appeler les « tannaïtiques » (les étant les docteurs de la , entre le et le ), si ce titre n'était pas déjà en usage, d'une part, et si, d'autre part, lesdits tannaïtiques, et les leçons qu'ils contiennent, notamment en matière de aggada, n'avaient été remaniés par les , les docteurs du qui leur succédèrent, dont l'ère s'étend du au .

Entre l'époque des et celle des . La frontière (flottante) est celle de la publication de la officielle par Rabbi Yéhoudah « le Prince », qui exerça l'autorité religieuse en Galilée (et pour tout l'Empire romain) entre 175 et 217. Les cinq générations de qui ont nourri ces s'étendent donc de l'Incendie du Temple, en 70 de l'ère commune, à 218 - 240 de l'ère commune. Mais on sait que Rabbi Yohanàn le Forgeron, par exemple, qui vient juste après cette époque, a largement retravaillé la …

Les grands recueils

Quoique le texte biblique présente quelques exemples de (par exemple les titres de certains psaumes donnent l'impression d'être un travail midrachique sur 1-2 Samuel), cette méthode d'allègorèse se développe et se systématise principalement aux temps rabbiniques.

Les principaux recueils dits « halakhiques » proviennent soit de l'École de Rabbi Ishmael, soit de l'École de Rabbi Akiva (deux des principaux du ), mais la distinction entre ces deux « Écoles », manifestement fixée et réinvestie par diverses traditions des  - , fait l'objet d'interprétations divergentes et complexes.

Certains, comme Gary Porton, tiennent même la querelle Ismaël / Akiva pour « artificielle ». Le paradoxe (la « querelle artificielle ») veut que les fameuses d'exégèse de Rabbi Ismaël, définissant la méthode même du halakhique comme « lecture infinie » nourrissant la « démarche » du peuple de l'Alliance, se trouvent précisément à l'ouverture du « ».

Il est difficile d'étayer les liens entre ces deux styles de ou d'établir une biographie circonstanciée de ces deux « figures » du début du , riches d'anecdotes légendaires, voire miraculeuses : cette recherche est considérée comme une « quête » impossible depuis les études de Jacob Neusner et d'autres.

Le plus ancien de ces recueils est le Recueil ou la selon Rabbi Ismaël, qui est une espèce de « séminaire » d'exégèse sur le Livre de l'Exode, matrice de nombreux développements dans les Talmuds et d'autres . Michel Remaud a également signalé que cette entrait en résonance avec les Évangiles. L'autre recueil le plus important, de l'École de Rabbi Akiva, est le « », c'est-à-dire « le Livre » « par excellence » de la pratique du judaïsme (appelé aussi la , la « Loi des Prêtres ») : ses exégèses portent sur le Lévitique. Il existe une autre « » sur l'Exode, reconstituée à l'époque moderne: la selon Rabbi Shimon bar Yohaï, en réalité une partie du . Les autres , portant sur les Nombres et le Deutéronome, sont appelés simplement « les Livres » : les « ».

On considère qu'il n'existe pas de Halakhique sur la Genèse (), parce que c'est avant tout l'histoire (relevant d'exégèses aggadiques) qui en fait la richesse, plutôt que le matériel légal. Le matériel légal qu'elle contient (sur le shabbat, la circoncision, les sacrifices) est donc traité à partir de ses occurrences dans les autres Livres bibliques.

Définition

Le rassemble une collection d'écrits périphériques au , ordonnés selon le plan du . Il se distingue par le grand nombre de qu'il contient. Par , on entend un genre d'écrits (histoire, fiction, légende, allégorie, observation scientifique) qui ne sont pas concernés par la loi. Le est donc une collection de récits en relation avec des mots, des thèmes, ou des unités narratives du .

Divers recueils de sont publiés. Le plus important se nomme ou , (de , comme ci-dessus et qui signifie grand, multiple et dont la forme plurielle est Rabboth), qui compte un grand nombre de volumes. D'autres recueils comprennent la (Divisions pour les Fêtes), (Traités), (Livre), et (Livres).

Contenu

Le aborde des sujets variés. Confrontés à ceux qui interprètent la dans un sens strictement littéral, les Rabbis offrent des interprétations créatives et subtiles par divers modes d'exégèse. Le comprend quantités de récits issus d'un examen du mot à mot ou de certaines expressions. Parfois, il comble un blanc apparent dans un récit. Le cherche à découvrir le sens intérieur du .

Le se compose de volumes commentant le (les de la ) et les (les , des ). Ces ouvrages ne commentent pas tous les livres bibliques, mais uniquement ceux utilisés au cours d'office synagogaux : le Pentateuque dans le cycle de lecture annuel, les autres livres lors de fêtes spécifiques comme le livre d'Esther lors de la fête de .

Le texte est divisé en parasha (section), puis ou unité élémentaire de commentaire. La référence au texte du est donnée par la puis le .

Livres du Commentaires relatifs Genèse Exode Lévitique Nombres Deutéronome Esther Cantique des cantiques Ruth Lamentations Ecclésiaste

La (Divisions) réunit , tournant autour des lectures des Prophètes (les ) pour et les fêtes. La (Traités) est un commentaire de (les Noms, c’est-à-dire Exode). (Livre) commente le (Et il proclama, c’est-à-dire Lévitique). (Livres) commente (les Nombres) et (les Paroles c’est-à-dire le Deutéronome). Ces revêtent un caractère grandement halachique (Comment appliquer la loi ?). Certains sont parfois repris dans plusieurs recueils.

Sources et auteurs

Si quelques-uns croient les divinement inspirés, comme tout élément d'un corpus de littérature religieuse, certains d'entre eux ne doivent absolument pas être pris au sérieux quoique la portée de chacun de ces récits dépasse toujours le premier abord issu de la première lecture.