Les ou () forment un genre de plantes à fleurs de la famille des bétulacées. Ce sont des arbres de l'hémisphère nord poussant sur les sols humides, Ils sont aussi nommés vergnes ou vernes.

Les aulnes forment des futaies appelées « aulnaies ».

Caractéristiques Les aulnes sont des arbres de taille moyenne, pouvant atteindre 20 à (rarement) , à feuilles caduques, croissant dans les bois humides ou marécageux, ou encore en bord de cours d'eau. Les fleurs sont organisées en chatons mâles et femelles. Les chatons femelles donnent naissances à des strobiles ligneux de deux à trois centimètres de longueur, abritant les graines. Alnus glutinosa, l'aulne le plus commun en Europe de l'Ouest, se distingue par ses feuilles largement ovales, crénelées-dentées, et ses jeunes pousses printanières collantes au toucherNouvelle Flore de la Belgique, du G-D de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines, cinquième édition, 2004.

Leur bois est léger, tendre et homogène. Il est imputrescible dans l'eau, mais non durable hors de l'eau. Il est employé notamment pour les pieux de pontons. Il est d'une couleur rouge caractéristique puis rosée lorsqu'il est fraîchement coupé ou travaillé, mais cette couleur ne persiste pas, elle est dégradée par la lumière.

La rhizosphère de l'aulne favorise le développement des bactéries fixatrices d'azote. L'aulne contribue aussi au maintien en bon état du boisement des berges (ripisylves) (par résilience écologique).

Habitat vignette|redresse|gauche|Les lenticelles nodulaires hypertrophiées pourraient avoir un rôle dans l'oxygénation des parties aériennes. vignette|L'aulne est, avec le saule et certains peupliers, l'une des espèces les mieux adaptées à l'eau. Ici il émerge de l'eau au bord du lac Bobięcińskie Wielkie en Pologne. Ces trois espèces sont aptes à recéper quand elles sont coupées par le castor avec lequel elles ont coévolué.

Leur capacité d'enracinement profond dans les horizons compacts ou asphyxiants des sols à engorgement temporaire, l'hypertrophie des lenticellesL'hypertrophie des lenticelles, réponse anatomique à l'ennoyage, pourrait alors avoir un rôle dans l'oxygénation des parties aériennes et souterraines. L'absence de continuité entre ces pores de liège et les vastes lacunes aérifères de l'aérenchyme rend cette hypothèse hasardeuse. Les lenticelles pourraient aussi jouer un rôle dans l'absorption d'eau ou le rejet de composés toxiques comme les produits fermentaires (issus d'une respiration anaérobie, la fermentation, qui prend le relais pour la dégradation de la matière organique de la respiration aérobie). Cf , . et la présence d'un aérenchyme très développé, alimenté via des lenticelles localisées dans l'empattement, explique leur fréquence dans les zones humides, sur les berges ou dans les forêts hygrophiles alluviales dites ripisylves, au bord des rivières ou autour des bras morts, où ils peuvent atteindre 25 à .

Certaines espèces sont ubiquistes et poussent aussi en conditions plus sèches. Quels que soient les habitats où ils vivent, les aulnes sont surtout des espèces pionnières intolérantes à l'ombre, à colonisation rapide des milieux perturbés (par les inondations, les tempêtes, les incendies, les glissements de terrain...) facilitée par la dispersion de leurs graines par le vent et par l'eauLes graines légères sont munies de bourrelets de liège qui permettent de flotter dans l'eau (parfois plus de ) avant de germer le long des berges des cours ou des étendues d'eau, au gré des crues, ce qui donne naissance à des peuplements linéaires. et à croissance très rapide (grâce à leurs racines qui développent une association symbiotique avec des bactéries fixatrices d'azote, les frankias), comme les bouleaux qui appartiennent à la même famille (Betulaceae), ou comme les Salicacées (saules, peupliers). Ils sont ensuite facilement supplantés par des arbres plus compétitifs mais à colonisation plus lente comme les chênes et les frênes (forêts post-pionnières en Europe) ou les thuyas et les douglas (ouest de l'Amérique du Nord)..

Aulnes et champignons symbiotiques vignette|gauche|Gyrodon lividus, l'une des espèces mycorhiziques des aulnes, qui semble pouvoir être un bio-indicateur des aulnaies dégradées par l'eutrophisation. vignette|Aulnaie dAlnus rubra en Colombie britannique, au Canada.

L'aulne nourrit de nombreux champignons quand il devient bois mort ou sénescent, mais il peut aussi établir des symbioses avec certaines espèces par l'intermédiaire de leurs ectomycorhizes. Un inventaire mycologique des peuplements d’aulnes en France (dit « projet Aulnaies ») a été lancé en - sur 63 sites dominés par l'aulne glutineux et deux par l'aulne blanc, par la Commission Environnement de la Société mycologique de France. Les aulnaies poussent toujours sur des milieux aux enjeux écologiques importants ; ce programme a cherché à identifier leurs champignons associés, et à donner de nouveaux moyens d'évaluer la valeur de ces boisements et de leur fonge souvent méconnue et négligée par les gestionnaires. ont été identifiées sur ces 63 sites (soit environ 3,5 % de la diversité fongique nationale). Ces espèces ont été réparties comme suit, selon leur fréquence dans les aulnaies : dominantes (espèces mycorhiziques des aulnes, dont et Amanita friabilis), caractéristiques, occasionnelles, assez rares, rares et exceptionnelles. Cette étude a montré que les espèces présentes sont principalement liées au niveau trophique, à l’acidité et à l’inondabilité de l'aulnaie (par exemple Lactarius clethrophilus, Lactarius omphaliformis et Cortinarius helvelloides sont associés au caractère oligotrophe du site où malgré une diversité réduite leur présence révèle un intérêt patrimonial très élevé. À l'autre extrême Gyrodon lividus, l'une des espèces mycorhiziques des aulnes, semble pouvoir être un bioindicateur des aulnaies dégradées par l'eutrophisation). Les saprotrophes de l'aulne les plus courants en France sont des espèces banales et sans spécificité, alors que les mycorhiziens sont au contraire bien spécifiques (résumé).

Herbivorie La chenille du papillon de jour (rhopalocère) du Petit mars changeant, Aparura ilia (Nymphalidae) se nourrit des feuilles d'Aulne.

Phytopathogènes vignette|Alnus glutinosa La maladie cryptogamique du dépérissement des aulnes due à Phytophthora alni progresse en Europe depuis la fin du . Les dépérissements ponctuels d'aulnes signalés depuis le début des années 1900 sporadiquement en Europe semblaient pouvoir tous être expliqués par des problèmes stationnels (aulnes plantés ou ayant poussé dans un milieu ne leur convenant pas ; trop sec, trop acide...). Mais une maladie nouvelle prend de l'ampleur depuis les années 1990, due à une hybridation antérieurement inconnue de champignon-algue du genre PhytophthoraDépérissement des aulnes glutineux dû à Phytophthora alni ; Revue bibliographique. Synthèse des travaux réalisés entre 1999 et 2006 dans le bassin Rhin-Meuse et conseils de gestion Document d'information et conseil publié par l'Agence de l'eau Rhin-Meuse (8 pages) .

La cloque des chatons de l'aulne est une autre maladie cryptogamique sans graves conséquences causée par Taphrina alni qui provoque une galle en forme de ruban coloré de de long sur les fleurs femelles des Aulnes européens, principalement Alnus incana et Alnus glutinosa..

État des populations, pressions, réponses Les principales espèces d'aulnes ne sont pas considérées comme menacées, mais les aulnaies qui avaient notamment été conservées pour la production d'un charbon de bois apprécié pour les poudreries ont fortement régressé, au profit de la culture de peupliers (populiculture) ou du drainage des zones humides pour leur mise en culture, en pâture ou pour leur urbanisation.

La diversité génétique des aulnes a probablement souffert de l'artificialisation et du déboisement des berges et ripisylves des cours d'eau.

Liste d'espèces Ensemble des espèces incluses dans le genre Alnus selon :

Le genre est divisé en trois sous-genres :

Sous-genre Alnus Arbres à bourgeons pédonculés, chatons mâles et femelles produits en automne mais restant fermés pendant l'hiver, pollinisant à la fin de l'hiver ou au début du printemps, environ 15 à 25 espèces, dont :

Sous-genre Clethropsis Arbres ou arbustes à bourgeons pédonculés, chatons mâles et femelles produits en automne et se développant et se pollinisant ensuite, trois espèces : Alnus formosana (Burkill) Makino Alnus maritima (Marshall) Muhl. ex Nutt. Alnus nitida (Spach) Endl.

Sous-genre Alnobetula Arbustes à bourgeons ramifiés non pédonculés, chatons mâles et femelles produits à la fin du printemps (après l'apparition des feuilles) et se développant et se pollinisant ensuite, une à quatre espèces :

Non assigné à un sous-genre

Noms d'espèces dont le statut taxonomique est incertain Le statut des espèces suivantes n'est pas résolu :

Hybrides Les hybrides suivants ont été décrits :

Le statut des hybrides suivants n'est pas résolu :

Utilisations vignette|gauche|Couleur du bois d'Aulne glutineux fraîchement coupé.

Les caractéristiques acoustiques de l'aulne en ont fait un des bois les plus prisés dans la lutherie, et notamment dans la fabrication de guitares haut de gamme, comme le corps de la Fender Stratocaster.

Les fruits d'aulnes sont aussi utilisés en aquariophilie pour leurs capacités à réduire le potentiel hydrogène de l'eau, ainsi que leurs branches en tant que décoration.

Le bois de l'aulne est un bon bois de chauffage. Il fournit une chaleur très vive en brûlant et était donc très recherché par les boulangers. Au pays basque, les aulnes étaient coupés en juillet, tronçonnés et fendus en bûches. Le temps de séchage de ces bûches permettait de les utiliser avec un maximum de rendement énergétique au moment de la chauffe des alambics de distillation de l'eau-de-vie domestique.

Comme son bois ne pourrit pratiquement pas dans l'eau, s'il est à l'abri de l'air et de la lumière, on l'utilise pour faire des ponts de fortune dans le cas de franchissement de ruisseaux par un chemin de terre formé au bulldozer : on coupe quelques troncs d'aulnes proches, qui sont étendus l'un à côté de l'autre dans le ruisseau, dans l'axe d'écoulement des eaux, et ces troncs sont ensuite recouverts de terre pour faire le passage, l'espace entre les troncs d'aulne permettant à l'eau de s'écouler. Son imputrescibilité à l'état immergé explique que les pilotis de Venise sont fabriqués en bois d'aulne dès le (en bois de chêne, d'orme et de mélèze à partir du ).

vignette|Sculptures en bois d'aulne.|alt= gauche|vignette|Statue médiévale en bois d'aulne

Le bois d'aulne, bien homogène, se tourne et se sculpte facilement. On en fait des ornements de meubles, des maquettes pour l'industrie (surtout avant l'apparition des simulations numérique 3D) et on en faisait autrefois des sabots, des manches de brosse, des jouets, et des ustensiles de ménage. Les bouteilles de Chartreuse étaient vendues autrefois dans des boites cylindriques tournées dans du bois d'aulne.

Son tannin a fait utiliser son écorce en tannerie, et en teinturerie et chapellerie (production d'une couleur noire quand l'écorce est mélangée à des sels de fer).

Enfin, le charbon d'aulne était utilisé autrefois pour la poudre à canon, conférant une meilleure qualité à l'explosif.

Plusieurs espèces d'aulnes sont utilisées comme arbres d'ornement et parfois d'alignement, du fait de leurs silhouettes caractéristiques, de leur forte rusticité et de leur croissance très rapide tout en gardant un gabarit modéré. En Europe, l'usage des espèces autochtones est limité par leur fort besoin en eau, on utilise ainsi fréquemment des espèces introduites qui tolèrent les conditions urbaines plus sèches tout en ayant un feuillage luxuriant, comme l'aulne de Corse et l'aulne de Spaeth.

Dénominations Étymologies