Sigurd (Sigurðr en vieux norrois) est un héros légendaire de la mythologie nordique qui apparaît dans plusieurs poèmes héroïques de lEdda poétique, compilés au . Sigurd apparaît également dans lEdda de Snorri et est le personnage central de la Völsunga saga, écrits en prose au à partir des poèmes héroïques plus anciens et probablement d'autres sources qui ne nous sont pas parvenues. Sigurd apparaît également dans la saga légendaire la Norna-Gests þáttr, où il défait le héros Starkadr.
Siegfried est un héros de la Chanson des Nibelungen, la version continentale et christianisée du mythe, également composée au , devenue épopée nationale allemande.
D'autres traditions rapportent la légende du héros avec leurs propres variations du mythe, la Saga de Théodoric de Vérone, rédigée au en vieux norrois qui a sans doute inspiré la Chanson de Seyfried à la peau de corne, où le héros se nomme Seyfried. Enfin, il porte souvent le nom de Sivard dans des ballades scandinaves, surtout danoises, les folkeviser, qui témoignent soit de traditions différentes soit de larges déformations du mythe originel nordique.
Sigurd-Siegfried est un prince guerrier d'une puissance supérieure, responsable de nombreux exploits, comme la mise à mort d'un dragon (Fáfnir dans la mythologie nordique). Certaines traditions rapportent qu'il est devenu invulnérable, notamment en se baignant dans le sang du monstre, sauf dans un endroit précis du dos qui n'était pas trempé, et il est tué tragiquement à cause de cette faiblesse, ce qui lui a valu des comparaisons avec d'autres personnages mythiques, en particulier Achille.
La tétralogie de Richard Wagner, Der Ring des Nibelungen, qui s'inspire des traditions allemandes et scandinaves pour créer une œuvre originale, a largement contribué au regain d'intérêt de la légende de Siegfried chez le grand public. Depuis, le héros est adapté dans de nombreuses œuvres de la culture moderne, en musique, littérature, au théâtre, à l'écran et en bande dessinée.
Étymologie Sigurd, du vieux norrois Sigurðr, provient de sigr, , et vǫrðr, . Le héros norrois Sigurd est l'équivalent de l'allemand Siegfried, toutefois leurs noms ne sont pas identiques. Siegfried, en vieux haut-allemand Sigifrid et en moyen haut-allemand Sîvrît, correspond au nom norrois Sigfriðr (issu du proto-germanique *Sigifriþuz)..
Origine Contrairement à de nombreuses figures de la tradition héroïque germanique, Sigurd ne peut pas être facilement identifié à une figure historique. La théorie la plus populaire est que Sigurd puise ses origines dans une ou plusieurs figures de la dynastie mérovingienne des Francs. Une autre théorie soutient que Sigurd et son combat contre le dragon représentent une version mythologique de la défaite de Publius Quinctilius Varus par Arminius lors de la bataille de la forêt de Teutberg en 9 Un lien entre Siegfried et Arminius a été proposé pour la première fois par Franz-Joseph Mone en 1830, qui croyait que Sigurd était une fusion de plusieurs personnages historiques. En 1837, Adolf Griesebrecht suppose que Sigurd est une version mythologisée d'Arminius, tandis que les Romains représentent le dragon.
Pour Catalin Taranu, la légende du héros aurait été façonnée à partir de trois noyaux narratifs distincts qui auraient été imbriqués dans le grand récit du cycle des Nibelungen : une légende de type indo-européen de tueur de dragons et deux traditions narratives de deux événements historiques distincts (la chute du royaume bourguignon au et les événements du à la cour franque entourant la mort du roi mérovingien Sigebert Ier, de son épouse Brunichildis et de sa rivale, Frédégonde) Catalin Taranu, Who Was the Original Dragon-slayer of the Nibelung Cycle?, Viator. Medieval and Renaissance Studies, 46 (2), mai 2015, pp. 23-40, doi.org/10.1484/J.VIATOR.5.105360. Catalin Taranu fait observer que les sources anglo-saxonnes comme les poèmes scaldiques les plus anciens ne font pas mention de Sigurd, mais de son père Sigmund, à qui est attribué le combat contre le dragon. Jean Haudry considère, lui, que la liaison des deux principales légendes trouve une certaine justification et apparaît comme une combinaison de thèmes originellement apparentés, que ce soit les mythes du trio dioscurique comme la courtise de l'Aurore dans une compétition truquée, les rapports ambigus des Jumeaux et du dieu Lune (dont le rôle est tenu par Siegfried) et son châtiment pour infidélitéGrammaire comparée des langues indoeuropéennes, Annuaires de l'École pratique des hautes études, Année 1995, 8, pp. 88-93. Cette origine mythique, méconnaissable dans les formes les plus évoluées de la légende, a laissé en revanche de nombreuses traces dans les textes qui reflètent un état antérieur.
Traditions scandinaves Les Eddas et la Völsunga saga Le cycle de Sigurd est d'abord rapporté dans lEdda poétique, recueil de poèmes mythologiques anciens, compilés au dans le Codex Regius. Les œuvres qui racontent le mythe de Sigurd sont les suivantes : Grípisspá : le jeune Sigurd est renseigné par son oncle Grípir de l'ensemble de son destin, de ses premiers exploits jusqu'à sa mort ; Reginsmál : Reginn, père adoptif de Sigurd, lui raconte l'origine de la malédiction de l'or du dragon Fáfnir. Ensuite Sigurd venge la mort de son père Sigmundr en tuant les fils de Hundingr ; Fáfnismál : Sigurd blesse mortellement Fáfnir et engage une conversation avec le dragon mourant. Il goûte le sang du dragon et comprend les oiseaux qui lui conseillent de tuer Reginn qui veut le trahir. Sigurd tue Reginn, et mange le cœur du dragon avant d'emporter son or ; Sigrdrífumál : Sigurd réveille la valkyrie Sigrdrífa d'un sommeil magique, et celle-ci lui apprend sagesse et runes ; Sigurðarkviða hin skamma : Sigurd et les rois Högni et Gunnar font un serment de fraternité. Le héros épouse leur sœur Gudrun. Il aide Gunnar à obtenir son épouse Brynhild, mais celle-ci préfère Sigurd, elle souhaite alors la mort du héros, qui est tué par Guþormr, frère de Gunnar ; Brot af Sigurðarkviðu : Högni et Gunnar complotent le meurtre de Sigurd, et leur troisième frère Guþormr le tue traitreusement. Brynhild, qui avait initialement demandé sa mort, le regrette ; Guðrúnarkviða I : Gudrun pleure la mort de son mari Sigurd et maudit ses frères et Brynhildr ; Helreið Brynhildar : Brynhildr est brulée sur un bûcher funéraire avec Sigurd, et raconte son histoire à une géante dans l'Au-delà.
Ces poèmes ont servi de sources pour un très rapide résumé du cycle dans la partie Skáldskaparmál de lEdda de Snorri, rédigée au . Elles constituent également des sources pour la Völsunga saga, également rédigée au , qui est la version la plus organisée du cycle de Sigurd. Ce texte cite à plusieurs reprises les poèmes eddiques, et prend des libertés littéraires dans la narration du mythe.
Parenté et filiation
Avant d'introduire Sigurd à partir du chapitre 13, la Völsunga saga raconte l'histoire très complexe et tragique du clan des Völsungar, les ancêtres du héros. Les Völsungar descendent du dieu Odin, et ils sont une lignée de rois puissants et de haute stature. Avant que le roi Sigmund et sa femme Hjördís, fille du roi Eylimi, n'enfantent Sigurd, Sigmundr a avec sa sœur jumelle Signý un fils appelé Sinfjötli, puis avec sa première femme Borghildr il a un autre fils, Helgi, tous deux de grands guerriers au destin tragique. Il s'agit donc de demi-frères de Sigurd, qui meurent toutefois avant sa naissance. La matière mythologique de Sinfjötli et de Helgi est très ancienne, et semble avoir été greffée au cycle de Sigurd par l'auteur de la Völsunga saga.
Dans le résumé rapide du cycle de Sigurd de son Edda en prose, Snorri Sturluson mentionne uniquement les deux parents et les deux grands-pères de Sigurd de l'arbre généalogique ci-dessus.
Enfances et débuts
Sigmundr livre bataille contre les fils de Hundingr, et il y combat le dieu Odin. Odin brise son épée et le blesse mortellement. Avant de mourir, Sigmundr annonce à sa femme Hjördís qu'elle est enceinte d'un fils, et il lui confie l'épée brisée appelée Gramr à donner à leur enfant. Hjördís se remarie avec Álfr Hjálpreksson, roi danois, et à la naissance de son fils, celui-ci est aspergé d'eau et nommé Sigurd. Tous voient alors qu'il est des plus exceptionnels. Comme il est coutume dans les sociétés nordiques anciennes, Sigurd est élevé par un autre, en l'occurrence Reginn, maître forgeron du roi, qui lui apprend les exercices physiques et les runes.
Sur les conseils de Reginn, Sigurd demande un cheval au roi Álfr. En allant se choisir un cheval, Sigurd est assisté par un vieil inconnu, qui n'est autre que le dieu Odin, et il se choisit le cheval Grani qui est le meilleur des chevaux et le descendant de Sleipnir, le cheval d'Odin. Reginn conseille ensuite à Sigurd de se procurer l'or du dragon Fáfnir.
Reginn explique l'histoire de cet or. Il révèle qu'il est le fils de Hreiðmarr et frère de Fáfnir et d'Ótr. Une fois, les dieux Odin, Loki et Hœnir tuèrent Ótr qui s'était métamorphosé en loutre. Pour compenser le meurtre du fils de Hreidmarr, Loki a dû ravir pour lui l'or du nain Andvari qui par conséquent a maudit son trésor dont un anneau (Andvaranaut) pour qu'il donne la mort à chacun de ses possesseurs. Fáfnir et Reginn ont ensuite tué leur propre père Hreidmarr pour l'or, mais Fáfnir l'a gardé pour lui seul, et depuis il surveille son or sous la forme d'un dragon. Sigurd demande à Reginn qu'il lui forge la meilleure épée. Mais Sigurd brise successivement les deux premières épées que Reginn lui forge, en les frappant contre l'enclume. Sigurd demande alors les morceaux de l'épée Gramr à sa mère, et Reginn reforge l'épée, qui est tellement tranchante et puissante que Sigurd parvient à fendre l'enclume jusqu'à la base. Sigurd visite son oncle maternel Grípir, qui a le don de prophétie. Ce dernier lui révèle toute sa destinée, sa gloire et sa chute.
Reginn souhaite alors que Sigurd trouve Fáfnir, mais le héros annonce vouloir d'abord venger son père des quatre frères fils de Hundingr. Il demande l'approbation des rois, qui offrent de lui fournir tout ce qu'il désire. Sigurd se dote alors d'une superbe armée et les guide en mer sous une tempête. Un vieil étranger, qui est encore le dieu Odin, se joint à la troupe en chantant les mérites de Sigurd. Lorsque l'armée débarque au royaume des fils de Hundingr, Odin les quitte. L'armée dévaste leur terre, et elle remporte une grande victoire contre les armées ennemies, où Sigurd tue personnellement tous les fils de Hundingr. La vengeance acquise, Sigurd accepte alors la nouvelle requête de Reginn de combattre le dragon Fáfnir.
Mise à mort de Fáfnir