de Bretagne dit « le Justicier », auparavant désigné comme le Connétable de Richemont, né le au château de Suscinio, près de Vannes et mort le à Nantes, est un noble breton de la maison de Montfort, fils du duc de Bretagne , et de sa troisième épouse Jeanne de Navarre.
Blessé à la bataille d'Azincourt en 1415 et fait prisonnier, il reste en captivité en Angleterre pendant cinq ans. Après son retour en France, il est nommé connétable de France par le . Après avoir été l'un des compagnons d'armes de Jeanne d'Arc en 1429–1430, il reprend Paris aux Anglais le .
Il est duc de Bretagne de à sa mort en .
Biographie vignette|redresse|Blason du connétable de Richemont avant qu'il ne devienne duc de Bretagne.
Origines familiales et titres
Il reçoit de son père l'honneur de Richmond, en Angleterre, . Il est également duc de Touraine, comte de Dreux, d'Étampes, de Montfort et d'Ivry et baron de Parthenay en 1415, .
Un engagement précoce mène une politique ménageant à la fois la France et l'Angleterre. Les liens économiques privilégiés de la Bretagne avec l'Angleterre l'orientent vers une alliance outre-Manche. Avec la France, la méfiance persiste, conséquence, entre autres, de la tentative manquée d'annexion du duché par le royaume en 1378.
Arthur de Richemont est néanmoins autorisé par son frère à recruter des troupes en Bretagne afin de servir la cause des Armagnacs contre les Bourguignons, dans la guerre civile qui déchire le royaume de France à partir de 1405.
Il est maintenu dans son rôle de défenseur du parti armagnac en Bretagne, même après la Paix d'Arras du . Alors que sur ordre du dauphin Louis de Guyenne les mots « Bourguignons » et « Armagnacs » sont bannis du royaume , Arthur regagne Paris en . Apprécié du dauphin, il reçoit les terres de , coupable aux yeux du roi d'avoir épousé la cause des Bourguignons lors du siège d'Arras. Pour entrer en possession des biens de ce seigneur rebelle, Richemont doit entrer en campagne en .
La bataille d'Azincourt (1415) et la captivité (1415–1422) En août, le débarquement des troupes d' en Normandie bouleverse les priorités.
Richemont rejoint les Français à Azincourt à la tête d'un fort contingent d'hommes d'armes bretons. Engagé au matin du , le désastre est consommé en fin d'après-midi. De nombreux chevaliers français sont fauchés dans la fleur de l'âge. Richemont, blessé, est emmené en Angleterre. D'abord incarcéré au château de Fotheringhay, il est transféré en 1420 à la tour de Londres, sous la surveillance de Roger Ashton. Richemont accorde alors procuration à son frère pour défendre ses intérêts et négocier une trêve dans les affaires personnelles qui l'opposent à l'archevêque.
autorise bientôt, sous la pression de la diplomatie., son prisonnier à se rendre en France. Richemont quitte l'Angleterre en , accompagné de quelques écuyers bretons. En décembre, il est témoin de l'entrée triomphale d' à Paris. En , toujours captif des Anglais, il assiste à la prise de Meaux. Les historiographes français de l'époque ne lui pardonnent pas cette période passée aux côtés des Anglais, le soupçonnant d'avoir été tenté d'embrasser leur cause. Ce n'est qu'après la mort d', le , qu'Arthur recouvre une totale liberté. Il estime ne plus rien devoir aux Anglais : dès lors, ce sont les historiographes britanniques qui ne le ménagent plus guère.
Mariage avec Marguerite de Bourgogne (1423) Libéré, Richemont se hâte de négocier les termes de son mariage avec Marguerite, duchesse de Guyenne, veuve du dauphin Louis et sœur du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Après de longues négociations avec Philippe le Bon, Marguerite de Bourgogne (1393-1441) finit par accepter un mariage politique avec Arthur..
Le mariage est célébré à Dijon le , donnant à Marguerite un rôle d'intermédiaire pour négocier une réconciliation entre le roi et le duc de Bourgogne.. Mais Philippe le Bon est encore sous le coup de l'assassinat de son père en 1419.
Connétable de France (1425) vignette|redresse| et Arthur, connétable de Richemont, miniature issue du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de , vers 1484, Paris, BnF.
Bien qu'il ait signé en 1420 le traité de Troyes qui évince de la succession de Charles VI le dauphin Charles au profit du roi d'Angleterre Henri V, le duc Jean V autorise son frère Arthur à combattre sous la bannière française.
Le désastre subi par les troupes françaises de Verneuil laisse vacante la charge de connétable de France. Une entrevue préliminaire entre et Arthur de Bretagne a lieu à Angers en . Arthur devient la même année gouverneur du Berry (1424–1426)Jean Duquesne, Dictionnaire des Gouverneurs de Province sous l'Ancien Régime, Paris, Éditions Christian, 2002, .. Il accepte l'épée de connétable que le roi lui remet à Chinon, le . L'entente est pourtant de courte durée. L'entourage de s'efforce de desservir Richemont auprès du roi.
Début 1426, Richemont rejoint en Bretagne pour y jouer à nouveau les recruteurs avant d'assiéger sans succès les Anglais à Saint-James de Beuvron, près d'Avranches. Une seconde défaite des troupes commandées par Richemont aux Bas-Courtils, près du Mont-Saint-Michel, rend plus prudent. Il interdit à son frère d'aventurer à nouveau la noblesse bretonne pour d'aussi petites entreprises.
Période de disgrâce La prudence de et l'embellie diplomatique anglo-bourguignonne fragilisent la position de Richemont auprès de . Il lui devient difficile de recruter des troupes en Bretagne et il ne peut plus jouer les médiateurs entre Charles VII et le duc de Bourgogne.
Privé de sa pension de connétable, Richemont doit se contenter de livrer des batailles de seconde zone près de Parthenay et de Fontenay-le-Comte. Il reçoit la seigneurie de Parthenay en 1427. La population de la ville est alors très rapidement hostile au nouveau gouverneur, qui fait renforcer les défenses du château côté ville, et adapte également les fortifications de la ville à l’artillerie par l'édification d'un boulevard d'artillerieMaria Cavaillès et Marie-Pierre Baudry, « L'enceinte urbaine de Parthenay », dans Gilles Blieck, Philippe Contamine, Nicolas Faucherre , Les enceintes urbaines, , Paris, édition du CTHS, 1999, ..
En , avec l'appui de Yolande d'Aragon et de Georges de La Trémoille, il arrête et exécute sommairement , le favori du roi. En , Richemont est disgracié en raison de ses échecs militairesEntrée RICHEMONT Arthur de Bretagne, comte de (1393-1458), dans . et politiques puisque l'alliance avec le duc de Bretagne s'est révélée infructueuse. ; en effet, confronté à l'offensive anglaise, procède à un nouveau revirement d'alliance en négociant en avec le duc de Bedford avant de reconnaître le traité de Troyes le ..
Le connétable a peut-être également été desservi par la brutalité de ses méthodes et exigences. En 1425, fort de l'appui de la maison d'Anjou en la personne de Yolande d'Aragon, Richemont avait évincé les anciens fidèles du roi. Le médiéviste Olivier Bouzy considère que le connétable dominait le conseil royal par la force en n'hésitant pas à commanditer l'exécution et l'assassinat de certains fidèles du souverain, tels et le Grand Écuyer Jean du Vernet, dit le Camus de Beaulieu.. Philippe Contamine évoque une entre Richemont et le roi..
Les Anglais accomplissent d'inquiétants progrès. Après s'être emparées de Laval et du Mans, les troupes du comte de Salisbury s'avancent vers Orléans. En , ils entreprennent d'assiéger la place.
Campagnes des années 1429-1433
refuse, malgré l'urgence de la situation, de rappeler Richemont. La disgrâce du connétable se prolonge. L'envoi de secours à Orléans décide Richemont à passer outre aux directives royales qui visent à l'écarter des affaires. Après avoir finalement rassemblé des troupes en Bretagne, le connétable entame sa marche. C'est au cours de sa chevauchée qu'il apprend la levée du siège d'Orléans (effective le ) et la prise de Jargeau par l'armée française.
L'approche de Richemont sème le trouble dans l'armée française. Après avoir consulté les capitaines qui l'entourent, Jeanne d'Arc se résout à accepter sa venue. La jonction s'effectue non loin de Beaugency. Poursuivis et défaits à Patay et à Beaugency, les Anglais perdent nombre de leurs chefs. L'Anglais John Talbot est fait prisonnier.
Malgré la victoire, Richemont reçoit l'ordre de s'en retourner et les places fortes ferment leurs portes sur son passage.
Attaché à la cause française, bien que toujours en disgrâce, Richemont s'en va batailler en Normandie, contraignant les Anglais à diviser leurs forces. Il mène également une guerre privée contre La Trémoille.
En 1432, lors du siège de Pouancé par son frère , duc de Bretagne, il accepte de combattre aux côtés des Anglais, mais réussit à négocier un traité permettant de mettre fin au siège avant que la ville ne tombe. Il signe une paix éphémère avec La Trémoille en ; en juin de la même année, tente d'assassiner La Trémoille sur l'ordre de Richemont, mais ne blesse sa cible que légèrement. Richemont fait alors enlever La Trémoille, l'emprisonnant au château de Montrésor ; n'intervient pas, et Richemont récupère sa charge de connétable.
Les campagnes victorieuses de la fin de la guerre de Cent Ans (1434–1453) vignette|redresse|Le connétable Arthur de Richemont, enluminure sur parchemin, Armorial de Gilles Le Bouvier, dit Berry, héraut d'armes du roi , ms. 4985, , , Paris, BnF. vignette|redresse|Les trois ordres dans L'arbre des batailles d'Honorat Bovet. Au centre de la miniature, le roi entouré du dauphin Louis et du connétable Arthur de Richemont. Paris, BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 2695 , .
Désormais les Bretons du connétable vont s'illustrer en Île-de-France et en Normandie. Au début de 1434, d'imposantes forces font face aux Anglais, non loin de Sillé-le-Guillaume. En , Richemont parvient à faire lever les sièges de Laon et de Beauvais. Il gagne ensuite la Champagne et la Lorraine. Conscient de la tournure que prennent les événements, le duc de Bourgogne Philippe le Bon entame, de son côté, un rapprochement avec le roi . Au , des capitaines bretons, sur ordre du connétable, surprennent la garnison anglaise de Saint-Denis et parviennent à s'y installer provisoirement. Toutefois, pour chasser les Anglais de Paris, il faut s'y maintenir durablement.
Le , nomme Richemont lieutenant-général en Île-de-France, Normandie, Champagne et Brie, avec la charge de reprendre Paris. Ayant reçu le renfort de troupes bourguignonnes, les Anglais sont repoussés aux portes de la capitale. Le , Richemont se présente sous les murs de la cité. La ville est en pleine effervescence. Victimes de la fureur populaire des Parisiens, les Anglais doivent se réfugier dans la bastille Saint-Antoine. Le , la garnison capitule. La prise de Paris renforce encore la position de Richemont auprès de , d'autant que les Bretons du connétable s'illustrent en Île-de-France aux côtés des grands capitaines français, Dunois, La Hire et Poton de Xaintrailles.
Des jalousies se font parfois jour comme au siège de Montereau, en 1437, où un chroniqueur rapporte la crainte des Français de voir les Bretons s'emparer de la cité avant eux. En 1437, de concert avec Pierre de Rieux, il s'empare du Pays de Caux.