Le créole martiniquais ( ou ) est une langue appartenant au groupe des langues créoles, parlée en Martinique et parmi la diaspora martiniquaise. Elle n'a pas le statut de langue officielle en Martinique, mais il s'agit d'une langue régionale parlée couramment dans toute l'île.
Ce créole est très proche du créole guadeloupéen (la différenciation d'avec ce dernier ne date que du https://www.lingv.ro/RRL%203-4%202009%20Hazael-Massieux.pdf Les langues créoles. Formation et évolution dans le contexte des contacts de langues dans la Caraïbe, et si le World Atlas of Language Structures lui a attribué un code différent, elle partage toujours les mêmes codes ISO 639-3, IETF et Glottolog que le créole guadeloupéen) ainsi que des créoles dominiquais, saint-lucien (qui partagent des structures syntaxiques et grammaticales pratiquement identiques, quoique leur lexique comprenne plus de mots d'emprunt anglais), haïtien et guyanais.
Le créole martiniquais, tout comme les créoles guadeloupéen, haïtien, saint-lucien et dominiquais, est de base lexicale française, mais contient de nombreux apports syntaxiques et lexicaux africains provenant de langues d'Afrique de l'Ouest, telles que le wolof, le fon, l'éwé ainsi que des langues congolaises telles que le kikongo, du kalinago, langue autochtone amérindienne, du tamoul, ainsi que de l'anglais et de l'espagnol.
Les créoles guadeloupéen et martiniquais sont intercompréhensibles pour leurs locuteurs respectifs. En effet, leur pronoms sont tous identiques sauf pour la première (man/an) personne du singulier et deuxième personne (zòt/zò) du pluriel mais cela ne gène guère la compréhension. Certains mots diffèrent d'une langue à l'autre, notamment par l'absence ou la faible présence de « tch/tj » ou « dj » en créole guadeloupéen, souvent remplacés par d'autres sons. Il arrive que certaines variétés de plantes et d'animaux portent des noms différents d'une île à l'autre ou soit endémiques de l'une et absentes sur l'autre, ce qui explique également les différences lexicales entre les deux créoles.
vignette|Panneau de bienvenue en créole martiniquais.
Leurs systèmes de temps de conjugaisons sont exactement les mêmes. En créole guadeloupéen, on observe l'utilisation de la préposition « -a-/-an- » pour exprimer des rapports de lien ou possession. En créole martiniquais, en revanche, on utilise des pronoms réfléchis en tant que déterminants possessifs juste derrière le nom.
Genèse du créole martiniquais Histoire La genèse du créole martiniquais est, comme tout autre créole, l'histoire d'un contact entre deux populations de langues différentes devant communiquer. Au sein de ces deux populations, l'une est subordonnée à l'autre, et par conséquent, tenue de parler la langue du dominant (les théories sur le détail de ces contacts, et la façon dont ils aboutissent à une langue créole, sont diverses et toujours débattues). On ne commence à parler de « langue créole » qu'à partir du moment où le langage ou pidgin, développé au départ pour la communication entre le colon et le colonisé, est appris par une nouvelle génération de locuteurs et utilisé pour les usages de tous les jours, et non plus uniquement comme lingua franca.
Les premières descriptions des possibles ancêtres des créoles antillais sont le fait de missionnaires, de clercs ou de visiteurs blancs qui parlent d'un "baragouin", d'un "français corrompu" utilisé pour communiquer avec les "Sauvages" (Indiens Caraïbes) lorsqu'ils étaient nombreux dans les îles, puis avec les "Nègres" (esclaves). Le jargon utilisé par les colons pour communiquer avec les Indiens Caraïbes, un français populaire et extrêmement simplifié, n'est pas obligatoirement l'ancêtre à proprement parler du créole, mais au départ, celui-ci diffère peu du jargon utilisé pour parler aux esclaves. :
Les créoles français : déni, réalité et reconnaissance au sein de la République française. "jargon des nègres" cité par P. Pelleprat (1655), cairn, mars 2010.
Puis, à mesure des contacts entre maitres et esclaves, les deux parties s'imitant mutuellement pour communiquer, le jargon s'éloigne progressivement du français, jusqu'à devenir la langue de la colonie. . D'ailleurs, à la fin du , les visiteurs constatent que les Blancs usent déjà entre eux du "jargon" qui était au départ la langue des esclaves :
Au départ, les colons français n'utilisent pas le terme "créole", mais le voient comme une déformation du français par des esclaves considérés comme incapables de bien le parler.
Ces descriptions des "jargons" ancêtres du créole commencent au , et les premiers textes apparaissent dans la moitié du . Toutes ces anciennes retranscriptions émanent de francophones qui ne parlent pas forcément ce créole qu'ils décrivent, et à cette époque, on n'emploie pas encore le mot "créole" pour décrire ce langage.
L'un des plus anciens de ces textes () transcrit la déposition d'esclaves pécheurs dans une langue qui est l'ancêtre du créole martiniquais. Il s'agit d'un témoignage de rencontre en mer d'une créature "surnaturelle" en Martinique, au large du rocher du Diamant. Ici la déposition de l'un d'entre eux:
"Proto-créole" créole martiniquais actuel Français Man wè an nonm an lanmè bò Dyaman-an, man wè'y twa fwa, i té ni an mannyè bèl fidji épi zyé kon moun. J'ai vu un homme en mer près du Diamant, je l'ai vu trois fois, il avait un assez beau visage et des yeux humains. I té ni an gran bab gri, i sòti an dlo-a, la ka gadé nou tout Il avait une grande barbe grise, est sorti de l'eau et nous a tous regardés. Man pran lyen epi sen-an pou pran'y. Man té ni pè tibwen, tibwen sèlman. J'ai pris ma ligne et mon filet pour l'attraper. J'avais peur, juste un peu. Epi i anni chapé séré. I tounen pou gadé nou lè i téka pati. I té ni an latjé kon an pwason. Puis il s'est caché. Il s'est retourné pour nous observer en partant, il avait une queue de poisson.
Différenciation avec le français
Le créole martiniquais s'est éloigné du français sur le lexique et sur la grammaire de façon assez similaire aux autres créoles antillais. L'essentiel de son lexique provient du français, malgré quelques apports anglais, espagnols, amérindiens et africains.
Le français et le créole s'éloignent au fur et à mesure, d'abord par imitation mutuelle des maîtres et des esclaves, puis simplement par éloignement géographique. Dans les grammaire, conjugaison et syntaxe Les syntaxe et grammaire sont radicalement différentes de celles du français, à l'instar des temps verbaux se manifestant par une particule (par exemple ka pour le présent, téka pour l'imparfait) avant le verbe plutôt que par une terminaison :
Créolefrançais Infinitif manjé manger Présent personne du singulier Man ka manjé | Je mange
| Imparfait personne du singulier | Ou téka manjé Tu mangeais La généralisation de l'utilisation de ces particules, et leur stabilisation, est assez tardive. Par exemple, la particule ka, qui d'ailleurs fait la différence entre les créoles en ka des petites Antilles (Martinique, Guadeloupe, Dominique) et les créoles en ap (haïtien), ne se généralise et se stabilise qu'au , peut-être du fait de la convergence entre le créole des esclaves et celui des Blancs. Les transcriptions de créole les plus anciennes utilisent encore des infinitifs sans particules.
On observe également en grammaire créole quelques simplifications par rapport au superstrat français, notamment l'absence de genre grammatical ou de voix passive. Les pronoms personnels sont toutefois plus nombreux. Exemple de conjugaison du verbe dormir, dòmi :
FrançaisCréoleRemarquesJeMan, Mwen, AnMan/Mwen/An ka dòmiAn est un guadeloupéanisme récentTuOuOu ka dòmiVous (formel)OuOu ka dòmiIl (neutre)II ka dòmiLe créole possède un pronom personnel neutre qui peut être à la fois synonyme de il ou de elle.Il (masculin)Misyé, mesyé, musyeuMisyè ka dòmiExemple : Musyeu pa djè ni tan: il n'a pas beaucoup de temps.Elle (féminin)ManzelManzel ka dòmiExemple : Manzel pa djè enmen jwé : elle n'aime pas beaucoup jouerNousNouNou ka dòmiVous (pluriel)ZòtZòt ka dòmiIl ne s'agit pas d'un "vous" de vouvoiementIls(neutre), Ils (masculin), EllesYoYo ka dòmi Exemple : Yo ka jwé : ils jouent. Pour la personne du singulier neutre "I", il est à noter également que, contrairement à d'autres créoles antillais, l'utilisation de "li" en pronom personnel non-réfléchi est quasiment absente.
Lexique Un grand nombre de mots créoles dérivent du français via une transformation prévisible. Ces mécanismes ont pour but de favoriser l'euphonie, c'est-à-dire esthétique au sein de la langue.
Toutes ces modifications ont progressivement transformé le vocabulaire français en vocabulaire créole.
En effet, on constate que le créole martiniquais cherche souvent à former des mots de deux syllabes commençant par des consonnes de préférence. On remarque aussi que trop de consonnes ou deux voyelles n'entre jamais en contact au sein d'un même mot. Le créole essaie donc du mieux qu'il peut de suivre un modèle ergonomique de prononciation où les consonnes et les voyelles s'enchainent ainsi : C V C V (Consonne-Voyelle-Consonne-Voyelle).
Voici la liste des transformations mises en œuvre afin d'y parvenir :
L'aphérèse désigne l'omission d’un ou de plusieurs sons au début d’un mot. Dans la différenciation du créole avec le français, l'aphérèse a surtout concerné les préfixes « a », « é », « em », « ou », et « en » des verbes français. Ainsi, les verbes créoles sont souvent composés d'une ou deux syllabes seulement. CréoleFrançaislimenallumerkoutéécoutertannentendrebliyéoubliergaréégarertéréenterrerbatjé/batchéembarquergadéregarderpòtéapporterja/zadéjà
La syncope est l'omission d'un ou de plusieurs sons au milieu d'un mot. En créole, elle concerne souvent la lettre "r" des mots français. Cela arrive le plus souvent à la frontière de plusieurs syllabes au sein d'un même mot et permet de diminuer le nombre de consonne en contact. Ce phénomène rend la prononciation plus aisée.
CréoleFrançaismachémarchermatjémarquerdòmidormirpòtéapporter/porterrétérester
L'apocope est l'omission d'un ou de plusieurs sons à la fin d'un mothttp://www.cours-de-creole.com/PBCPPlayer.asp?ID=292023 1.1 c) L'apocope. En créole, elle peut concerner toutes les consonnes liquides finales d'un mot français. L'apocope du "r" final était déjà présente dans certains patois de l'Ouest français. Ce phénomène s'applique presque systématiquement aux mots français en "-eur", "aire" et "ère". Sa conséquence principale est que les mots obtenus se terminent par une voyelle, le plus souvent "è". Cela rend la langue chantante. CréoleFrançaistabtablekapabcapableèkzanpexemplekalvècalvairelanmizè "pauvreté"(la)misèrefréchèfraicheurfrèfrèresèsoeurzéklèéclairpèpeurlèheure
La prosthèse est l’addition d’un son ou d'un ensemble de sons au début d’un mot. Elle permet de répondre au besoin esthétique de posséder deux syllabes dans un nom commun et au besoin ergonomique d'avoir des consonnes à l'initiale. Afin de réaliser un tel processus, le créole se sert des sons /z/ produits en français lors des liaisons ou encore de déterminants (l' ; la ; de ; du) qui viendront s'ajouter au début des mots tels des préfixes. Dans les cas où l'on prélève l'article français "du", le son /y/ ("u" français), se changera en son /i/ afin de former le préfixe créole "di-". Dans le cas où l'on prélève l'article "la" et que la consonne qui suit est une consonne nasale ("n" ou "m"), le "a" sera nasalisé également. On obtient donc le préfixe "lan-". La prosthèse tend à disparaître au fil des générations mais se maintient dans beaucoup de cas, notamment dans les mots ci-dessous. CréoleFrançaisdlo(de l')eaudiri(du)rizdifé(du)feuzyé "œil"yeuxlanmè(la)merlannwit(la)nuitlavi(la)viezédjwiaigüillezoranjorangemasè(ma)sœur "religieuse"Latè "planète Terre"(la)Terre loto "voiture"l'auto(mobile)lòd(l')ordrelafòs "force physique"(la)force