La bataille de Crécy oppose, le , l'armée du royaume de France à l'armée d'Angleterre, venue pour saccager et piller les terres proches des rivages de la Manche. Cette bataille où les monarques respectifs, et , sont présents et actifs, se conclut dans la nuit par une victoire écrasante de l'armée anglaise, pourtant en infériorité numérique, sur la chevalerie et l'infanterie françaises et ses alliés, qui accusent des pertes très importantes du fait de l'indiscipline et des lacunes du commandement. Cette grande bataille marque le début de la guerre de Cent Ans et le retour d'une technique traditionnelle d'archerie.

Contexte historique En 1346, entreprend une troisième chevauchée ayant pour but de piller les provinces françaises proches de la Manche. C'est au cours de cette chevauchée qu'a lieu la bataille de Crécy.

La bataille de Crécy se déroule dans les premiers temps de la guerre de Cent Ans ; elle est l'une des premières batailles rangées de la guerre.

Édouard III d'Angleterre, revendique le trône de France, en tant que petit-fils de , à partir de 1337. Il en porte les armes depuis 1340. L'enjeu sous-jacent du conflit est sa revendication de possession en pleine souveraineté de la Guyenne. est vassal du roi de France pour le fief de Guyenne, ce qui crée une hiérarchie entre deux roisEn 1329, dans la cathédrale d'Amiens, Édouard III d'Angleterre prêta l'hommage au roi de France pour ses possessions de Guyenne. : ne veut plus accepter que la justice française soit une cour d'appel de ses décisions, tandis que a là un prétexte pour déclarer la commise contre les terres anglaises, ce qu'il fait en 1337. La possession de la Guyenne est donc un enjeu central des premières années de la guerre de , et avait déjà donné lieu à des guerres, comme la guerre de Guyenne (1294-1297). La question dynastique se surajoute à cet enjeu.

Le , à l'abbaye de Westminster, le roi d'Angleterre lance publiquement un défi à son cousin, le roi de France. Il conteste la légitimité de et revendique la couronne de France pour lui-même. C'est le facteur déclenchant de la guerre de Cent Ans.

La première campagne d' se déroule en 1339. Il s'attire habilement le soutien des villes flamandes, grosses clientes des produits lainiers anglais. Une hégémonie anglaise au nord du royaume de France s'amorce.

En 1340, après avoir tenu sa cour à Gand et pris le titre de « roi d'Angleterre et de France », engage la seconde campagne sur terre et sur mer. Elle se solde par la défaite de la marine française lors de la bataille navale de l'Écluse.

La campagne

En 1346, entreprend une campagne ayant pour but initial de prendre Paris.

prépare un nouveau débarquement, qu'il ne sait encore où fixer. Son adversaire, le roi de France, lui épargne de trop longues hésitations en condamnant à l'exil un grand seigneur normand, Geoffroy d'Harcourt, sire de Saint-Sauveur-le-Vicomte, lequel va se réfugier à la cour d'Angleterre, offrant ainsi à le prétexte idéal d'un libre accès en Cotentin.

Le , le roi d'Angleterre réunit dans les rades de Portsmouth, Southampton et des ports de l'île de Wight et hisse les voiles.

Le , il débarque avec 14 000 hommes à Saint-Vaast-la-Hougue, dans le CotentinDavid Fiasson, Crécy 1346, la bataille des cinq rois, Paris, Perrin et Ministère des armées, 2022 p. 70 et s'empare de la Normandie.

Surpris et terrorisés par les Anglais, les Normands ouvrent leurs villes dont les défenses n’auraient pu résister à un assaut. Après avoir saccagé et pillé le Cotentin, les troupes d’ assiègent et prennent Caen, pourtant bien défendue. La flotte qui les a suivies repart de Ouistreham vers l’Angleterre chargée d’un considérable butin.

Vers l'affrontement fait alors mouvement vers le nord pour rejoindre ses alliés flamands. Mais il doit d'abord franchir les obstacles naturels que constituent la Seine et la Somme.

Il tente de franchir la Seine par Rouen qui lui refuse le passage. Il se retire sans livrer bataille et s’installe à Poissy, le temps d’établir un pont sur la Seine qu’il franchit le .

rassemble des troupes de plus en plus nombreuses à Saint Denis et s’apprête à livrer bataille. Comme en Normandie, poursuit sa chevauchée tout en évitant le combat frontal. Mais il lui faut encore franchir la Somme. s’installe à Airaines afin de repérer et de tester les passages possibles. À la différence des villes normandes, les villes de la Somme sont puissamment fortifiées et bien défendues. Le roi de France, à la tête d’une armée considérable, a rejoint Amiens et risque de le prendre en tenaille entre le fleuve et la mer.

se dirige vers le passage de Blanquetaque, gué non loin de Noyelles-sur-Mer, entre Abbeville et Saint-Valery-sur-Somme, franchissable aux heures de basse mer. L’armée anglaise se lève à l’aube du et franchit le fleuve.

La préparation de la bataille vignette|Carte de la Vallée de la Somme. désire remonter vers la Canche, il franchit la Somme après une bataille au gué de Blanquetaque. Il y est accueilli par Catherine d’Artois, fille de son ancien compagnon. Puis il se dirige vers Rue, qu’il pille et brûle. Mais il doit bifurquer à l’est, freiné par la difficulté de traverser les bas-champs de l'Authie inondés à marée haute, et comprenant l’impossibilité de rejoindre facilement Montreuil dans cette région particulièrement pourvue en étangs et marais. À l’est, il contourne la forêt de Crécy, probablement par le sud, sa frange nord étant marécageuse. Il doit ainsi se rapprocher de l’armée française, dont il sait qu’elle est à Abbeville, avant de repartir vers le nord.

Il ne peut donc plus éviter le combat et va devoir livrer bataille. Le 25 au soir, il s’installe sur les hauteurs du plateau de Crécy-en-Ponthieu et envoie ses barons en reconnaissance. Le 26 au matin, il décide que c'est le bon endroit pour attendre les troupes françaises.

De son côté, de Valois sort d’Abbeville à la tête d’une impressionnante armée composée, selon Froissart, de d'armes à cheval et de plus de . Ces chiffres font l'objet d'un débat chez les historiens. Parmi ceux-ci, génois ou castillans conduits par Carlo Grimaldi et Antonio Doria qui ont la réputation d’être à la fois les plus habiles arbalétriers et les meilleurs marins d’Europe. En outre de Valois a également appelé à l'ost ses vassaux et alliés extérieurs au royaume de France. On trouve dans les rangs français entre autres, roi de Bohême, fraîchement élu roi des Romains, duc d'Alençon et frère du roi.

Puis et sa considérable armée marchent vers l'ouest, arrivent à proximité du plateau, en vue des collines et petites vallées entre Crécy au sud et Wadicourt au nord, par la route basse. Un orage éclate, rendant le terrain glissant.

Les forces en présence Il est très difficile de donner un état précis des forces en présence, tant les différentes sources sont contradictoires.

L'armée anglaise est formée en trois « batailles », deux forment la première ligne (le Prince Noir et les comtes de Northampton et d'Arundel). commande la troisième « bataille » qui formera la seconde ligne. L'ensemble comprend de , dont environ 3/4 d'archers. La première ligne est parfaitement positionnée derrière des rangées de pieux où viendront s'empaler les chevaliers français. Les chevaliers anglais sont prêts à contre-attaquer si besoin est.

L'armée française, beaucoup plus nombreuse, de , est organisée sur trois lignes. Au-devant on trouve les arbalétriers génois, ainsi que deux lignes de chevaliers. Le reste est composé de troupes à pied qui occupent l'arrière et les côtés. L'armée française n'a aucune tactique pour la bataille et arrive en fin de journée de manière confuse devant la position anglaise.

Les historiens anglais de la Belle Époque estimaient l'effectif anglais à , surplombant par leur position une armée turbulente d'environ menée par Philippe de Valois. Les dernières estimations établies par les historiens sont beaucoup plus réduites. Elle font état pour l'armée du roi d'Angleterre de 14 000 hommes débarqués à La Hougue dont 2 800 hommes d'armes (cavaliers), 2 800 archers auxquels s'ajoutaient 8000 fantassins, archers et cavaliers légers. Pour l'armée du roi de France, on l'estime de nos jours à 25 000 soldats dont 15 à 20 000 hommes d'armes (cavaliers) et 2 000 arbalétriers génoisDavid Fiasson, Crécy 1346, la bataille des cinq rois, Paris, Perrin et Ministère des armées, 2022 pp. 75-76.

La bataille thumb|427px L'après-midi du , l'armée du roi de France débouche de la route d’Abbeville en désordre. Il est trois heures de l'après-midi et un orage qui menaçait depuis quelque temps éclate. Les soldats surexcités par l'approche, impatients d'en finir, se ruent vers les hauteurs où stationnent les Anglais prudents.

Le roi ne parvient pas à faire appliquer son ordre de reporter le combat au lendemain. Les premiers escadrons reçoivent l'ordre de et s'arrêtent à temps. Et c'est alors que la bataille tourne à la confusion. Les escadrons suivants voient les autres soldats arrêtés, et, s'enthousiasmant, ils se mettent à crier et à accélérer la cadence pour arriver les premiers devant les Anglais. Personne n'entend les ordres répétés du roi de France, et les soldats à l'arrêt sont entraînés par les autres dans une sorte de folie générale. lui-même, gagné par la contagion de démence, pointe son épée en l'air et hurle : « Je vois mon ennemi, et par mon âme, je veux l'affronter ! ».

envoie alors les arbalétriers génois entamer le combat mais leurs armes ont souffert de la pluie : les cordes en cheveux sont humides et perdent de leur puissance alors qu'une corde rustique en chanvre, celle des longs arcs traditionnels gallois, gagne en dureté lorsqu'elle est mouillée. Les arbalétriers génois ne peuvent lancer que des traits sans force et sans précision, alors que les archers gallois continuent les tirs en l'air pour arroser un secteur choisi par un guetteur haut perché sans souci de précision. Les Génois sont épuisés par leur marche avec cette arme lourde et encombrante alors que les archers gallois n'ont qu'à détendre leurs arcs. De plus, ils ne tirent qu’à une cadence de par minute, et enfin, la précipitation de la bataille les envoie démunis de leurs pavois, qui sont leur seule protection, restés dans les bagages en arrière.