Marie-Rosalie Bonheur dite Rosa Bonheur, née le à Bordeaux et morte le à Thomery, est une artiste peintre et sculptrice française, spécialisée dans la représentation animalière. Adulée, décorée, elle connut une renommée incomparable de son vivant ; ses œuvres furent célébrées aux États-Unis et en France. Tombées un temps dans l'oubli au , les œuvres de Rosa Bonheur connaissent un nouveau succès au .
Biographie vignette|redresse|Charles-Michel Geoffroy, Portrait de Rosa Bonheur (1859), gravure parue dans L'Artiste du .
Famille
Marie-Rosalie Bonheur naît le à Bordeaux, au 29, rue Saint-Jean-Saint Seurin (quartier Saint-Seurin), devenu depuis le 55, rue DuranteauCommuniqué de presse de la mairie de Bordeaux, à la suite de la pose d'une plaque commémorative sur sa maison natale le ...
Sa mère, Sophie Marchisio, dite Marquis (1797-1833), née à Altona (Ville libre de Hambourg, Saint-Empire) de parents inconnus, est adoptée par un riche commerçant bordelais, Jean-Baptiste Dublan de Lahet., qui lui offre une éducation bourgeoise (dont cours de musique, de chant et de peinture). C'est dans ce cadre qu'elle rencontre le peintre Raymond BonheurRaimond Bonheur orthographie son prénom avec un « i » ., issu d'une famille de cuisinier, venu lui donner des cours de dessin. Le couple se marie le ..
À Bordeaux, Raymond rencontre le peintre espagnol Francisco Goya qui y vivait en exil et qui devient son ami. Il encourage tous ses enfants dans la voie artistique : Rosa, Auguste et Juliette (qui épouse le fondeur d'art François Hippolyte Peyrol), deviennent peintres, alors que leur frère Isidore est sculpteur. Francis Galton, le cousin de Charles Darwin, a utilisé les Bonheur comme exemple de « génie héréditaire » dans son essai de 1869 du même titre..
D'après les témoignages familiaux, Rosa est une enfant indisciplinée qui peine à apprendre à lire. Pour y remédier, sa mère lui apprend à écrire les lettres de l'alphabet en associant chacune d'elles à un dessin d'animal.
Influencé par le saint-simonisme, Raymond Bonheur décide de partir s'installer à Paris en 1828, rejoint par son épouse et leurs trois enfants l'année suivante (1829). Rosa a alors sept ans.
L'année 1830 est marquée par la naissance d'un quatrième enfant, Juliette, ainsi que par la mort de Jean-Baptiste Dublan de Lahet qui, sur son lit de mort, avoue à Sophie qu'il est son père biologique. Par la suite, Rosa Bonheur se plaira à imaginer que le mystère de ses origines maternelles cachait quelque secret d'État et qu'elle était de sang royal.
En mai-, Raymond Bonheur rejoint le couvent laïque des Apôtres saint-simoniens, au 145 boulevard de Ménilmontant, et pendant ce temps, Sophie Marquis travaille pour assurer la subsistance du foyer (dont des travaux de couture et leçons de piano). Raymond Bonheur rentre parmi les siens six mois plus tard () ; la famille vit pauvrement.
Sophie Bonheur meurt l'année suivante, fin , et est inhumée le , dans une fosse commune au cimetière de Montmartre. Contrairement à la légende qui voudrait qu'elle soit morte d'épuisement, il est bien plus probable qu'elle soit morte, à , du choléra, qui ravagea la France pendant plus d'une année à partir de (avec plus de au total, dont près de à Paris)Les registres journaliers d'inhumations dans les trois cimetières parisiens ouverts à l'époque listent des pages entières de mises en fosse commune, pendant toute cette période.Il est d'ailleurs précisé dans l'ouvrage d'Anna Klumpke que Rosa Bonheur est tombée gravement malade peu de temps avant la mort de sa mère, et que cette dernière n'arrêtait pas de pleurer..
Perdre sa mère à fut pour Rosa Bonheur un événement dramatique, d'où le culte qu'elle lui voua toute sa vie, ainsi que son amour du chant.
En 1836, à l'âge de , elle fait une rencontre déterminante : celle d'une fillette de deux ans plus jeune qu'elle, Nathalie Micas, qui deviendra sa compagne.. Seule la mort de Nathalie, plus tard, les séparera.
à la mort de son père, en 1849, elle quitte le domicile familial pour aller vivre chez les Micas.
Jeunesse et formation Après la mort de sa mère, Rosa Bonheur fréquente l'école élémentaire, puis est mise en apprentissage comme couturière, puis en pension. Son père l'accueille dans son atelier, où se révèlent ses aptitudes artistiques. Il est son seul et unique professeurComme l'indique Eugène de Mirecourt (Rosa Bonheur, Gustave Favard éditeur, 1856, ), il y a eu une erreur dans un catalogue de Salon qui donnait Rosa Bonheur comme élève du peintre Léon Cogniet. Cette erreur a d'ailleurs été confirmée par Cogniet..
Il lui fait découvrir Félicité de La Mennais, qui prétendait que les animaux avaient une âme, ce dont elle reste convaincue toute sa vie, ainsi que les romans « champêtres » de George Sand. Les animaux deviennent alors sa spécialité., tant en peinture qu'en sculpture.
vignette|redresse|Portrait de Rosa bonheur vers 20 ans, peint par son frère François Auguste Bonheur vers 1848. Conservé au musée des Beaux-Arts de Blois.
Elle expose pour la première fois, à , au Salon de 1841 avec deux peintures animalières. Elle obtient une médaille de au Salon de 1845, et une médaille de (or) au Salon de 1848 pour Bœufs et Taureaux, Race du Cantal. Cette récompense lui permet, d'obtenir, à , une commande de l'État pour réaliser un tableau agraire (payé .).
Carrière et reconnaissance vignette|redresse|David d'Angers, Rosa Bonheur, médaillon, Paris, BnF. Le tableau issu de cette commande d'État, le Labourage nivernais, devait rejoindre le musée des Beaux-Arts de Lyon. Au Salon de 1849, son succès est tel que la direction des Beaux-Arts décide de le conserver à Paris, au musée du Luxembourg. À la mort de Rosa Bonheur, l'œuvre entre au musée du Louvre, avant d'être transférée, en 1986, au musée d'Orsay..
À la mort de son père en Le (; Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1880, )., Rosa Bonheur le remplace à la direction de l'École impériale gratuite de dessin pour demoiselles (ou École gratuite de dessin pour jeunes filles). Elle y conserve ce poste jusqu'en 1860. , disait-elle souvent à ses élèves..
En 1850, elle fait un voyage dans les hauts pâturages des Pyrénées et en rapporte de nombreuses études dont elle se sert tout au long de sa carrière.. Elle séjourne aussi, à plusieurs reprises, en Auvergne, et dans le Cantal en 1846 et 1847 (et plus tardivement, en 1889).
Le Marché aux chevaux Avec son tableau de très grande taille Le Marché aux chevaux (), présenté au Salon de 1853., Rosa Bonheur acquiert une grande notoriété. À une époque où des polémiques opposent sans cesse romantiques et classiques, son tableau , dit le critique Henry de La Madelène dans L’Éclair, une revue hebdomadaire artistique de l'époque.
Le tableau n'obtient aucune récompense, le jury prescrit ceci : Son agent et ami Ernest Gambart achète le tableau pour , . et le fait voyager dans plusieurs pays, dont l'Angleterre et l'Écosse. Il est acheté par un riche collectionneur américain qui en fait don au Metropolitan Museum de New-York en 1887.
Expositions Rosa Bonheur présente à l'Exposition universelle de 1855 La Fenaison en Auvergne (), conservé de nos jours au château de Fontainebleau, pour lequel elle obtient, pour la seconde fois, une médaille d'or. D'autres œuvres auvergnates sont conservées dans ce même musée.
Entre 1856 et 1867, elle n'expose plus au Salon, toute sa production étant vendue d'avanceVapereau, ibid.. , écrit Théophile Gautier cette année-làLes beaux-Arts en Europe, 1855, ., .
À l'Exposition Universelle de 1867, Rosa Bonheur présente dix toiles et y obtient une médaille de , un véritable camouflet pour elle. Elle décide alors de ne plus exposer au Salon de Paris.
En 1893, lors de l'Exposition universelle de Chicago, quatre tableaux de Rosa Bonheur sont exposés au palais des Beaux-ArtsThe King of the Forest (, ), Stampede (, ), A Pastoral (, ), Sheep (, ) : voir catalogue officiel en ligne du Palais des Beaux-arts.. Il en va de même pour au Woman's Building.. Mais dans les deux cas, ce furent des prêts de collectionneurs privés (Gambart, Keppel). En effet, bien qu'il l'ait sélectionnée, le Comité français d'organisation fut obligé de renoncer à envoyer ses œuvres à Chicago, ne pouvant faire face aux frais d'assurance requis pour leur transport..
Le château de By vignette|redresse|left|Atelier de Rosa Bonheur à By. alt=Dédicace de Claude-François Denecourt en 1864 à Rosa Bonheur de sa pétition à l'empereur pour la conservation du côté artistique et pittoresque de la Forêt de Fontainebleau|vignette|upright|Dédicace de Claude-François Denecourt en 1864 à Rosa Bonheur de sa pétition à l'empereur pour la conservation du côté artistique et pittoresque de la forêt de Fontainebleau. vignette|left|L'impératrice Eugénie visite Rosa Bonheur à Thomery. En 1860, Rosa Bonheur s'installe avec Nathalie Micas à By, coteau viticole près du village de Thomery en Seine-et-Marne, dans une vaste demeure au sein d'une propriété de quatre hectares où elle fait construire un très grand atelier par Jules Saulnier et aménager des espaces pour ses animauxCes animaux ont été ses modèles : moutons, chevaux et même quatre lions, dont Fatma. Sa dépouille est encore visible dans l'atelier du peintre..
Un de ses proches écrit : Elle est sensible au devenir de la proche forêt de Fontainebleau, et signe la pétition de Claude-François Denecourt appelant l'Empereur Napoléon III à la sauvegarder.
En , l'impératrice Eugénie lui rend une visite surprise, pour l'inviter à déjeuner, fin juin, au château de Fontainebleau avec . Cette visite a donné lieu à une gravure sur bois d'après un dessin d'Auguste Victor Deroy (1825-1906), conservée au musée du château de FontainebleauVisite de l'Impératrice à Rosa Bonheur, estampe de Auguste Victor Deroy. Reproduction sur le site de la RMN. La date manuscrite de 1863 est apocryphe et erronée.. L'impératrice revient à By l'année suivante, le , pour lui remettre, elle-même, les insignes de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneurCatherine Granger, L'Empereur et les arts : la liste civile de , Droz, 2005, .Pierre Milza, , Perrin, 2004, . — faisant ainsi de Rosa Bonheur la première artiste et la neuvième femme à recevoir cette distinctionElle fut même annoncée par Le Petit Journal comme la seconde femme à recevoir cette distinction après une religieuse, Sœur Marthe, ce qui provoqua un afflux de protestations dans le courrier des lecteurs, mentionnant différentes femmes ayant reçu avant elle le titre de « chevalière de la légion d'honneur », généralement pour actes de bravoure. Voir « Les chevalières de la Légion d'honneur », Le Petit Journal, ., en déclarant : .. Elle est aussi la première femme promue officier dans cet ordre, en Rosa Bonheur PDF du site officiel de la Légion d'Honneur . — soit, selon les termes également en usage dans la presse de l'époque., la première officière de la Légion d'honneur.. vignette|upright|Mémoire pour une installation de sonneries électriques au château de By, à Thomery, pour Rosa Bonheur. vignette|upright|left|Portrait du Colonel William F. Cody (Buffalo Bill), 1889, Buffalo Bill Historical Center. À partir de 1880, Rosa Bonheur et Nathalie Micas passent régulièrement l'hiver à Nice, tout d'abord dans la demeure d'Ernest Gambart, la villa L'Africaine, puis à partir de 1895, dans celle qu'elles acquièrent, la villa Bornala. Rosa Bonheur y peint plusieurs toilesDidier Gayraud, Belles demeures en Riviera, Éditions Giletta, 2005, ..
En , alors que l'électricité en est encore à ses débuts en France, elle s'intéresse à la faisabilité d'installer un système de sonneries électriques au château de By.