Caligula, de son nom complet Caius Julius Caesar Augustus Germanicus, né le à Antium et mort assassiné le à Rome, est le troisième empereur romain. Il règne de 37 à 41, succédant à son grand-oncle Tibère.
Bien qu'il ait été nommé en référence à Jules César, les soldats de son père le surnomment Caligula (« petite caliga, sandalette ») à partir de sa campagne en Germanie.
Selon les sources concernant son principat — essentiellement les récits de Suétone et Dion Cassius —, il connaît tout d'abord un début de règne prometteur, durant lequel il jouit d'une grande popularité auprès du peuple romain. Cependant, il devient rapidement un empereur autocratique, délaissant et assassinant tous ceux qui ont soutenu son ascension, tout en éprouvant une profonde aversion envers le Sénat. Il lui est attribué un comportement extrêmement instable, et un goût pour la démesure qui conduit à de grandes dépenses impériales.
Confronté à une faible popularité à la suite d'une augmentation de la fiscalité afin de renflouer les caisses qu'il a lui-même vidées, il est tué en 41 par un tribun de sa garde personnelle, Cassius Chaerea, contre qui il semblait nourrir une inimitié.
Sources Les principales sources littéraires sur Caligula sont la Vita Caii de Suétone, le de l'Histoire Romaine de Dion Cassius et les Antiquités Juives de Flavius Josèphe. Quant à Tacite, les livres qui traitent du règne de Caligula sont perdus et son récit s'arrête à la mort de Tibère.
D'autres sources, comme les différentes œuvres de Sénèque ou de Pline l'Ancien, nous révèlent des anecdotes sur certains éléments inédits de son règne et présentent l'avantage de provenir d'auteurs contemporains de l'empereur.
Le règne de Caligula est le plus mal documenté de la dynastie julio-claudienne. Les sources littéraires sur ces quatre années sont imprécises, souvent anecdotiques et généralement hostiles. De ce fait, non seulement la plupart des événements de ce règne restent flous, mais Caligula apparaît davantage comme une caricature, un mégalomane fou, capricieux et cruel, que comme un personnage ayant réellement existé. Une telle description est principalement due aux écrits des historiens Suétone et Dion Cassius. Dans la lignée des travaux de l'historien allemand H. Willrich., de nombreux historiens contemporains prennent toutefois leurs distances vis-à-vis de ces témoignages.
Biographie Famille et enfance redresse=0.8|vignette|gauche|Grand Camée de France. Caligula enfant, paré d'une cuirasse et des caligulae, ces sandales de soldat qui lui valent son surnom. Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France. Caius Augustus Germanicus, Caligula (petite sandale en latin), est le fils du très populaire Germanicus et d'Agrippine l'Aînée. Il est également, d'une part le petit-neveu (et aussi le fils adoptif) de l'empereur Tibère, d'autre part l'arrière-petit-fils en ligne directe d'Auguste par sa grand-mère maternelle Julie et l'arrière-petit-fils de Marc Antoine par sa grand-mère paternelle Antonia. Il a cinq frères et sœurs : Nero Iulius Caesar, , Drusilla, Agrippine la Jeune et Julia Livilla. Caligula naît à Antium, une cité balnéaire à proximité de Rome, la veille des calendes de septembre, en l'an 12, sous le consulat de son père et de Caius Fonteius Capito.
Selon Suétone, ce n'est que vers l'âge de deux ans qu'il est envoyé en Germanie rejoindre sa famille. Enfant, il accompagne sa mère qui suit souvent son mari dans les camps militaires. Les bottines qu'il porte et qui sont adaptées à ses petits pieds lui valent le surnom de « Caligula » (diminutif de caliga), un surnom qu'il finit par détester.
En , lors du triomphe de Germanicus, il défile dans le char de son père avec ses frères et sœurs.
En l’an 19, des troubles éclatent en Syrie. L’empereur Tibère envoie alors Germanicus, le père de Caligula, pacifier la région. Caligula est le seul enfant du couple qui accompagne son père durant son voyage. À la fin de l’été, la santé de Germanicus se dégrade rapidement, puis il meurt sans que l’on puisse définir précisément l’origine de la maladie. Selon l’historienne Virginie Girod, la mère de Caligula, Agrippine l'Aînée, aurait alors propagé la rumeur selon laquelle son mari avait été empoisonné sur ordre de Tibère, avec la complicité du gouverneur de Syrie, Pison.
Caligula rentre ensuite à Rome où il est confié à sa mère. Néanmoins, celle-ci le délaisse, préférant se concentrer sur l’éducation de ses deux frères, Nero et Drusus, dont elle espère favoriser la carrière politique, voire faire des successeurs potentiels de Tibère. Les ambitions d’Agrippine auraient alors fortement irrité l’empereur. La percevant comme un danger, ce dernier la sépare de ses enfants et la place en résidence surveillée en Campanie.
Après l’arrestation de sa mère, Caligula est confié à son arrière-grand-mère Livie. En 29, à la mort de cette dernière, Tibère le choisit pour prononcer l'éloge funèbre de la défunte. À cette occasion, le jeune Caligula, âgé de , montre son excellence dans l'art oratoire, pour lequel il aura un goût prononcé par la suite. Avec ses deux sœurs, Livilla et Drusilla, Caligula est recueilli par sa grand-mère Antonia. Néanmoins, le jeune homme ne reste chez celle-ci que quelques mois. Afin de l'éloigner de ses sœurs et peut-être, pour préparer sa succession, Tibère le fait venir en l'an 31 sur l'île de Capri où il s'est retiré.
La succession de Tibère droite|vignette|La Mort de Tibère, par Jean-Paul Laurens, 1864, musée des Augustins de Toulouse. Après la mort de Germanicus et l’arrestation d’Agrippine et de ses fils, Tibère pense pouvoir léguer le pouvoir à son fils , mais la mort de ce dernier en bouleverse ses projets. Ne souhaitant plus vivre à Rome où son impopularité s'accroît de jour en jour, le vieil empereur, alors âgé de soixante-dix-sept ans, s’isole sur l’île de Capri. Lorsque Caligula l'y rejoint, l’armée réclame que Tibère désigne le jeune homme comme successeur, mais l'empereur préfère temporiser. Les deux hommes, en effet, se vouent une haine farouche.
En 33, Caligula épouse Junia Claudilla, membre de la famille aristocratique des Silani. Elle meurt cependant en couches trois ans plus tard.
En attendant que Tibère veuille bien se résoudre à le désigner comme successeur et par souci pour sa propre vie, Caligula décide néanmoins de suivre les volontés du vieil empereur, du moins en apparence. Par stratégie, il forme par ailleurs une alliance avec le préfet du prétoire Macron, tout juste nommé après l’exécution de Séjan. Macron accepte de bonne guerre, espérant bénéficier de cette alliance, une fois que Caligula serait devenu empereur. Le jeune homme partage un moment la couche d'Ennia Naevia, l'épouse de Macron, en lui laissant entendre qu'elle pourrait devenir impératrice s'il obtient le soutien de son mari. Ce dernier ferme les yeux sur la liaison, espérant en tirer des bénéfices.
Le , Tibère rend son dernier souffle. Les circonstances de sa mort sont incertaines. Selon Tacite, Macron aurait étouffé Tibère afin de plaire à Caligula. Ce récit d'un meurtre hypothétique est également confirmé par Suétone dans sa biographie de Caligula. Néanmoins, en s’appuyant sur certaines rumeurs de l’époque, ce dernier laisse entendre que Caligula aurait pu porter lui-même le coup de grâce.
Dans son testament, Tibère avait initialement assigné à sa succession conjointement son propre petit-fils Gemellus et Caligula. Mais le , ce dernier se fait seul reconnaître par le Sénat. Le nouvel empereur adopte d'abord Gemellus, avant de le faire exécuter en 37 ou 38 dans des circonstances qui demeurent mal élucidées.
Son règne Des débuts prometteurs Caligula entre dans Rome le , au milieu des acclamations de la foule. Après le règne austère de Tibère, le jeune empereur, aux yeux des Romains, incarne alors un nouvel espoir, comme en témoignent les surnoms affectueux que le peuple lui attribue : « notre astre », « notre petit » ou « notre poupon ».
D'après Suétone, trois mois de réjouissances publiques sont décrétés, durant lesquels plus de sont sacrifiés afin d'inaugurer le règne de Caligula.
droite|vignette|Caligula déposant les cendres de sa mère et son frère dans le tombeau de ses ancêtres, par Eustache Le Sueur, 1647.
Pendant les premiers mois de son règne, le jeune empereur mène une politique libérale, notamment marquée par l'abolition du crime de lèse-majesté, l'amnistie des prisonniers politiques, ainsi que la remise en circulation d'ouvrages interdits. Pour ses premières actions, le Sénat lui décerne un bouclier honorifique en or, que, tous les ans, les collèges des pontifes doivent porter au Capitole, suivis des sénateurs et de la jeune noblesse chantant des hymnes à sa louange. Le philosophe Philon d'Alexandrie décrit les sept premiers mois du règne de Caligula comme une période heureuse..
Hommages familiaux Durant les premiers mois de son règne, Caligula rend un certain nombre d’hommages à sa famille, qu’il met en scène de façon théâtrale.
Il organise tout d’abord le retour des cendres de sa mère Agrippine et de son frère Nero. Il va lui-même les recueillir sur les îles de Pontia et de Pandataria, les place dans des urnes, puis les porte jusqu’au port de Rome. Ce faisant, Caligula répète le geste de sa mère qui avait elle-même ramené les cendres de son père Germanicus à la mort de ce dernier.
Le nouvel empereur ordonne par ailleurs que des monnaies soient frappées avec, d’un côté son image et de l’autre, celle de sa mère, accompagnée de l’inscription « mère de Caius César Auguste ». Il est le premier à représenter ainsi des femmes de la Domus Augustas sur des monnaies, ce qui constitue une véritable subversion : en effet, donner une visibilité aux princesses induit que le principat est devenu un système monarchique héréditaire.
Caligula fait également construire de nombreuses statues représentant son père, frapper des monnaies de bronze afin de célébrer ses victoires militaires et rebaptiser le mois de septembre en son nom. Dans sa « quête effrénée de légitimité », il rend ainsi hommage à tous ses aïeux le rattachant à Auguste.
Réformes politiques Durant l’année 38, Caligula se concentre sur la mise en œuvre de réformes politiques, notamment dans le secteur public. Il décide notamment d’abolir certaines taxes et accorde des aides financières à ceux qui ont perdu des biens à la suite d'un incendie.
Afin d’accroître sa popularité, il invite les familles de sénateurs à de somptueux banquets et organise des combats de gladiateurs ainsi que différents spectacles pour divertir le peuple.
En matière judiciaire, il accorde plus de libertés aux magistrats, leur permettant de rendre des jugements sans avoir à l’informer. Se voulant magnanime, il autorise également tous ceux qui avaient été condamnés et exilés par Tibère à rentrer chez eux.
Une maladie controversée vignette|Drusilla, sœur de Caligula. Selon les Anciens, le règne de Caligula aurait ensuite basculé dans la démesure. L'empereur se montre inique pour le simple plaisir de faire sentir l’étendue de son autorité. Ce changement a parfois été mis sur le compte d'une grave maladie à l'automne 37, mais une analyse minutieuse montre que celle-ci n'entraîne en réalité aucun changement politique significatif..